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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 324-326).
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LEs Chevaux qui reçoivent des coups de fusils, de mousquets & de pistolets, ne peuvent toujours estre traittez avec de grandes incisions, particuliérement dans les chaleurs à l’armée, où l’on n’a pas des lieux commodes pour mettre les Chevaux à l’abri du Soleil, & à couvert des mouches.

Pour sçavoir le fonds de ces playes, & en connoistre la grandeur, il faut les sonder avec une longue sonde de fer, car on ne peut faire autrement : pour cét effet il faut les placer en la mesme posture qu’ils estoient, quand ils ont receu le coup : Les mousquetades sont ordinairement si profondes, qu’on ne peut y porter ny onguent ny poudre jusqu’au fonds ; on a inventé à cette occasion l’eau qu’on appelle d’Arquebuzade, avec laquelle on fait injection dans la playe, plusieurs fois le jour : on met une tente moüillée pour tenir la playe ouverte, on applique un linge mouillé sur l’ouverture comme on le peut, & on en fait boire une demie chopine au Cheval tous les jours ; & ainsi l’on guerit les playes, qui sans ce secours feroient mourir un Cheval ; ce n’est pas qu’il n’en perist une fort grande quantité, mais quand on a fait ce qu’on a dû, il ne reste aucun regret, puisque ce n’est pas faute de soin.

S’il y a fiévre, il faut avoir recours aux lavemens avec des scories & se donner de garde de luy faire avaller de l’eau d’Arquebuzade, car ces potions sont composées avec des simples presque tous chauds, qui augmentent le feu & l’agitation des humeurs, qui se precipiteroient vers la partie blessée ; mais il arrive souvent que des Chevaux avec de grandes blessures, sont sans fiévre : Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/339 Chap.
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Si cette eau est trop chere pour un Cheval, elle ne le sera pas pour les hommes.

Vin composé qui guerit les playes des Chevaux.

Cette composition est plus facile à faire, & couste moins que les precedentes : je vous donne le nom de beaucoup de simples vulneraires, afin que vous preniez ceux que vous trouverez facilement ; plus vous en mettrez, plus le remede sera excellent : Le ciclamen, en François pain de pourceau, la sabine, la verveine, la grande consoude, la serpentaire, la consoude moyenne en Latin pulmonaria, le persicaria, l’armoise, le muguet, le zedoaria, galanga, vinca pervinca en François la pervenche, centaureum minus, ophicglossum, ou lingua serpentis, pirola, sperma ceti, la betoine, les anstoloches, la veronique, l’agrimoine, les écrevisses séchées au four, la noix vomique, la momie, la terre sigillée, & le bol d’armenie.

Pour tirer la vertu de ces simples, il faut en mettre le plus qu’on peut, dans un fort petit tonneau, l’emplir de vin blanc sortant de la cuve, & le laisser boüillir & s’épurer pandant deux mois : Ce remede est bon pour les Hommes qui ont la force & vigueur de le supporter, comme sont les Paysans.

Il faut en laver la playe, la seringuer, si elle est profonde, & si on peut y mettre des tentes moüillées de ce vin, c’est encore mieux, il faut en faire avaller au Cheval une demie chopine, matin & soir ; si c’est un Homme un demy verre suffit.