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La Science nouvelle (Vico)/Livre 2/Chapitre 08

Traduction par Jules Michelet.
Flammarion (Œuvres complètes de J. Michelet, volume des Œuvres choisies de Vicop. 492-493).


CHAPITRE VIII


DE LA COSMOGRAPHIE POÉTIQUE.


Les poètes théologiens ayant pris pour principes de leur physique les êtres divinisés par leur imagination, se firent une cosmographie en harmonie avec cette physique. Ils composèrent le monde de dieux du ciel, de l’enfer (dii superi, inferi), et de dieux intermédiaires qui furent probablement ceux que les anciens Latins appelaient medioxumi).

Dans le monde, ce fut le ciel qu’ils contemplèrent d’abord. Les choses du ciel durent être pour les Grecs les premiers mathèmata, connaissances par excellence, les premiers zeônrèmata, objets divins de contemplation. Le mot contemplation, appliqué à ces choses, fut tiré par les Latins, de ces espaces du ciel désignés par les augures pour y observer les présages, et appelés templa cœli, — Le ciel ne fut pas d’abord plus haut pour les poètes que le sommet des montagnes ; ainsi les enfants s’imaginent que les montagnes sont les colonnes qui soutiennent la voûte du ciel, et les Arabes admettent ce principe de cosmographie dans leur Coran ; de ces colonnes, il resta les deux colonnes d’Hercule, qui remplacèrent Atlas fatigué de porter le ciel sur ses épaules. Colonne dut venir d’abord de columen ; ce n’était que des soutiens, des étais arrondis dans la suite par l’architecture.

La fable des géants faisant la guerre aux dieux, et entassant Ossa sur Pélion, Olympe sur Ossa, doit avoir été trouvée depuis Homère. Dans l’Iliade, les dieux se tiennent toujours sur la cime du mont Olympe. Il suffisait donc que l’Olympe s’écroulât pour en faire tomber les dieux. Cette fable, quoique rapportée dans l’Odyssée, y est peu convenable : dans ce poème, l’enfer n’est pas plus profond que le fossé où Ulysse voit les ombres des héros et converse avec elles. Si l’Homère de l’Odyssée avait cette idée bornée de l’enfer, il devait concevoir du ciel une idée analogue, une idée conforme à celle que s’en était faite l’Homère de l’Iliade.