Le Livre des mille nuits et une nuit/Tome 09/Anecdotes morales du jardin parfumé

Anonyme
Traduction par Joseph-Charles Mardrus.
Éditions de la Revue Blanche (Tome 9p. 63-64).


ANECDOTES MORALES DU JARDIN PARFUMÉ


Les anecdotes morales, ô Roi fortuné, sont celles que je connais le mieux. Je vais t’en raconter une ou deux ou trois, tirées du Jardin Parfumé. » Et le roi Schahriar dit : « En ce cas, hâte-toi de commencer, car je sens mon âme envahie par un grand ennui, ce soir ! Et je ne suis plus certain de la conservation de la tête sur tes épaules jusqu’au matin ! » Et Schahrazade, souriante, dit : « Voici ! Mais je te préviens, ô Roi fortuné, que ces anecdotes, toutes morales qu’elles soient, peuvent passer, aux yeux des gens grossiers à l’esprit étroit, pour des anecdotes libertines ! » Et le roi Schahriar dit : « Que cette crainte ne t’arrête point, Schahrazade ! Toutefois, si tu penses que ces anecdotes morales ne peuvent être entendues par cette petite qui t’écoute, blottie à tes pieds sur le tapis, dis-lui de s’en aller au plus vite. D’ailleurs, je ne sais point au juste ce qu’elle fait ici, cette petite-là ! » À ces paroles du Roi, la petite Doniazade, craignant d’être chassée, se jeta dans les bras de sa grande sœur qui la baisa sur les yeux, la serra contre sa poitrine et calma son âme chérie. Puis elle se tourna vers le roi Schahriar et dit : « Je crois tout de même qu’elle peut rester ! Car il n’est point répréhensible de parler des choses situées au-dessous de la taille, vu que « toutes choses sont propres et pures aux âmes propres et pures ! »

Et aussitôt elle dit :