Le Capitaine Aramèle/06

Éditions Édouard Garand (p. 16-21).

Deuxième partie

TERRE DE FRANCE

I


Le soir de ce jour Aramèle avait pris sa décision : le lendemain, aux premières lueurs de l’aurore, il sortait de la cité, et lentement, douloureusement, s’engageait sur la grande route qui s’enfonçait dans la campagne verdoyante, vers l’est, du côté du soleil levant qui, bientôt, ferait étinceler de lumières puissantes ces splendides vallées qui bordaient les rives du Saint-Laurent.

Oui, Aramèle s’en allait vers l’est… vers la France ! Il s’en allait, sans jeter derrière lui un regard Et, pourtant, il eût voulu revoir, dans un dernier regard d’adieu, les toits, les clochers et les tours de la cité conquise, mais il redoutait d’y apercevoir le drapeau inconnu ! Ah !… si, tout à coup, une voix lui avait crié : — Regarde, Aramèle ! vois le drapeau de la France !

Il eût jeté un cri de joie suprême, il eût rebroussé chemin et, plein d’ivresse, il fût accouru pour s’agenouiller au pied du drapeau dont l’image vénérée était à son esprit une obsession continuelle.

Hélas nulle voix semblable ne vint murmurer à son oreille.

Il allait tête basse, sac au dos, la rapière battant le mollet de sa jambe. Il chemina longtemps, inquiet, troublé, voûté. Il traversa des bosquets à la ramure fraîche, et gaiement bruissante, il passa sous des voûtes de feuillages rouge et or sertis de diamants dont les feux ardents emplissaient ses prunelles de lumières : les rayons du soleil, qui venait de paraître à l’horizon, changeaient entièrement l’aspect de la nature. Le vert devenait des cuivres brillants ou des lingots étincelants, et sur ces cuivres, sur ces lingots la goutte de rosée glissait comme une perle, un rubis, une opale… Il franchissait des ramées toutes jeunes au sein desquelles des fleurs timides ouvraient leurs boutons, et il entendait une vie magique remuer joyeusement dans ces mystérieux alcôves des frondaisons jeunes. Il écoutait, ravi, le roucoulement des tourterelles, le doux fredon des rouges-gorges, le pépiement des passerines, le cri sonore des merles… Tout à coup le croassement d’une corneille jetait sa note discordante ; alors, durant un moment, le silence s’établissait parmi les oiseaux travaillant déjà à leurs nids. On n’entendait plus que la brise naissante qui commençait de secouer les feuillages, que des volètements rapides… tout semblait se taire craintivement, lorsque, hardiment, un pic-vert se mettait à tambouriner contre l’écorce d’un tronc d’arbre. Alors, reprenait toute la musique des bois, plus vive, plus éclatante.

Aramèle se rappelait que là-bas, en sa jeunesse, il avait entendu des musiques semblables et tout aussi merveilleuses… c’était sous le ciel de France.

Et il traversait des rivières aux eaux vives et chantantes… il longeait des vallons, foulant sous ses pieds le tapis d’herbes nouvelles pleines de senteurs, parfois capiteuses, auxquelles ses narines se dilataient avec frénésie… il passait des ravins profonds au fond desquels coulaient vers le fleuve, venant des monts lointains, des eaux torrentueuses… Puis c’étaient les petits champs d’une ferme, où pointaient les tiges timides des grains, d’une métairie entourée de haies où les bestiaux paissaient avec avidité l’herbe nouvelle et tendre. Et Aramèle jetait un regard d’envie vers les petits bâtiments à toits’de chaume d’où s’échappaient des rires d’enfants mutins. Parfois son regard découvrait des ruines de maisons : c’était une terre abandonnée. Lors des massacres des armées de Wolfe en 1759, les habitants avaient été tués, leurs bâtiments livrés au pillage et à l’incendie. Aramèle, qui se rappelait les terribles dévastations commises par les Anglais durant le siège de Québec, sentait son cœur se gonfler de douleur, d’amertume et de haine. Et c’étaient encore d’autres champs plus vastes que traversait le capitaine, les champs d’un grand domaine, qu’on venait d’ensemencer. Ils étaient tout noirs, et au-dessus s’élevait une vapeur diaphane qui apportait à l’odorat d’Aramèle des senteurs de terroir français. Là-haut, dominant la route, et au sein d’un bosquet de peupliers, de pins et de hêtres, se dressait la demeure du maître, massive et superbe comme un château-fort. Au sommet d’une petite tourelle le capitaine remarqua un petit drapeau français qui déployait fièrement ses plis dans la brise. Aramèle soupira longuement : cela ressemblait tellement à la France !… Mais plus, maintenant, il avançait sur la route, et dans la campagne, plus il oubliait le passé : et sa taille se redressait, ses yeux brillaient de lueurs nouvelles, de lueurs d’espérance, ses regards dévoraient avec un plaisir infini les lieux, les aspects, les couleurs, les mouvements qui l’environnaient : tout ce qui vivait autour de lui ne lui était pas inconnu, et il se sentait pénétrer dans un pays qui était son pays. Rien ne lui paraissait plus étranger. Le ciel lui souriait, le sol s’enivrait, le vent chantait mélodieusement… Aramèle se grisait peu à peu d’un bonheur inattendu.

La route bifurqua à droite, elle serpenta au travers de taillis épais, traversa une plaine onduleuse et fleurie, puis elle grimpa aux flancs d’un coteau fortement boisé, abondant en gibier de toutes espèces : c’était comme une petite forêt où croissaient côte à côte le sapin, le frêne, le bouleau, le cèdre et le tremble, où venaient se nourrir l’orignal et le cerf, où vivaient le chevreuil, où se terrait le renard, où la perdrix perchait… Sous ces bois sombres où pénétrait avec peine un rayon de soleil, où sa chaleur ne descendait pas, Aramèle s’arrêta pour essuyer les sueurs à son front.

Il s’assit sur un arbre renversé, enleva son feutre et jeta vers la cime des arbres et vers un tout petit coin de ciel bleu un long regard d’extase. Il se souvenait qu’en France il avait traversé des bois semblables, aussi touffus, aussi sombres, aussi frais ; et il se rappelait qu’il avait entrevu au travers des cimes remuantes une tache de ciel bleu, du bleu tout pareil à celui qu’il contemplait !

Oui, voilà bien qu’Aramèle, depuis qu’il avait quitté la cité, revoyait de toutes parts l’image de la France. Il en oubliait ce qu’il était, d’où il venait, où il allait ! Il se laissait aller à ce rêve heureux qu’il retrouvait la France, qu’il la parcourait !

Un paysan passa, conduisant une paire de bœufs attelés à une charrette. Les bœufs étaient roux et légèrement tachetés de blanc. Ils marchaient d’un pas lent, ils secouaient le joug, humaient largement l’air frais de ces bois, agitaient leurs oreilles, et de la queue chassaient les premières mouches de la saison.

Le paysan marchait à côté, sur le bord du chemin, et sa main aiguillonnait d’une hart les deux bêtes qu’il commandait d’une voix tranquille. De temps à autre il fredonnait un joyeux couplet de chanson française. Il se tut en apercevant Aramèle. Puis, laissant aller ses bœufs, il s’arrêta et demanda avec bienveillance :

— Allez-vous à la ville, monsieur ?… Je vous donnerai une place dans ma charrette.

— Merci, mon ami, répondit Aramèle. Je quitte la ville…

Devant lui le capitaine découvrait ce paysan français tel qu’il l’avait connu là-bas.

— Et où allez-vous, monsieur ? interrogea encore le paysan.

— En France, mon ami, sourit le capitaine.

Le paysan parut regarder un moment cet homme avec surprise. Puis il hocha la tête et s’éloigna d’un pas rapide pour rejoindre sa charrette et ses bœufs.

Aramèle regarda l’attelage aller jusqu’au moment où il disparut dans la pente du coteau. Longtemps il écouta les cahotements du véhicule et les gais refrains du paysan. Lorsqu’il n’entendit plus qu’un vague écho, il soupira et il lui sembla que son cœur faisait mal : car il lui avait semblé tout à coup qu’avec ce paysan la France s’éloignait de lui.

Puis, passant la main sur son front séché, il murmura doucement :

— Il est de France lui aussi… pourquoi n’en prend-il pas le chemin comme moi ?…

Peu après il se leva et poursuivit sa route, vers l’est encore… vers la France.

Il s’arrêta bientôt à l’orée de ce bois. Là, le coteau descendait en pente très douce vers une grande vallée de taillis toute semée, coupée çà et là de langues de terre noire, sillonnée de haies, tachetée de prés verts où des bestiaux tondaient à belles dents des herbages hâtifs et drus. Parfois sur un tertre apparaissait un toit de chaumière d’où s’élançait un petit panache de fumée blanche. Vers le centre de la vallée serpentait et bourdonnait joyeusement une petite rivière que masquaient de jeunes saules faisant leur feuillée, et ces ondes joyeuses, car Aramèle les entendait, couraient, glissaient vers le grand fleuve. Ce fleuve, Aramèle l’apercevait à droite, par-dessus des bosquets son regard volait et se posait sur les voiles blanches de petits navires qui balançaient doucement dans la brise légère. Et au-dessus de ces voiles blanches, dans l’air bleu et tout plein de lumière d’or, des mouettes tourbillonnaient.

Aramèle retombait dans l’extase devant toutes ces choses admirables qui frappaient ses yeux.

Puis, voulant poursuivre son chemin, il vit la route en bas du coteau tourner légèrement vers le fleuve… ce fleuve qui l’attirait. Et cette route maintenant semblait conduire ses pas vers un village dont il avait cru entrevoir les toits rouges, gris ou jaunes au travers de jeunes feuillages. Et là encore il lui sembla qu’il avait jadis vu un coin de terre tout semblable en France, un tableau tout aussi magique de couleurs que celui qui ravissait ses yeux.

Il descendit le coteau, s’engagea dans la vallée, et s’arrêta un moment sur le petit pont jeté sur la rivière pour écouter chanter les eaux qui glissaient dessous. Il frémit encore… c’était si pareil à là-bas !…

Il franchit le pont et par le chemin sinueux se dirigea vers le hameau. Il en était tout près, et le chemin qu’il suivait le traversait et en faisait la rue principale. Il s’arrêta encore, méditatif, rêveur.

Ses yeux voyaient des maisons aux formes et aux contours français, aux couleurs françaises. Dans la rue, des enfants s’amusaient. Sur le pas des portes des femmes, jeunes et joyeuses, s’entretenaient, et ces femmes possédaient des physionomies françaises. Mais, chose plus exquise, la langue que parlaient ces enfants et ces femmes, c’étaient la sienne, c’était la langue de France !

— Suis-je déjà en France ? se demanda Aramèle avec un joyeux émoi.

Il était fatigué. Du regard il chercha autour de lui un endroit pour se reposer à l’ombre de grands peupliers qui, comme des sentinelles géantes, gardaient l’entrée du village. Une femme, jeune et fraîche, revenait de la rivière portant un sceau d’eau. Elle s’arrêta un peu surprise près du capitaine et demanda d’une belle voix française :

— Que cherchez-vous, monsieur ?

— La France… répondit Aramèle sans trop savoir ce qu’il disait, très troublé devant cette soudaine apparition d’une femme française.

— La France ?… balbutia la jeune femme en rougissant sous le regard ardent du capitaine… Elle est loin, ajouta-t-elle avec un soupir.

— Mais non… allait s’écrier Aramèle, la France, elle est ici… je la vois, je l’entends, je foule du pied son sol cher…

La jeune femme, gênée, s’était vivement dirigée vers le village.

Le capitaine s’y dirigea à son tour. En posant ses pieds sur la rue, et derrière un bouquet massif de peupliers, il vit une église, ou plutôt une chapelle avec son petit clocher qui ne dépassait pas la cime des peupliers. Il s’arrêta devant, enleva son feutre et regarda la croix d’acier étinceler sous le soleil. Aramèle contempla longuement cette humble chapelle, avec ses murs tout blancs de chaux nouvelle, ses petites fenêtres ogivales, son perron, son clocher. Il se souvenait qu’il avait vu des chapelles toutes semblables quelque part en Bretagne, en Touraine, en Picardie, dans la Champagne…

Passé l’église, et en allant vers le rivage du fleuve, le capitaine découvrit l’enseigne d’une modeste auberge… Une auberge !…

Ceci parut une trouvaille à Aramèle, car il était fatigué et il avait faim et soif. Il se dirigea vers cette auberge d’un pas hâtif. Une jeune fille, rose, fraîche, souriante, lui fit bon accueil.

— Monsieur vient-il de loin ? demanda-t-elle.

— Hélas ! mademoiselle, je viens d’un pays étranger !

— Et où va monsieur… car monsieur a l’air bien fatigué !

— Je vais en France, mademoiselle !

— En France ! fit la jeune fille avec surprise. Pauvre France ! murmura-t-elle… ah ! vous êtes bien chanceux, vous, d’y retourner ! Nous ici… ah ! la reverrons-nous jamais !…

Aramèle buvait ces paroles françaises, il dévorait du regard la belle enfant avec son joli corsage vert, sa petite jupe de coton jaune, son petit bonnet de toile coquettement posé sur une masse de beaux cheveux bruns.

— Il me semble… et je crois me le rappeler… que j’ai vu jadis en France une jeune fille qui avait les traits de celle-ci ! Une chose certaine, elle est aussi française que celle de là-bas !

Aramèle allait peut-être se laisser aller à quelque longue rêverie, quand la jeune fille demanda de sa voix suave :

— Monsieur désire-t-il se reposer avant de continuer sa route ?

— Je le veux bien, mademoiselle.

Et il demanda aussitôt :

— Pouvez-vous me dire, mademoiselle, où va ce petit navire qui appareille ?

— Il va à Québec, monsieur !

— À Québec…

Aramèle avait tressailli et pâli. Rudement il dit :

— C’est bien, mademoiselle… je vous prie de me servir une collation.

— Ici, monsieur… ou bien dans la grande salle ?

— Ici, mademoiselle… je m’y sens très à l’aise.

C’était une longue et large galerie qui attenait à la façade de l’auberge et qui avait vue sur le fleuve et sur l’unique place du village. De cette place on descendait vers la plage. Là, un quai s’avançait dans les eaux vertes et clapotantes, et à ce quai un petit navire hissait ses voiles pour prendre la route de Québec.

Des lierres grimpaient à la galerie et aux murs de l’auberge. Quelques lilas commençaient à fleurir et exhalaient leur odeur agréable. Tout était rustique et humble, mais tout était beau et reposant. En France. Aramèle s’était un jour assis sur la véranda d’une auberge située, comme celle-ci, sur la place d’un petit village, d’un humble hameau, et non loin duquel coulait une rivière.

Et Aramèle rêva qu’il revoyait la France…

La jeune fille était entrée à l’intérieur de l’hôtellerie pour aller chercher à boire et à manger. Le capitaine s’était assis à une petite table, admirait de son regard rêveur le paysage si français de ces lieux.

L’arrivée d’Aramèle avait fait naître une grande curiosité parmi les habitants du hameau.

Des groupes d’enfants, très curieux, s’approchèrent timidement de l’auberge pour mieux voir cet étranger qui portait une rapière à son côté. C’était surtout la longue rapière qu’examinaient les petits d’un œil admiratif et d’envie. Et l’homme ne manquait pas d’attraits : il avait fort bonne mine dans sa capote militaire, et les enfants aiment regarder les soldats. Aramèle leur sourit largement. Ce sourire parut les intimider… ils retraitèrent aussitôt vers des groupes de femmes qui semblaient commenter, à voix basse, l’apparition de l’étranger. Quelques-unes, avec leurs mains en visière, regardaient attentivement dans la direction de l’auberge. Un peu plus tard Aramèle entendit ces paroles échangées entre deux voisines :

— Qu’est-ce que vous pensez de cet inconnu ?

— J’sais pas… mais ça se pourrait ben que ce serait un militaire… p’être ben un général !

— Il a bonne mine !

— Voyez son épée !…

— Mais si c’était un Anglais…

— Hein !… un anglais !… firent des voix d’enfants… mais il faudrait le chasser !…

Aramèle éclata de rire au moment où la jeune fille de l’auberge apportait un pot de vin et une omelette bien fumante.

— Holà ! mes enfants, cria joyeusement Aramèle, venez encore, je ne suis pas un Anglais ! Non, non… vous le voyez bien que je suis français !

Des gamins à figure barbouillée, des gamines aux joues roses et à longs cheveux bouclés se rapprochèrent, moins timidement cette fois.

— Avez-vous des sucreries, mademoiselle ? demanda Aramèle.

— Des petits cornets de sucre d’érable, monsieur ?

— Mais oui, ce sera exquis.

À la marmaille la jeune fille jeta : — Venez, petits ! Monsieur va vous acheter des cornets de sucre !

Ce fut aussitôt une ruée… et il y en avait une vingtaine de ces marmots bien français Aramèle les considérait avec plaisir.

La jeune fille distribua à la bande des petits cornets d’écorce de bouleau remplis d’un sucre blond, des explosions de joie indicible éclatèrent et les petits dents blanches et très aiguës s’attaquèrent vivement au contenu des cornets.

Et des petites voix bien françaises, elles aussi, crièrent, joyeuses et ravies :

— Merci, monsieur…

— Qu’ils en mettent dans leurs poches, commanda Aramèle, je paye !

La jeune fille alla chercher un plein plateau de ces cornets de sucre. Les enfants, tout étourdis de tant de largesse et de munificence de la part de cet étranger, bourrèrent rapidement leurs poches et leur ventre.

— Petits, dit Aramèle, vous direz à vos mamans et à vos papas que c’est le capitaine Aramèle qui vous a acheté ces sucres !

— Le capitaine Aramèle…

Ce fut un long murmure de surprise et d’admiration…

— Le capitaine Aramèle !

Les enfants partirent à belle course vers leurs mères. La surprise ne fut pas moins grande parmi les villageoises, et cette surprise se manifesta par un choc rapide de paroles et de gestes :

— Hein ! le capitaine Aramèle ?…

— Ah ! ben, par exemple… Celui de Québec ?…

— Qui… qui fait de l’escrime… Voyez, il a encore son épée !

— C’est une rapière !

— Qu’importe !…

— C’est un fier et bel homme tout de même !

— Le plus brave à ce qu’on dit !

— Même qu’il n’a pas voulu se soumettre aux Anglais !

— Sainte-Vierge ! il a bien fait !

— Ce n’est pas lui qui se rendra le premier !

— Et il n’est pas vieux…

— Mais non, il est jeune…

— Est-il marié ?

— On ne connaît pas sa femme…

— Il est peut-être célibataire…

— Ou veuf…

— Mais où va-t-il ?

— Il s’en va en France !

— En France… que c’est de valeur !

— Pourquoi ?

— Eh ben ! parce qu’on va finir par perdre tous nos bons hommes, et ensuite contre les Anglais qu’est-ce qu’on pourra faire, je vous l’demande !

— Ah !… ces gueux d’Anglais !…

Mille autres propos couraient ainsi parmi la petite population villageoise, propos que ne saisissait pas Aramèle, mais qu’il devinait en partie par les regards d’admiration jetés vers lui, par les gestes… Et tout en mangeant il se demandait encore, troublé :

— Suis-je déjà en France ?…