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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch09

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 141-143).



CHAPITRE IX


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Janamejaya interroge Vaiçampâyana, qui lui dit que Sañjaya conseilla au roi de faire les obsèques des morts. Évanouissement de Dhritarâshtra. Conseils que lui donne Vidoura.


246. Janamejaya dit : Il faut que tu me dises, ô viprarshi, ce que fit le roi Dhritarâshtra, quand l’adorable Vyâsa se fut éloigné.

247. Que fit aussi le magnanime descendant de Kourou, Dharmapoutra, ainsi que les trois (guerriers), Kripa et les (deux) autres.

248. J’ai entendu le récit de l’exploit d’Açvatthâman, et comment il y eut réciprocité de crimes. Rapporte-moi les dernières nouvelles, dont Sañjaya fit part à (Dhritarâshtra) .

249. Vaiçampâyana dit : Quand Douryodhana eut été tué et que l’armée entière eut été anéantie, Sañjaya, qui avait perdu l’intuition (surnaturelle qui lui faisait connaître, même, ce qu’il ne pouvait pas voir), revint vers Dhritarâshtra.

250. Sañjaya dit : Les rois des différents peuples, qui s’étaient rassemblés (en venant) de diverses régions, sont tous allés, avec ton fils, au séjour des mânes.

251. Toute la terre a été ravagée, par (la faute de) ton fils, dont (Youdhishthira), qui désirait la fin de la guerre, avait continuellement imploré (en vain la justice).

252. Ô roi, fais, (je t’en prie), accomplir, dans l’ordre et la forme régulière, les cérémonies funèbres de tes fils, petits-fils et pères.

253. Vaiçampâyana dit : En entendant ces terribles paroles de Sañjaya, le roi tomba à terre (et y resta immobile), comme si la vie feût quitté.

254. Vidoura, au courant de tous les devoirs, s’approcha de ce maître de la terre qui gisait sur le sol, et lui adressa ces mots :

255. « Ô roi, lève-toi. Pourquoi rester (ainsi) couché à terre ? Le pas (que tes fils ont franchi), est la fin suprême de toutes les créatures, ô maitre des hommes.

256. Ô Bharatide, les êtres commencent par ne pas exister, puis il existent, et, finalement, rentrent dans le néant.

257. Ce n’est pas en pleurant qu’on suit les morts, ce n’est pas en pleurant que l’homme trouve la mort. Pourquoi pleures-tu, puisque tel est l’arrangement (naturel) du monde ?

258. Celui qui ne combat pas, n’en est pas moins exposé à mourir, (tandis que, parfois), celui qui combat conserve la vie. Nul ne saurait dépasser (la mesure) du temps (qui lui est assigné), ô grand roi.

259. Le temps subjugue tous les êtres, quelle que soit leur nature. Pour le temps, il n’y a ni ami ni ennemi, ô le plus excellent des Kourouides.

260. De même que le vent abat de tous côtés les extrémités des brins d’herbes, les êtres sont soumis au pouvoir du temps, ô taureau des Bharatides.

261. Pourquoi se lamenter sur celui que le temps atteint le premier, alors que tous les êtres s’acheminent ensemble vers la mort, comme les membres d’une même caravane ?

262. Tu gémis, ô roi, sur ceux qui ont péri dans le combat ! (Pourtant) ces magnanimes ne doivent pas être pleurés, car ils sont allés au Tridiva.

263. Ni par des sacrifices aux riches dakshinâs (offrandes), ni par l’ascétisme, ni par la science, les mortels ne parviennent aussi sûrement au Svarga, que les héros tués (dans le combat).

264. (Ceux qui sont tombés) étaient des héros connaissant les védas. Tous se livraient à l’ascétisme. Tous ont péri la face tournée (vers l’ennemi). Y a-t-il (donc) à s’en lamenter ?

265. Ils versèrent des offrandes de flèches sur les feux (figurés par) les corps des héros (ennemis), et, de même, ces hommes eurent à supporter, de leur côté, les flèches qui furent versées sur eux (par les ennemis, en guise de libations) .

266. Je t’indique par là, ô roi, la meilleure voie (à suivre) pour obtenir le Svarga. Pour le kshatriya, on ne connaît pas, ici-bas, de meilleure voie que les batailles.

267. Ces kshatriyas magnanimes étaient des héros brillants dans les assemblées. Ils ont obtenu le comble de leurs désirs ; certes, aucun d’eux ne doit être pleuré.

268. Ô taureau des Bharatides, ne te lamente pas. Reprends courage, (en ayant recours) à toi-même. Il ne faut pas, maintenant, que le chagrin qui t’accable t’empêche d’accomplir ce que tu dois faire. »