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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 199-200).
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LEs Chevaux s’attrapent les uns les autres, & s’emportent la piece sur la couronne du pied, ils s’attrappent aussi eux-mesmes les pieds de devant avec ceux de derriere.

Ces atteintes sont aisées à connoistre par la playe : on void la piece enlevée & le sang qui en sort, & souvent le Cheval en boitte.

Si la playe est pleine d’ordure ou de bouë, il la faut bien nettoyer & laver avec du vinaigre & du sel ; s’il y a quelque morceau de chair qui soit détaché, il le faut couper, & ensuitte faire durcir un œuf, le coupper en deux, le poudrer avec du poivre, puis tout chaud l’appliquer sur le mal, & le bien lier ; si le Cheval n’est guery pour la premiere application, il la faut reïterer le lendemain.

Les Chevaux aux temps des gelées, lorsqu’ils sont cramponnez avec des crampons fort longs, s’attrapent d’une jambe à l’autre avec un crampon, ou avec un clou de glace, & se font un trou au dessus de la couronne, ou dans le paturon, ce qui est assez dangereux : Il faut d’abord laver le mal avec du vinaigre chaud, puis remplir le trou avec du poivre, & mettre un restrinctif noir par dessus, qu’on fera avec de la suye de cheminée, du vinaigre & des blancs d’œufs, ou bien avec du bol & du vinaigre, ou beaucoup mieux avec la chaux mélée & détrampée avec eau seconde ; on reïterera le lendemain le tout, & sans doute il guérira. Pour l’atteinte faire avec un crampon, lors que le trou est sur la couronne & qu’il est profond, pilez de la poudre à pistollet & la démelez avec de la salive comme pour faire une amorce, emplissez-en le trou de l’atteinte, mettez-y le feu, pour faire brûler la poudre, & le lendemain reïterez la mesme chose, empéchez que le pied, ny l’atteinte ne se mouillent, & de temps en temps lavez l’atteinte avec de l’eau de vie, elle guerira pour profonde qu’elle soit, si le tendon n’est pas attaqué.

Que si on n’y voyoit pas assez d’amendement, on peut faire fondre un peu de l’emplâtre divin, avec huile rosat dans une cueiller, & en bien imbiber du cotton qu’on mettra dans le trou de l’atteinte,un emplâtre du mesme onguent par dessus, & panser le Cheval tous les jours de la sorte jusques à guerison, qui sera dans peu de temps, si le tendon n’est pas atteint. Si l’atteinte est profonde, & que nonobstant les remedes cy-dessus, le Cheval Chap.
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boitte toûjours ou que la partie au dessus de l’atteinte enfle, & que la corne se reserre & le pied sestressisse au dessous, il est bien à craindre que le tendon ne soit corrompu par l’atteinte précédente ; il le faut sonder exactement, & si on trouve que le trou de l’atteinte aille jusques au tendon : il faut panser le mal comme nous dirons aux javars encornez, cy-apres. Que si l’atteinte a esté négligée dans un voyage, quoy qu’un Cheval n’en boitte gueres au commencement, la pourriture s’y engendre par le froid & par l’ordure, en sorte que le mal devient une atteinte encornée ; pour lors apres une ou deux applications d’emmielure, on est obligé d’y mettre le feu, & le traitter comme nous dirons parlant des javarts encornez : Et si le Cheval le lesche, jamais il n’en guerira tant qu’il le leschera ; il faut donc envelopper le mal avec les remedes dont nous parlerons dans les Chapitres suivans.

S’il restoit de la pourriture au fonds du mal, supposé que le tendon ne soit pas gasté, ce qu’on connoistra avec la fonde, lors qu’elle ne peut penetrer jusqu’au tendon, pour empêcher que le tendon ne se corrompe, sur tout si le trou fait par le crampon ou autre chose, n’est bien net, & qu’il y a de la pourriture au fonds, ou qu’il face de la matiere ou une enflure, dureté ou grosseur au dessus, ou à côté du mal, lors lavez le mal avec du vin chaud, & appliquez l’onguent du Schmit dans le trou, & continuez ; que si le mal va de longue, que le Cheval continue à boitter que l’enflure durcisse & augmente ou que la matiere en sorte, ayez recours au Chapitre des Javarts encornez qui suit apres celuy-cy ; car assurément le tendon est attaqué, & lors il faut qu’il soit extirpé, ou le mal ne guerira jamais.