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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 512-513).
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LAutre sorte d’Esparvin, est celuy qu’on appelle de bœuf, car les vieux bœufs en ont presque tous : C’est une tumeur qui s’engendre par le concours des humeurs froides qui s’endurcissent avec le temps, & deviennent comme l’os, ce qu’il y a de plus subtil dans la tumeur estant exhalé & résout ; il est causé des mesmes accidens que le jardon & le vessigon, mais il fait boitter le Cheval : on le connoist en ce que c’est une grosseur scituée au bas & au dedans du jarret notté dans la figure au chifre 30. à l’endroit où la jambe joint : il paroist peu au commencement, puis il grossit.

Le Cheval boitte souvent des esparvins, par fois aussi il n’en boitte pas ; la douleur qu’ils luy causent, est souvent si grande, qu’ils en demeurent maigres, éflanquez, & ne peuvent supporter le travail ; Les Chevaux qui ont de ces esparvins, n’ont jamais gueres de boyaux, & pour mon particulier je n’en voudrois point pour quelque prix que ce fust.

J’ay veu beaucoup des Chevaux avec deux gros esparvins de bœuf, lesquels ne boittoient pas, ny n’en estoient pas plus maigres, trottant en main sur le pavé également des deux jambes de derriere, ne manquant point de boyau : ces Chevaux dans les plaines serviront, & il n’en mes-arrivera pas si-tost, mais dans un païs de montagnes pour plus de seureté il ne s’en faut pas embester.

Neantmoins les Marchands de Chevaux les plus connoisseurs acheptent des Chevaux avec des esparvins de bœuf, comme je les ay décrits, pourveu qu’ils ne boittent pas, qu’ils marchent bien & également, mais ils ne les acheptent pas pour s’en servir, car le service n’en vaut rien, c’est pour y gagner dessus, aussi ils ne laissent pas de les revendre comme de bons Chevaux : pour mon particulier je n’en voudrois pas, sur tout dans les pays Chap.
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de montagnes, où les jarrets ont beaucoup à souffrir.

Ce mal est tres-dangereux, & on est obligé d’en venir au dernier remede, qui est le feu, qui ne les guerit pas toujours.

Quand le mal est hereditaire, il n’y a pas d’autre remede que le feu ; pourtant dans son commencement on peut tenter quelques remedes topiques, c’est à dire exterieurs.

Prenez les onguents d’Agrippa, Martiatum, & d’Althea, de chacun deux onces, huile d’iris une once, huile de lombris, & de semences d’hiebles ana trois onces, mélez le tout ensemble, & appliquez tout chaud comme une emplâtre sur l’esparvin, & continuez huit ou dix jours ; au bout desquels si vous ne voyez aucun amendement, il faut raser le lieu, & appliquer dessus un ceroüenne pendant cinq ou six jours, puis mettre le feu sur l’esparvin fort proprement ; mais sans le flatter : on observera d’arrester la veine dessus & dessous le jarret avec le feu, & une raye au long de la veine, depuis l’endroit où elle est arrestée en haut jusqu’au bas, où elle est encore arrestée demy pied au dessous du jarret, & un pied au dessus, parce que cette grosse veine, si elle n’est arrestée, abreuve continuellement la tumeur.

Et afin qu’on n’y soit pas trompé, je vous donneray advis que personne ne peut assurer qu’il guerira & rendra droit un Cheval qui a un esparvin, avec le feu, & pourtant il n’y a point d’autre remede, contez là dessus. Il en guerit beaucoup, & plusieurs demeurent boitteux toute leur vie ; sur tout aux Chevaux qui l’ont supporté long-temps, ils ne laissent pas de servir, mais le service d’un Cheval boitteux n’a jamais esté agréable ny beaucoup utile.

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