Le Prix “Vie heureuse”/Mme Delarue-Mardrus

Anonyme
Hachette et Cie (p. 12-13).


MADAME DELARUE-MARDRUS


Madame Delarue-Mardrus est née sur la Côte de Grâce d’Honfleur. Son père, Maître Georges Delarue, avocat à la Cour de Paris, est de pure souche normande, et sa mère est parisienne depuis des générations. Elle a épousé, en 1900, le docteur J.-C. Mardrus, auteur de la version définitive des Mille et une Nuits.

En cette frêle jeune femme, coule la sève forte des vieux conquérants de la mer, de cette mer et de cet estuaire qu’elle a tant aimés et chantés au hasard de sa féconde inspiration.

Elle a, de la trame poétique des jours, fait trois livres : Occident (1900), Ferveur (1902), Horizons (1904), édités chez Fasquelle. Elle en prépare un quatrième : Au Large, qui paraîtra au printemps. L’été dernier, le Théâtre d’Orange a représenté d’elle, avec le succès que l’on sait, une pièce en deux actes et en vers : Sapho désespérée. Et c’est par une de ses pièces inédites, La Prétresse de Carthage, que le nouveau Théâtre Antique de Carthage inaugurera, au printemps, sa scène de plein air. Un autre drame en trois actes et en vers, sur les origines normandes, Thorborge, Reine de mer, a été écrit pour une grande scène parisienne. Elle compose enfin, pour Le Journal, des contes d’une invention neuve, ingénieuse et dont la répercussion sur le public est profonde.

Les ancêtres aventureux de la race lui ont donné le goût des voyages d’outre-mer. Elle a chevauché, comme eux, à travers les Orients, en compagnie du docteur Mardrus occupé à rechercher les gloses koraniques pour la traduction qu’il donnera, selon le désir du Gouvernement, du Livre divin de l’Islam. La langue arabe, apprise rapidement par elle, roule dans ce jeune gosier nordique, ses syllabes rocailleuses. Mais, à aucun moment, la mémoire de la terre natale n’est abolie chez celle qui a écrit ce vers émouvant : « Ah ! je ne guérirai jamais de mon pays ! » La poésie, le sentiment du lointain, l’éternel étonnement des âmes qui restent neuves, lui donnent, même en France, un air de voyageuse. Les larges beaux yeux sous la coiffure nattée tout autour de la tête — ce qui est une manière charmante d’être couronnée de lauriers — l’immobilité, l’air d’observer, les vêtements flottants composent à celle que les Arabes nomment si bien « la Princesse Amande », un aspect de fée, de prêtresse et d’enfant. Elle possède une puissance et une fougue bien rares chez une femme, une originalité absolue et multiple, une hardiesse raisonnée et pleine d’équilibre. Elle fait bien partie de la grande tradition française où elle puise sa force, sa grâce et sa beauté.


Madame Delarue-Mardrus, photographie, debout appuyée à un arbre.