Le Perroquet chinois/XI — Thorn part en mission

Traduction par Louis Postif.
Ric et Rac (p. 158-170).

Chapitre onzième

THORN PART EN MISSION.

Quelle que fût la mission de M. Gamble au ranch, Bob Eden jugea, pendant le déjeuner, qu’elle devait être de nature pacifique. Il avait rarement rencontré un homme aux manières aussi affables. Durant tout le repas, l’étranger parla de la voix calme et distinguée d’un éminent professeur. Madden, maussade et renfrogné, semblait affecté par l’arrivée intempestive de cet intrus. Thorn, selon son habitude, demeurait silencieux et distant, personnage lugubre dans le costume noir qu’il portait pour remplacer celui de la veille, déchiré d’une façon si mystérieuse. Bob Eden dut venir à l’aide de M. Gamble pour soutenir la conversation.

Le repas terminé, Gamble se leva et alla vers la porte. Un moment, il contempla les sommets neigeux des montagnes lointaines par-delà l’étendue de sable étincelant.

— Superbe ! déclara-t-il à M. Madden, je me demande si vous vous rendez bien compte de la réelle beauté du site qui sert de cadre à votre ranch ? Le désert, l’immense solitude qui, de temps immémorial, a jeté son sortilège sur l’âme humaine… certains le trouvent glacial et inquiétant ; quant à moi…

— Demeurerez-vous longtemps ici ? interrompit Madden.

— Cela dépend, mais je le souhaite sincèrement. Je voudrais voir ce pays après les pluies printanières… la verveine et les primevères en fleurs. Cette perspective m’enchante. Que dit le prophète Isaïe ? « Le désert se réjouira et s’épanouira comme la rose… De la terre desséchée jailliront des sources ! » M. Madden, connaissez-vous Isaïe ?

— Non, Dieu merci ! Je connais déjà trop de gens, répondit Madden d’un ton sarcastique.

— Il me semblait que vous vous intéressiez à la faune de cette contrée, M. le professeur ? interrogea Eden.

— Tiens, vous devinez mon titre, vous êtes un observateur, jeune homme. En effet, je compte poursuivre ici certaines recherches sur une espèce de rat-kangourou dont la queue atteint une longueur phénoménale. De surcroît, il paraît que dans cette région l’os maxillaire de la souris présente un développement anormal.

La sonnerie du téléphone vibra et Madden y répondit lui-même. Bob écouta attentivement : « Un télégramme pour M. Madden. » Le millionnaire appuya davantage son oreille contre le récepteur et le reste du message ne fut plus pour Bob qu’un bourdonnement confus. Il en fut contrarié.

Le visage de Madden reflétait, en effet, une vive inquiétude et quand enfin le millionnaire raccrocha le récepteur, il demeura un long moment le regard fixe, visiblement en proie à une troublante perplexité.

M. Madden, que cultivez-vous dans ce sol sablonneux ? demanda le professeur Gamble.

— Euh… euh…

Graduellement, Madden revenait à son hôte.

— Ce que j’y cultive ? Beaucoup de choses. De quoi vous étonner, vous et votre Isaïe. (Gamble sourit d’un air suave et le millionnaire se dégela quelque peu.) Si cela vous intéresse, je vais vous montrer nos plantations.

— Vous êtes très aimable, répondit le naturaliste qui, docilement, suivit le propriétaire dans le patio.

Thorn se leva et le rejoignit. Vivement, Eden alla téléphoner et appela Holley au bout du fil.

— Écoutez, dit-il d’une voix basse. On vient de téléphoner à Madden un message qui semble beaucoup le tracasser. J’aimerais savoir de quoi il s’agit. Êtes-vous suffisamment bien avec le télégraphiste, pour en prendre connaissance… sans éveiller les soupçons… ?

— Oui, ce gamin me répétera tout ce que je veux savoir. Êtes-vous seul ? Puis-je vous rappeler dans quelques minutes ?

— Je suis seul pour l’instant. S’il se trouve quelqu’un ici quand vous me rappellerez, je dirai que vous désirez parler à Madden et vous lui raconterez n’importe quoi. Si vous vous dépêchez, ce subterfuge ne sera peut-être pas nécessaire. Faites vite !

Au moment où Bob quittait l’appareil, Ah Kim entrait pour débarrasser la table.

— Eh bien, Charlie ? Un nouvel invité dans notre petit hôtel, hein ?

— Ces nouvelles arrivent toujours assez tôt à la cuisine, soupira Chan.

— Vous avez voulu observer et patienter. Ne me tenez pas rigueur de ce surcroît de travail.

— Ce Gamble me paraît inoffensif comme une matinée de mai.

— C’est un étudiant des saintes Écritures…

— Un être innocent et doux. Cependant, caché dans son léger bagage, se trouve un revolver tout neuf et entièrement chargé.

— Il va sans doute tirer sur la queue des rats ! Ne vous inquiétez pas à son sujet. C’est peut-être un novice qui, se méprenant sur les acteurs de cinéma, a cru prudent de s’armer pour se défendre dans cette contrée sauvage. À propos, Madden vient de recevoir un message téléphoné et, à en juger par l’expression de son visage, il s’agit certainement de mauvaises nouvelles. Holley est allé se renseigner. Dès que vous entendrez la sonnerie du téléphone, courez dans le patio et avertissez-moi si quelqu’un arrive.

Ah Kim reprit silencieusement ses occupations. Au bout de quelques instants, la sonnerie retentit. Eden se précipita vers l’appareil et, de la main, assourdit le bruit du timbre. Chan sortit dans le patio.

— Allô, Holley ? Oui, oui… Parlez… Voilà qui est intéressant… Elle arrive ce soir… Merci, mon vieux !

Il raccrocha le récepteur et Charlie revint dans la salle.

— Voici du nouveau, dit Eden. Ce télégramme est envoyé par Evelyn Madden et vient de Barstow. Sans doute, s’est-elle lassée d’attendre à Denver. Elle débarque ce soir à Eldorado au train de six heures quarante. Je crois bien que je vais être obligé de déguerpir pour lui céder ma chambre.

— Miss Evelyn Madden ? répéta Chan.

— Oui. La fille unique de Madden. Une beauté admirable… je l’ai rencontrée à San Francisco. Je ne m’étonne plus de l’inquiétude de Madden.

— En effet. Un ranch où flotte le mystère d’un crime n’est pas le séjour rêvé pour une jeune femme distinguée.

— Une complication de plus, soupira Eden. Les faits se précipitent et nous n’avançons guère en besogne.

— Une fois encore, je vous recommande de la patience, cette vertu dédaignée. Maintenant, la vie sera plus gaie ici. La présence d’une femme…

— Ah ! cette femme est un vrai glacier. Le désert ne parviendra même pas à réchauffer Evelyn Madden.

Chan réintégra la cuisine. Madden et Thorn revinrent au salon et Gamble s’était retiré dans sa chambre. L’après-midi, chaude et interminable, d’un calme mortel, étirait ses heures brûlantes durant lesquelles le désert se montrait digne de sa réputation. Madden s’éclipsa et bientôt, son ronflement sonore emplit l’air. « Bonne idée », songea Bob Eden.

Allongé sur son lit, il trouva le temps moins long. En réalité, il ne se rendit pas compte de la fuite du temps. Vers le soir, il s’éveilla la tête lourde : une douche froide lui rendit ses idées plus nettes.

À six heures il traversa le patio pour se rendre dans la salle commune. Dehors devant la grange, il aperçut la grande automobile de Madden, prête à partir, et une pensée se précisa dans son esprit. Le millionnaire se rendait sans doute à la gare pour chercher sa fille ; il ne pouvait pas aller à la rencontre de la hautaine Evelyn dans la modeste voiture employée aux courses quotidiennes.

Mais bientôt, Eden comprit que Thorn avait été désigné pour cette mission. Le secrétaire, revêtu de ses habits sombres, un chapeau noir accentuant la pâleur de son visage, était en conversation avec son patron ; à l’approche de Bob, les deux hommes se turent.

— Bonsoir, dit Eden. Vous nous quittez, M. Thorn ?

— Une course en ville, simplement. À tout à l’heure, Messieurs.

À l’instant même le téléphone appela. Madden décrocha vivement le récepteur. Pendant un moment il écouta et son visage trahit toutes les émotions qu’il ressentait.

— Encore de mauvaises nouvelles, songea Eden.

Madden appliqua sa grande main sur le transmetteur et s’adressa à son secrétaire.

— Cette vieille toquée du bas de la route, le « docteur » Whitcomb, annonça-t-il, et Eden éprouva une vive indignation en entendant cette épithète. Elle veut me voir ce soir… elle prétend avoir une communication importante à me faire.

— Répondez que vous êtes occupé, suggéra Thorn.

— Mille excuses, docteur, répondit Madden à l’appareil, mais je suis très occupé.

Il s’arrêta, évidemment submergé par un flot de paroles. De nouveau il posa sa main sur le transmetteur.

— Elle insiste… que faire ?

— Ma foi, vous devez la recevoir…

— Bien, docteur, dit enfin Madden. Venez vers huit heures.

Thorn sortit et la superbe voiture fila à la rencontre du train d’Evelyn Madden. M. Gamble entra, frais et dispos, prêt à émettre quelques nouvelles citations. Eden se divertit à écouter la T.S.F.

À l’heure habituelle, on dîna, au grand étonnement de Bob Eden. La place de Thorn se trouvait inoccupée et, chose bizarre, le couvert d’Evelyn n’était pas mis… de surcroît, le millionnaire n’ordonna point à Charlie Chan de préparer une chambre en vue de l’arrivée de sa fille.

Après le repas, Madden fit passer ses hôtes dans le patio où les attendait un bon feu qui projetait une lueur rouge sur le sol, sur les murs de la maison et sur le perchoir de Tony, à présent délaissé.

— Voilà qui s’appelle vivre, déclara Gamble, en allumant un des cigares de Madden. Les pauvres fous enfermés dans les villes ne savent pas le bonheur dont ils se privent… Pour moi, je passerais ici volontiers le reste de mes jours.

La fin de ce discours ne trouva aucun écho chez le millionnaire. Peu après huit heures, ils entendirent le ronflement d’une automobile : Thorn et la jeune fille, peut-être… Madden pensait différemment.

— Ah Kim, voici la doctoresse. Faites entrer cette dame ici.

— Ma présence n’est pas indispensable, dit Gamble en se levant. Je rentre prendre un livre.

Madden regarda Bob Eden avec insistance, mais le jeune homme ne broncha point.

— La doctoresse est une amie à moi, expliqua-t-il.

— Vraiment ? balbutia Madden.

— Oui. Hier matin, j’ai fait la connaissance de cette étonnante femme.

La doctoresse apparut.

— Monsieur Madden, je suis enchantée de vous revoir parmi nous, commença-t-elle en serrant la main du millionnaire.

— Merci, répondit froidement Madden. Vous connaissez déjà M. Eden ?

— Oh ! oui ! Je suis très heureuse de vous trouver ici, jeune homme, mais je vais vous gronder : vous n’êtes pas venu me voir aujourd’hui !

— J’ai beaucoup à faire. Donnez-vous donc la peine de vous asseoir.

Il avança une chaise. Madden avait besoin d’une ou deux petites leçons de savoir-vivre. Il demeurait glacial et distant.

— Monsieur Madden, lui dit la doctoresse, excusez-moi de vous déranger. Je sais que vous êtes ici pour vous reposer et que les visites vous importunent. Toutefois, ceci n’est pas une visite de politesse : je viens pour vous parler du terrible drame qui a eu lieu ici.

Madden resta un instant interloqué.

— Vous dites ?

— Je parle de l’assassinat de ce malheureux Louie Wong.

— Ah ! ah ! je comprends.

Eden sembla découvrir une nuance de soulagement dans la voix de Madden.

— Louie et moi nous étions de bons amis, ajouta la doctoresse. Il venait souvent me voir. La nouvelle de sa mort m’a profondément attristée. Monsieur Madden, Louie était pour vous un serviteur fidèle et vous faites certainement votre possible pour retrouver son meurtrier ?

— Tout mon possible, répondit Madden, sans conviction.

— Si ce que je vais vous apprendre peut éclairer la police, vous pourrez le répéter. Samedi soir, j’ai eu la visite d’un individu qui disait s’appeler Mac Cullum et venir de New-York. Il prétendait souffrir d’une bronchite, mais je dois ajouter que je ne découvris chez lui aucun symptôme de cette maladie. Il s’installa dans un des petits bungalows… pour quelque temps… je le crus du moins… Dimanche soir, un peu avant l’heure où fut tué le pauvre Louie, quelqu’un arriva devant ma porte dans une grande limousine et fit marcher le klaxon. Un de mes garçons sortit et l’inconnu demanda Mac Cullum. Celui-ci descendit aussitôt, parla avec le personnage, monta dans l’auto, et ils se dirigèrent vers votre ranch. Depuis, je n’ai pas revu mon pensionnaire. Il a laissé chez moi une valise bourrée de vêtements.

— Et vous supposez que cet homme a tué Louie Wong ?

— Je ne suppose rien du tout. Il me semble, toutefois, que le fait mérite d’être rapporté à la police. Comme vous aurez certainement l’occasion de revoir le constable, je vous prie de lui dire que s’il désire examiner la valise de Mac Cullum, je la tiens à sa disposition.

— Bien, dit Madden en se levant. Cependant, si vous voulez connaître mon opinion, je ne pense pas à…

— Je vous remercie. Je ne vous demande pas votre avis, monsieur Madden. Notre entrevu, à ce que je vois, est terminée. Excusez mon insistance.

— Mais pas du tout, protesta Madden. Votre renseignement peut être utile. Qui sait ?

— Vous êtes bien aimable. (La doctoresse jeta un coup d’œil vers le perchoir du perroquet). Et Tony ? Il doit beaucoup regretter son ami Louie ?

— Tony est mort, lui annonça brusquement Madden.

— Comment ! Tony aussi ? Votre séjour au ranch aura été plein de tristes événements, monsieur Madden… présentez mes salutations à votre fille. Elle n’est pas avec vous ?

— Non, elle n’est pas avec moi.

Ce fut toute sa réponse.

— Quel dommage ! Elle est si charmante.

— Merci. Attendez un instant. Mon serviteur va vous conduira à votre voiture.

— Permettez, fit Bob. J’accompagne la doctoresse.

Il passa avec la visiteuse dans la salle brillamment éclairée où M. Gamble était plongé dans la lecture d’un gros volume.

Dans la cour, la doctoresse se retourna vers lui.

— Quel homme ! fit-elle. Un cœur de pierre. La mort de Louie ne semble nullement l’affecter. Alors, je compte sur vous. S’il ne communique pas mon renseignement à la police, veuillez vous en charger personnellement.

Le jeune homme hésita.

— Croyez-moi, docteur, on mettra tout en œuvre pour découvrir l’assassin de Louie… pas Madden… mais… d’autres.

— Je crois comprendre et, de tout cœur, je vous souhaite bonne chance, monsieur Eden.

Bob lui serra la main.

— Si je ne vous revois pas, docteur, laissez-moi vous exprimer toute ma joie de vous connaître.

— Ce compliment me touche. Bonne nuit.

■■

La voiture roula sous le ciel criblé d’étoiles. Lorsque Bob Eden retourna dans la salle, il y trouva Madden en compagnie de Gamble.

— Au diable cette vieille fée ! s’écria Madden.

— Permettez ! riposta Eden. Cette femme, rien qu’avec ses dix doigts, a fait plus dans le monde que vous avec tout votre or. Ne l’oubliez pas.

— Cela lui confère-t-il le droit de fourrer le nez dans mes affaires ?

Bob Eden fit un effort pour contenir les paroles courroucées prêtes à jaillir de ses lèvres. Il sentait qu’il ne pourrait supporter davantage l’arrogance de ce millionnaire au cœur insensible.

Il jeta un coup d’œil vers la pendule. Elle marquait neuf heures moins le quart : Thorn et Evelyn Madden n’étaient pas arrivés. Le train avait-il du retard ?

Il se rendait parfaitement compte que sa présence n’était nullement désirée dans le salon, mais il voulait attendre le retour du secrétaire. À dix heures, M. Gamble se leva et, après quelques commentaires favorables concernant l’atmosphère du pays, il se rendit à sa chambre.

À dix heures cinq, le ronflement d’un moteur rompit le calme nocturne. Bob Eden se leva et ses yeux allèrent d’une ouverture à l’autre : bientôt la porte vitrée donnant sur le patio s’ouvrit et Martin Thorn entra seul.

Sans dire un mot à son patron, le secrétaire posa son chapeau et, l’air fatigué, se laissa choir dans un fauteuil. Le silence devenait oppressif.

— Eh bien ! demanda enfin Eden d’un ton jovial, vous avez fait vos affaires, monsieur Thorn ?

— Oui, répondit l’autre, sans ajouter un mot de plus.

— Ma foi, je vais me coucher, fit Bob Eden en se levant.

En ouvrant la porte, il entendit le bruit de l’eau dans la salle de bains qui séparait sa chambre de celle du professeur. Désormais, il n’était plus en sûreté et devait s’entourer de précautions.

Au bout d’un instant, Ah Kim apparut à la porte. Eden, un doigt sur la bouche, lui indiqua la salle de bains. Le Chinois répondit d’un signe de tête. Ils se rendirent dans le coin le plus éloigné de la pièce et s’entretinrent à voix basse.

— Chan, où est la jeune Evelyn ?

— Mystère !

— Je me demande ce qu’a bien pu faire l’ami Thorn pendant ces quatre dernières heures ?

— Sans doute une promenade au clair de lune, fit Chan. Quand on a sorti la limousine, j’ai jeté un coup d’œil sur l’indicateur de vitesse ; il marquait douze mille huit cent quarante kilomètres. D’ici en ville, il y a quatre kilomètres, ce qui fait huit kilomètres aller et retour. Or, en arrivant ici, l’indicateur annonce douze mille huit cent soixante dix-neuf.

— Charlie, je vous admire, vous pensez à tout.

— Thorn s’est rendu dans un endroit… au sol d’argile rouge. Chan montra un morceau de terre. Voici ce que j’ai gratté sur l’accélérateur, expliqua-t-il. Connaissez-vous, dans les environs, un coin semblable ?

— Du tout. Croyez-vous qu’il aurait fait du mal à la jeune fille ? Non, c’est impossible : Madden et lui semblent être de connivence et le millionnaire adore sa fille.

— Encore un nouveau problème à résoudre.

— Sapristi ! Depuis que j’ai délaissé l’étude de l’algèbre, je n’ai pas encore trouvé autant d’énigmes. C’est demain mardi. Le vieux P. J. s’imagine que les perles sont en route. Il se montrera intraitable, cette fois.

Un léger coup se fit entendre à la porte donnant de la chambre de Bob au patio, et Chan eut juste le temps de courir à la cheminée où il s’occupa à ranimer le feu. Sans faire de bruit, Madden entra.

— Chut ! fit Madden, regardant du côté de la salle de bains. Sortez, Ah Kim.

— Bien, Mossié, dit Chan en s’éloignant.

Madden alla vers la porte de la salle de bains et tendit l’oreille. Doucement, il tourna la poignée, entra et ferma à clef la porte qui donnait dans la chambre de Gamble. Puis il revint chez Bob et referma la porte derrière lui.

— J’ai un mot à vous dire, fit-il. N’élevez point la voix. J’ai réussi à avoir votre père au téléphone et il m’a annoncé qu’un nommé Draycott arrivera à Barstow demain à midi avec les perles.

Le cœur de Bob se serra.

— Ah !… Heu !… il devrait être ici demain soir…

Madden se pencha et parla d’un ton rauque.

— Quoi qu’il arrive, je ne veux pas que cet individu vienne au ranch.

Eden le regarda, étonné.

— Eh bien, monsieur Madden… que je sois…

— Chut ! Ne prononcez pas un mot.

— Mais, après tous nos préparatifs…

— Je vous dis que j’ai changé d’avis. Je ne veux pas voir les perles au ranch. Demain vous vous rendrez à Barstow à la rencontre de ce Draycott et vous lui demanderez de partir pour Pasadena, où j’irai le rejoindre mercredi. Je lui donne rendez-vous à midi tapant à la porte de la Garfield National Bank, mercredi. Il me livrera les perles que je mettrai en sûreté.

Bob sourit.

— Vos ordres seront exécutés.

— Je l’entends bien ainsi. Ah Kim vous conduira à la gare demain à l’arrivée du train de Barstow. Ne répétez notre conversation à personne… pas à Gamble, ni même à Thorn.

— Entendu, monsieur Madden.

— Bien. Voilà l’affaire réglée. Bonne nuit.

Madden sortit à pas légers. Plus perplexe que jamais, Eden demeura longtemps le regard fixé sur la porte par où venait de disparaître son interlocuteur.

— En tout cas, c’est un jour de grâce. Quel soulagement !