Le Mandarin/02

Michel Lévy frères, libraires éditeurs (p. 5-10).


II

KOUNG-FOU-TSEU


Koung-Fou-Tseu (Confucius) naquit à Cham-Ping, 460 ans avant J.-C. Sa famille, illustre à plus d’un titre, faisait remonter son origine à Ti-Y, vingt-septième empereur de la seconde race.

Appelé aux premiers honneurs dans le royaume de Lu, Confucius se démit de ses fonctions de ministre d’État pour professer la philosophie.

Plus de trois mille jeunes hommes se réunirent autour du maître dans la ville de Rio-Fu, et il leur enseigna la littérature, l’art de la parole, les difficultés de la politique, et les vertus humaines.

Confucius n’avait point, comme les Grecs et les Égyptiens, de morale secrète ; il disait tirer ses enseignements des anciens sages et particulièrement des empereurs Yao et Chun qui l’avaient précédé de quinze cents ans.

Il protégeait plus volontiers les peuples de la tyrannie des rois que les rois de l’insubordination des peuples.

Quand il fut nommé ministre d’État une grande agitation se montra sur sa figure ; il prit l’écharpe qui lui conférait la marque de sa dignité, et, l’élevant vers le ciel, il murmura : « Puissé-je ne jamais me laisser éblouir par les couleurs de cette écharpe ! »

Lorsque Koung-Tseu allait à la cour on eût dit qu’il portait des chaînes aux pieds ; une fois hors du palais, il étendait les bras comme l’oiseau ses ailes ; il paraissait singulièrement oppressé dans la salle du trône et il ne respirait à l’aise que lorsqu’il en était sorti.

Adoré et respecté de son entourage, il fut constamment dévoué et fidèle à ses affections de famille. Sa femme, ses fils, ses filles et ses frères devinrent ses premiers disciples.

Confucius avait un abord grave et digne sans rudesse ; son visage disait ses vertus ; son costume, d’une simplicité extrême, se composait de vêtements blancs pendant l’été et durant l’hiver de vêtements noirs ; d’une santé délicate, il aimait les choses choisies et apprêtées avec soin.

Le maître était respectueux envers les vieillards, causeur avec les hommes mûrs, indulgent pour la jeunesse ; mais il se plaisait surtout au milieu des petits enfants, et disait : « Un petit enfant est plus respectable que l’homme âgé qui n’a produit que des actions vulgaires ; le petit enfant peut être doué de facultés supérieures. »

Parmi ses disciples, celui que Koung-Tseu préférait à tous, celui qu’il pleura plus que son propre fils, c’était le sage Hoeï.

Hoeï habitait une maison abandonnée en dehors de la ville ; il n’avait que son bras ployé pour reposer sa tête ; il buvait dans une courge et mangeait dans une écuelle de roseau. Jamais Hoeï, malgré son extrême pauvreté, ne se plaignit du sort ou des hommes ; il fut, jusqu’à sa mort, calme, patient, fort et résolu dans le bien. « Ah ! qu’il était sage, Hoeï ! » répétait souvent le maître.

Confucius aimait à jouer d’un instrument de pierre nommé king, et il charmait ses disciples par les douces harmonies qu’il savait tirer de ce grossier instrument.

Il disait que dans les plus petites choses l’homme doit tenir compte de ses instincts de droiture et de loyauté. Il chassait les petits oiseaux avec une flèche, et non avec des piéges ; il pêchait souvent à la ligne, jamais avec un filet.

On ne connut au docteur ni préjugé, ni égoïsme, ni passion mauvaise. Il cherchait la vérité sans amour-propre, la dévoilait sans orgueil, et lorsqu’il hésitait en face d’un acte quelconque, on l’entendait murmurer avec tristesse : « Qui tromperai-je de moi ou du ciel ? »

Confucius mourut vers l’âge de soixante-treize ans. Il fut enterré aux lieux mêmes où il avait enseigné la vertu. On lui fit des funérailles impériales.

Nulle figure dans l’histoire d’aucun peuple n’efface cette douce et bienveillante figure de Koung-Tseu. Ce fut le génie le plus pratique et le plus réellement humain de tous les temps.

Lorsqu’un officier de robe passe devant un collège au frontispice duquel est écrit le nom du maître, il descend de son palanquin et fait quelques pas à pied dans la rue pour rendre hommage à Confucius.

Pé-Kang était issu de Koung-Tseu par les femmes. Une des filles du philosophe avait épousé Kong-Tchi-Tchang ; le mariage s’était fait en prison ; mais, comme il est dit dans le Lun-Yu, « Kong-Tchi-Tchang pouvait se marier, car il n’était pas criminel. »

Ko-Tsi, père de Pé-Kang, avait épousé la belle Mong-Tseu.

Ni l’un ni l’autre ne virent grandir leur fils ; tous deux le laissèrent de bonne heure orphelin et à la garde du fils du ciel.