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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 538-539).
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LEs Chevaux pour avoir des démangeaisons à la teste, au col & ailleurs, se veulent gratter avec les pieds de derriere, s’embarrassent, & se prennent le pied dans la longe du licol, ensuite ils se débattent & s’écorchent au dessous du pied, dans le ply du pâturon, & souvent se font des playes assez importunes. Si on n’arrive promptement pour les dégager, ils s’estropient assez souvent, quand ce sont des Chevaux vigoureux.

L’accident estant arrivé, il faut prendre de l’huile de lin, & de l’eau de vie parties esgalles, battre & agitter le tout ensemble dans une fiole pour les méler, & de cela graisser le mal soir & matin, ayant bien coupé le poil, & tenir le tout bien net, en continuant il guerira.

J’ay eu un Cheval qui estant attaché avec deux chaînes s’enchevestra & se prit le pied ; à force de se débattre il s’emporta le dedans du pâturon jusqu’à l’os, ce qui causa grande enflure à la jambe & à tout le pâturon, avec menace de gangrene ; j’y fis couper le poil tout autour du mal ; car le Cheval en avoit beaucoup, & appliquer tous les jours de l’emmiellure blanche, Chap.
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frotter toute la jambe avec l’onguent du Duc tous les jours : dans un mois il fut guery, quoy que ce Cheval eût esté condamné par les Mareschaux à estre estropié, il ne boitta plus au bout de six semaines, bien que les nerfs & les os fussent découverts ; mais ils n’estoient ny froissez ny meurtris, & je puis dire qu’il guerit tres-promptement, contre mon esperance. Je croyois que le mal seroit plus long, parce que la couronne du pied malade estoit enflée & enflammée, en sorte que je craignois que le sabot ne se dessoudast & ne tombast ; je mis veritablement sur le plis du pâturon où estoit l’enchevestrure, de l’emmiellure blanche, mais ce fut apres avoir mis sur la couronne un bon astringent fait avec de la chaux vive en poudre démélée avec de l’eau seconde, & bien bandé le tout avec une enveloppe, & sur l’emmiellure j’ajustay une autre enveloppe ; je continay de la sorte, la couronne se resserra tres-bien & le reste guerit ensuite, & il tomba des escarres à faire peur aux novices ; finallement tout alla bien, mais il n’en est pas toujours de mesme, car plusieurs en sont demeurez estropiez.

De cette cure vous pouvez juger quel effet produit cette emmiellure blanche.

Je pourrois vous propofer d’autres remedes pour les enchevêtrures, mais cét exemple suffit pour vous instruire. Si le mal est petit, sans enflure, & qu’il n’y ait qu’à dessécher, servez-vous des onguents décrits aux Chapitres ⅭⅬⅩⅩⅪ. ⅭⅬⅩⅩⅫ. & ⅭⅬⅩⅩⅩⅢ. ou bien du savon noir avec l’esprit de vin.

Une simple enchevestrure se guerit avec l’onguent du Duc ou de l’huile & du vin parties égalles cuites ensemble, jusqu’à ce que le vin soit évaporé, puis l’appliquer tous les jours sur le mal, il sera bien tost guery.