Le Livre des petits enfants (Hauman)/La poupée monstre

Louis Hauman et compagnie Voir et modifier les données sur Wikidata (p. 15-18).


LA POUPÉE MONSTRE.


Inès avait une nouvelle poupée. Ô joie ! une poupée toute neuve, avec deux perles pour regarder Inès ; deux bras pour les lui tendre nuit et jour ; une bouche riante et silencieuse pour ne la contredire jamais.

Le premier jour, ce fut entre elles un commerce doux et paisible, on n’entendait que le murmure des baisers d’Inès sur les joues écarlates et brillantes de sa fille ; car elle avait déclaré qu’elle voulait être sa mère.

Le lendemain Inès prit une voix grave et sévère, elle paraissait mécontente de son idole ; et sur un certain bruit d’une petite main qui frappe un corps dur, accompagné de ces mots : allez ! allez ! allez ! la maman d’Inès se montra. Il n’y avait pas à en douter, la poupée avait été fouettée, sa belle robe rose en désordre l’attestait dans le coin sombre où elle était en pénitence.

— Que t’a-t-elle fait pour te changer ainsi ? — Maman ! dit Inès exaltée, elle est boudeuse, entêtée ; oh ! maman ! c’est un monstre ! je lui donne tout ce que j’ai ; eh ! bien !…

— Eh ! bien ! dit sa mère qu’exiges-tu de plus que le bonheur de lui donner ? veux-tu qu’elle ait un cœur et une voix pour te remercier, quand c’est toi qui lui dois de la reconnaissance ? confie moi ta fille à élever, chère enfant, je t’apprendrai le métier de mère : Il est difficile ! crois-tu que ce soit parce que tu es parfaite que je ne peux me résoudre à te fouetter ? c’est parce que je t’aime, et que je n’exige pas qu’une tête si petite que la tienne comprenne ce que j’ai appris depuis si long-temps ; sois donc pour ta poupée ce que je suis pour toi. La maman d’Inès s’éloigna après l’avoir tendrement embrassée.

Inès demeura au milieu de la chambre jetant de longs regards vers le coin où la disgraciée lui parut triste ; elle s’en approcha de meuble en meuble ; et lui dit enfin à l’oreille : — viens ! je t’aime encore. Je n’exige pas qu’une tête si petite que la tienne comprenne ce que j’ai appris depuis si longtemps !

Pour les enfans, chaque parole nouvelle porte un ver ou un fruit.