Le Puits de la vérité/La bête du Gévaudan



LA BÊTE DU GÉVAUDAN



Qu’est-ce que c’était ? On a hésité longtemps entre un loup, un ours, une hyène échappée de quelque ménagerie. Un curé du pays a écrit un gros volume pour démontrer que ce ne pouvait être qu’un monstre apocalyptique suscité par Dieu pour punir de leurs crimes les montagnards du Gévaudan. Ce serait bien le cas de dire que les voies de Dieu sont insondables ! Un professeur à la faculté de médecine de Montpellier, peu enclin au mysticisme, a eu, à la suite de l’examen des faits mis au compte de cette fabuleuse bête, une autre idée, c’est qu’elle n’a jamais existé, du moins en tant qu’animal, c’est que la Bête du Gévaudan était un homme ! L’hypothèse se tient très bien et concorde avec la plupart des méfaits, qui furent plus ou moins bien constatés. D’abord, la Bête ne dévorait jamais ses victimes, mais assez souvent elle les éventrait dans le goût de Jacques l’Éventreur lui-même. On constata une fois au moins qu’elle avait pris soin de couper le cou à sa proie, une autre fois de l’enterrer, ce qui serait bien extraordinaire de la part d’un monstre animal. Bien plus, si l’on peut dire, les témoignages s’accordent pour lui reconnaître le don de la parole ! Tout cela et bien d’autres choses encore, quoiqu’on ne puisse pas se fier absolument aux racontars de paysans affolés, ont fait supposer à M. Puech que la bête n’était autre chose qu’un fou sadique qui errait dans les campagnes et terrorisait les habitants. Les malheureux paysans n’eurent jamais l’idée qu’il pût exister un homme capable de tant de crimes et aussi hideux ; de là, la légende de la Bête, qui avait au moins l’avantage de justifier l’humanité. Le fou, qui en dehors de ses crises, était peut-être inoffensif, ne fut jamais soupçonné. Le résultat fut qu’il périt sans doute beaucoup d’humains, mais moins qu’on ne l’a dit, et que la contrée fut entièrement purgée des loups, auxquels on fit furieusement la chasse, et qui disparurent. Les animaux avaient payé pour l’homme.


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