Librairie d’Art Technique (p. 88-92).

CHAPITRE IX

Mysès avait repris ses occupations dans les cryptes du temple d’Osiris, afin de ne point éveiller les soupçons du grand prêtre.

Mahdoura restait en sa demeure, s’efforçant de lui plaire, au retour, par ses caresses et ses parures.

Mais il souffrait de cette présence constante qu’il ne pouvait éviter. Ni son cœur, ni son imagination ne l’attiraient plus vers la jeune fille qui refusait de lui obéir, dans sa jalousie aveugle.

L’homme, nature imparfaite, marche sans cesse vers un but rêvé ; ce but, c’est l’égalité et l’équilibre. Pour y atteindre, il recherche les influences capables de le perfectionner, de faire cesser son perpétuel errement. Alors, apparaît la tendance irrésistible de deux êtres à ne plus faire qu’un, à s’enlacer, à se fondre dans une communion physique et intellectuelle.

L’instinct, autant que le raisonnement, recherche ce qui peut amener cet état enviable : de là, naissent les sympathies, les

 Elle s’asseyait sur un tombeau en construction, et les derniers rayons du soleil teintaient de rose les marches de granit qui conduisaient à l’hypogée.

entraînements, les passions irrésistibles, et lorsque la réciprocité n’existe pas, les désespoirs et les folies.

Les passions, d’ailleurs, découlent toutes de l’amour, cette loi fondamentale du monde ! Les pensées, les décisions, les actes viennent à leur tour des passions humaines, et, si ces passions sont haineuses, revêtent, parfois, une forme ombrageuse et agressive, c’est qu’elles résultent de pressentiments secrets qui aperçoivent un empêchement au complémentarisme rêvé et puissamment désiré.

Au fond du cœur, Mysès aimait la morte.

Ahmosis avait, durant sa vie, produit une impression ineffaçable sur l’esprit du serviteur des dieux. Il se prosternait sur son passage, lorsqu’elle se rendait au temple d’Isis, dans sa litière d’or et d’argent. Il l’entourait d’une adoration brûlante et muette qu’elle devinait, peut-être, car elle lui souriait doucement dans les hasards de leur rencontre.

Maintenant, il possédait le corps adorable de la souveraine et il maudissait l’imprudente qui s’était glissée dans sa vie de prière et d’extase.

La prescience d’une mission d’outre-tombe hantait ses jours. Parfois, repoussant Mahdoura, il s’agenouillait devant le sarcophage, et la jeune fille, tremblante, désolée, le conjurait de ne penser qu’à elle, de s’endormir avec confiance dans sa tendresse.

Elle ne sortait plus, le monde n’existait plus pour elle, depuis qu’elle avait rencontré le bien-aimé et compris la raison même de son existence. Elle lui appartenait, comme la feuille appartient à l’arbre ! La feuille tombe et meurt, détachée de sa tige. Mahdoura ne voulait pas se détacher de Mysès.