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La Marquise de Sablé et les salons littéraires au XVIIe siècle/03

La Marquise de Sablé et les salons littéraires au XVIIe siècle
Revue des Deux Mondes2e série de la nouv. période, tome 5 (p. 865-896).
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LA MARQUISE DE SABLÉ




III.

Cependant les années s’écoulaient, et Mme de Sablé s’avançait vers le terme inévitable, parmi les occupations que nous venons de retracer, les soins de sa santé, ceux de son salut, la multitude de petites affaires qu’elle prenait sur elle pour obliger tout le monde, surtout la correspondance étendue qu’elle entretenait avec sa famille et ses nombreux amis.

Cette correspondance est le seul monument qui reste des quinze ou vingt dernières années de sa vie. On ne saurait dire tout ce qu’elle embrasse, à combien de choses et de personnes elle touche. On y voit d’abord tout Port-Royal, Antoine Arnauld, Pascal, Domat, d’Andilly, l’abbé de Saint-Cyran, assez médiocre neveu d’un grand homme égaré par l’esprit de système, l’intrépide et obstiné Pavillon, évêque d’Alet ; Henri Arnauld, le frère de l’illustre docteur, évêque d’Angers ; Gilbert de Choiseul du Plessis-Praslin, le frère du maréchal de Praslin, d’abord évêque de Comminges, puis de Tournay, prélat savant et modéré ; Sainte-Marthe, et bien d’autres encore de la grande famille janséniste ; à côté d’eux, des ecclésiastiques d’un tout autre caractère, l’abbé de La Victoire, plus occupé de littérature que de théologie et connaissant mieux Cicéron[1] que saint Augustin ; Godeau, évêque de Vence, un des beaux-esprits de l’hôtel de Rambouillet et de la société de Mlle de Scudéry, ayant un peu changé de style avec l’âge, et adressant alors des lettres mystiques aux objets vieillissans de ses anciens hommages ; l’évêque de Laon, depuis l’habile cardinal d’Estrées, mêlé à toutes les grandes affaires de son temps, ambassadeur plein d’autorité auprès du saint siège ; le cardinal Rospigliosi, qui par son influence sur le pape Clément IX, son oncle, et grâce aux sollicitations de Mme de Sablé et de Mme de Longueville, contribua tant à donner à l’église de France la paix ou du moins la trêve célèbre de 1669. Voilà certes de quoi intéresser ceux qui voudraient étudier encore la plus grande querelle religieuse du XVIIe siècle. D’autres noms s’adressent à une curiosité plus profane et promettent un autre genre d’instruction. Une lettre[2] de l’aimable et empressé d’Hacqueville, l’ami de Mme de Sévigné, nous apprend que le cardinal de Retz connaissait aussi et appréciait fort Mme de Sablé. Une autre, du maréchal de Grammont[3], qui remonte à 1654, contient ce renseignement, que depuis la régence, c’est-à-dire depuis une dizaine d’années, il y avait eu neuf cent quarante gentilshommes tués en duel, et cela après toutes les rigueurs et les exécutions terribles de Richelieu. On connaît par les mémoires du temps ce gentilhomme gascon, spirituel et brave, qui se distingua à la fois dans les salons et sur les champs de bataille, et avant La Rochefoucauld fit une cour très pressante à Mme de Longueville, César Phoebus, comte de Miossens, depuis le maréchal d’Albret. Nous ne croyons pas qu’il y ait de lui une seule ligne imprimée ; on en trouvera ici plusieurs lettres fort agréables, qui pour la politesse et le bon ton peuvent le mettre à côté du maréchal de Clérembault, le héros du chevalier de Méré. Qui s’attendrait à rencontrer dans les papiers de Mme de Sablé des billets de ce marquis de Vardes que Mme de La Fayette a si bien fait connaître dans son Histoire d’Henriette d’Angleterre[4], traître à la fois envers celle sur laquelle il avait osé lever les yeux, envers son ami, l’aimable, chevaleresque et imprudent comte de Guiche, et envers son roi, dont il surprit un moment la confiance, mais qui le punit bientôt de toutes ses déloyautés ? Les portefeuilles de Valant en ont conservé quatre ou cinq billets assez bien tournés[5]. Mme de Sablé paraît aussi avoir été fort liée avec Monsieur, frère de Louis XIV, prince médiocre assurément, mais dont une triste politique se complut à cultiver les goûts frivoles, qui finirent par être honteux. Il n’était ni sans esprit ni sans courage, et si son frère l’eût bien voulu, il en aurait pu faire l’égal de bien des archiducs. Mme de Sablé, comme beaucoup d’autres dames, s’intéressa vivement et très innocemment au jeune et beau Philippe d’Orléans, et elle le poussa à se distinguer ; lui, de son côté, rechercha son estime et lui témoigna de la confiance et de l’amitié, comme on le voit par plusieurs lettres qu’il lui écrivit en diverses occasions[6], particulièrement dans la campagne de Flandre, où il fit preuve de bravoure et d’une certaine capacité militaire.

Mais, nous l’avouons, ce qui a le plus attiré notre attention, ce sont les lettres de femmes, plus confidentielles et plus intimes, qui font mieux pénétrer dans le cœur et les habitudes de la marquise, et montrent en même temps combien il y avait d’esprit et de goût pour l’esprit dans les grandes dames d’alors, soit qu’elles brillassent à la cour et dans les salons, soit qu’une piété précoce, ou de secrètes blessures ou la politique de leurs familles les eussent jetées dans des couvens. On peut partager en deux classes les amies de Mme de Sablé, les religieuses et les mondaines, et on ne sait trop en vérité auxquelles donner la préférence. Commençons par les religieuses.

Mme de Sablé avait une nièce, abbesse du couvent de Saint-Amand à Rouen[7], qui s’était fait une certaine réputation d’esprit, car dans un ouvrage assez ridicule, mais qui n’en est pas moins fort curieux par les nouveaux renseignemens qu’il donne sur les précieuses, le Cercle des Femmes savantes publié en 1663, on lit au nom d’Amestris : « La Normandie n’a pas seulement produit de grands hommes, elle peut encore se vanter de la naissance de Mme l’abbesse de Saint-Amand. » Deux ans auparavant, en 1661, le Grand Dictionnaire historique des Précieuses désignait Mme de Saint-Amand sous le nom de Siridomie[8]. Somaize nous y apprend qu’elle était visitée à la grille de son parloir par ce qu’il y avait de mieux à Rouen, et qu’elle avait près d’elle une autre nièce de Mme de Sablé qui devait lui succéder. Sa correspondance avec sa tante ne dément point sa réputation provinciale.

Mme de Sablé étant liée à la fois avec Port-Royal et avec les Carmélites, on trouve dans ses papiers des lettres qui viennent de l’un et de l’autre monastère. Du côté de Port-Royal, nous n’avons pas un seul billet de la grande Mme Angélique, morte en 1661, au commencement de la persécution, et avant d’avoir eu à signer le fameux formulaire ; mais il y en a plusieurs de sa digne sœur, la mère Agnès Arnauld, et de sa nièce, la mère Angélique de Saint-Jean, qui ont gouverné tour à tour la sainte maison dans l’une et l’autre fortune. Ces billets sont écrits à la hâte et sans aucune prétention ; aussi rien de bien saillant, mais toujours du naturel et un naturel aimable, et une nuance de délicatesse féminine ajoutée à la gravité des Arnauld. Les portefeuilles de Valant contiennent aussi deux petits billets fort agréables de la sœur Marthe la carmélite, Mlle du Vigean, l’Aurore de Voiture, la Valérie de Somaize[9], et plus d’une lettre d’une autre mère Agnès, bien faite pour être comparée à la sœur d’Arnauld, la mère Agnès de Jésus-Maria, Mlle de Bellefond, dont l’esprit est si vanté par Bossuet et par Mme de Sévigné, qui s’y connaissaient apparemment. Mais pour tirer de la mère Agnès tout ce qui était en elle de force, d’élévation ou de délicatesse, il fallait des circonstances heureusement rares, ou la longue lutte de Mlle d’Épernon contre sa famille, ou le désir d’arracher à la cour Mlle de La Vallière et de la purifier dans les pénitences du Carmel. C’est alors que l’humble servante de Dieu trouvait ces accens persuasifs et touchans qui revivent dans plusieurs lettres de Bossuet ; mais d’ordinaire elle ne montrait qu’une grande justesse, de la sérénité et même un certain enjouement, et ce n’était vraiment pas sa faute si elle ne pouvait rien écrire qui ne trahit par quelque endroit une nature distinguée. Quand la sainte prieure Marie-Madeleine, autrefois la charmante Marie de Bains, tomba gravement malade en 1673, Mme de Sablé, qui l’avait fort connue à la cour de Marie de Médicis, ne pouvant ou n’osant aller la voir à l’infirmerie des Carmélites, lui envoya son portrait [10], pour récréer les yeux et l’esprit de la malade de l’image et du souvenir d’une amie. Elle était représentée jeune encore et assez parée. Le gracieux portrait fut reçu avec toutes sortes d’honneurs, et la mère Agnès raconte cette petite scène à l’ancienne précieuse avec un agrément qui n’est pas exempt aussi de quelque préciosité.


« Lundi, 14 juillet 1673[11].

« Madame la marquise de Sablé a été la très bien-venue dans l’infirmerie de notre bonne mère. Elle l’a fait parfaitement bien souvenir de sa chère sœur et moi très bien aussi du jour qu’elle avoit des fleurs de jasmin et de grenade mêlées avec ses cheveux, ensuite de ce que l’on a vu et de tout ce que l’on s’est rappelé, elle a reçu de très grandes louanges ; mais on lui doit encore celle-ci qu’elle y a paru insensible. Comme vous estes de ses amies, ma chère sœur, nous vous faisons part de nos sentimens pour elle et de l’extrême satisfaction que nous avons eue de sa visite. Il faut néanmoins confesser qu’il s’est dit une petite chose à son désavantage, qui est, sans flatterie, qu’elle n’égaloit pas à beaucoup près l’original. »


Nous rencontrons maintenant une autre religieuse, estimée aussi de Bossuet, qui n’appartient ni à Port-Royal ni au Carmel, l’abbesse de Fontevrault, Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart, fille du duc de Mortemart et de Diane de Grandseigne, nièce du comte de Maure, sœur du duc de Vivonne, de Mme de Thianges et de Mme de Montespan. Elle avait l’esprit des Mortemart et quelque chose de la beauté de ses sœurs, ainsi qu’on peut le voir dans le portrait de Gantrel, qui la représente, sur le déclin de l’âge, avec les traits les plus nobles et un grand air de majesté et de douceur[12]. Son goût naturel la portait vers le monde, et elle eût peut-être succombé comme ses sœurs ; le cloître la sauva, et lui fut tout ensemble un asile à sa vertu et une école où toutes ses qualités se développèrent. Elle ne savait pas seulement l’italien et l’espagnol, les deux langues alors à la mode, mais elle parlait le latin et l’écrivait d’une façon à étonner les plus habiles. Un peu plus tard, elle apprit assez le grec pour entreprendre du Banquet de Platon, en s’aidant beaucoup, il est vrai, du latin de Ficin, une traduction d’un style naturel, coulant, agréable. Elle l’envoya à Racine, qui en refit le commencement, surpassant aisément la docte religieuse, mais restant lui-même bien au-dessous de l’original, et remplaçant par une savante élégance la naïveté, la grâce, le charme incomparable du modèle antique[13]. Vainement Mme de Mortemart, frappée de tant de mérite, voulut regagner sa fille au monde : celle-ci, qui d’abord était entrée au couvent avec répugnance, s’y était attachée et n’en voulut plus sortir[14] ; elle fit profession à l’Abbaye-aux-Bois, à l’âge de vingt ans, en 1665 ; elle fat Dominée abbesse de Fontevrault en 1670, ayant à peine vingt-cinq ans, et elle y mourut en 1704. Il paraît que le goût des lettres anciennes et de Platon était héréditaire dans la famille, car Huet nous raconte qu’étant aux eaux de Bourbon avec l’abbesse de Fontevrault et sa nièce, Marie-Elisabeth de Rochechouart, une des filles du duc de Vivonne, devenue depuis la marquise de Castries, dame d’atours de la duchesse d’Orléans, il trouva la nièce tout aussi savante que la tante, et la surprit un jour lisant en secret un livre qu’elle s’efforça de cacher et qui était un volume de Platon. Ils lurent ensemble le Criton, et Huet ne sut qu’admirer le plus de son intelligence ou de sa modestie[15]. Mme de Sévigné, aussi sévère envers ceux qu’elle n’aime pas qu’indulgente pour ceux qui lui plaisent, et qui ne pouvait souffrir tout ce qui tenait à Mme de Montespan, dit avec sa malice accoutumée : « L’abbé Testu la gouverne fort[16]. » L’abbé Testu ne la gouvernait point, et l’agréable commerce qu’ils avaient ensemble, et que Mme de Sévigné relève en divers endroits avec une affectation marquée, était tout aussi public et aussi innocent que celui de Mme de Sévigné avec Corbinelli, de Mme de Sablé avec Esprit, de Mme de La Fayette avec Ménage[17]. La nièce de Mme de Maintenon a peint avec beaucoup plus de vérité et de justice la sœur de Mme de Montespan : « On ne pouvoit, dit Mme de Caylus dans ses Souvenirs[18], rassembler dans la même personne plus de raison, plus d’esprit et plus de savoir ; son savoir fut même un effet de sa raison. Religieuse sans vocation[19], elle chercha un amusement convenable à son état ; mais ni les sciences ni la lecture ne lui firent rien perdre de ce qu’elle avoit de naturel. » Toutes ces qualités paraissent dans le petit écrit que l’aimable religieuse composa sur la politesse[20], en réponse à une de ces questions qui s’agitaient alors dans les cercles précieux, et qui ont inspiré à la Palatine, Anne de Gonzague, cette défense de l’espérance[21], les seules pages qui soient restées d’elle. On peut dire que l’écrit de Mme de Fontevrault n’est pas seulement un traité, mais un modèle de politesse. C’est tout à fait la manière de Mme de Sablé ; tout y est marqué au coin de la raison, et respire une simplicité du meilleur goût. Sa correspondance a le même caractère ; on en pourra juger par quelques fragmens.

Mme de Fontevrault n’était pas devenue janséniste malgré ses relations avec Mme de Sablé, mais on lui en avait fait un peu la réputation à l’Abbaye-aux-Bois, elle-même nous l’apprend dans une lettre adressée à une religieuse de ce monastère.


« À Fontevrault, ce 16 mars 1679[22].

« … Je suis très aise que madame (la prieure de l’Abbaye-aux-Bois) parle de moi avec amitié ; mais assurément elle se trompe de me croire janséniste. Pour la doctrine qu’on leur impute, je ne l’ai pas ; mais il est vrai que les livres de ces messieurs me paroissent au-dessus de tout ce qu’on peut lire en notre langue, et que la morale qui y est enseignée, quoique très rude à la nature, ne laisse pas de me plaire, parce qu’elle est conforme à la seule et véritable règle, qui est l’Evangile. Voilà ma profession de foi en raccourci. Je ne m’estonne pas qu’elle soit un peu suspecte chez vous, puisque les gens qui y gouvernent, ne me croyant pas de leur caballe, seroient bien aises de faire croire que je suis aussi séparée de l’église que de leur empire. Comme leurs jugemens ne sont pas ceux de Dieu, je me console, et je suis mesme assurée que dès ce monde les vrais honnestes gens me feront justice. Vous serez peut-estre ennuyée, ma chère sœur, d’un aussi grand prône que celui-là ; mais comme je n’ai nulle nouvelle à vous mander et que je suis bien aise de vous escrire, je me suis estendue sur la première chose qui m’est tombée dans l’esprit… »


L’avantage des lettres intimes est qu’au milieu de bien des détails inutiles, elles nous instruisent d’une foule de choses qui ne sont point passées dans l’histoire, et qui méritent d’être sues. Nous ignorions, par exemple, que l’abbesse de Fontevrault avait eu à se plaindre de sa sœur, Mme de Thianges, et que celle-ci avait fini par devenir fort dévote, et par suivre les exemples et les conseils de Mme Sablé et de ce Tréville, l’Arsène, dit-on, des Caractères de La Bruyère, et si célèbre au XVIIe siècle par son esprit, sa galanterie et ses perpétuels changemens.


« À Fontevrault, ce 19 juin 1674[23].

« Je suis trop heureuse, madame, que vous vous soyez aperçue de mon silence et que vous m’ordonniez de vous en rendre raison. Il m’est très aisé de le faire, et je n’ai pour cela qu’à vous dire que j’ai esté deux mois occupée à mon chapitre général, qui est la plus grande et la plus longue affaire que puisse avoir l’abbesse de Fontevrault. Je n’en suis pas encore absolument quitte, mais je puis vous assurer que, dans le temps qu’elle m’occupoit le plus, je songeois à trouver quelque moment de loisir pour vous faire, ressouvenir de moi. Vous avez eu la bonté de me prévenir, et vous m’avez donné une très sensible joie, car je ne souhaite rien tant que de trouver que vous me faites l’honneur de m’aimer, et outre cela, j’aime vos lettres pour elles-mesmes. Je me fais un plaisir extrême de les lire mille fois. Ma sœur de Fourille[24] en aura un le plus grand du monde quand elle saura qu’il lui est permis d’aller chez vous. C’est une fille qui a beaucoup d’esprit et le goût très fin. Ainsi il ne peut rien lui arriver de plus heureux dans tout son voyage que d’avoir l’honneur de vous entretenir. Comme elle est une de celles de cette maison que j’aime le mieux, je lui ai dit cent fois ce que je savois sur vostre sujet, et vous jugez bien, madame, que je serai ravie qu’elle vous ait vue pour que nous puissions, elle et moi, avoir le plaisir de parler souvent de vous. Je n’ai esté nullement surprise de la froide réception que Mme de Thianges lui a faite : cela ressemble à tout le reste de sa conduite à mon esgard, et je commence à croire qu’elle se fait un point de conscience de me maltraiter, voyant que ce deschainement a commencé presque en mesme temps que sa dévotion, et qu’il subsiste sans que j’en puisse deviner le fondement ; car enfin, madame, je ne lui ai rien fait en ma vie, et il me semble mesme que, quand je l’aurois offensée, l’esloignement et l’abandon où je suis devraient naturellement faire cesser ses persécutions. Je vous dis cela, parce que j’aime à vous faire part de ce que je pense, et nullement pour que vous en fassiez usage. Je suis résolue à prendre patience, à me passer des gens et à me souvenir toujours de ce dont ils sont capables, non pas pour leur en vouloir du mal, mais afin de n’estre jamais assez sotte pour faire aucun fond sur eux. Voilà, madame, tout ce que je pense sur ce sujet. Si je m’y suis un peu trop estendue, vous vous souviendrez, s’il vous plaist, que vous m’avez mandé de vous dire toutes mes pensées sur cette affaire… Il me semble que j’ai respondu à tous les articles de vostre dernière lettre, excepté aux louanges qu’il vous plaist de donner à ce petit discours qui est tourné entre vos mains (probablement le discours[25] sur la politesse) ; mais je suis si honteuse que vous l’ayez vu, que je ne puis vous en rien dire. Je vous prie de ne pas prendre cela pour une façon, etc. »


« À Fontevrault, ce 3e de janvier[26]

« … Vous m’avez fait un plaisir sensible de vous estendre un lieu sur la dévotion de Mme de Thianges. Il me paroit, de la manière dont vous en parlez, qu’elle pourroit estre très solide, si elle quittait la cour ; mais je ne puis croire, non plus que vous, qu’on puisse soutenir dans ce pays-là une vie aussi austère que le doit estre celle des véritables chrestiens, surtout de ceux qui, ayant été engagés dans le monde, doivent songer à faire une sérieuse pénitence. Je pense, madame, que vous et M. de Tréville lui aurez souvent presché cette vérité, et que bientôt elle la mettra en usage. Je trouve qu’elle n’est pas à plaindre d’avoir de tels directeurs ; car, madame, je vous mets de ce nombre, et je sais bien que personne ne peut mieux que vous persuader de bien faire. J’ai ouï parler aussi il y a longtemps du mérite de M. de Tréville ; je l’ai même vu une fois ou deux pendant que j’estais à Paris. Je ne soupçonnois point du tout alors qu’il pust estre à deux ans de là le directeur de Mme de Thianges ; mais Dieu change les cœurs quand il lui plaist, et je me réjouis bien quand j’appris l’année passée cette célèbre conversion. Je suis ravie, madame, que ma sœur soit assez heureuse pour estre tout à fait bien avec vous. Je lui envie furieusement le plaisir qu’elle a de vous entretenir quelquefois, et je voudrais au moins que vous voulussiez vous souvenir de moi quand vous estes ensemble. Croyez qu’il ne se peut rien adjouter à l’admiration que j’ai pour vous, et puisque vous voulez que je vous traite familièrement, je vous aimerai avec toute la tendresse et la fidélité possibles. »


Mais quittons Port-Royal, les Carmélites et Fontevrault pour revenir à la société mondaine de la marquise de Sablé. Nous avons déjà fait connaître plusieurs des femmes qui en faisaient l’ornement, Mme de La Fayette, la duchesse de Schomberg, la duchesse de Liancourt, la princesse de Guymenée, la comtesse de Maure, Mme de Choisy, Mme de Montausier. À ces nobles dames il en faut ajouter bien d’autres dont nous trouvons des lettres plus ou moins nombreuses dans les portefeuilles de Valant : la petite-fille de Mme de Sablé, la maréchale de Rochefort, spirituelle et jolie, mais un peu plus que légère, et que Saint-Simon n’a pas ménagée[27] ; la marquise de Gouville, dont on peut voir le portrait parmi les Portraits de Mademoiselle et les premières aventures dans les Mémoires de Lenet, fille aînée du comte de Tourville, premier gentilhomme de Condé et l’un de ses meilleurs officiers, qui le suivit sur tous les champs de bataille, et préluda dignement à la gloire de l’un de ses enfans, le grand amiral de Tourville ; la maréchale de La Mothe-Houdancourt, Louise de Prie, marquise de Toussy, qui, après Mlle du Vigean, toucha un moment encore le cœur de Condé[28], aussi vertueuse que belle, dont le burin délicat de Poilly nous a conservé la ravissante figure, et que Louis XIV, par un juste respect de son mérite et de sa vertu, donna pour gouvernante à ses enfans ; Marie de Brissac, duchesse de La Meilleraye, belle aussi[29] et d’une humeur moins sévère ; la maréchale de L’Hôpital, Mme de Vassé, Mme de Gèvres, Mme de Canaples, Mme de Créqui, Mme de Puisieux ; cette jolie Mme de Saint-Loup ; Mlle de La Roche-Posay, si passionnément aimée du beau duc de Caudale, et qui finit par mêler si bizarrement, à ce que nous apprend Gourville[30], les restes d’une galanterie assez vive avec les commencemens d’une dévotion équivoque ; la duchesse d’Aiguillon, la digne nièce de Richelieu, belle et fière, habile et courageuse, fidèle à la politique de son oncle et inviolablement attachée au parti de la royauté ; Mlle d’Aumale de Haucourt[31], l’amie de Mme de Grignan, dont Mme de Sévigné loue plus d’une fois le mérite, et qui épousa le dernier maréchal de Schomberg, un des hommes de guerre faits pour tenir tête, avec Luxembourg, Catinat et Villars, à Guillaume, à Eugène, à Marlborough, et que la révocation de l’édit de Nantes chassa de France et poussa dans les rangs de l’ennemi ; Mlle de Vertus, une des sœurs de Mme de Montbazon, la tante de l’abbesse de Caen et de Malnoue, la compagne inséparable de Mme de Longueville, qui avait fort connu le monde et qui, jeune encore, se convertit, devint une austère janséniste, et, avec Mme de Sablé, entraîna vers Port-Royal l’illustre amie ; enfin l’une et l’autre duchesse d’Orléans, Henriette d’Angleterre et la palatine de Bavière.

Tant de lettres inédites ne peuvent manquer de contenir bien des renseignemens nouveaux et précieux pour l’histoire des femmes distinguées de cette grande époque ; mais comment embrasser toutes ces lettres, ou bien auxquelles s’arrêter ? Dans ce vaste recueil se détachent deux correspondances particulières, plus considérables que toutes les autres, celle de la comtesse de Maure et celle de Mme de Longueville, les deux amies les plus intimes de Mme de Sablé. Et dans ces limites mêmes il faut faire un choix, car chacune de ces correspondances exige une étude spéciale et étendue. Forcé de choisir, on se doute bien de quel côté seront nos préférences. Dès que Mme de Longueville paraît, le charme agit, et il ne nous reste qu’à la suivre, d’autant plus volontiers qu’avec elle nous aurons l’avantage d’accompagner Mme de Sablé presque jusqu’à sa dernière heure, tandis que la comtesse de Maure l’abandonne avec la vie au milieu de l’année 1663. Ajoutez que les lettres de Mme de Longueville se rapportent à des affaires bien plus relevées. Parlons-en donc, comme on dit, tout à notre aise, et, selon l’usage, commençons par reconnaître d’où viennent et en quoi consistent ces documens, jusqu’ici entièrement ignorés, et qui vont voir le jour pour la première fois.

La correspondance dont nous allons rendre compte devait faire partie autrefois des papiers de Valant, puisqu’on y trouve des notes de la main bien connue du docteur : mais elle en a été distraite depuis fort longtemps, et elle reposait à part sous une assez vieille poussière dans un coffret de fer-blanc, d’où M. Hauréau, l’un des plus instruits et des plus zélés conservateurs qu’ait jamais eu la bibliothèque nationale et qu’elle a malheureusement perdu, l’a tirée en 1850 pour en composer deux volumes inscrits aujourd’hui au Supplément français sous le n° 3029. Ce sont des autographes, la plupart du temps non signés, quelquefois avec la signature A. G. (Anne (Geneviève). Les cachets sont encore intacts ainsi que les attaches de soie dont on se servait alors pour fermer les lettres. Il y en a là plus de deux cents, toutes de la main de la princesse ; mais on n’a point les réponses de la marquise : elles ont été détruites, conformément à la promesse que les deux amies s’étaient faite de brûler leurs lettres à mesure qu’elles les auraient lues. Les traces de cette convention sont partout dans Mme de Longueville : « Brûlez ce billet ici tout à l’heure, je vous supplie, et tous ceux que je vous escris aussi, et mandez-moi qu’il est brûlé. — Ne craignez point pour votre lettre ; je la brûlerai dès que je l’aurai lue. — Ne craignez pas d’escrire clairement, car je brûle vos lettres à l’instant que je les ai lues. — Brûlez ceci au nom de Dieu, etc. » Mais si Mme de Longueville obéissait fidèlement à la convention, Mme de Sablé ne l’exécutait guère. Tandis que l’une écrivait : « Brûlez mes lettres, » l’autre les abandonnait à Valant ; celui-ci les recueillait, et il en faisait même des copies qu’il collationnait sur les originaux, comme on le voit par cette note qui revient très fréquemment : Longueville. Copie, numéro… collationné, page… Ces copies de Valant ont disparu, on ne sait quand ni comment ; mais, grâce à Dieu, les originaux subsistent. Très peu de lettres sont datées ; en les étudiant avec soin, nous nous sommes convaincu que pas une n’est antérieure à l’aimée 1659 ou 1660, c’est-à-dire à l’époque même où nous en sommes, quand déjà depuis plusieurs années Mme de Sablé était retirée à Port-Royal, et que Mme de Longueville ne vivait plus que pour le devoir et le repentir. Il y en a un assez bon nombre de 1663, de 1664 et de 1669 ; d’autres ont trait à des événemens politiques ou religieux arrivés en 1670 et eu 1672 ; une d’elles est datée de 1674 ; quelques-unes même paraissent aller au-delà, en sorte que cette correspondance comprend certainement une quinzaine d’années et conduit Mme de Longueville et Mme de Sablé jusqu’à la fin de leur carrière.

En la faisant connaître, nous nous efforcerons de suivre ou plutôt de rétablir l’ordre chronologique autant qu’il nous sera possible ; nous nous attacherons surtout à pénétrer dans l’âme des deux amies, et à faire voir dans quels sentimens s’écoulèrent leurs derniers jours. Leurs pensées deviennent de plus en plus sérieuses avec les années. Le goût du bel-esprit, qui avait été si vif chez Mme de Longueville, et qui avec sa beauté avait fait sa réputation avant la fronde, est éteint depuis longtemps ; elle écrit par pure nécessité, au courant de la plume, pour dire ce qu’elle veut dire, et sans songer le moins du monde à la façon. Il ne faut donc pas s’attendre à trouver ici de ces petites et charmantes compositions qu’on appelle les lettres de Mme de Sévigné, si naturelles à la fois et si soignées, qui s’échappaient avec une fécondité inépuisable de son esprit et de son cœur, mais que le goût le plus fin surveillait aussi, parce qu’elle savait bien qu’on les montrerait, et qu’elles feraient le tour d’une société nombreuse et brillante. Mme de Longueville est retirée du monde et même livrée à une austère pénitence ; elle est revenue de toutes les vanités, et elle ne fait pas les moindres frais pour une vieille amie. Cependant ces billets si négligés se recommandent encore par un style aisé et du plus haut ton, par je ne sais quelles grâces secrètes et sévères, à jamais perdues, et qui même aujourd’hui, pour être aperçues et un peu goûtées, demandent un instinct bien délicat et un sentiment particulier de la langue jeune et flexible qui semble les porter naturellement.

Voici une lettre dont le lieu et la date ne sont point marqués, mais qui nous paraît la première de ce recueil, et doit avoir été écrite de Normandie, vraisemblablement de Rouen, au milieu de l’année 1660, lorsque Condé, grâce à l’intervention de l’Espagne et de son ministre don Luis de Haro, fit sa paix avec la cour et fut rétabli dans ses biens, ses titres et ses gouvernemens. Mme de Longueville reçut alors les complimens de toute la France. Par quelque motif que nous ignorons, Mme de Sablé ne s’était pas pressée de joindre ses félicitations à celles de tout le monde. Mme de Longueville la gronde de son silence, en même temps elle lui déclare qu’elle ne compte point se servir des prospérités nouvelles qui surviennent à sa maison, et qu’au lieu de reparaître sur la scène, elle ne désire que de pouvoir de temps en temps aller lui faire visite dans sa solitude de la rue Saint-Jacques :


« Il y a déjà assez longtemps que je me demandois quelle raison vous pouvoit empescher de m’escrire dans un temps où tant de gens, qui ne sentent rien pour moi assurément, me donnent des marques de leur souvenir. Cela ne me faisoit pas douter du vostre ni de vos sentiments ; mais comme j’aime à en recevoir des preuves, je les attendois tous les matins avec impatience, et je sournois d’en estre privée avec mortification. J’aurai encore longtemps, selon les apparences, celle de ne pas vous voir, car comme la cour ne reviendra point à Paris cet hiver, il est à croire que M. mon frère n’ira pas non plus, et que par conséquent Je ne quitterai point encore la province. Je vous assure que vous estes la personne du monde dont la vue me sera la plus agréable, et sur le commerce de laquelle je fonde une plus vraie satisfaction. Cela est admirable que dans tous les temps et dans tous les changements ce goût-là subsiste, en moi, et si on devoit remercier Dieu des joies qui ne vont point au salut, je le remercierais de tout mon cœur de m’avoir conservé celle-là dans un temps où il m’en a osté tant d’autres. Je comprends le mieux du monde celle que vous avez, de voir la glorieuse conduite de vos bons amis les Espagnols[32]. En vérité, elle est digne d’une grande estime, et doit donner un grand goût pour eux à ceux qui n’en auraient pas eu jusqu’ici. Vous m’advouerez aussi que voilà une grande estoile pour M. mon frère, et qu’il est bien destiné aux aventures relevées. Il faut bien se garder d’estre trop sensible à de telles choses et de se répandre sur des événements qui portent avec eux autant de malignité, surtout pour les gens qui oui esté aussi touchés de la grandeur et de l’élévation que je l’ai esté. Voici un point où le monde m’a bien attendue, dès qu’il a este persuadé que je ne jouois point la comédie, et je suis assurée qu’on me guettera avec bien de l’attention. J’espère parler avec vous de toutes ces choses et de bien d’autres, et je me fais une idée la plus agréable du monde d’estre hermite avec vous quelques jours de la semaine, si vous me voulez bien souffrir ; ce sera là où nous agiterons et où nous approfondirons bien des choses, et où je vous montrerai mon cœur aussi à découvert que vous l’avez vu jadis, dans lequel vous trouverez toujours les sentiments les plus tendres du monde, je vous eu assure. »

Mme de Sablé, qui s’était laissé prévenir par Mme de Longueville, touchée de ce retour d’amitié, y entra elle-même si vivement, qu’elle eut un peu d’humeur en apprenant que Mme de Longueville avait fait un voyage à Paris, et qu’elle avait été même dans son voisinage, aux Carmélites, sans lui faire visite. Elle s’en plaignit à deux fois, et attribua en plaisantant la négligence de Mme de Longueville à la crainte que celle-ci aurait eue de se compromettre en fréquentant une janséniste aussi déclarée. Mme de Longueville, en se défendant, nous apprend qu’elle avait, obtenu à grand’peine de son mari la permission d’aller à Paris, et qu’elle avait dû y ménager les ombrages de la cour, qui redoutait toujours son humeur entreprenante. La cour se trompait. Une fois que le mobile tout à fait particulier qui poussa Mme de Longueville dans la fronde lui eut manqué, elle était redevenue ce qu’elle était naturellement, la personne du monde qui avait le moins de goût pour les affaires et la politique :


« De Coulommiers, ce 31 décembre 1660.

« Comme j’ai reçu deux de vos lettres en passant à Paris, et que je n’eus que le temps de les lire et non pas celui d’y faire réponse, je le fais en arrivant ici. Je commencerai par vostre lettre de gronderie, et je vous dirai que vous apprenez par le public, et non pas par moi, que je devois passer auprès de Paris, parce que je ne pouvois pas déclarer ce dessein devant que M. de Longueville l’eût approuvé, et que l’on souhaitoit que je ne visse personne à Paris pour les conséquences d’une première entrée, qui falloit qui fût tout à fait précautionnée, à cause de la cour, qui auroit eu peut-estre désagréable qu’on n’y eût pas observé quelque circonspection. Vous voyez par ce que je vous dis, qui est la pure vérité, que vous avez esté un peu bien Vite à juger de moi, et que vous me devez cette justice de croire fermement que quand je ne fais pas une chose qui vous peut montrer mon amitié, c’est qu’elle n’est point faisable, car voilà qui est vrai au pied de la lettre ; et ainsi quand en mille ans vous verrez, mon pas une chose contraire, mais une douteuse, suspendez vostre jugement tout au moins, et attendez de mes nouvelles. Voilà ma réponse à vostre première lettre ; venons à la seconde. Tout le jansénisme du monde ne m’eût pas empeschée de vous aller voir, si J’eusse esté plus longtemps ou plus libre à Paris : mais puisque je n’y voulois voir personne, je ne pouvois, par la mesme raison, sortir des Carmélites pour aller chez vous. Il est certain qu’à tout ce que l’on a dans le cœur et dans l’esprit, on aimeroit bien mieux ne vous point voir que de ne vous voir qu’en passant ; car enfin que ne vous dira-t-on point, et quel chapitre ne traitera-t-on pas à fond ? Je vous assure que voilà la chose du monde qui attire le plus mes souhaits et qui me donnera la plus sensible satisfaction, car je vous aime d’une manière si particulière, que rien assurément ne vous le peut faire comprendre comme cela est. »


Elle témoigne sans cesse à Mme de Sablé combien elle désirerait l’entretenir, et ce désir est si vif, qu’elle se le reproche. Elle voudrait l’avoir auprès d’elle en Normandie :


« Pour avoir un peu (lui écrit-elle) en vous parlant mes coudées libres ; mais cela ne se peut, car vous ne pouvez vous résoudre à faire un pas, et tout de bon l’imagination du plaisir qu’on aurait à vous entretenir de toutes choses me met quasi en colère contre vous de ce qu’on n’en saurait espérer ce petit effort. Vous estes trop bonne de craindre de vous émouvoir un peu trop pour moi ; c’est signe que rien n’est éteint, et que tous vos sentiments sont en leur entier. Je ne sais si je fais bien de m’en réjouir, et si il n’y a pas un peu trop d’amour-propre d’aimer mieux ma satisfaction que vostre perfection ; mais comme je suis bien éloignée de la mienne, il me reste, avec beaucoup d’autres défauts plus considérables, cette inclination d’Adam. »


Peu à peu la vie retirée que continua à mener en Normandie Mme de Longueville, même après que le retour en grâce du prince de Condé aurait pu lui permettre d’en mener une toute différente, éclaira le roi et la cour sur son vrai caractère, et inspira assez de confiance en sa parole pour que plus d’une fois M. de Longueville la chargeât de venir elle-même plaider ses intérêts auprès du roi. Elle se soumettait à la volonté de son mari, venait à Paris, voyait le roi, lui disait ce qu’elle avait à lui dire, et, sans se donner aucun air d’importance, s’en retournait le plus tôt possible. Cependant Mme de Sablé, qui, de sa cellule, voulait tout savoir, en supposait toujours plus qu’il n’y en avait, et demandait à Mme de Longueville ce qu’elle avait dit au roi :


« Vraiment, cela est plaisant (lui répond celle-ci) qu’on parle de ce que j’ai dit au roi, comme si c’estoit quelque chose ; ce n’est rien du tout de considérable. Ainsi il me serait impossible de vous l’envoyer, car j’ai esté si éloignée de l’escrire, que je ne l’ai quasi pas mesme retenu. Je lui représentai bien simplement, et le plus succinctement que je pus, les griefs de M. de Longueville et les raisons qu’il avoit de prétendre qu’on ne lui mit pas ces gens-là devant lui. »


N’ayant pu se dispenser d’aller à Fontainebleau pour les couches de la nouvelle reine, Marie-Thérèse, elle raconte en ces termes à Mme de Sablé comment elle vit à la cour :


« De Fontainebleau, ce 30 octobre 1661.

« C’est plutost une consolation à la fatigue qu’on a à Fontainebleau de vous faire response que ce n’est une nouvelle fatigue, et rien n’est plus mal nommé que cela ; mais vraiment il ne faut pas une chose moins agréable que le sont les marques de vostre souvenir pour adoucir un peu le chagrin que j’ai ici. Je n’ai pas l’incommodité que vous pensiez, car mon frère a pris la chambre où j’avois tant de bruit, et m’a donné la sienne, où il n’y en a point du tout. Cest la seule douceur de Fontainebleau pour moi, car la mesme extresme hauteur, qui la rend tout à fait exempte de bruit, la rend si inaccessible aux gens qui n’ont pas une furieuse envie de me voir, que comme il y en a fort peu dans cette disposition, j’y suis dans une assez grande solitude pour estre à la cour. J’y passe une partie de ma vie, par bien des raisons, et je ne vois guères la reine-mère que le matin, ou pour l’accompagner à des vespres devant le saint-sacrement qui est exposé, et qui le sera jusqu’aux couches de la reine. Il n’y a nul moyen à une personne qui serait mesme plus aguerrie que moi à demander de prétendre des grâces en ce temps ici. Les justices se refusent quasi toutes, comment donc oseroit-on demander des faveurs ? Quand je vous verrai, je vous dépeindrai la cour, et puis je m’assure que vous m’advouerez qu’elle n’excite point à se faire violence pour en exiger des bienfaits. »


Quand la comtesse de Maure mourut à Paris, au mois d’avril 1663, dans le temps même où M. de Longueville était à l’agonie, Mme de Longueville eut la force de surmonter ses propres émotions pour partager celles de Mme de Sablé :


« De Rouen, ce 2 mai 1663.

« Je n’ai garde d’estre plus longtemps sans vous escrire pour vous dire combien je sens pour vous aussi bien que pour moi la mort de cette pauvre comtesse de Maure. Je comprends si bien ce que cet accident peut produire en vous par tant de raisons, que j’en suis toute transie [33] quand j’y pense. Si mes prières estoient bonnes, je vous assure que je les offrirois de bon cœur à Dieu pour vous soulager. En vérité, c’est une grande perte que celle de cette pauvre femme. Je demande partout où je puis des particularités de sa mort, je veux dire celles qui regardent ses dispositions vers Dieu. J’en ai demandé à M. le comte de Maure, quand il sera en estat de le pouvoir faire. Sa douleur m’est si présente et si sensible, qu’il ne se peut davantage. Je ne sais s’il aura reçu ma lettre, car on me mande qu’on ne sait où il est : je prie Nostre-Seigneur qu’il l’assiste. Je ne sais quasi ce que je vous dis, estant dans un tel abattement de corps et d’esprit que je n’en puis plus, car je suis partie malade de Paris, et vous jugez bien que mes occupations présentes ne me guérissent pas. »


Après la mort de son mari, Mme de Longueville vint s’établir à Paris et se consacrer à l’éducation de ses enfans. Elle vendit au roi le vieil hôtel de la rue des Poulies, lorsqu’on voulut achever le Louvre et bâtir la fameuse colonnade, et elle acheta, rue Saint-Thomas-du-Louvre, l’hôtel que le duc d’Epernon avait récemment acquis de Mme de Chevreuse, et qui depuis a reçu et longtemps conservé le nom d’hôtel de Longueville. Elle avait aussi un logement dans la première cour du couvent des carmélites de la rue Saint-Jacques, et l’hiver, quand elle était à Paris, elle y allait faire de fréquentes retraites. Elle était donc à deux pas de Mme de Sablé, et leur commerce devint plus assidu et plus intime. Vivant si près l’une de l’autre, c’était dans leurs entretiens qu’elles répandaient ce qu’elles avaient dans l’âme, revenaient sur les événemens auxquels elles avaient pris part, sur leurs affections, sur leurs fautes, et qu’elles se disaient de ces choses que nous aimerions tant à recueillir, soit pour l’histoire du XVIIe siècle, soit pour celle du cœur humain, et surtout du cœur de la femme. Leurs lettres devaient être d’autant plus vides, que leurs conversations étaient plus fréquentes et plus remplies. Quelquefois ce ne sont que des billets assez courts où Mme de Longueville donne des nouvelles de sa santé, s’enquiert de celle de son amie, s’invite ou refuse à dîner et raconte les détails de son intérieur, souvent elle exprime le besoin d’un entretien où elle puisse épancher son cœur ; mais cet entretien, nous ne l’entendons pas, et les lettres qui sont sous nos yeux n’en retiennent qu’un reflet obscur, des allusions si voilées, que l’œil le plus curieux et le plus pénétrant y surprend à peine quelques traits incertains. Ce qu’on saisit parfaitement dans cette longue correspondance, c’est le caractère des deux amies, leurs occupations, leurs opinions, leurs petites querelles, leurs raccommodemens, leur vie intime : toutes deux spirituelles et aimables, celle-ci curieuse encore et affairée dans la solitude, et mettant la main dans tout du fond de sa retraite ; celle-là ayant véritablement renoncé au monde, n’y tenant plus que par ses devoirs, mais laissant paraître encore ce naturel charmant que la dévotion et le chagrin n’ont pu détruire ; aussi dévouée en amitié qu’elle l’avait été en amour, donnant toujours mille fois plus qu’elle ne reçoit ; d’une générosité et d’une délicatesse dans les sentimens quelquefois poussée jusqu’à la subtilité, et opposant aux négligences ou aux ombrages de son amie une douceur d’ange, comme diraient encore ici Mme de Motteville et Mlle de Vandy[34].

Nous donnerons d’abord quelques billots assez insignifians, mais qui plaisent encore par la façon dont ils sont tournés : ils trahissent partout la grande dame et la femme d’esprit.


« Vous avez des bontés qui me sont si sensibles et qui font une si profonde impression sur mon cœur, que je ne puis m’empescher de vous escrire encore ce petit mot pour vous reconfirmer[35] ce que je vous ai mandé par ma dernière lettre, je veux dire que je suis sur le point de partir. Je crois que cette nouvelle vous donnera de la joie. On ne peut en vérité avoir une plus grande envie de vous voir que j’en ai. »

« … Je vous assure qu’on s’ennuie furieusement de n’ouïr point parler de vous, surtout quand il n’y a pas longtemps qu’on vous a vue ; car Dieu sait comme on se raccoutume à vous, et tout ce que cela fait souffrir à ceux qui ont regoûté[36] le plaisir de voire conversation… »

« Je suis enrhumée à mourir, et je vous assure que j’en suis quasi aussi faschée par ce que cela m’empesche de vous voir les jours que mes tracas me laissent libres, que par l’incommodité que j’en ai. J’espère que ces deux jours-ci, où je ne sortirai point du coin du feu, me désenrhumeront et me mettront en estat de vous voir la semaine qui vient. J’en meurs d’envie, car on a mille choses à vous dire. Au reste, je suis bien faschée d’un mot que vous avez dit de moi, que vous ne viviez plus que d’aumosnes. Hélas ! au lieu de me plaindre des embarras qui remplissent ma vie et qui m’empeschent de vous voir, vous en grondez : cela est bien vilain. »

« Vraiment non, je ne savais point du tout que vous eussiez esté malade, quand je vous escrivois des Carmélites. Vous le deviez bien juger, puisque je n’y ai pas envoyé et que je n’y suis pas courue moi-mesme dans les instans que j’ai eus libres, qui n’ont pas esté en grand nombre, car depuis Pasques il a fallu faire perpétuellement sa cour. Mlle d’Orléans s’estant mariée, il a fallu estre à tout cela, et voir toutes ces reines, ces madames, ces mademoiselles, dont la plupart s’en vont. J’en ai encore à voir tous ces jours ici, et monsieur mon frère qui s’en va aussi. J’envoie donc savoir comment vous vous portez, en attendant que je vous voie, dont j’ai une merveilleuse impatience. »


Toujours indulgente, Mme de Longueville évite soigneusement les sujets de querelle, et les détourne par quelques mots bien sentis d’amitié. Elle souffre sans impatience et tourne en plaisanterie les distractions, les refroidissemens momentanés, les petites humeurs de Mme de Sablé ; mais quand cela va trop loin, la princesse se réveille : douter d’elle lui est une injure qu’elle ne supporte point ; après cela, elle s’apaise et rentre dans sa douceur accoutumée.


« De Trie, ce 2e octobre (1669).

« Je vois bien que vous dormiriez toujours à mon égard, pour ne pas dire quelque chose de pis, si je ne vous réveillois en vous demandant de vos nouvelles et d’où vient ce profond silence. Il est difficile de le rompre quand on n’a nulle matière, et c’est à ceux qui sont à Paris d’en fournira ceux qui ne savent rien du tout comme nous, si ce n’est qu’ils s’ennuient de ne recevoir aucune marque de vostre souvenir, et il paroit que vous ne vous souciez guère de leur en donner. Voilà une, vraie, argoterie[37], et quand ce seroit vous, vous ne feriez pas mieux. Cela vous plaira sans doute plus que des douceurs, ou pour mieux dire ce sont des douceurs pour vous… »


« De Tancarville, ce 9 octobre.

« Est-il possible que mes chagrins et mes embarras m’ayent de telle sorte changé l’humeur, que j’aye mis quelque chose dans mes lettres qui signifie que je suis fatiguée des vostres ? Et si je ne l’ai pas fait, est-il possible que vous ayez pu appliquer ce que je vous dis des autres à vous ? Je vous advoue que ces petites choses font voir qu’il n’y a personne au monde qui n’aye en elle quelque chose qu’on voudrait qu’elle n’eut point, car comment voulez-vous qu’on suppose sans gronder que vous ne croyez pas fermement, sur la foi d’une amitié de vingt-cinq ans, que dis-je d’une amitié ? mais d’un agrément et d’une approbation perpétuelle, que vos lettres ne peuvent que me plaire, et faut-il que je vous en assure tous les jours pour vous le persuader ? En vérité, cela n’est pas bien, et je vous en gronde de très bon cœur. Mais c’est trop grondé ; je ne vous en ferai pourtant pas d’excuse, car vous voyez bien d’où cela sort en moi, qui n’ai pas ce style fort à commandement… »

« J’ai bien peur que si je vous laisse le soin de m’avertir quand je pourrai vous voir, je ne reçoive de longtemps cette joie, et que rien ne vous sollicite de me la procurer, y ayant toujours eu une certaine tiédeur dans vostre amitié depuis nos éclaircissemens, dont je ne vous ai jamais vu revenir bien nettement ; et c’est pourquoi je crains les éclaircissemens, car quelque bons qu’ils soient en eux-mesmes, puisqu’ils raccommodent les gens, il faut toujours advouer à leur honte qu’ils sont au moins les effets d’une mauvaise cause, et que s’ils l’ostent pour quelque temps, quelquefois ils laissent une certaine capacité de se refascher[38] tout de nouveau, qui, sans diminuer l’amitié, en rend au moins le commerce moins agréable. Il me semble que j’éprouve tout cela dans vostre procédé ; ainsi je n’ai pas tort d’envoyer savoir si vous me voulez aujourd’hui. »


Nous rencontrons dans les papiers de Mme de Sablé le brouillon d’un billet qui est bien vraisemblablement la réponse à une des lettres précédentes :


« Je ne fais point d’excuse à votre altesse sérénissime de ce que j’ai esté si longtemps sans lui escrire et sans me donner l’honneur de respondre à celui de son souvenir, car bien loin d’avoir esté en peine de la faute que j’ai faite, j’avoue, que j’aurois bien voulu vous mettre un peu en colère contre moi ; mais je n’ai pas eu ce bonheur, et j’ai été bien affligée de vous voir si bonne et si douce après que j’ai tant failli. Je me suis flattée pourtant que parmi toutes ces épreuves vous ne sauriez douter que mon cœur vous puisse jamais manquer, et que je ne sois toujours en volonté de faire pour vostre service tout ce que je puis faire de dessus mon lit et dedans ma chaise… »


Mais ces nuages passent vite, et la correspondance est toujours sur le ton de l’affection et de la confiance. Les deux amies se convenaient et se plaisaient par le contraste même de leur caractère. La princesse était passionnée, facile à émouvoir et à entraîner, cherchant surtout les satisfactions de son cœur, et, comme il appartenait à une femme du sang de Bourbon, comptant pour assez peu de chose la commodité et les aises dans la vie. La marquise était par-dessus tout raisonnable et prudente, fort occupée de ses amis, mais ne se négligeant point elle-même. L’instinct de Mme de Longueville la portait du côté du danger ; celui de Mme de Sablé l’inclinait au repos. Dès que l’une eut fait le sacrifice de ses affections, tout le reste, pouvoir, fortune, succès de société, agrémens de la vie, lui devint indifférent, et Dieu seul, avec la grande attente de la vie future, put remplir le vide de son âme. L’autre, en s’éloignant du monde, avait gardé dans sa retraite tous ses goûts, toutes ses faiblesses, et même, ainsi que nous l’avons dit, elle avait trouvé le moyen d’allier la dévotion et la friandise. Mme de Longueville n’était pas si habile. Comme on le pense bien, la bonne chère ne lui avait jamais été de rien, mais depuis sa conversion elle suivait avec une rigueur inflexible les règles les plus étroites de l’austérité chrétienne, et souvent il fallait lui rappeler ce qu’elle devait aux convenances de son rang et de sa maison. Elle aime donc les dîners de Mme de Sablé, mais pour causer plus librement avec elle, et elle fuit tous les raffinemens où se complaisait le génie de la marquise. Si elle fait grâce aux confitures, elle interdit les ragoûts, elle réclame les mets les plus simples : elle veut qu’on la traite à Port-Royal comme une religieuse de Port-Royal.

Quand Mademoiselle, dans la Princesse de Paphlagonie, se moque agréablement des frayeurs excessives de Mme de Sablé à l’idée seule de quelque maladie, de ses précautions infinies contre le mauvais air, et des remèdes qu’elle inventait sans cesse à faire envie aux facultés de Paris et de Montpellier, il semble en vérité qu’elle ait tenu entre ses mains les portefeuilles de Valant, si riches en recettes de tout genre, et qu’elle ait connu le manuscrit de la Bibliothèque nationale intitulé Lettres de madame de Sablé à divers[39]. Nous y voyons en effet la peureuse marquise se consumant jusque dans sa retraite en soins extraordinaires pour éloigner les causes et les apparences même de la maladie, et invoquant toutes les ressources et jusqu’aux illusions de la science humaine. Disons vite à l’honneur de Port-Royal qu’il ne s’accommodait point de pareilles dispositions dans une personne qui se disait dévouée à la bonne cause. Aussi, quand Mme de Sablé écrit qu’elle voudrait bien aller à Port-Royal-des-Champs, à la condition qu’il n’y eût en ce moment ni malades ni mauvais air, Arnauld lui répond avec sincérité : « Ne songeons point tant à fuir ce qui tôt ou tard est inévitable. Nous voulons nous bien porter, et le désir que nous en avons n’empesche point que nous ne soyons malades ; nous voulons estre sans incommodités, et nous en ressentons de continuelles. » Sévigny, qui transporta dans la dévotion l’humeur un peu rude de l’homme de guerre, va plus loin et lui déclare que ce qu’il faut venir chercher à Port-Royal, c’est la crainte de Dieu et non pas celle de la souffrance. Malgré tous ses soins, la pauvre femme n’avait pu échapper aux effets de la vieillesse, et à l’âge de soixante-dix ans elle perdit ou crut perdre l’odorat. Elle s’en affligea fort, et sachant que la mère Agnès avait éprouvé le même accident, elle s’empressa de lui écrire dans l’espoir d’en obtenir quelque adoucissement à ses peines. Elle en reçut un sermon qui l’édifia sans la consoler. « Hélas ! lui répond-elle, ma très chère mère, je suis trop éloignée de vostre vertu pour qu’elle me puisse être un exemple. Vous dites parfaitement bien que la privation de ce sens peut me servir de pénitence, sur le plaisir que j’ai pris aux bonnes odeurs. J’en suis tout à fait persuadée, ma raison et ma volonté s’y soumettent ; mais je vous avoue que mon imagination souffre de me voir toute vivante porter une espèce de mort dans une partie de moi-même. Je voudrais bien savoir si ces peines, qui viennent de mon amour-propre, peuvent entrer dans ma pénitence. » Les lettres de Mme de Longueville nous montrent Mme de Sablé sous ce même aspect, adouci et voilé par la plus indulgente amitié. Connaissant ses faiblesses, elle y entre complaisamment ; elle lui demande la recette de ses eaux merveilleuses qui guérissaient tant de maux ; elle la consulte, comme elle ferait un médecin, et elle fait consulter à son intention les médecins les plus célèbres des pays où elle se trouve. Elle a scrupule de lui faire des visites ou d’en recevoir d’elle, lorsqu’elle est malade ou qu’elle a quelqu’un de malade dans sa maison, ou dans son quartier, ou dans ses domaines. Elle va bien plus loin : a-t-elle la moindre incommodité, elle interrompt sa correspondance et ne la reprend que lorsqu’elle est mieux et que ses lettres ne peuvent plus être suspectes de communiquer aucun mal. Et elle ne se moque point d’une si étrange pusillanimité ; elle glisse dessus, et enveloppe le mot discret, qui nous révèle à demi les faiblesses de son amie, des expressions les plus affectueuses, elle lui témoigne une tendre compassion de ses peines, et jusque dans ses moindres billets on sent ce cœur si bon et si doux qui la faisait adorer de tout le monde.


« Si vous me parliez tout de bon en me disant que je puis me moquer de ce que vous m’avez mandé de vos maux et des consultations que vous m’avez priée de taire, je serois dans un vrai chagrin contre vous ; car se pourroit-il qu’il vous tombât dans la pensée que je fusse capable d’un si vilain sentiment et d’un tel manque d’amitié ? Ne pouvant pas estre assez heureuse pour soulager vos maux, j’aime à les savoir, afin de les sentir, et d’y participer au moins par là en la manière que l’on peut. S’il y avoit en en ce pays des médecins à vostre mode, je les aurois bien consultés et vous en aurais rendu un compte fort exact ; mais je n’en connois qu’un seul, qui est très bon assurément, mais c’est de cette bonté des médecins de Paris qui ne vous convient point. Néanmoins, si vous voulez, je le consulterai, et je vous manderai son sentiment ; mais encore une fois, c’est un homme tout tourné à la méthode de Paris… »


Et remarquez que celle qui a tous ces ménagemens pour la santé de son amie les ignore pour elle-même. Aux Carmélites, elle couchait à terre sur un plancher sans parquet[40] ; elle s’enfermait des semaines entières dans le désert humide de Port-Royal-des-Champs : elle portait presque toujours une ceinture de fer[41]. Ce sont ces austérités multipliées et toujours croissantes qui accablèrent ce corps délicat et abrégèrent sa vie, sans toucher presque aux grâces immortelles de sa personne, car un contemporain[42] assure que « les progrès de l’âge ne paroissoient presque pas en elle, que sa beauté n’estoit point effacée, que sa piété lui seyoit bien, et que sa candeur, sa modestie, sa douceur, ennoblies par son air de dignité, la rendoient dans les derniers temps aussi propre à plaire que jamais. »

Il est temps d’arriver aux parties de cette correspondance qui se rapportent à de plus importans sujets.

Ce qui, à dire vrai, lui donnerait le plus de prix à nos yeux, ce serait d’en pouvoir tirer quelques lumières nouvelles sur La Rochefoucauld et Mme de Longueville, d’y apprendre quels sentimens ils avaient pu conserver l’un pour l’autre après la grande rupture, si jamais ils s’étaient rencontrés chez l’amie où ils allaient tous deux si fréquemment, si Mme de Longueville prit part aux occupations ingénieuses qui charmèrent les loisirs de Mme de Sablé de 1660 à 1665, et où La Rochefoucauld joua le principal rôle, si enfin elle n’aurait point aussi donné son opinion sur le livre des Maximes, ainsi que la comtesse de Maure, Mme de Guymenée, Mme de Liancourt, Mme de Schomberg, Mlle de Montbazon et Mme de La Fayette. Elle qui avait été nourrie dans le culte des choses galantes et délicates, l’élève et l’idole de l’hôtel de Rambouillet, le modèle de la vraie précieuse, la Mandane du Grand Cyrus, la Ligdamire de Somaize et du Cercle des Femmes Savantes[43], qui, au milieu des agitations de la fronde, s’était fait une affaire du triomphe du sonnet de Voiture sur celui de Benserade, qui pesa leurs mérites et leurs défauts avec tant de goût et de finesse [44], on voudrait bien avoir son avis sur tous ces mystères du cœur qu’elle était si bien faite pour démêler et pour mettre en lumière. On se demande si Mme de Sablé ne l’avait pas consultée, comme elle fit toutes les femmes d’esprit de sa connaissance, si Mme de Longueville n’a pas répondu comme elles, et on espère quelque jolie lettre, un peu subtile, mais d’un agrément suprême, à mettre à côté de la charmante lettre de la duchesse de Schomberg. Vaine espérance ! Toutes nos recherches n’ont abouti qu’à la découverte de quelques billets dont le plus grand intérêt est de faire voir à quel point Mme de Longueville était changée.

Convertie en 1654, à trente-cinq ans, à la suite des plus violens chagrins de tout genre, Mme de Longueville s’était comme précipitée dans la dévotion : elle avait rompu avec tout ce qui lui pouvait rappeler le passé et la rengager dans le monde. En se rapprochant en 1660 de Mme de Sablé, elle n’avait pas voulu revoir La Rochefoucauld. Elle n’en parle jamais, et ce nom ne se rencontre pas une seule fois dans cette correspondance de quinze années. En était-il toujours ainsi dans les entretiens intimes ? Tout à l’heure on verra que non. Peut-être, à l’insu même de Mme de Longueville, le charme qui l’attachait à Mme de Sablé tenait-il encore à La Rochefoucauld, et trouvait-elle un plaisir secret à écouter ce que lui en pouvait dire, même à demi-mot, une personne qui était entrée autrefois dans leurs tendresses et qui leur était un dernier lien. Que peuvent signifier en effet, surtout dans les commencemens de leur nouveau commerce, ces désirs si vifs qu’exprime à tous momens Mme de Longueville d’être auprès de son amie pour lui ouvrir son cœur, et le lui laisser voir tout entier, comme dans l’ancien temps ? Cela ne se peut guère rapporter qu’à La Rochefoucauld, lui dire du mal, c’était en parler, c’était y penser encore. On ne devait pas, on ne voulait pas le revoir, mais on n’était pas fâchée de savoir de ses nouvelles, d’être au courant de ses affaires, peut-être même de ses nouveaux sentimens.

Mais combien ce cœur si délicat et si fier ne dut-il pas être blessé lorsqu’en 1662 parurent les Mémoires où La Rochefoucauld livrait à la malignité publique les faiblesses les plus cachées de celle qui s’était donnée à lui ? Jamais outrage ne fut plus inattendu et plus révoltant. Encore s’il était parti d’une âme récemment offensée, et qui, dans le premier emportement, se soulage par la vengeance ! mais non : La Rochefoucauld écrivait ses Mémoires au sein de la vie la plus heureuse, ayant parfaitement oublié ses anciennes amours et en méditant de nouvelles. Il ne fait paraître aucun reste de passions d’aucune sorte ; il n’est ni frondeur ni royaliste ; il juge et il peint tous les partis avec la facile impartialité et le sang-froid impitoyable de l’indifférence ; il n’est occupé que de lui-même et du soin de se composer un personnage intéressant. Hors de là, il est très véridique, et c’est un des meilleurs guides à suivre dans l’histoire de la fronde, avec Mme de Motteville et surtout M. de Montglat. C’était la première fois qu’on osait ainsi prévenir la postérité, et mettre à nu ses contemporains à leurs propres yeux. Il est même à croire que La Rochefoucauld ne forma pas véritablement ce dessein, et qu’on imprima ses Mémoires malgré lui ou à son insu ; mais il les avait beaucoup laissés courir, et il ne se lavera jamais de la honte d’avoir si mal gardé les secrets d’autrui. Le succès et aussi le scandale furent immenses. Le duc de Saint-Simon, le père du grand écrivain qui nous a conservé cette anecdote[45], irrité qu’on lui imputât d’avoir jamais songé à trahir le parti du roi, courut chez le libraire, et écrivit de sa main sur tous les exemplaires à l’endroit qui le regardait : l’auteur en a menti. La Rochefoucauld dut dévorer cet affront. Le prince de Condé, dont le portrait n’était pas flatté, se plaignit et menaça. Il n’y eut qu’un cri contre ce qui concernait Mme de Longueville. Une femme livrée ainsi à tous les regards dans sa vie la plus intime et dans toutes ses fautes, de son vivant, du vivant de son mari, en face de ses frères, et par celui qui avait le plus profité de ses faiblesses, et encore une telle femme, si douce dans la prospérité et alors si humble et si pénitente ! La conscience publique se souleva, et La Rochefoucauld ne se put dispenser de désavouer formellement ses Mémoires. Une copie de ce désaveu se trouve dans les portefeuilles de Valant[46]. En voici les passages les plus importans : « Les deux tiers de l’escrit qu’on m’a monstré, et que l’on dit qui court sous mon nom, ne sont point de moi, et je n’y ai nulle part. L’autre tiers, qui est vers la fin, est tellement changé et falsifié dans toutes ses parties et dans le sens, l’ordre et les termes, qu’il n’y a rien qui soit conforme à ce que j’ai escrit sur ce sujet là ; c’est pourquoi je le désavoue comme une chose qui a été supposée par mes ennemis ou par la friponnerie de ceux qui vendent toute sorte de manuscrits sous quelque nom que ce puisse estre. Mme la marquise de Sablé, M. de Liancourt et M. Esprit ont vu ce que j’ai escrit pour moi seul ; ils savent qu’il est entièrement différent de celui qui a couru, et qu’il n’y a rien dedans qui ne soit comme il doit estre dans ce qui regarde M. le Prince. M. de Liancourt le lui a témoigné, et il en a paru persuadé… Il faut aussi dire la même chose pour ce qui regarde Mme de Longueville… » Ce désaveu si net était un mensonge nécessaire, et il ne peut tromper que ceux qui voudraient absolument être trompés[47].

Sans doute il y a dans le petit volume, si souvent réimprimé[48], des pages qui ne sont pas de La Rochefoucauld ; mais celles qui dans le temps révoltèrent le plus tous les honnêtes gens lui appartiennent incontestablement. On n’a point, il est vrai, le manuscrit autographe des Mémoires, mais la Bibliothèque nationale possède de nombreuses copies anciennes, une entre autres, qui est bien du XVIIe siècle, et qui a ce titre : Mémoires de M. de La Rochefoucauld tels qu’il les avoue[49] ; or on y trouve sur Mme de Longueville ce qu’il y a de pas dans les éditions de Hollande. Il y a plus : M. Renouard et M. Petitot ont eu à leur disposition d’autres manuscrits des Mémoires, anciens aussi et meilleurs encore ou du moins plus étendus. Nous avons étudié nous-même celui qui a servi de texte à l’édition de M. Petitot, et qui[50] vient de la bibliothèque de Louis Le Bouthillier de Chavigny, marquis de Pons, autrement dit de Pont-Chavigny, l’un des fils d’Armand-Léon Le Bouthillier de Chavigny, fils aîné de Léon de Chavigny, ministre secrétaire d’état sous Louis XIII et sous la régence, mort en 1652, un des amis particuliers de Condé et aussi de La Rochefoucauld, qui en parle souvent dans ses Mémoires. Ce manuscrit porte en tête l’avis suivant, d’une main aussi ancienne que tout le reste : « Ces Mémoires sont les véritables de M. D. L R. F., et différens de ceux qui ont été imprimés en Hollande, soit pour la beauté du stile, soit pour l’ordre des choses et la vérité de l’histoire. Les imprimés ont été compilés par Cérizay pendant qu’il était son domestique, et partie de ces pièces, qui sont assez mal cousues ensemble, sont de M. de Vineuil, partie de M. de Saint-Evremond ; le reste a été pris dans les manuscrits de M. D. L R. F. ; mais ceux-ci sont entièrement de lui. » Nous admettons cette opinion ; mais si ce manuscrit contient véritablement l’ouvrage de La Rochefoucauld, il s’ensuit que l’édition désavouée n’est pas si infidèle, car elle s’y retrouve presque tout entière, corrigée il est vrai, et surtout augmentée. Un des passages fâcheux sur Mme de Longueville a été adouci ; le plus triste, où La Rochefoucauld décrit l’intrigue, et, comme il dit, la machine qu’il inventa et qu’il conduisit pour brouiller le frère et la sœur, et donner Condé à l’ennemie de Mme de Longueville, Mme de Châtillon, servant les intérêts sordides de celle-ci[51], parce qu’elle servait ceux de son dépit, ce déplorable passage a été scrupuleusement conservé. Le portrait de Mme de Longueville se transformant dans les sentimens de ceux qui avaient pour elle une adoration particulière et recevant la loi, au lieu de la donner, a disparu, et nous le regrettons vraiment, car il était d’une touche trop fine pour n’être pas de La Rochefoucauld, et, sans le vouloir, très flatteur pour Mme de Longueville, qu’il montrait au moins désintéressée et dévouée. À la place de ce portrait, il y a deux ou trois pages nouvelles, aussi fort bien tournées, où les origines et, du côté de La Rochefoucauld, les raisons fort peu chevaleresques de la liaison si mal terminée sont racontées dans le plus grand détail, et, il faut bien le dire, avec une rare effronterie. Enfin partout dans ce manuscrit, et particulièrement aux endroits les plus coupables, l’excellence du style trahit la main de La Rochefoucauld. Non, certes, ce n’est pas l’académicien Jacques Cérizai ou Serizay, intendant de la maison de La Rochefoucauld, disciple assez fade de Balzac et mort d’ailleurs en 1654 : ce n’est pas Vineuil, l’auteur maniéré et médiocre des portraits de Mme Cornuel et de Mme d’Olonne dans les Portraits de Mademoiselle ; ce n’est pas Saint-Evremond, étranger à cette société ; c’est La Rochefoucauld lui-même qui seul a pu écrire tout ce qui se rapporte à Mme de Longueville, à ses qualités, à ses défauts, à son histoire secrète, parce que seul il en avait une aussi exacte connaissance.

Mme de Longueville ne s’y trompa point : elle reconnut parfaitement La Rochefoucauld, et pour lui faire un très mauvais parti, elle n’avait qu’à dire un mot à son frère Condé, déjà fort irrité pour son propre compte : mais ce mot, elle se garda bien de le dire. Triomphe admirable de l’esprit chrétien sur tous les sentimens de la nature ! Cette fière créature qui avait lutté contre la royauté, bravé l’exil, la mer et la guerre civile, qui, enfermée dans Stenay et enveloppée par une armée victorieuse, ne s’était pas rendue, et à force de courage avait un moment triomphé de la fortune et de Mazarin, courbait alors la tête sous le joug de la croix. Elle venait de se remettre entre les mains de l’austère Singlin, et sous ce maître consommé elle avançait à grands pas dans les voies de la perfection chrétienne. Elle s’appliquait à combattre celui de ses défauts qui l’avait tant égarée, cet amour-propre habile à prendre toutes les formes, tantôt celle de la coquetterie, tantôt celle de l’ambition, ce besoin de briller et de paraître, ce désir immodéré de la louange qu’on appelle flatteusement la passion de la gloire, ce goût de l’élévation et de la grandeur dont elle s’accuse elle-même dans la première lettre qu’elle écrit en 1660 à Mme de Sablé. Contre cet instinct superbe qu’elle tenait de sa mère et qu’elle partageait avec son frère, elle invoquait toutes les mortifications, et s’exerçait à les supporter avec la même magnanimité qu’elle avait montrée autrefois au milieu des plus grands périls.

Au risque d’être un peu long, donnons quelques exemples de l’incroyable humilité que le christianisme enseigna à Mme de Longueville, et qui a été sa gloire suprême.

Un jour qu’elle avait en vain demandé au roi quelque grâce pour une personne qui l’intéressait, car elle ne demanda jamais rien pour elle-même, elle fut si vivement émue du refus du roi, qu’oubliant toutes ses résolutions, et emportée par sa nature, il lui échappa, dit un auteur contemporain[52], « des paroles fort indiscrètes et fort peu respectueuses, pour ne rien dire de plus. » Un seul homme les avait entendues, et ne lui fut pas fidèle. Le roi le sut et en parla au prince de Condé, qui l’assura qu’on l’avait trompé. « Je l’en croirai elle-même, » répondit Louis XIV. Le prince va voir sa sœur, qui ne lui cache rien. Il s’efforce de lui persuader qu’en cette occasion la sincérité serait une sottise, et qu’elle fera même plus de plaisir au roi de nier que d’avouer sa faute. « Voulez-vous, lui dit-elle, que je la répare par une plus grande, non-seulement envers Dieu, mais envers le roi ? Je ne saurais gagner sur moi de lui mentir, quand il a assez de générosité pour m’en croire et s’en rapporter à moi. Ce gentilhomme a eu grand tort, mais après tout il ne m’est pas permis de le faire passer pour un imposteur et un calomniateur, puisqu’en effet il ne l’est pas. » Le lendemain, elle alla trouver le roi, et, tombant à ses pieds, elle lui confessa la vérité.

Lorsque ce malheureux Bussy, qui, avec plus de conduite et en cultivant mieux ses belles facultés naturelles, eut pu devenir à volonté un grand homme de guerre ou un grand écrivain, après s’être perdu auprès de Turenne pour des chansons, mit le comble à toutes ses imprudences en laissant circuler le manuscrit de l’Histoire amoureuse des Gaules, comme La Rochefoucauld avait fait celui des Mémoires, Condé, poussé, dit-on, par Mme de Châtillon, fort maltraitée dans cet ouvrage, témoigna publiquement sa colère de l’insolence de l’auteur. Il n’en fallait pas davantage. Un des gentilshommes de Condé, pensant plaire à son maître, fit armer tous les domestiques de l’hôtel dans le dessein d’aller à leur tête assommer Bussy. Heureusement Mme de Longueville n’avait pas été épargnée dans l’Histoire amoureuse des Gaules. Ayant appris ce qui se passait à l’hôtel de Condé, elle y courut, et conjura son frère les larmes aux yeux de pardonner pour elle au coupable[53].

Un peu plus tard, allant un jour des Carmélites à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, sa paroisse, un officier s’approcha de sa chaise pour lui demander quelque service. Mme de Longueville lui ayant répondu poliment qu’elle ne pouvait faire ce qu’il souhaitait, cet homme irrité hausse la voix, et bien instruit du passé de sa vie, grâce sans doute à Bussy[54] et à La Rochefoucauld, il se met à le lui rappeler dans les termes les plus outrageans. Les valets de pied qui entouraient la princesse allaient se jeter sur lui : « Arrêtez, leur dit-elle ; qu’on ne lui fasse rien ; laissez-lui dire tout ce qu’il voudra : j’en mérite bien d’autres[55]. »

Mais en 1662, quand Mme de Longueville apprit ce qu’avait écrit sur elle La Rochefoucauld, l’épreuve fut bien autrement dure. Elle aussi, malgré toute son humilité, elle dut s’écrier dans l’amertume de son cœur, comme Mme de Sévigné après le pamphlet de son cousin : « Être dans les mains de tout le monde, être le livre de divertissement de toutes les provinces, se rencontrer dans toutes les bibliothèques, et recevoir cette douleur, par qui[56] ! » Nous avons relu bien des fois avec l’attention la plus scrupuleuse toutes les lettres de Mme de Longueville à Mme de Sablé qui se peuvent rapporter aux années 1662 et 1663, pour y surprendre une phrase, un mot qui trahit l’émotion douloureuse qu’elle dut ressentir. La plume n’a rien dit ; mais dans les entretiens particuliers le cœur ne s’est pu contenir, et c’est La Rochefoucauld lui-même qui nous l’apprend dans une lettre dont nous pouvons fixer à la fois le sens et la date.

Pour toute vengeance, Mme de Longueville avait laissé éclater une colère généreuse dans le sein de Mme de Sablé. Averti par celle-ci, que fait La Rochefoucauld ? Il renouvelle avec le plus grand air de bonne foi un désaveu dont nous connaissons la valeur, et après s’être ainsi mis à couvert, il continue ses études sur les femmes ; il demande à Mme de Sablé de bien sonder le fond de l’âme de Mme de Longueville, de rechercher et de lui dire si le calme qui avait bientôt succédé aux premiers mouvemens de l’indignation est un fruit de la piété ou tout simplement un effet de la lassitude, selon son principe favori. Odieuse anatomie d’un cœur qu’on a déchiré, et dont on étudie avec une froide curiosité les derniers battemens et les apaisemens magnanimes ! Le détracteur de tout noble sentiment examine en badinant d’où vient qu’on ne le hait plus ; il ne peut admettre qu’une âme naturellement grande, et encore agrandie par le christianisme, soit capable de finir par accepter volontairement le déshonneur comme une sévère mais juste punition, et de pardonner pour être pardonnée à son tour ; il ne croit pas plus au pouvoir de la religion qu’à celui de la vertu ; il calomnie Mme de Longueville jusque dans ses derniers sacrifices ; il y cherche le sujet d’une maxime nouvelle, à l’honneur de la lassitude, de la paresse, dont la prétendue puissance étonnait si fort Mme de Schomberg[57]. La maxime paraît déjà dans la lettre, il n’y manque plus que le trait et la pointe.


« À La Tesne, le 21 juin (1662)[58].

« J’étois assez persuadé que vous trouveriez des raisons pour justifier votre silence ; mais je ne croyois pas que vous voulussiez en mesme temps me reprocher de manquer de soin pour vous et de curiosité pour savoir l’état où vous avez trouvé la personne que vous avez vue depuis peu. On m’en a dit des choses si différentes sur les sentimens qu’elle a pour moi, que j’avoue que vous m’obligerez sensiblement de me dire sans façon ce que vous en avez remarqué ; car, à vous parler franchement, je ne puis comprendre qu’une personne qui donne tous les jours des marques d’une piété si extraordinaire ait mieux aimé prendre le parti de se plaindre de moi avec aigreur et de m’accuser d’avoir fait un ouvrage qu’elle cognoist bien que je n’ai pas fait, que d’adjouster foi au tesmoignage que vous lui en avez rendu. Ce que je vous en dis ne changera jamais rien à la conduite respectueuse que je me suis imposée sur son subject ; mais je voudrais bien scavoir par une personne qui voit comme vous les replis du cœur quels sont ses véritables sentimens pour moi, je veux dire si elle a cessé de me haïr par dévotion ou par lassitude, ou pour avoir cognu que je n’ai pas eu tout le tort qu’elle avoit cru. Enfin je vous demande de m’apprendra ce qui vous a paru là-dessus [59]. »


Au reste, il ne faut pas s’étonner que La Rochefoucauld aille chercher jusque dans le fond du cœur de Mme de Longueville la matière d’une maxime sur la vraie cause de la fin de la haine, car nous trouvons dans les portefeuilles de Valant un papier de la main de La Rochefoucauld où Mme de La Fayette pourrait bien être intéressée et prise elle-même comme le sujet d’une expérience. C’est en tout cas un morceau fort curieux. Au dos est écrit : « M. de La Rochefoucauld donne ceci à juger. »


« J’ai cessé d’aimer toutes celles qui m’ont aimé, et j’adore Zayde qui me mesprise. Est-ce sa beauté qui produit un effet si extraordinaire, ou si ses rigueurs causent mon attachement ? Seroit-il possible que j’eusse un si bizarre sentiment dans le cœur, et que le seul moyen de m’attacher fust de ne m’aimer pas ? Ah ! Zayde, ne serai-je jamais assez heureux pour estre en estat de cognoistre si ce sont vos charmes ou vos rigueurs qui m’attachent à vous ? »


Un autre petit papier, joint au précédent, donne cette variante sur la dernière phrase :


« Ah ! Zayde, ne me mettrez-vous jamais en estat de cognoistre que ce sont vos charmes et non pas vos rigueurs qui m’ont attaché à vous ? »


Nul passage analogue à celui-là ne se trouvant dans Zayde, il faut bien en conclure que ce n’est pas ici une addition ou une correction proposée, mais une question de morale amoureuse et peut-être une déclaration subtilisée, adressée sur un air de badinage à la Zayde qui était alors l’objet des soins et des désirs de La Rochefoucauld. Mais revenons à Mme de Longueville.

Après le court moment de bien juste indignation qu’elle éprouva en 1662, à l’apparition des Mémoires, la paix rentra dans son âme, et depuis la surface au moins paraît tranquille. Elle connaît les occupations littéraires de Mme de Sablé, elle témoigne s’y intéresser par égard pour son amie, mais elle n’y prend aucune part. Mme de Sablé lui parle des sentences et des maximes auxquelles tout le monde travaillait autour d’elle, des divisions qu’elles causaient dans sa société, et elle lui adresse des questions qu’elle retire bien vite, les trouvant un peu trop délicates. Mme de Longueville accueille affectueusement ces communications ; elle se défend d’entrer dans ces querelles qu’elle n’a pas l’air de bien comprendre, mais elle tient son cœur ouvert devant Mme de Sablé, et elle l’enhardit à y pénétrer :


« M. Esprit (alors précepteur des enfans de son frère, le prince de Conti), qui est ici, m’a parlé de ces sentences, mais il ne me les a pas assez expliquées pour comprendre vostre dissentiment sur leur subject, je veux dire pourquoi cette mesme chose que vous trouvez qui fait honneur à leur esprit fait honte à leur âme[60]. Je suis toute honteuse de ce que vous me dites que je vous ai fait ravaler par mon silence les questions que vous aviez envie de me faire. Ce n’a pas été mon dessein, car, bon Dieu ! que ne me pouvez-vous pas demander, et à quoi un vous respondrois-je pas avec la dernière ouverture ? Vous le cognoistrez bien quand vous me tiendrez dans cet hermitage, qui est un des lieux où je me souhaite… Questionnez-moi toutes les fois que vous en aurez envie, au nom de Dieu, et sans réserve. »


Mme de Sablé n’hésite plus : au risque de toucher à d’anciennes blessures, elle envoie à Mme de Longueville la lettre de Mme de Schomberg sur les Maximes, dont elle répandait, comme nous l’avons dit, les copies arrangées. Dans la réponse de Mme de Longueville, pas un seul mot des Maximes, elle garde un absolu silence et sur l’ouvrage et sur son auteur ; mais elle admire aussi l’aimable lettre, et s’étonne qu’elle vienne de Mme de Schomberg, ce qui nous apprend que la grande réputation de piété de cette dame avait fait un peu tort à celle de son esprit, ou que Mme de Longueville la connaissait mal, étant entrée dans le monde quand Marie de Hautefort en sortait presque, et l’ayant déjà quitté elle-même lorsque l’autre y reparut un moment.


« 5 avril 1664.

« Quand on a commencé à lire la lettre que vous m’avez envoyée, on n’a pas de peine à vous obéir en la lisant tout du long, car elle est la plus spirituelle du monde, et d’une sorte d’esprit que je n’avois pas soupçonné en Mme de Schomberg. Je vous la renvoye, et je la trouve tout comme vous. Il y a bien de la délicatesse et de la lumière. »


Pour elle, la réputation de bel-esprit ne la tente guère, et ayant appris qu’on songeait à imprimer une lettre qu’elle avait écrite sur un point de religion qui lui tenait fort à cœur, elle prend l’épouvante, et supplie Mme de Sablé de lui épargner un honneur dont elle serait inconsolable.


« Vraiment je me remets si peu de la frayeur d’être imprimée, que je voudrais de tout mon cœur tenir une lettre que j’écrivois il y a quelque temps à M. de Saint-Roch (le curé de Saint-Roch), en lui envoyant quelque chose de la part de M. Ciron (le célèbre janséniste). Comme c’était un certain ouvrage touchant la cause de la morale, je pensai qu’il l’alloit lui dire quelque mot de louange des soins qu’il prend pour la condamnation de la morale corrompue, et je laissai voir mon sentiment sur ces matières. J’ai peur qu’ils ne s’advisent de m’imprimer en quelque occasion, il n’y a qu’une chose qui me rassure, c’est que ces testes-là oui bien la mine de mespriser les femmes et de compter leurs sentimens pour rien. Je prie Dieu qu’ils me traitent ainsi, car vraiment je serais inconsolable qu’ils me fissent l’honneur de m’imprimer. S’il y a quelque moyen de l’empescher, vous me sauverez d’une grande crainte. »


Qu’est-ce à dire, et est-ce bien là celle dont nous avons raconté la brillante jeunesse, la reine du bel-esprit, l’arbitre des élégances ? Non, c’est une autre Mme de Longueville, c’est la pénitente de M. Singlin, ne combattant pas seulement ses instincts héréditaires de gloire et de grandeur, mais instituant avec elle-même une lutte bien autrement difficile. Comme les sens ne l’avaient jamais entraînée, c’était à son esprit et à son goût pour l’esprit qu’elle s’en prenait par-dessus tout de ses fautes. Elle-même nous le dit dans ses réflexions sur sa retraite, monument singulier de ce qui se passait alors de plus intime dans son cœur : « L’amour du plaisir a partagé mon âme avec l’orgueil durant les jours de ma vie criminelle. Quand je dis le plaisir, j’entends celui qui touchoit mon esprit, les autres naturellement ne m’attirant pas[61]. » Elle faisait donc la guerre à son esprit, elle s’en défiait comme de ce qu’il y avait de plus dangereux en elle, et elle se faisait scrupule de le cultiver. Elle s’était interdit ce qui naguère lui plaisait tant, les romans et la comédie ; elle se refusait aux lectures, aux conversations, aux correspondances agréables ; elle fuyait jusqu’à l’ombre de la plus simple galanterie. Quelqu’un lui ayant adressé une lettre un peu aimable, vraisemblablement sur l’ancien ton, elle écrit à Mme de Sablé : « Ce billet est un vrai poulet. J’ai bien peur que le mien n’y réponde pas dignement. Mon esprit ne me fournit plus rien du tout pour le commerce. » Mais Mme de Longueville avait beau faire. Elle pouvait mettre une ceinture de fer à son esprit comme à son corps : elle le comprimait, elle ne le détruisait pas, et en dépit d’elle il gardait ses agrémens naturels dans les moindres choses et reprenait toute sa force dans les grandes circonstances. Qu’il ne s’agisse plus d’elle-même, de ses goûts et de ses plaisirs d’autrefois, d’occupations élégantes et frivoles, mais d’affaires sérieuses, importantes, où elle croira sa conscience engagée, par exemple, la défense de Port-Royal persécuté, ou le soin de l’éducation et de la destinée de ses enfans, l’héroïne reparaîtra, et nous allons la voir déployer un rare esprit avec une intrépidité digue de la sœur de Condé, et quelquefois même, dans les lettres intimes écrites à Mme de Sablé ou à son frère, trouver des accens énergiques et une vigueur de langage qui rappelleront la contemporaine de Corneille.

Victor Cousin.
  1. On trouve de sa main la traduction de bien des lettres de Cicéron dans le tome V des portefeuilles de Valant. Sur l’abbé de La Victoire, voyez Tallemant, t. II, p. 330.
  2. Portefeuilles de Valant, t. V, p. 171 : « …M. le cardinal de Retz vint ici sur la fin, et j’appris de lui, madame, qu’il avait eu l’honneur de vous voir : vous aurez pu juger par la longueur de sa visite du goût qu’il y a trouvé. Il l’a trop bon et trop délicat pour que j’aie pu être surpris du respect et de l’estime qu’il m’a témoignés pour vous, avec un extrême regret d’avoir eu si tard l’honneur de vous voir. »
  3. Tome II, p. 273.
  4. Désormais la seule édition qui se puisse lire de ce charmant ouvrage est celle qu’en a laissée M. Bazin, et qui a paru l’année dernière chez M. Techener.
  5. Portefeuilles de Valant, tome II, p. 277, etc.
  6. Tome II, p. 265, etc.
  7. Voyez notre premier article, livraison du 1er janvier 1854, p. 7.
  8. Tome II, p. 313.
  9. Voyez le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, t. II, p. 195, et la Clef, p. 36 ; Mlle du Vigean y est donnée comme une ancienne précieuse du temps de Valère (Voiture).
  10. ) Preuve certaine qu’il ne manquait pas de portraits de Mme de Sablé au XVIIe siècle.
  11. Portefeuilles de Valant, t. VII, p. 372.
  12. In-folio, 1693, c’est-à-dire quand l’abbesse de Fontevrault avait quarante-huit ans, étant nés en 1645. Mignard l’avait peinte en 1675, à l’âge de trente ans, à ce que nous apprend Mme de Sévigné, t. III, p. 456 de l’édition de M. de Monmerqué. Mme de Sévigné dit à cet endroit qu’ayant vu Mme de Fontevrault dans l’atelier de Mignard, elle ne la trouva pas du tout jolie. Il faut être pour cela bien difficile ; nous renvoyons au portrait de Gantrel et au témoignage unanime des contemporains.
  13. Le Banquet de Platon, traduit un tiers par feu Monsieur Racine, de l’Académie française, et le reste par Madame de ***. Paris, 1732. Voyez aussi les notes du Banquet, tome VI de notre traduction de Platon.
  14. Nous tirons ce renseignement de la lettre circulaire qu’après la mort de Mme de Fontevrault, la religieuse qui lui succéda écrivit à tous les couvens de l’ordre pour leur annoncer la perte qu’ils venaient de faire. Cette circulaire est d’autant plus digne de foi qu’elle est de la main d’une autre Mortemart, nièce de la défunte et troisième fille du duc de Vivonne. Il y est dit qu’on eut d’abord bien de la peine à faire entrer Mlle de Mortemart au courent de l’Abbaye-aux-Bois pour y recevoir l’éducation accoutumée, mais que peu à peu elle s’y plut et y resta malgré tous les efforts de sa famille. « Madame sa mère n’oublia rien pour la retenir dans le monde ; elle employa la douceur, les prières, les promesses, les reproches, lui proposa des mariages, lui offrit les avantages de son bien ; mais Mlle de Mortemart persévéra dans sa résolution. Elle rentra dans l’Abbaye-aux-Bois sous prétexte de s’y éprouver encore. La elle souffrit de nouvelles attaques ; une infinité de personnes considérables dans le monde et dans l’église la sollicitoit sans cesse de se conformer aux volontés de madame sa mère ; mais elle ne pouvoit plus écouter d’autre voix que celle de Dieu. »
  15. Huetii Commentarius de rébus ad eum pertinentibus. Amstelodami, MDCCXVII, p. 380.
  16. Édition de Monmerqué, t. III, p. 295.
  17. Jacques Testu, de l’Académie française, abbé mondain, fort lié avec les dames les plus célèbres de son temps, non-seulement avec l’abbesse de Fontevrault et ses deux sœurs, mais avec Mme de Sévigné elle-même, et surtout avec Mme de Maintenon, sur laquelle il avait beaucoup de crédit. Malgré toutes ces belles protections, ses stances chrétiennes et ses fréquentes retraites à la Trappe et à Saint-Victor, Louis XIV ne voulut jamais le faire évêque, trouvant qu’il ne se conduisait pas assez bien lui-même pour conduire les autres.
  18. Souvenirs, édition de Renouard, p. 116.
  19. Voyez, la note de la page précédente, qui contredit formellement et peut expliquer ce bruit assez répandu.
  20. Recueil de divers écrits (par Saint-Hyacinthe), Bruxelles, 1736, p. 85.
  21. On la trouvera dans Mme de Sévigné, édition de Monmerqué, t. II, p. 344.
  22. Tome VII, p. 422 et suivantes.
  23. Tome VII, p. 453.
  24. Serait-ce une fille ou une parente du lieutenant-général de Fourille, excellent officier, tué à Senef cette même année 1674 ? Dans le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, on trouve une demoiselle de Fouril sous le nom de Florelinde, mais elle est donnée comme mariée : ce ne peut donc être celle-ci.
  25. Il aurait donc été composé avant 1674.
  26. Tome VII, p. 443.
  27. Tome ier, p. 30, etc.
  28. Mme de Motteville, t.1er, p. 419.
  29. Voyez le joli portrait de Moncornet fait en 1659.
  30. Mémoires de Gourville, collection de Petitot, t. LII, p. 304.
  31. Et non de Harcourt, comme on le met fort souvent et à tort, même les plus instruits, tels que M. de Monmerqué, dans Mme de Sévigné, t. IV, p. 445.
  32. Il y a dans une lettre de La Rochefoucault à Mme de Sablé un passage tout à fait semblable à celui-ci (Œuvres complètes de la Rochefoucauld, p. 445) : « Je suis fâché que Gourville n’ait rien remarqué de vos bons amis les Espagnols qui les fasse juger dignes de l’estime que je vous en ai vu faire. » On se rappelle combien dès sa jeunesse Mme de Sablé avait montré de goût pour le genre espagnol en toutes choses. Voyez notre premier article, livraison du 1er janvier, p. 9.
  33. Mme de Longueville se sert souvent de cette forte expression, alors aussi usitée au figuré qu’au propre. Pascal a dit : « J’entre en une vénération qui me transit de respect envers ceux qu’il semble avoir choisis pour ses élus. » Voyez notre Pascal, p. 444.
  34. Voyez notre série sur Madame de Longueville, livraison du 15 mai 1852.
  35. Reconfirmer. La langue était alors bien plus souple qu’aujourd’hui et se prêtait beaucoup plus à des compositions et combinaisons nouvelles, pourvu qu’elles fussent naturelles. Nous en venons bientôt des exemples plus curieux.
  36. Se raccoutumer, regoûter, compositions de mots parfaitement naturelles, commodes et agréables. Dans une autre lettre : « M. de Montausier a sollicité, puis il a désollicité. »
  37. C’est le mot propre et bien formé dérivant d’argot, et se liant à arguer, argutie, argument, argumenter, etc.
  38. Encore un mot dans le genre de ceux que nous avons signalés, comme se raccoutumer, regoûter, désolliciter, etc.
  39. Supplément français, 3029, 8.
  40. Villefore, 2e partie, p. 172.
  41. L’usage des instrumens de pénitence lui était devenu si familier qu’un jour, tenant son conseil dans sa chambre, en tirant son mouchoir, il tomba de sa poche une ceinture de fer que M. Lenain, assis près d’elle, s’empressa de ramasser. Villefore, ibid.
  42. Ibid., p. 170.
  43. C’est le nom de précieuse de Mme de Longueville dans le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, t. Ier, p. 290, et dans le Cercle des Femmes Savantes au mot Ligdamire ; mais dans ces deux ouvrages de 1661 et de 1663 il n’est question que du passé, et on déclare que Mme de Longueville n’est plus occupée que de son salut.
  44. Voyez, la série sur Madame de Longueville, livraison du 15 juin 1852.
  45. Tome ier, p. 91.
  46. Tome II, p. 168. Voyez M. Petitot, dans sa notice sur La Rochefoucauld, en tête des Mémoires, t. LI de la 2e série de la collection.
  47. M. Petitot n’est pas de ce nombre : « Il est permis de douter de la sincérité de ce désaveu… Il paraît que le véritable motif de la démarche de La Rochefoucauld fut la crainte de déplaire au prince de Condé et à la duchesse de Longueville, sa sœur, sur lesquels il s’était exprimé fort librement. » Tome LI, p. 326.
  48. La première édition parut à La Haye en 1662, format elzevirien, à la sphère ; il y en a eu une seconde en 1663, deux autres au moins en 1664, et je ne sais combien dans les années suivantes.
  49. Fonds de Harlay, n° 352. Voyez Petitot, ibid.
  50. Il appartient aujourd’hui à un bibliophile américain très instruit, M. Coppinger, qui a bien voulu nous le communiquer.
  51. C’est La Rochefoucauld qui l’encouragea à se partager à peu près entre Nemours et Condé, à garder Nemours pour son cœur et Condé pour sa fortune, et qui porta ce dernier à donner en toute propriété la terre de Merlou à sa belle cousine.
  52. Pélisson, dans Villefore, dont nous empruntons le récit.
  53. Villefore, 2e partie, p. 169.
  54. Le livre de Bussy fut imprimé eu 1665, et il y eu eut bien vite un grand nombre d’éditions avec la clef.
  55. Villefore, 2e partie, p. 171.
  56. Édition de Monmerqué, tome ier, p. 130.
  57. Voyez la deuxième partie de cette étude, livraison du 1er février, p. 461.
  58. Portefeuilles de Valant, t. II, p. 265 ; Œuvres de La Rochefoucauld, p. 446.
  59. Et ailleurs : « Tout ce que j’apprends de cette morte dont vous me parlez me donne une curiosité extrême de vous en entretenir. Vous savez que je ne crois que vous sur de certains chapitres, et surtout sur les replis du cœur. » Ibid.
  60. Nouvelle preuve de l’opinion du Mme de Saldé sur les Maximes.
  61. Voyez ce curieux écrit dans le supplément au Nécrologe de Port-Royal, p. 137-150, et l’édition bien plus fidèle que nous en avons donnée d’après les manuscrits de plusieurs bibliothèques, IVe série de nos ouvrages, t. III, p. 201.