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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 498-501).


LEs Chevaux ont un gros nerf qui leur entoure le jarret, laissant une place vuide entre l’os, où naissent les vessigons : c’est le nerf le plus gros & le plus apparent de tout le corps du Cheval, lequel par un effort dans un travail, ou en le ferrant, ou en descendant dans une pente trop rapide, ou par une chutte, ou pour s’estre embarrassé sous quelque chose de pesant, vient à s’étendre, mesme se tordre avec si grande violence le nerf, qu’il est mouvant comme une corde lâche : lors que le Cheval marche, la jambe pend au jarret abandonnée, comme si elle estoit suspenduë, car le gros nerf ne regle plus son mouvement. L’on croiroit que l’os est fracassé, tant la jambe est hors de son action naturelle ; dans le temps que le Cheval pose le pied à terre, & que le jarret est estendu en son naturel, l’assiette & l’appuy du pied sont bons, mesme on croiroit qu’il a peu ou point de mal ; mais si vous maniez ce gros nerf, vous le trouvez plus mouvant Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/513 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/514 Chap.
ⅽⅼⅹⅷ
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tance qu’un doit, sans percer le cuir toutefois, mais fort en couleur de cerife, barrer la veine de la cuisse avec une estoile de feu, & le bas de ladite veine avec des rayes, mettre un bon ceroüene avec de la poix noire, & par dessus de la bourre ou tondure de drap : les escarres tombées, laver les playes avec bonne eau de vie jusqu’à ce qu’elles soient séches, ensuite promener le Cheval au pas en main quelque temps avant de le travailler. I’ay guery par ce procedé un Cheval de douze ans, & on l’a vendu depuis cinq cens écus ; c’estoit un tres-beau & bon ba be, qui alloit à capriolles, & qui a tres-bien servy depuis ce temps-là.

On peut proceder à ce mal d’une autre maniere qui est assez bonne, & qui ne requiert pas tant de soin que la precedente. Saignez le Cheval du col, situez-le dans une espece de travail comme je l’ay expliqué, & frottez fon mal avec les huiles que j’ay dit, puis estendez sur du cuir doux, le ceroüenne décrit au Chapitre ⅽⅼⅹⅹⅳ. pour en envelopper tout le jarret, & des éclisses de carton aussi longues que le mal, qui seront entourées de filasse pour tenir tout le jarret en son estat naturel, & particulierement ce gros nerf, & pour cela il faut placer les éclisses au long du gros nerf sur le ceroüenne ou emplastre qu’on y a mis, puis lier toutes ces éclisses avec trois aunes de ruban de fil large d’un poulce, & ensuite mettre encore de la filasse sur les éclisses sur tout le jarret, & une bonne envelope sur le tout, qu’il faut coudre avec du fil fort également partout, laiser le Cheval en cet estat pendant trente jours, faisant couler du haut de la cuisse au long du nerf de l’huile rosat & de camomille pour humecter le ceroüenne, Il faut au bout de dix jours le débander, & frotter le mal avec les huiles cy-devant, remettre un nouveau ceroüenne, des éclisses, & tout le procédé de la ligature : on continue de la sorte tous les dix jours sans mouvoir le Cheval d’une place, jusqu’à ce qu’il soit raffermy, & que le nerf ne soit plus mouvant, lors on donne le feu au Cheval comme je l’ay enseigné.