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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch19

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 182-184).



CHAPITRE XIX


DISCOURS DE GÂNDHÂRÎ (Suite)


Argument : Gândhârî rappelle les circonstances relatives à Vikarna, Dourmoukha, Citrasena, Vivimçati, Doussaha.


547. Gândhârî dit : Ô Madhavide, voici mon fils Vikarna, estimé des sages. Tué et brisé en cent morceaux par Bhîmasena, il repose à terre.

548. Ô meurtrier de Madhou, Vikarna, tué, repose au milieu des éléphants (morts), pareil à l’astre des nuits entouré de nuages noirs, en automne.

549. Sa large main, rendue calleuse à force de tirer (la corde de) l’arc, et munie d’un gant protecteur, n’est déchirée qu’avec peine par les vautours désireux de s’en repaître.

550. Sa jeune épouse, appliquée à l’ascétisme, s’efforce sans cesse, mais sans succès, d’écarter ces vautours, avides de la proie qu’ils convoitent.

551. Ô taureau des hommes, le jeune et beau héros Vikarna, plongé (jadis) dans les plaisirs dont il était digne, repose (maintenant) dans la poussière, ô Madhavide.

552. La beauté, même en ce moment, n’a pas abandonné (le corps de) cet excellent Bharatide, (quoiqu’il ait eu), dans le combat, les parties vitales offensées par des nâlikas à oreilles et par des nârâcas.

553. Ce destructeur des troupes ennemies, Dourmoukha, la face détournée, repose (à terre), tué dans le combat par (Bhîma), le héros des batailles, jaloux d’accomplir ses promesses (de vengeance).

554. Son visage, à demi dévoré par les carnassiers, ô mon ami Krishna, resplendit d’un très grand éclat, comme la lune au septième jour du mois.

555. Vois, ô Krishna, sur le champ (de bataille), dans quel état est la face du héros ! Pourquoi ce (prince) mon fils, tué parles ennemis, a-t-il mordu la poussière ?

556. Ô mon ami, commentée Dourmoukha qui (n’avait, jusque-là), pas rencontré (d’adversaire) qui pût lui tenir tête dans les combats, (a-t-il été) tué par les ennemis, (et a-t-il) conquis les mondes des dieux 2 ?

557. Ô meurtrier de Madhou, vois Citrasena gisant à terre privé de vie ! Contemple ce Dhritarâshtride, le modèle des archers !

558. Dévorées de chagrin, de jeunes femmes en pleurs, ayant pour compagnie des bandes de bêtes féroces, entourent (ce prince, dont le corps est) orné de guirlandes brillantes.

559. Les pleurs et les lamentations (des femmes) se mêlent aux rugissements des carnassiers ! De là, ô Krishna, un spectacle aux aspects variés (et terribles).

560. Ce jeune et très beau Vivimçati, (qui était) constamment servi par de belles femmes, git dans la poussière.

561. Vingt vautours l’ont entouré, et se tiennent sur le héros Vivimçati, dont la cuirasse a été brisée par des flèches et qui a péri dans ce massacre

562. Ce brave, qui avait pénétré, pendant la bataille, dans le camp des Pândouides, repose avec grandeur sur une couche de héros, selon la coutume des gens de bien.

563. Contemple, ô Krishna, pareil à la lune, le splendide et souriant visage au beau nez et aux beaux sourcils de Vivimçati,

564. Ce vasou, que des jeunes femmes (pareilles) à celles de la suite de Vâsava entouraient, comme les filles célestes (entourent) par millier un gandharva se livrant à ses ébats .

565. Qui eût pu (naguère) résister à Doussaha, ce héros brillant dans les assemblées, ce destructeur des troupes de braves, ce destructeur des ennemis ?

566. Le corps de Doussaha, couvert de flèches, paraît une montagne parsemée de lotus fleuris, à la croissance spontanée.

567. Avec ses guirlandes d’or et sa ceinture dorée, Doussaha, que la vie a quitté, est semblable à une montagne brillante, sur (laquelle) un feu (est allumé).