Lamarckiens et Darwiniens/Assimilation et variation des plastides

CHAPITRE PREMIER

assimilation et variation des plastides


Tous les êtres vivants sont des plastides ou des agglomérations de plastides.

Un plastide est un corps doué de vie élémentaire, c’est-à-dire capable d’assimilation dans des conditions données de milieu ; autrement dit, un plastide diffère des corps bruts ordinaires par ce fait qu’il existe un ou plusieurs milieux[1] dans lesquels ses substances constitutives augmentent quantitativement sans changer de composition, au lieu de se détruire comme les substances chimiques le font normalement chaque fois qu’elles réagissent. En outre, les plastides ont une taille limitée, de sorte que l’assimilation, au lieu de les faire croître indéfiniment, détermine leur multiplication. Et voilà tout. C’est de là qu’il faut déduire le Darwinisme, le Lamarckisme, en un mot, toute la complication croissante des espèces.

Et d’abord, remarquons que la variation nécessaire à la complication des êtres semble incompatible avec la définition même de l’assimilation. Les plastides, à l’état de vie élémentaire manifestée, se multiplient en restant rigoureusement semblables à eux-mêmes ; ils ne varient donc pas.

Sans doute, mais l’assimilation ne se produit que dans certains milieux[2] bien définis pour chaque espèce de plastides. Dans tout autre milieu[3], l’activité chimique détruit les substances plastiques ou substances constitutives des plastides, comme elle détruit les corps bruts ordinaires chaque fois qu’ils réagissent.

Si un plastide reste suffisamment longtemps dans un tel milieu, ses substances plastiques sont entièrement détruites ; il est transformé en un corps qui n’est plus doué de vie élémentaire, qui n’est plus un plastide (mort élémentaire). La mort élémentaire survient même immédiatement dans certains milieux contenant des substances dites vénéneuses, toxiques, pour les plastides considérés.

Mais il y a de nombreux cas de destruction plastique lente et, dans ces différents cas, suivant la nature des réactifs destructeurs, il est évident que les différentes substances constitutives du plastide se détruiront avec des rapidités différentes. Alors, si la réaction destructive est arrêtée avant que la mort élémentaire soit survenue, il restera des plastides qui différeront des plastides initiaux par la proportion de leurs substances constitutives (variation quantitative).

Que ces nouveaux plastides se trouvent maintenant transportés dans un milieu qui réalise pour eux les conditions de l’assimilation et, par définition même, ils se multiplieront en restant semblables à eux-mêmes, c’est-à-dire avec leur caractère quantitatif.

Cela peut sembler difficile à réaliser, et cependant rien n’est plus commun dans la nature ; il arrive constamment qu’un milieu donné, dans lequel vivent à la fois plusieurs espèces de plastides, se trouvant sans cesse modifié par leur activité même, remplit alternativement pour les uns ou les autres les conditions de la destruction et de l’assimilation, et de ces alternatives résultent des variations quantitatives incessantes.

Il y a même des cas où peut se produire une variation qualitative n’entraînant pas la mort élémentaire, et alors le plastide est remplacé par un plastide d’espèce différente, si, comme j’ai été amené à le faire, on convient de définir l’espèce des plastides par la nature chimique de leurs substances constitutives. Ceci posé, la loi de Darwin va nous apparaître comme une nécessité évidente.

  1. Pour fixer le langage, je dis que ces milieux réalisent pour le plastide donné la condition n°1 et que le plastide s’y trouve à l’état de vie élémentaire manifestée. Voir Théorie nouvelle de la vie, Paris, Alcan, 1896. Bibl. sc. internationale.
  2. Condition n° 1.
  3. Pour fixer le langage, je dis que ces milieux réalisent pour le plastide donné la condition n° 1 et que le plastide s’y trouve à l’état de destruction plastique.