Ouvrir le menu principal

Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch18

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 178-181).



CHAPITRE XVIII


DISCOURS DE GÂNDHÂRÎ (Suite)


Argument : Gândhârî montre à Krishna le chagrin de ses belles filles et lui rappelle les conseils qu’elle a donnés à son fils. Rappel des circonstances relatives à Dousçâsana.


519. Gândhârî dit : Vois, ô Madhavide, mes cent fils, inaccessibles à la fatigue, ont été tués, pour la plupart, par la massue de Bhîmasena !

520. Ce qui est le plus pénible pour moi, c’est (de voir que) mes brus, les cheveux épars, (quoique) jeunes (encore), ayant leurs fils tués dans le combat, courent maintenant de côté et d’autre.

521. C’est (de voir ces princesses) qui foulaient jadis le sol du palais, avec leurs pieds garnis d’ornements (précieux), tombées dans l’adversité, toucher maintenant la terre humide de sang,

522. Et, dévorées par le chagrin, chancelantes comme des personnes ivres, errer en (s’efforçant) de chasser les vautours, les chacals et les corneilles.

523. Celle-ci, au corps sans défaut, dont on entourerait la taille avec la main, s’affaisse de douleur à la vue de cet horrible carnage.

524. Certes, ô guerrier aux puissants bras, mon esprit ne (saurait se) calmer, quand je vois (dans cet état) la mère de Lakshmana, cette princesse qui est fille de roi.

525. Ces (femmes) aux beaux bras, en apercevant, tués dans le combat, les unes leurs frères, les autres leurs époux, d’autres leurs fils, se précipitent sur eux et étendent les bras.

526. Ô homme invaincu, écoute les cris de douleur des femmes d’âge moyen et des vieilles qui ont perdu leurs parents, tués dans cette lutte cruelle .

527. Vois, ô homme puissant, celles qui, accablées de fatigue et en proie à l’égarement, sont allées s’arrêter, (soit) contre les chars, (soit) contre les corps des éléphants et des chevaux tués.

528. Vois, ô Krishna, cette (autre) qui se tient debout, après avoir saisi la tête au nez busqué, ornée de belles boucles d’oreilles, et séparée du corps, d’un de ses parents.

529. Je pense, ô homme sans péché, que, dans des existences antérieures, ces femmes irréprochables, ainsi que moi dont l’intelligence est faible, nous avons commis de graves péchés,

530. Ô Janârdana, puisque Dharmarâja a fait tomber sur nous un pareil désastre. Car, ô Vrishnien, les œuvres, autant les bonnes que les mauvaises, ne périssent pas (et il faut en supporter les conséquences).

531, 532. Vois, ô Madhavide, renversées à (terre), égarées par la peine et le chagrin, poussant des cris pareils à ceux des grues, ces jeunes (femmes) à la belle poitrine et au beau ventre, nées de (nobles) familles, modestes, aux cils, aux yeux et aux cheveux noirs, à la voix aussi douce que le gazouillement du cygne !

533. Ô Poundarîkâksha, le soleil vient de brûler les visages irréprochables, semblables à des lotus fleuris, (de ces) belles femmes.

534. Ô Vasoudevide, les gens du commun contemplent maintenant le harem de mes fils, qui (pourtant) étaient jaloux, et dont l’orgueil était semblable à celui d’éléphants en rut !

535, 536. Vois, ô Govinda, (gisants) sur le sol, brillants comme des feux sur lesquels on a versé d’abondantes oblations, les boucliers aux cent lunes, les étendards resplendissants comme le soleil, les armures et les ornements d’or, ainsi que les (casques) destinés à protéger la tête de mes fils.

537. Vois Dousçâsana ! Il repose (sur le champ de bataille), abattu dans le combat par Bhîma. Le sang de tous ses membres a été bu par ce (héros), meurtrier de ses ennemis.

538. Ô Madhavide, vois mon fils abattu par la massue de Bhîmasena, qui, se souvenait des tourments (qu’on lui avait fait subir à l’occasion) du jeu de dés, et qui était excité par Draupadî.

539. Voulant être agréable à son frère (aîné) et à Karna, (Dousçâsana) dit, au milieu de l’assemblée, à la Pâñcâhenne (qui venait d’être) gagnée au (jeu de) dés :

540. « Ô Pâncâlienne, tu es l’épouse d’esclaves. Entre vite dans nos demeures, avec Sahadeva, Nakoula, et Arjouna. »

541. Je dis alors au roi Douryodhaua : « Ô mon fils, écarte Çakouni (de tes conseils). Il est (déjà) entouré par le lien de la mort.

542. Sache que ton oncle maternel aime les querelles, et que son esprit est très faux. Hâte-toi de l’abandonner, ô mon enfant, et d’apaiser les fils de Pândou.

543. Insensé ! Ne sais-tu pas que Bhîmasena est impatient, que tu le frappes de paroles aiguës comme des nârâcas, ainsi que (l’on excite) un éléphant avec des tisons (allumés) ?

544. Dans ta colère, c’est ainsi que tu te sépares (de tes cousins), après leur avoir lancé des paroles (aussi blessantes) que des pointes de flèches ! » (Mon fils) exhala contre eux le venin (de sa fureur), comme un serpent (exhale le sien) contre un taureau.

545. Tué par Bhîmasena, comme un grand éléphant (est vaincu) par un lion, ce Dousçâsana gît à terre, ses deux grands bras écartés.

546. L’irrité et très impétueux Bhîmasena, fît une chose horrible au-delà de toute expression, en buvant le sang de Dousçâsana dans la bataille.