Librairie Guillaumin & Cie (p. 23-24).


CHAPITRE VIII

Que les très grandes fortunes sont un danger pour l’État




Les historiens, les philosophes, les économistes, les jurisconsultes, Montesquieu en tête, ont signalé les inconvénients pour l’État de laisser s’accumuler en quelques mains la richesse qui doit, en bonne règle, profiter à tous et, pour cela, être mieux distribuée. Les lois doivent mettre un frein au développement indéfini de la fortune de quelques-uns, au préjudice de tous.

Personne n’ignore aujourd’hui que ce sont les milliardaires anglais qui ont amené la guerre sud-africaine, pour devenir maîtres des mines du Transval et que ce sont les milliardaires américains, de la même race anglo-saxonne, qui excitent les convoitises du Japon, pour devenir maîtres ensemble du commerce de la Chine. Cette puissance de la richesse rend insatiables ceux qui la possèdent, ou, plutôt, ceux qui en sont possédés. L’impôt serait l’un des moyens logiques et moralisateurs d’en atténuer les abus.

La puissance financière, entre les mains d’un seul, ou de quelques-uns seulement, est aussi dangereuse que la puissance politique sans contrôle. Elle finit par dominer l’État. « Le roi règne et reçoit les balles, disait un banquier célèbre, sous le règne de Louis Philippe ; mon rôle est meilleur, je gouverne et reçois les rentes[1] ».




  1. Toussenel attribue ce mot à M. de Rotschild.