Ouvrir le menu principal

Librairie Payot & Cie (p. 8-10).

L’ESCALADE

La gamme du sauvetage a sept notes… comme l’autre. On les dénomme : courir, sauter, grimper, lancer, soulever, ramper, nager. Nous voici à la troisième note, l’une des plus importantes à considérer. Elle est ainsi définie dans la Gymnastique utilitaire, et je ne vois rien à modifier à cette définition. « Toute escalade se ramène à un mouvement fondamental, la traction des bras, lequel se combine avec trois autres qui sont : L’adhérence, le renversement et le rétablissement. Il y a traction simple si vous vous élevez, par exemple, d’échelon en échelon le long d’une échelle trop fortement inclinée pour que les pieds y prennent commodément appui. L’escalade par adhérence intervient lorsque vous grimpez à un arbre, à une perche, à une corde en vous aidant des mains et des jambes. L’escalade par renversement se produit si, saisissant une branche d’arbre ou une barre, vous culbutez autour pour arriver à vous y asseoir. Quant au rétablissement, on l’exécute en se hissant à la force des poignets de façon à poser les coudes sur le faîte du mur ou sur le rebord du balcon qu’il s’agit d’escalader et en se soulevant ensuite sur les coudes jusqu’à ce que la ceinture ait dépassé l’obstacle. »

Une échelle, une corde, un arbre, une barre, un mur… Que voilà donc des engins simplistes ! Aussi les trois quarts des gymnases ne les possèdent-ils pas. Ils s’encombrent, au lieu de ces objets naturels, d’une belle quantité d’appareils à contorsions qu’on croirait, d’après leurs silhouettes compliquées et désagréables, avoir été directement réquisitionnés dans une chambre de torture de la sainte Inquisition.

Par contre, ils contiennent cet objet suranné : la perche. La perche est tout au plus bonne à préparer des gagnants pour le mât de cocagne. Elle n’aide pas pour la corde et dépayse pour l’arbre. Nos enfants, sauf dans les campagnes, ne grimpent plus aux arbres et ceux-là même qui s’y risquent se bornent aux pommiers ou autres arbres à fruits, nourrissants et hospitaliers. La gymnastique nécessaire pour y accéder est vraiment par trop anodine. Ce n’est plus là de l’escalade. Il faut posséder ou « aménager » sur les terrains d’exercices des arbres propres à être escaladés sans danger mais avec vigueur. Quant à la corde, celle des gymnases est mal présentée et on s’en sert plus mal encore. L’idée de s’asseoir par terre au départ pour augmenter la distance à parcourir et de se hisser en étendant les jambes en équerre pour augmenter la difficulté est saugrenue, pour ne point dire niaise. Puis on ne réfléchit pas que les cordes utilisées dans le sauvetage ne pendent pas toujours dans le vide mais le long des murs et qu’il ne suffit pas d’y monter ou d’en descendre mais qu’il faut, en haut, enjamber la fenêtre ou la balustrade auxquelles elles sont accrochées. De tels exercices demandent à être répétés si l’on veut être en mesure, le jour venu, de les exécuter avec le sang-froid et l’à-propos nécessaires. Il convient donc de varier beaucoup la position, la direction, la grosseur, l’attache des cordes d’escalade.

Rien à dire de l’échelle inclinée, si ce n’est qu’elle devrait avoir des barreaux très rapprochés, ce qui faciliterait beaucoup la besogne du commençant et diminuerait la fatigue. Par la suite, rien n’empêcherait de le faire grimper en saisissant les barreaux de deux en deux, puis de trois en trois. La chose a de l’importance parce que l’épaule et les muscles mis en jeu donnent ici un effort déjà énergique en lui-même et que le débutant rend plus énergique encore par son inexpérience et le désarroi que l’état de suspension répand par tout le corps tant que l’accoutumance n’est pas faite.

On a médit de la barre fixe en la chargeant de tous les crimes antihygiéniques ; après quoi on l’a remplacée, au nom de la science suédoise, par une autre barre qui lui ressemble comme une sœur… La barre fixe sert à des exercices acrobatiques charmants à voir mais qui sont l’apanage de sujets exceptionnellement doués et ne doivent pas être enseignés aux jeunes gens indistinctement, surtout à des adolescents en formation. En dehors de ces exercices, il y a le simple renversement que tout garçon doit être capable d’accomplir. Je signale en passant une barre très longue, à hauteur variable et dont les grosseurs varient aussi de façon qu’à un endroit c’est presque une planche et, un peu plus loin, une grosse branche d’arbre. Cet appareil si ingénieux a été établi par les soins de M. Bertrand pour ce gymnase de Marseille où ce passionné de la culture sportive a, depuis de longues années, formé tant d’excellents élèves. Un appareil de ce genre rendrait les plus grands services dans les écoles, et il n’est pas bien difficile à confectionner.

Nous voici maintenant au rétablissement, bête noire des théoriciens dont les clameurs sont parvenues à le faire écarter des programmes. Mais on sent si bien la nécessité de cet exercice qu’il se pratique quand même en attendant qu’on lui restitue le droit de cité. Je voudrais indiquer seulement que le rétablissement au mur, de beaucoup le plus utile, est aussi de beaucoup le plus anodin car, si lisse que l’on suppose la surface du mur, les pieds, en s’y appuyant, apportent au corps une aide certaine qu’il ne trouve pas dans la planche à rétablissement sous laquelle il y a le vide. Je crois qu’on devrait toujours commencer les élèves par le mur.

La caractéristique psychologique de l’escalade est l’inverse de celle du saut. Ici, la difficulté n’est pas au départ, elle est en route. Ce n’est plus le jugement et la décision du début qui importent, mais la persévérance et le sang-froid prolongés.