Le Disciple de Pantagruel/1875/07

Attribué à
Texte établi par Paul LacroixLibrairie des bibliophiles (p. 19-20).

Comment les coqs, chappons et poullailles chantoient dedans le ventre de Bringuenarilles.

CHAPITRE VII.


Et pource que souventesfois tous les poussins qu’il esclouroit ne sortoient pas tous hors de son ventre, mais demouroient dedans son corps, là où ilz croissoient si grandz, estoient coqs parfaits, parquoy, quant il bailloit, vous eussiez ouy plus de cent mille coqs chanter dedans son ventre, si melodieusement que vous eussiez pensé que ce eussent esté orgues, trompettes, saquebutes, bucines et haultzboys, tant chantoient doulcement. Au temps que j’envoyay mon truchemeut par devers luy en ambassade, à cause qu’il parloit bon Crailleboye, qui estoit le langaige maternel dudict Briguenarilles, il estoit despité contre lesdictz coqs, pource qu’ilz l’empeschoient de faire sa digestion à cause de leur plume ; parquoy demanda conseil à mon truchement qu’il aeroit bon d’y faire, lequel luy conseilla d’avoir ung regnard tout vif, lequel il avallast tout entier sans le blesser, et que sans point de faulte il les luy feroit sortir tous hors du corps, ou qu’il les estrangleroit tous sans en laisser ung seul en vie. Cela qui flst, dont il se trouva fort bien ; parquoy il me manda par ledict truchement qu’il estoit à mon commandement luy et ses biens.