Ouvrir le menu principal

La france Foutue/Acte 3

.
La France foutue (vers 1800)
en Foutro-manie, l’an des fouteurs (À Barbe-en-Con) (p. 66-86).

ACTE TROISIÈME.



SCÈNE PREMIÈRE.

LA FRANCE (1).

Je suis enfin foutue !… et ces triples couleurs (2),
Symbole de ma honte et de tous mes malheurs,
De cet affreux bordel, sont, hélas ! la livrée (3)
À quels tristes excès me vois-je enfin livrée !
Mon voile était sans tache, et seul il était blanc !
Son éclat précieux est souillé par le sang (4).
De vierge que j’étais me voilà république ;
Je suis à tout le monde et ma honte est publique.
Chacun me fout, chacun veut être mon fouteur (5),
Et personne ne craint d’alarmer ma pudeur.
Sans égards, oubliant mes droits de souveraine,
Sans états et sans nom, l’on me traite en romaine.
Chacun est citoyen, et semble être à Paris
Le citoyen nouveau de son nouveau pays.
Le français, qui jadis du monde était l’exemple (6) !

Le français révolté que l’Europe contemple,
Après un tems si long de quatorze cents ans (7),
Ose se comparer à d’illustres brigands (8) !
À ce peuple assassin, qui, révoltant la terre (9),
S’entr’égorgeait lui-même, en se traitant de frère :
Où la nature avait perdu ses droits si beaux (10),
Où cette liberté dressa des échafauds (11) :
Où de Coriolan la vertu fut punie (12),
Où l’un des décemvirs condamna Virginie (13) :
Où le père envoya son enfant à la mort (14) :
Où César de son fils reçut le même sort (15) :
Où la proscription fit nombre de victimes (16),
Et qui, de crime en crime, inventa tous les crimes (17).
Voilà donc le modèle où le français prétend :
Il veut être romain !… ah ! qu’il est inconstant (18) !
Fanatiques sujets d’astucieux despotes,
Qui prenez sans pudeur le nom de patriotes (19),
Qui de votre patrie êtes les ennemis,
Et changez en cyprès la blancheur de ses lys (20) ;
Peuple ingrat et cruel, peuple fier et volage,
Vous apprendrez trop tard à devenir plus sage :
Vous apprendrez, hélas ! dans vos calamités,
À regretter l’honneur, à qui vous insultez.
Que deviendront vos fils, vos femmes et vos filles ?

Français ! que deviendra l’honneur de vos familles ?
La guerre et le viol, voilà qui les attend (21) :
Et ne pouvant alors résister au torrent,
Envain, dans les malheurs d’une guerre civile,
Regrettant mes vertus, et cherchant un asyle (22),
Aurez-vous des remords !… Républicains ou non,
Confondus par le crime et par l’ambition,
Trahis par l’amitié, jalousés par l’envie,
Vous aurez mis vous-même un terme à votre vie (23).




SCÈNE II.

LA FRANCE, LA VENDÉE.


LA FRANCE.

Dis-moi tous mes malheurs et ne me cache rien :
L’espoir nous reste, et c’est hélas ! notre seul bien,
À d’impudiques sens, étant prostituée,
Comme moi sans honneur, comme moi violée,
Détestant toutes deux leurs infames plaisirs,
Réduites à pleurer, à craindre leurs desirs,
Souvent ne craignant plus à force de trop craindre,
Et n’ayant plus enfin, la force de nous plaindre :

Réponds, que dit-on ? parle, as-tu par un courier
Pu savoir quelque chose ?


LA VENDÉE.

Pu savoir quelque choseOn veut pacifier (24).
Charrette est en déroute, et ne sait comment faire :
Ses soldats dispersés manquent du nécessaire,
Et quittent leurs drapeaux. L’Angleterre trahit (25)
L’accord fait entre nous (26)


LA FRANCE.

L’accord fait entre nousJe te l’avais bien dit.
De ses premiers succès cette puissance est fière.
Que je reconnais bien la perfide Angleterre !


LA VENDÉE.

Employant contre nous menace et trahison ;
Mettant le feu par-tout ; apprêtant le poison (27) ;
Arrachant sans pitié l’enfant à la mamelle (28) ;
Et violant sa mère, égorgeant avec elle
Son fils, et les enfans qu’elle a déjà nourris ;
Sans pitié, restant sourds au milieu de leurs cris,
Ne s’apitoyant pas, et toujours dans l’ivresse,
Pillant, détruisant tout, égorgeant la vieillesse (29),
Insultant au ciel même, et défiant le sort.

Les révoltés enfin, bravent jusqu’à la mort (30).
De cette liberté voici le fanatisme,
Et du Républicain le coupable héroïsme (31),
Voici les maux affreux qui font que nos héros
Consentent à traiter avec de tels bourreaux.


LA FRANCE.

Enfin je n’ai donc plus ni soutiens ni puissance !
L’on a su me ravir tout : jusqu’à l’espérance.

(Elle regarde si l’on vient, et lui montre confidemment le poignard caché sous sa robe).

Ce poignard, qu’à l’instant le destin m’a fourni,

(Elle montre l’appartement d’où elle vient).

Deviendra mon vengeur et sera mon appui.
Surprise, ils ont été vainqueurs de ma faiblesse (32).
Ce glaive vengera la France et sa noblesse (33) !




SCÈNE III.

LA FRANCE, LA VENDÉE, LE DUC
D’ORLÉANS.


D’ORLÉANS.

Madame, c’est en vain que vous faisant la cour
Naguères, je vous ai parlé de mon amour :
Envain bandant pour vous, mais n’osant vous le dire,
Je crus par des détours pouvoir vous en instruire.
Vous fermâtes l’oreille à mes faibles accens,
Et laissâtes brûler mon cœur et mon encens :
Mais les tems sont changés, vous n’êtes plus pucelle,
Quoique sans cesse fraîche, aimable et toujours belle.
Je puis donc sans blesser les lois de la pudeur
Plus libre qu’autrefois, vous parler en fouteur ;
Près de vous, en ce jour, être plus à mon aise,
Et vous parlant enfin en femme que l’on baise,
Vous dire que pour vous je sens encor des feux :
Mais que de vos appas dès long-tems amoureux,
J’eusse dans ces instans perdu ma retenue,

Si des rois, mes rivaux, ne vous eussent foutue.
Je haïs ses préjugés du commun des mortels ;
Beaucoup au pucelage élèvent des autels,
Et d’un semblable exploit ils vantent la victoire !
À foutre un con tout neuf, je ne mets point ma gloire.
Je cherche des plaisirs, et non point leurs honneurs (34).
Je laisse ces vains goûts à d’effrénés fouteurs.
J’eus pour vous de l’amour, et vous fûtes aimée
Mais vous aimant encor, quoique dépucelée,
Je viens à vos genoux en faire le serment.


LA FRANCE.

Prétendez-vous, cruel, à mon consentement ?


D’ORLÉANS.

Je viens le demander.


LA FRANCE.

Je viens le demanderLâche… quoique foutue,
Malgré le nom d’amour, qu’envain l’on prostitue,
Quoique sans nul espoir de recouvrer l’honneur !
Cesse, vil maquereau, de prétendre à mon cœur.
£1 est encor des choix lorsqu’on est avilie,
Et ce cœur se restreint dans celui d’une amie.
Et ce cœur se restreint d(Elle montre la Vendée.)

Pour elle seule il bat, seule elle peut l’avoir :
Rougis de tes forfaits, rentre dans le devoir.


D’ORLÉANS.

Je saurai surmonter cette orgueil indomptable.


LA FRANCE.

Monstre ! par quel moyen ?


D’ORLÉANS.

Monstre ! par quel moyenPar le plus favorable !
La force.


LA FRANCE.

La forceC’est bien là le cri de tes pareils !…
Ils ont bien profité de tes lâches conseils.
Ils ont pour des vertus et l’audace et la force,
Et doivent leurs erreurs à ton ame féroce.




SCÈNE IV.


LE DUC D’ORLÉANS.

Elle m’appelle lâche… et méprise mes vœux !
Espère-t-elle ainsi diminuer mes feux ?

Que me font ses dédains, son cœur, sa résistance ?
Il faut que je la foute, et c’est mon espérance.
Que me servirait donc d’avoir tout entrepris ?
D’avoir trahi l’honneur et profané les lys ?…
D’un signal tricolor la France est décorée,
Et jusques sur les mers arbore ma livrée :
J’ai détruit le travail de quatorze cents ans (35) ;
J’ai moi-même appelé mes ayeux des tyrans :
Dans le sénat français j’ai nié ma noblesse (36),
Et venant à mon but de bassesse en bassesse,
Rempant et plein d’orgueil, jaloux de tout pouvoir,
N’ayant de ma grandeur encore que l’espoir,
Je n’ose consommer mes projets et mon crime (37) !
Ah ! de mon lâche cœur serai-je la victime (38) ?




SCÈNE V.

L’ANGLETERRE, LE DUC D’ORLÉANS.


D’ORLÉANS.

Madame, d’un refus retardant mes plaisirs,
La France, en ce moment, s’oppose à mes desirs.
Cruelle envers l’amour, et me traitant de même,

Ses refus sont des lois, et vont jusqu’à l’extrême.
Il semble qu’enivrée encor de sa grandeur,
Un reste de puissance endurcisse son cœur.
De mon pressant amour je n’ai pu la convaincre :
J’espère tout de vous.


L’ANGLETERRE.

J’espère tout de vousC’est à vous de la vaincre.
Soyez plus téméraire, et vous serez heureux.
L’on bande toujours bien lorsqu’on est amoureux ?
Le vit toujours bandant, l’on n’aspire qu’à foutre.
Malgré la résistance, un bon fouteur passe outre :
Et la plus indocile est, dans un pareil cas,
Orgueilleuse de voir bander pour ses appas.
Pour vous j’ai tout fait, Duc, je n’ai plus rien à faire :
Aux projets de ma cour vous étiez nécessaire.
Si depuis quelque-tems vous me foutez, Seigneur,
C’est moins pour mes plaisirs que pour venger mon cœur.
Ah ! si dans ce bordel la princesse amenée,
Frédéric, le premier, chez vous l’a couillonnée,
C’est que son vit nerveux a bandé le premier.
À prendre des plaisirs vous fûtes le dernier :
Et me gamaüchant sur ce lit étendue,
Ce fut à vit molet que vous m’avez foutue.

D’Orléans, je vous crois plus bougre que fouteur ;
Vous devez être même un mauvais enculeur :
Pour avoir trop foutu, vous ne pouvez plus foutre,
Et votre vit n’est plus que le vit d’un jean-foutre.


D’ORLÉANS.

Voilà donc mon destin ! par vous seul abusé,
De tous mes partisans lâchement délaissé,
Ayant prodigué l’or, et bandant pour la France…
De la foutre à mon tour j’ai toujours l’espérance :
Et d’autres après moi ne pourront désormais,
Malgré tous leurs efforts, prétendre à ses attraits.


L’ANGLETERRE.

Soyez moins bande-à-l’aise, ayez plus de courage :
Qui de vous ou de moi doit achever l’ouvrage ?
Foutez-là, croyez m’en, ou vous serez foutu.


D’ORLÉANS.

Je crois que pour la foutre il n’est rien de perdu :
Car si je ne puis pas vaincre sa résistance,
J’ai la force pour moi, pour dernière espérance.


L’ANGLETERRE.

Souvent elle abandonne (39)


D’ORLÉANS.

Souvent elle abandonneIl faut la mettre à bout.


L’ANGLETERRE.

Et pour la rassembler il faut être résout.


D’ORLÉANS.

Madame, à tout tenter je saurai me résoudre.
J’emploîrai, pour la vaincre, ou la paix ou la foudre :
Mais n’ayant pas besoin de vous, de vos avis,
Retraversez les mers, et quittez mon pays.
Retraversez les mers, et quittez(Il sort).




SCÈNE VI.


L’ANGLETERRE.

Avant de le quitter je veux le voir détruire.
Ce que j’ai fait n’est rien, je veux encor lui nuire :
Je veux que des agens, choisis chez les français,
Agissent en secret contre ses intérêts.
Dans ces nouveaux bordels, inventés par le crime (40),
Je veux donner des lois. Puissance maritime (41),
Je veux être absolue, et pouvoir sur les mers
Aller me faire foutre au bout de l’univers.




SCÈNE VII.

L’ANGLETERRE, LA FRANCE,
LA VENDÉE.


LA FRANCE.

Vous encore, Madame !… êtes-vous satisfaite ?…
Vous triomphez d’avoir calculé ma défaite,
Vous attachant le Duc pour en venir à bout,
À Londres, à Paris, maquerelle par-tout,
Faisant avec votre or de lâches mercenaires,
Et pour un culte impur, achetant des sectaires (42),
Vous avez réussi ; mais enfin vos projets
Pour moi, pour tous les miens, ne sont plus des secrets.


L’ANGLETERRE.

L’on doit aux malheureux toujours de l’indulgence,
Et plaindre leurs erreurs qu’arrache la souffrance.
Je ressens tous les maux qu’on vous fait éprouver ;
Sans les avoir créés, loin de les approuver,
Je vous vois, malgré moi, délaissée et trahie,
Réduite à regretter votre ancienne patrie.


LA FRANCE.

Vous ressentez mes maux ! vous qui les avez faits !
Vous, qui peut-être encor tramez quelques forfaits ?
Vous, qui témoin ici lorsqu’on m’a foutue,
Avez de mes douleurs contenté votre vue !
Vous, qui de ce palais avez fait un bordel,
Vous, qui précipitez et le trône et l’autel !
Vous, qui des rois rivaux nourrissiez l’espérance !
Vous, qui de tous les tems avez haï la France (43) !
Vous ressentez mes maux ! Cruelle, après m’avoir,
Par d’indignes moyens, ôté jusqu’à l’espoir ;
C’est bien à vous, hélas ! d’insulter à mes larmes,
Quand vous me préparez de nouvelles allarmes.
Il est trop de Français que l’or sut asservir,
Qui, comme vous, n’ont plus le droit de me servir,
Encor moins de me plaindre.


L’ANGLETERRE.

Encore moins de me plaindreÀ ce reproche injuste
Je ne répondrai rien. Moins vaine et plus auguste,
Recevant à ma cour nombre de fugitifs (44)


LA FRANCE.

Peut-être voulez-vous en faire des captifs (45).


L’ANGLETERRE.

À tous les vendéens ne suis-je pas utile ?


LA FRANCE.

Comment justifier le retard de Grandville (46) ?
Et quand le Toulonais vous fit ouvrir ses ports (47),
Ne deviez-vous point en défendre les forts ?
De Lyon saccagé, qui fit faire le siége (48) ?
Qui mit devant ses murs la horde sacrilége,
Qui brûla, dévasta cette riche cité ?
Avez-vous soutenu le Breton révolté ?
À vos troupes, joignant les troupes autrichiennes,
Avez-vous en mon nom bombardé Valenciennes (49) ?
Et comment joindrez-vous aux fastes d’Albion,
L’horrible assassinat commis à Quiberon (50) ?


L’ANGLETERRE.

Maîtresse sur la mer, qui devient mon empire.
Commandai-je à ses flots ? Et quand le sort conspire (51)
Contre vos partisans et contre leurs projets,
Pourquoi de leurs malheurs accusez-vous l’Anglais (52) ?
C’est ainsi que, toujours facile à l’injustice,
L’on prétend que du sort on devient le complice,
Parce qu’on n’est pas maître ou des flots ou des vents,

Et qu’on ne peut prévoir tous les événemens.
Que conclure de-là ? qu’ainsi se fout le monde ;
Que nous sommes foutus et sur terre et sur l’onde :
Que tout bande et se fout ; qu’on nous fait en foutant,
Et qu’on voudrait encor pouvoir foutre en mourant.




SCÈNE VIII.

LA FRANCE, L’ANGLETERRE, LA
VENDÉE, FRÉDÉRIC, JOSEPH,
CHARLES.


FRÉDÉRIC.

Amans et fortunés, à vos genoux, Princesse,
Nous devons de nos cœurs renouveler l’ivresse,
Et vous jurer encor, heureux de nos plaisirs,
Que nous livrons notre ame à de nouveaux desirs.


JOSEPH.

Notre bonheur passé m’en fait desirer d’autres.


CHARLES.

Nous venons joindre encor tous nos plaisirs aux vôtres.


LA FRANCE.

Je sais que peu content de ce qu’il peut avoir,
L’homme, sans nous aimer, va d’espoir en espoir :
Que cupide en ses goûts et vain d’une faiblesse,
Il trafique l’amour, l’honneur et sa maîtresse ;
Qu’il aime avec ses sens, qu’il n’aime que pour lui,
Et qu’il cache en son cœur le dégoût et l’ennui.
Ainsi dans mes malheurs on me recherche, on m’aime,
Mais c’est pour des plaisirs, et non pas pour moi-même.
Concubine des cours et du peuple français,
Je sais trop que je dois mes maux à mes attraits,
Et que vous êtes loin de prendre ma défense…
Pour venger mon pays, ma gloire et mon offense,
Que le propagandiste aille des potentats,
Citoyen révolté, révolter les états.
Qu’il révolte par-tout, de la Porte en l’Autriche ;
Qu’il gagne le rabin, le prêtre, le derviche ;
Que sans religion et sans divinité,
Il aille propager son immoralité.
Que lui, que le sujet, portent tout à l’extrême ;
Qu’ils portent la terreur au pied du trône même.
Que les peuples divers ne trouvent point la paix !
Qu’ils soient humiliés, vaincus par les Français ;
Que sur ce continent, souillé de tous les crimes,

Que le soldat vainqueur fasse encor des victimes :
Qu’il affronte les mers, les dangers et la mort,
Tous les feux du midi, jusqu’aux glaces du nord.
Que l’Europe aux abois, faute de politique,
Ne soit plus qu’un champ vaste, ou qu’une république :
Et qu’enfin les malheurs du royaume des lys,
Deviennent les malheurs de tous ses ennemis.




SCÈNE IX.

Les Acteurs précédens, LE DUC D’ORLÉANS,
LE COMTE DE PUISAYE, LES FEMMES,
PAGES, ÉCUYERS, CITOYENS.

(D’Orléans, les Pages et les Citoyens sont en cocardes
tricolores).

D’ORLÉANS.

Cen est fait, je triomphe, et vous serez foutue :
Ma volonté fait loi, la force est absolue.
Votre amant le plus cher périt assassiné (53)
Par moi-même, à la mort, il se voit condamné (54),
Et je viens dans vos bras m’enivrer de ma gloire (55).


LA FRANCE.

Assassin de tes rois, prends garde à ta victoire.


D’ORLÉANS, (voulant la contraindre).

Je n’écoute plus rien.


LA FRANCE, (se défendant).

Je n’écoute plus rienMoi, j’écoute l’honneur,
Mon sang et mes regrets. Redoute ma fureur
Autant que mon mépris.
Autant que(L’Angleterre, fait un signe d’approbation).


D’ORLÉANS, (à ses satellites).

Autant que mon méprisCourageux bordelistes,
Fouteuses et fouteurs, tribades, sodomistes,
Égorgeurs des prisons, suppôts de mes plaisirs (56),
Foutez, enculez-vous, contentez vos desirs.
Vous êtes libres tous : le bonheur va renaître (57) ;
Que rien ne vous arrête, imitez votre maître,
Et foutons.

(Il s’empare de la France, et l’entraîne vers le
lit de repos).

LA FRANCE.

Et foutonsDe me foutre en vain espère-tu.
Péris, lâche assassin !…

Péris, lâche assassin !…(Elle le poignarde).


D’ORLÉANS, (tombant sur le lit de repos).

Péris, lâche assassinHélas ! je suis foutu (58).
Ingrate !
Ingrate !


LA FRANCE.

Ingrate !Ainsi le sont toutes les républiques (59).


LA VENDÉE, (se sauvant des bras de Puisaye).

Princesse, sauvons-nous de ces vils fanatiques (60).


LA FRANCE.

Viens, et si nous pouvons…


PUISAY, (arrêtant la Vendée.)

Viens, et si nous pouvonsArrêtez.


LA VENDÉE.

Viens, et si nous pouvons ArrêtezEt pourquoi !
Que puis-je t’importer ?


PUISAYE.

Que puis-je t’importerComptez toujours sur moi.


LA VENDÉE.

Croirai-je à tes discours, quand tu m’as abusée ?
Traître, ne tente plus à tromper la Vendée (61).


L’ANGLETERRE, (à mi-voix).

N’en ayant plus besoin, craignons-en les fureurs.
Que le même poignard (62)

(Elle prend la main de Puisaye, la lui ouvre, et
lui donne le poignard).

PUISAYE, (l’assassinant).

Que le même poignardHé bien, lorsque tu meurs,
De l’Angleterre enfin reconnais le ministre.


LA VENDÉE, (tombant sur un canapé).

Grand Dieu !


LA FRANCE.

Grand DieuQue dois-je attendre encore de sinistre !!
Grand(Aux Spectateurs).
Trop coupables Français, sans roi, ni sans autels,
Quand vous vengerez-vous de tant de criminels ?


FIN DU TROISIÈME ET DERNIER ACTE.



----