Le Talisman du pharaon/25

Librairie Beauchemin, Limitée (p. 125-127).


XXV

LE CHÂTIMENT D’ALI


Se glissant entre les tentes, souple comme un chat, Ali fuyait, cherchant à gagner l’enclos, à sauter à cheval et à filer là-bas, vers le désert, sûr de l’impunité.

La soudaine disparition du traître interdit un moment le fiancé d’Yvaine, mais il se ressaisit vite et partit à son tour dans la même direction.

Le jeune homme ne pensa pas que le traître pouvait être embusqué en quelque part et l’attaquer, à l’improviste ; il ne voyait que le but de sa poursuite : atteindre Ali et savoir.

Si une lutte avait dû avoir lieu, nul doute que le complice de von Haffner aurait été rapidement terrassé, malgré sa souplesse, par le jeune Pacha qui cachait une force athlétique dans son corps svelte et admirablement proportionné.

Car, si Ali avait lutté pour sa vie, l’amour d’Yvaine aurait décuplé les forces de Sélim…

Mais le traître ne se souciait pas de se mesurer au jeune homme… Il fuyait…

Sélim l’aperçut soudain et accéléra sa course. Ali n’était plus qu’à quelques pas de l’enclos… Encore une minute et il sautait à cheval.

Dans le parc, aménagé pour leur laisser la pleine liberté de leurs mouvements, les chevaux allaient et venaient, secouant leurs longs crins, s’ébrouant, galopant, à leur caprice.

Ali se glissa, félin, entre deux poteaux et marcha parmi les bêtes, frôlant les têtes, les flancs, les croupes…

Un des plus beaux sujets de l’enclos était l’étalon gris de Sélim, un fier Arabe de pure race, mais farouche et impétueux comme le vent du désert !

L’admirable bête avait parfois des caprices, des crises de méchanceté qui rendaient dangereuse son approche.

Ali le savait, mais il n’y prit pas garde. Le cheval qu’il voulait saisir pour s’enfuir n’était qu’à quelques pas de l’Arabe aux crins noirs.

Le traître s’avança et tendit le bras… Son geste effraya l’étalon qui, rapide comme l’éclair, décocha une ruade terrible qui atteignit Ali en pleine poitrine.

Sélim arrivait… Le bel animal qui ne se laissait approcher que par son maître ne chercha pas à fuir… Son long col baissé, il flairait avec bruit le pantelant Ali, dont la bouche entr’ouverte vomissait un flot de sang, et dont les yeux devenaient vitreux.

Sélim se détourna avec dégoût, et murmura, en flattant la tête fine de l’étalon gris :

— Justice est faite !…

Le jeune homme revint à grands pas vers la tente où Pierre de Kervaleck se tenait immobile, les yeux secs, le front brûlant…

— Pour l’amour d’Yvaine, dit ardemment le jeune Pacha, ayez du courage. Un des traîtres est déjà puni… Ressaisissez-vous et venez… Allons vite au secours de la victime de l’Allemand !

L’ardeur de Sélim galvanisa le savant. L’étalon gris et un autre bon coureur attendaient, venant d’être sellés à l’ordre du jeune homme.

L’espoir dans les yeux, les deux amis sautèrent en selle et repartirent à toute allure.

Une force invincible semblait diriger Sélim qui se mit à suivre, instinctivement, la rive gauche du Nil aux eaux vertes.