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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch10

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 144-146).



CHAPITRE X


ARRIVÉE DE DHRITARÂSHTRA


Argument : Dhritarâshtra, avec toute sa cour et les femmes qui en font partie, se dirige vers le champ de bataille. Désolation générale.


269. Vaiçampâyana dit : Après avoir entendu ces paroles de Vidoura et ordonné qu’on lui préparât son char, le taureau des hommes dit encore ces mots :

270. « Hâtez-vous d’amener Gândhârî et toutes les épouses des Bharatides, ainsi que Kountî et les autres femmes qui sont en ce lieu. »

271. Après avoir ainsi parlé à Vidoura, qui était très au courant des devoirs, cet homme vertueux, dont l’esprit était abattu par le chagrin, monta sur son char.

272. Gândhâri, dévorée de chagrin au sujet de ses fils, accompagnée de Kountî et des (autres) femmes, accourut sur l’ordre de son époux, à l’endroit (où se trouvait le roi).

273. Ces (femmes) très affligées s’approchèrent du roi. Elles s’avancèrent, se saluèrent les unes les autres et poussèrent de grands cris de douleur.

274. Le kshattar (Vidoura), bien qu’il fût lui-même plus affligé qu’elles, (s’efforça) de les consoler. Après avoir fait monter (sur des chars, ces femmes) qui avaient des larmes dans la voix, il se mit en marche.

275. Alors, on entendit un grand bruit dans toutes les demeures des Kourouides. Tous, jusqu’aux enfants, étaient dévorés de chagrin.

276. Ces femmes qui, jadis, n’étaient pas même visibles aux troupes divines, maintenant que leurs maîtres étaient morts, (se laissaient) voir par le bas peuple.

277. Leurs splendides cheveux épars, ayant dépouillé leurs ornements, les femmes, revêtues d’un seul vêtement, couraient de côté et d’autre, à la manière de ceux qui ont perdu leurs protecteurs.

278. Elles abandonnaieut leurs demeures aussi belles que Çvetaparvata (la montagne blanche), pareilles à des gazelles dont le chef du troupeau est tué, qui quittent les cavernes des montagnes.

279. Alors, ô roi, ces nombreuses troupes de femmes, excitées, en proie à la douleur, couraient comme des bandes de pouliches dans un enclos.

280. Étendant les bras, poussant des gémissements sur leurs fils, sur leurs frères et sur leurs pères, elles figuraient en quelque sorte la (scène de désolation de) la destruction du monde, à la fin du youga ;

281. Se lamentant, pleurant et courant de côté et d’autre, le chagrin leur ayant enlevé le jugement, elles ne discernaient plus ce qu’il convenait de faire.

282. Les jeunes femmes qui, jadis, rougissaient de pudeur (devant) leurs amies mêmes, se présentaient sans honte, couvertes d’un seul vêtement, devant leurs belles-mères.

283. Elles s’encourageaient (jadis) mutuellement dans leurs petits chagrins ; (mais) maintenant, agitées par la douleur, elles évitent même de jeter les yeux les unes sur les autres.

284. Triste, entouré de ces milliers de femmes en pleurs, le roi se hâta de quitter la ville (pour se diriger) vers le champ de bataille.

285. Tous les artisans, marchands, vaicyas, vivant de leur travail, sortirent de la ville, ayant le prince à leur tête.

286. Un grand bruit, faisant trembler le monde, fut produit par ces femmes qui, dans leur douleur, se lamentaient sur la destruction des Kourouides,

287. (Bruit) pareil à celui qui est produit au moment de la fin d’un youga, (par les cris) des créatures qui se consument. Les êtres (aussi) conçurent cette pensée : « L’anéantissement serait-il arrivé ? »

288. Les citoyens, dont le cœur était extrêmement affligé de la ruine des Kourouides, auxquels ils étaient fidèlement attachés, poussèrent de grands cris, ô puissant roi.