L’Odyssée/Traduction Séguier/Stances préliminaires

Traduction par Ulysse de Séguier.
Didot (p. v-vi).

AU LECTEUR DÉBONNAIRE

Lecteur, prénom oblige : or, m’appelant Ulysse,
J’ai traduit l’Odyssée encore vers par vers.
Mais pour m’y préparer avec peine et délice,
Pendant trente-sept ans j’arpentai l’univers.

Volontaire d’abord dans notre ancienne armée,
Presque au sortir des bancs du classique Rodez,
Je concourus joyeux au siège de Crimée,
Narguant, le sabre en main, les fourches de l’Hadès.

À l’aller, au retour, de la crête des vagues,
Mes yeux émerveillés contemplaient Ténédos,
Et le tombeau d’Achille, et les horizons vagues
Où trônait l’Ilion qu’embla le roi d’Argos.

Devant moi se dressait, comme au soir de l’attaque,
Le cheval d’Épéus, vomissant de son bois
Les héros entassés par le grand chef d’Ithaque,
Pour fondre sur Hélène et Priam aux abois.


Et de ma bouche alors, qu’aspergeait l’onde amère,
Partaient ces mots : « Minerve ! Apollon ! père Zeus !
Faites-moi quelque jour interpréter Homère.
Si je ne tue Hector, que je sauve Odysseus ! »

Mais avant de toucher à son noble homonyme,
L’officier ingénu sous Mars devait blanchir,
Se battre en Italie, et, d’un cœur longanime,
Plus tard, un trône à bas, au Mexique languir.

Non sans fruit toutefois ! Las du dieu de la Thrace,
N’écoutant désormais que l’appel des neuf Sœurs,
Entre un Ovide, un Dante, il commença l’Horace
Que Didot maintenant offre entier aux penseurs.

Enfin gagnant Paris, de là ses antipodes,
Par Kœnigsberg, Dublin, Madrid, Madagascar,
Après tant de labeurs, des antiques rhapsodes
Le traducteur mûri se versa le nectar.

Et là-bas à Sydney, puis en terre malaise,
Puis aux bords de l’Allier, nomade narbonnais,
Il rima ce poème, auquel il est bien aise
D’adjoindre l’HOMÉROS DES AMASTRIANAIS[1].


Toulouse, 8 septembre 1895.
Ulysse de S.



  1. Voir le Frontispice.