L’Heptaméron des nouvelles/Tome IV/16


TROISIÈME JOURNÉE

DE L’HONNÊTETÉ DES DAMES EN LEUR AMITIÉ
ET DE LA MÉCHANCETÉ DES RELIGIEUX.

PROLOGUE

Page 142, lignes 11-2. — Ms. 75762. Le manuscrit que nous suivons portait : « Je donne ma voix à Parlamente ». — L.

XXI. — Fidélité de Rolandine à celui auquel elle s’était fiancée.

Règne de Charles VIII. En Touraine. — L.

Page 143, lignes 11-3. — Il y avoit en France une Royne qui en sa compaignie nourrissoit plusieurs filles de bonnes & grandes Maisons.

Il est certain que la Reine de Navarre a voulu désigner ici la femme de Charles VIII & de Louis XII, la célèbre Anne de Bretagne. Dans le curieux éloge qu’il a consacré à cette Princesse, Brantôme s’exprime ainsi au sujet des Filles d’honneur qui composaient sa Maison : « Ce fut la première qui commença à dresser la grande court des Dames que nous avons veue depuis elles jusques à ceste heure ; car elle en avoit une très grande suite de Dames & de Filles, & n’en refusa jamais aucune ; tant s’en faut qu’elle s’enquéroit des Gentilz hommes leurs pères, qui estoient à la Court, s’ilz avoient des filles & quelles elles estoient, & les leur demandoit. » (Brantôme, Dames illustres, t. V, p. 7 des Œuvres complètes, éd. in-8 ; éd. Lalanne, VII, 314.)

Quant à la Fille d’honneur désignée sous le nom de Rolandine, il est dit au commencement de la Nouvelle qu’elle était proche parente de la Reine, mais qu’elle n’était pas en faveur à cause de quelque inimitité que la Reine portoit à son père. À la fin de cette Nouvelle il est dit aussi que Rolandine, certaine de la mort du bâtard à qui elle avait engagé sa foy, demanda grâce à son père qui lui pardonna & la traita comme sa fille aînée ; qu’elle se maria avec un Gentilhomme de son nom & de sa maison, dont elle eut deux fils. Toutes ces circonstances s’appliquent très bien à Damoiselle Anne de Rohan, Fille d’honneur de la Reine, citée dans un état de la Maison de cette Princesse que Dom Morice a publié, t. III, col. 876 des Preuves de l’Histoire de Bretagne en cinq volumes in-folio. C’était le troisième enfant & la fille aînée de Jean IIe du nom, Vicomte de Rohan, Comte de Porhoet, de Léon & de la Garnache, & de Marie de Bretagne, fille de François Ier, Duc de Bretagne. Anne de Rohan épousa en 1517 Pierre de Rohan, Seigneur de Frontenay, troisième fils de Pierre de Rohan, Seigneur de Gié, Maréchal de France, de qui elle eut effectivement deux fils. (Voyez l’Histoire généalogique & chronologique de la Maison de France du Père Anselme ; Paris, 1728, in-fol., t. IV, p. 57-58 & p. 71.) Quant å l’inimitié de la Reine Anne de Bretagne contre le Vicomte de Rohan, elle provenait de ce que ce Seigneur servit toujours les intérêts de la couronne de France au détriment de ceux que la Reine Anne avait comme Duchesse de Bretagne. Dom Morice a donné sur les différends entre le Vicomte de Rohan & la Reine des détails curieux & circonstanciés : « De tous ceux qui avoient des droits sur le Duché, dit-il, le Vicomte étoit sans doute le mieux fondé ; cependant il fut le plus mal recompensé, mais c’est cette raison là même qui poussa la Reine [à le traiter avec si peu d’égards. Cette fière Princesse ne vit qu’avec un chagrin mêlé de dépit que les droits du Vicomte n’étoient que trop réels ; d’ailleurs elle ne lui pardonna jamais d’avoir pris les armes contre elle en faveur de la France ; elle chercha l’occasion de se venger & elle la trouva dans le peu de satisfaction qu’elle fit au Vicomte sur ses prétentions. » (Histoire ecclésiastique & civile de Bretagne, &c. ; Paris, 1756, in-fol., 5 vol., t. II, p. 231, & les Preuves, t. V, col. 849 : Sentence arbitrale sur les différends du Vicomte de Rohan avec la Reine Anne ; col. 914 : Accord final entre la Reine Anne & Jean, Vicomte de Rohan ; col. 940 : Traité de mariage entre messire Pierre de Rohan, Baron de Frontenay, & Anne de Rohan). — Voyez sur Jean IIe, Vicomte de Rohan, la note de la ive Journée, Nouvelle XL.

Quant au bâtard, époux assez ingrat de Rolandine, il est difficile de dire précisément quel est ce personnage. En rapprochant les différents passages de la Nouvelle qui lui sont particuliers, on obtient cependant certaines indications de nature à mettre sur la voie : Ung gentil homme bastard d’une grande de bonne Maison, très brave, mais pauvre. Il n’était ni assez riche pour l’épouser ni assez beau pour en faire un ami. Il arriva å la Cour une Dame avec un jeune Prince son fils, de laquelle le bastard estoit proche parent. Aux reproches que la Reine lui adresse, Rolandine répond : « En ce désespoir m’est venu trouver celluy qui seroit d’aussi bonne Maison que moi si l’amour de deux personnes estoit autant estimé que l’anneau, car vous sçavez que son père passeroit devant le mien. »

Le bâtard s’enfuit en Allemagne, où après être devenu amoureux de deux autres femmes, il mourut. On dit encore que la dame mère du jeune Prince, qui était venue à la Cour, ayant eu connaissance de certaines entrevues que le bâtard avait avec Rolandine à une des fenêtres du château, fit venir le bâtard & lui intima l’ordre de cesser ce manège, sans quoi elle en informerait la Reine. Cette Dame avait donc certains droits à exercer sur le bâtard ? Ne serait-ce pas Louise de Savoie, qui vint à la Cour vers l’an 1508. Quant au bâtard, ne serait-ce pas celui dont nous trouvons la mention suivante dans le Père Anselme : « Jean, bâtard d’Angoulême, légitimé par Lettres du Roy Charles VII, données à Baugency au mois de juin 1458, suivant le quatrième compte de Robert Baffart, commis par Monseigneur le Comte d’Angouleme à la recette générale de toutes ses finances pour l’année commencée le premier jour de janvier 1457, & finissant au dernier décembre ensuivant 1458. Il est dit qu’il donna à M. Adam Raoullant, Secrétaire du Roi, la somme de onze livres, sçavoir neuf livres douze sols six deniers, pour le scel & registre des Lettres royaux de la légitimation de Petit jean, batard de mon dit Seigneur, & pour l’écriture vingt-sept sols six deniers. » Histoire généalogique de la Maison de France, &c., in-fol., t. I, p. 210 B.) — L.

M. Franck (Préface, p. 112) a remarqué que le nom d’Anne de Rohan était « fort peu masqué — Rolandine pour Robandine, — que son père, traité de Comte de Jossebelin, l’était par allusion à la petite ville de Josselin, comprise dans ses domaines, & que la sœur du second mari de Marguerite, Isabeau d’Albret, avait épousé un Rohan. Les Rohan étaient par là alliés à Marguerite. — M.

M. Paul Lacroix (1858, p. 163) ne croit pas qu’il s’agisse du bâtard d’Angoulême : « La date des lettres de légitimation (juin 1458) donne au bâtard un âge qui ne s’accorde guère avec celui qu’on demande à un amoureux, car il aurait eu au moins cinquante ans sous le règne de Louis XII, vers 1505 » — M.

Page 145, lignes 10-1. — Éd. de 1558 : « la voyant lors incessamment entretenir le bastard de bonne Maison ». — L.

Page 148, ligne 9. — « Dont la Reyne ne sçauroit rien ». Ms. de Thou, 75765. 5.

Page 152, lignes 23-5. — Cette maison de plaisance, voisine de Tours & assez éloignée pour que les dames n’allassent pas à Tours à pied pour entendre la messe, ne serait-elle pas le Plessis-lez-Tours  ? — M.

Page 154, ligne 2. — « Ung lict de réseul de soye cramoisie. » Le réseul ou réseau était une de ces belles lingeries à jour dont le XVIe siècle & même le XVIIe siècle nous ont laissé de si beaux exemples. On connaît : « Les singuliers & nouveaux pourtraicts du Seigneur Fédéric Vinciolo pour toutes sortes de lingerie, dédié à la Royne, de rechef & pour la troisième fois augmentez, outre le réseau premier & le point coupé & lacis, de plusieurs beaux & différens portrais de réseau de point conté avec le nombre des mailles, chose encor non encor veue ny inventée » ; Paris, par Jean Le Clerc, 1588. Jean Cousin a dessiné des modèles de réseau : « Le livre de lingerie, composé par Maistre Dominique de Sara, Italien, nouvellement augmenté & enrichi de plusieurs excèlents & divers patrons, tant du point coupé, raiseau, que passement, de l’invention de M. Jean Cousin, peintre à Paris. Paris, Hierôme de Marnef & la veuve du sieur Cavellat, 1584. » Voir mon Recueil d’anciennes poésies des XVe & XVIe siècles, VIII, 1858, p. 164-5. Le Dictionnaire italien de Duez, Lyon, 1671, traduit réseau ou réseul par reticella, rezza, rezzagio. — M.

Page 155, ligne 25. — Affaire du masculin. « Après plusieurs œuvres qu’à vostre nom ay composées par vostre commandement & pour récréer vostre Royale Majesté entre ses grans affaires… ». Guillaume Tardif, dans sa dédicace à Charles VIII de son Traité de Fauconnerie, imprimé en 1492. — M.

Page 164, ligne 26. — Éd. de 1558. Ces derniers mots, « je ne dois plorer » manquaient dans le manuscrit que nous suivons. — L.

Page 166, ligne 2-3 « Espousée par paroles de présent », per verba de præsente ; c’est encore un terme juridique. — M.

Page 166, ligne 25. — « Gens d’Église & de Conseil, » Le sens n’est pas : de bon conseil, mais du Conseil, c’est-à-dire avec des ecclésiastiques, des juristes & des magistrats. — M.

Page 167, ligne 28. — Éd. de 1558 : « digne d’estre racomptée après ceste Nouvelle ». — L.

Comme on le voit, c’est l’annonce d’une Nouvelle future, qui pourrait nous manquer, mais qui est heureusement venue avant l’interruption du livre. C’est la quarantième Nouvelle, relative à Jean, Vicomte de Rohan, le père de Rolandine, & au château de Jossebelin, c’est-à-dire de Josselin. Voir le volume II, p. 368 & 369-74. — M.

Page 173, ligue 25-7. — Dixi in excessu meo : « Omnis homo mendax » ; Psalm. CXV, 2. — « Qui faciat bonum non est usque ad unum ». Psalm. XIII, 2 & 3. — M.

XXII. — Vertu d’une Religieuse & confusion du Prieur de Saint-Martin des Champs.

Paris. Historique. De 1530 à 1535. — L.

Page 175, lignes 6-7. — « En la ville de Paris il y avoit un Prieur de Saint-Martin des Champs ».

Marguerite a pu connaître deux des Prieurs de l’abbaye Saint-Martin des Champs : 1° Philippe Bourgoin, Bachelier en théologie, qui gouverna l’abbaye de l’année 1500 à l’année 1508 ; 2° Etienne Gentil, qui lui succéda le 15 décembre 1508 & ne mourut que le 6 novembre 1536. Les auteurs du Gallia christiana disent bien que Gentil fut chargé, en 1524, de la réforme d’une abbaye du diocèse de Soissons & que, l’année précédente, il avait formé une association de prières avec les Religieuses de Jouarre, mais ils ne mentionnent pas son élection comme Visiteur des Religieuses de Fontevrault.

Il est dit, à la fin de cette Nouvelle, que le Chancelier de France était à cette époque Légat du Saint-Siège ; or le Chancelier Duprat n’a été revêtu de la dignité de Légat que pendant les cinq dernières années de sa vie, de 1530 à 1535. Il en résulte que c’est d’Etienne Gentil que Marguerite a voulu parler.

On peut consulter, au sujet de ce Prieur, Gallia christiana, t. VII, col. 539 ; Marier, Monasterii Regalis S. Martini de Campis Paris., Ordinis Cluniacensis, Historia, &c., Parisiis, 1636, in-4°, p. 263. On sait que l’abbaye Saint-Martin des Champs était située sur l’emplacement qu’occupe aujourd’hui le Conservatoire des arts & métiers. L’église & le réfectoire de l’abbaye sont encore debout. — L.

Page 176, lignes 23-5. — Ms. 75762. — L.

Page 177, lignes 3-4. — « Allant visiter ung couvent près de Paris qui se nomme Gif. »

L’abbaye de Gif était située à cinq lieues de Paris, dans la vallée de Chevreuse & séparée par la petite rivière de l’Yvette du village qui porte encore aujourd’hui le même nom. Bien que Erembourg, première abbesse connue de ce monastère, soit citée seulement dans une bulle de l’année 1180, il est certain que la fondation de l’abbaye de Gif remonte à une époque plus reculée. On peut consulter à ce sujet Le Beuf, Histoire du Diocèse de Paris, t. VIII, VIIIe partie, p. 106 ; Gallia christiana, &c., t. VII, col. 596. – L.

Page 177, ligne 6. — « Une nommée Marie Heroet. » On connaît Antoine Heroet, dit la Maisonneuve, mort Évêque de Digne en 1544. La Parfaite Amie, imprimée par Dolet, à Lyon, en 1542, & aussi ses souvenirs de Platon, l’Androgyne & De n’aimer point sans être aimé, sont de la métaphysique amoureuse bien digne de la Reine de Navarre. Il faut remarquer qu’à la suite de l’Oraison funèbre de Sainte-Marthe, publiée en 1550, il y a, pages 127-8, un huitain sur la mort de Marguerite :

Si la mort n’est que séparation…

qui est indiqué comme de M. Heroet, ce qui veut dire Monsieur Heroet. M. Paul Lacroix (1858, p. 180) suppose qu’il pouvait être le frère de Marie Heroet ; il est, en tout cas, bien probable qu’ils sont de la même famille. — M.

Page 177, lignes 23-4. — Ms. 75762 : « mais il la trouva si sage en paroles & d’un esprit si subtil que il n’y pouvoit avoir grant espérance ». — L.

Page 182, lignes 16-8. — « S’en alla vers Madame de Vendosme, pour l’heure demourant à La Fère, où elle avoit edifié & fondé ung couvent de Saint Benoist nommé le Mont d’Olivet ».

Madame de Vendôme, dont la Reine de Navarre fait mention, est Marie de Luxembourg, Comtesse de S. Paul Conversan, de Marle & de Soissons, Vicomtesse de Meaux, &c., mariée en premières noces à Jacques de Savoie &, en secondes noces (8 septembre 1487), à François de Bourbon, Comte de Vendôme. Ce Prince, l’un des chefs de l’armée de Charles VIII à la conquête du royaume de Naples, après avoir combattu vaillamment à la bataille de Fornoue, mourut à Verceil, le samedi 30 octobre 1495, âgé de vingt-cinq ans. Veuve pour la seconde fois, Marie de Luxembourg se retira dans son château de La Fère. Au mois de décembre de l’année 1518, elle y fonda un monastère de Religieuses de l’Ordre de Saint-Benoît, qui, suivant les auteurs du Gallia (t. IX, col. 627), porta le nom de Calvaire. Est-ce le même établissement que celui dont parle Marguerite ? Tout porte à le croire. Il n’y a pas d’ailleurs une grande différence entre le Calvaire & le Mont d’Olivet.

Marie de Luxembourg, après avoir fait le partage de ses biens entre ses enfants, au mois de février 1518, mourut dans un âge très avancé, le 1er avril 1546. (Voyez P. Anselme, Histoire généalogique, &c., t. I, p. 326.) — L.

Page 184, ligne 24. — « Il luy dist » ; Ms. 75762.

Page 190, lignes 9-10. — « A qui elle avoit baillé la charge des Abbesses de Montivilliers & de Caen, ses belles sœurs. »

Éd. de 1558 : « Des abbesses de Mont-Olivet & de Caen, ses belles sœurs ». — L.

Catherine d’Albret, fille de Jean d’Albret, Roi de Navarre, d’abord religieuse de l’abbaye Sainte-Madeleine d’Orléans, puis vingt-huitième Abbesse de Montivilliers, près du Havre ; elle vivait encore en 1536. (Gallia christ., t. XI, col. 285.)

Madeleine d’Albret, soeur de la précédente, d’abord religieuse dans l’abbaye de Fontevrault en août 1527, puis trente-troisième Abbesse de la Trinité de Caen, morte au mois de novembre 1532. (Gallia christ., t. XI, col. 436.) — L.

Page 190, lignes 13-4. — « Au Chancelier du Roy, pour lors Légat en France. »

Antoine Duprat, Cardinal-Légat, Chancelier de France, l’un des ministres favoris de François Ier, né le 11 janvier 1463, mort le 9 juillet 1535. Il avait été nommé chancelier le 7 janvier 15IS, Cardinal en 1527 & Légat du Pape en 1530, ce qui limite les événements racontés dans cette Nouvelle entre les années 1530 & 1535

Page 191, ligne 3. — Ms. 75765.5. : « D’un prieuré nommé Gyi ». — Éd. de 1558 : « de l’abbaye nommée Gien (Gieu ?) ».

« Et Seur Marie Heroet, estimée comme elle méritoit par les vertus que Dieu avoit mis en elle, fut ostée de la dicte abbaye de Gif, où elle avoit eu tant de mal, & faicte Abbesse, par le don du Roy, de l’abbaye nommée Giy, près de Montargis ».

« Giy, dans le Gatinais-Orléanais, Diocèse de Sens, Parlement de Paris, Intendance d’Orléans, Élection de Montargis. On y compte cent deux feux. Cette paroisse est à deux lieues & demie sud-est de Montargis » ; Expilly, Dictionnaire géographique, &c., tome IV, p. 612.

Gy-les-Nonains, département du Loiret, arrondissement de Montargis, canton de Château-Renard, petit village sur l’Ouanne, deux lieues & demie est-sud-est de Montargis ; cinq cent dix-neuf habitants. (Voyez Dictionnaire de la France & des Colonies, &c., par Briand de Verzé, &c., 1839, in-8o, voyez aussi le Dictionnaire des Postes aux lettres, &c., 1845, in-4o). — L.

Page 191, ligne 11. — Éd. de 1558 : « ce que dist l’Évangile & sainct Paul aux Corinthiens ». — L.

C’est dans la première Épître aux Corinthiens, I, 27-9 : « Quæ stulta sunt mundi elegit Deus ut confundat sapientes, & infirma mundi elegit Deus ut confundat fortia ; — & ignobilia mundi & contemptibilia elegit Deus ut ea quæ non sunt, ut ea quæ sunt, destrueret, — Ut non glorietur omnis caro in conspectu ejus » . — M.

Page 191, lignes 21-2. — « Qui se exaltera… » : Luc. XIV, ii, & XVIII, 14. — M.

Page 191, ligne 20. — Au lieu des lignes, depuis car j’ay une jusqu’à zizanie, les édit. de 1558 & de 1560 portent ces mots : « Ce n’est pas moy, » dist Nomerfide, « car je ne m’arreste point à telles gens ». — L.

Page 192, lignes 14-. — Le Ms. de Thou 75765.5. contient le passage suivant : « Geburon pour réparer sa faute, si faute estoit, d’avoir dechifré la malheureuse & abominable vie d’un méchant Religieux afin de se garder de l’hyprochrisie de ses semblables, ayant telle estime de Madame Oysille qu’on doit avoir d’une dame sage & non moins sobre à dire le mal que prompte à exalter & publier le bien qu’elle connoissoit en autruy, luy donna sa voix, la priant de dire quelque chose en l’honneur de sainte religion. » — L.

XXIII. — Infortunes d’un Gentilhomme de Périgord à cause de sa confiance aux Cordeliers.

En Périgord. Nulle indication de date. — L.

Page, 203, lignes 1-9. — Ces lignes, depuis : « elle qui n’avoit jamais… » jusqu’à « & miséricorde », omises dans les éditions de 1558 & 1560, se trouvent dans tous les manuscrits. — L.

Page 206, lignes 14-8. — « Et la rapporta Maistre François Olivier, lequel l’obtint pour le pauvre Gentil homme, estant iceluy Olivier Chancelier d’Alençon, &c., &c. »

Nous avions espéré, en faisant quelques recherches dans les registres du Trésor des Chartes, aux Archives nationales, retrouver les lettres de rémission accordées au Gentilhomme, l’un des héros de cette Nouvelle, mais elles n’y sont pas mentionnées. François Olivier, dont parle ici Marguerite, est un des magistrats les plus célèbres du XVIe siècle. Fils de Jacques Olivier, premier Président au Parlement de Paris, il fut successivement Conseiller au même Parlement, Maître des requêtes, Chancelier d’Alençon, Président au Parlement & Chancelier de France. On peut voir son éloge page 185 de l’ouvrage de Blanchard : Éloges de tous les premiers Présidens du Parlement de Paris, &c. Paris, 1645, in-fol.

Page 207, lignes 3-7. — M. Franck, Préface, p. 107, remarque justement sur ce passage : « C’est la réponse faite d’avance par la Reine de Navarre aux fausses interprétations tirées de sa mort au milieu des pratiques inévitables de la religion dominante. » — M.

XXIV. — Histoire de l’amour d’Élisor pour la Reine de Castille.

En Espagne. Nulle indication de date. — L.

Pages 222-3. — Au lieu des trois dernières lignes de 222 & des deux premières de 223, le Ms. De Thou, no  75765.5., porte la variante suivante : « Madame Oysille voyant que sous couleur de blamer & reprendre en la Royne de Castille ce qu’à la vérité n’est à louer ni en elle ni en autre, les hommes debordoient si fort à médire des femmes que les plus sages & honnestes estoient aussi peu éparguées que les plus folles & impudiques, ne peut durer que l’on passa plus outre, mais print la parole & dist, &c. » — L.

XXV. — De l’amour d’un jeune Prince pour la femme d’un Avocat de Paris.

Jeunesse de François Ier. Historique. — L.

Page 225, ligne 5. — « En la ville de Paris y avoit ung Advocat, &c. » Dans cette Nouvelle François Ier tout jeune encore joue le principal rôle ; la Reine de Navarre le désigne clairement en le nommant un bien grand Prince, le plus beau & de la meilleure grace qui ait esté devant, ne qui je crois sera après, en ce royaume. Elle dit que lui-même lui a fait le récit de cette aventure, mais en lui defendant de le nommer. Du reste cette aventure a été reproduite par quelques historiens & aussi par des conteurs d’anecdotes qui n’ont pas manqué d’y ajouter plusieurs circonstances d’une certaine gravité. La plus importante est celle-ci, dont un Médecin nommé Louis Guyon, sieur de la Nauche, qui florissait à la fin du XVIe siècle, s’est fait l’interprète : « François Ier rechercha la femme d’un Avocat de Paris, très belle & de très bonne grace, que je ne veux nommer, car il a laissé des enfants pourvus de grands estats & qui sont gens de bonne renommée, auquel jamais cette dame ne voulut oncques complaire, ains au contraire le renvoyoit avec beaucoup de rudes paroles, dont le Roi estoit contristé. Ce que connoissans aucuns courtisans & maquereaux royaux, dirent au Roi qu’il la pouvoit prendre d’auctorité & par la puissance de sa royauté, & de fait l’un d’eux l’alla dire à ceste dame, laquelle le dit à son mary. L’Advocat voyoit bien qu’il falloit que luy & sa femme vuidassent le royaume ; encore auroient ils beaucoup à faire à se sauver, s’ils ne luy obéissoient. Enfin le mari dispense sa femme de s’accomoder à la volonté du Roi &, afin de n’empescher rien en ceste affaire, il fit semblant d’avoir affaire aux champs pour huit ou dix jours. Ce pendant il se tenoit caché dans la ville de Paris, frequentant les bourdeaux, cherchant la vérole pour la donner à sa femme, afin que le Roi la print d’elle ; & trouve incontinent ce qu’il cherchoit & en infecta sa femme, & elle puis après le Roi, lequel la donna à plusieurs autres femmes qu’il entretenoit, & n’en peut jamais bien guérir, car tout le reste de sa vie il fut mal sain ; chagrin, fascheux, inaccessible. » (Diverses Leçons de Loys Guyon, sieur de la Nauche, Lyon, 1610, in-8o, t. II, p. 109.) Brantôme parle aussi de la maladie honteuse qu’auroit gagnée le Roi à force de galanteries & dit que ses jours en ont été abrégés, mais il ne désigne aucune femme & ne raconte pas l’histoire de l’Avocate. Plusieurs ont pensé que cette femme n’était autre que la belle Fèronnière, ainsi nommée parce qu’elle était mariée à un Avocat de la famille Le Fèron, dont plusieurs membres ont marqué dans le barreau de Paris. (Voyez Catalogue de tous les Conseillers du Parlement de Paris, p. 120, 122, 123 ; Blanchard, les Présidents au mortier du Parlement de Paris, etc., 1647, in-8o.)

Il faut donc ranger au nombre des anecdotes apocryphes la dernière partie & la plus sale de l’aventure de l’Avocat de Paris. Ce qui est vrai, Marguerite nous l’a fait connaître ; les historiens modernes, même ceux qui se sont montrés les plus défavorables à François Ier, n’ont pas reproduit le fait cité par Louis Guyon. M. Genin, éditeur des Lettres de Marguerite, a même publié le post-scriptum d’une lettre du cardinal d’Armagnac qui prouve que, moins d’un an avant sa mort, le Roi était en parfaite santé ; voyez Lettres de Marguerite d’Angoulême, &c., 1841, in-8o, p. 473. Ainsi se trouve réduite à néant l’ignoble accusation d’une maladie honteuse qui aurait hâté la mort de François Ier. — L.

— Voici un passage du Journal d’un Bourgeois de Paris sous le règne de François Ier, nouvellement publié par la Société de l’Histoire de France, qui nous semble avoir quelque rapport avec cette Nouvelle & confirmer les observations que nous avons faites. À propos d’un prêtre nommé Me Cruche, auteur de Farces & Moralités politiques, on lit : « Et à la Farce fut le dict Monsieur Cruche & avec ses complices, qui avoit une lanterne par laquelle voyoit toutes choses, & entre autres qu’il y avoit une poulle qui se nourrissoit soulz une sallemande (salamandre, devise connue de François Ier, laquelle poulle portoit sur elle une chose qui estoit assez pour faire mourir dix hommes, laquelle chose estoit à interpréter que le Roy aymoit & joyssoit d’une femme de Paris, qui estoit fille d’un Conseiller à la cour de Parlement, nommé Monsieur Le Coq, & icelle estoit mariée à un Avocat en Parlement, très-habille homme, nommé Monsieur Jacques Dishomme, qui avoit tout plain de biens, dont le Roy se saysit. » (Journal d’un Bourgeois de Paris sous le règne de François Ier, &c., p. 13. » — L.

Page 226, lignes 12-3. — Ms. de Thou 75765.5. : « sera jamais après luy en ce royaume ». — L.

Page 226, lignes 24.5. — Ms. de Thou 75765.5. : « mercy a le Dieu qui le favorisoit » — L.

Page 227, lignes 10-1. — Ms. de Thou 75765.5. : « & sur les troys ou quatre quart d’heure ». — L.

Page 228, lignes 14-6. — Ms. de Thou 75765.5.. — L.

Page 230, ligne 7. — « Ceste Religion », c’est-à-dire ce couvent Ne s’agirait-il pas de Saint-Martin des Champs ? — M.

Page 230, lignes 9-10. — Ms. de Thou 75765.5. : « de toutes les bonnes personnes qu’elle pouvoit connoître. » — L.

Page 231, lignes 8-10. — Au lieu de cette phrase, l’édition de 1568 porte : « mais d’aller à l’église à telle heure elle ne l’eust jamais soupçonné ». — L.

Page 231, lignes 15-7. — Éd. de 1558 : « Et ne cessa jamais qu’il ne luy en eust dit la vérité, telle que je l’ay mise icy par escrit & qu’il me feit l’honneur de me conter ».

Page 231, ligne 19. — Le Ms. de Thou 75765.5. ajoute : « qui sont coutumières de tromper tous autres. » — L.

— Nous joignons ici l’intéressante notice que M. Jérôme Pichon, l’un des membres les plus distingués de la Société des Bibliophiles & l’un des plus sagaces investigateurs de notre ancienne littérature, a imprimée en 1866 dans le volume des Mélanges de la Société. Nous sommes heureux de reproduire & de répandre cet ingénieux & solide mémoire, dont les conclusions sont certaines. Ce nom bizarre de Neufhommes n’est pas sans analogue, ainsi Troisdames & Quatre-hommes, le nom d’un peintre-vitrier de la rue des Quatre-vents. — M.

La xxve Nouvelle de la Reine de Navarre, qui est la cinquième de la IIIe Journée, commence ainsi dans notre édition :

« En la ville de Paris il y avoit un Advocat plus estimé que nul autre de son estat, &c. »

Les mots nul autre, qui se trouvent dans le manuscrit que M. Le Roux de Lincy a suivi de préférence pour établir son texte, sont remplacés dans cinq manuscrits[1], dans les éditions originales de 1558, 1559, 1560 & dans plusieurs autres, par les mots neuf hommes.

Il me paroît évident que cette leçon doit être la bonne & est une allusion facile à comprendre pour les contemporains de la Reine de Navarre, au nom de l’Avocat dont l’histoire est racontée dans cette Nouvelle.

On lit en effet dans le Journal d’un Bourgeois de Paris, publié en 1854 par la Société de l’Histoire de France, à la page 13, année 1515, le passage suivant, que M. de Lincy a justement signalé comme ayant des rapports avec la Nouvelle xxve, mais la leçon qu’il suivoit l’a empêché d’y reconnoître les personnages mêmes de la Nouvelle :

« En ce temps, lorsque le Roy estoit à Paris, y eust ung Prestre qui se faysoit appeler Mons. Cruche[2], grand fatiste, lequel, un peu devant, avec plusieurs autres, avoit joué publiquement à la place Maubert, sur eschafaulx, certains jeux & novalitez[3], c’est assavoir Sottye, Sermon, Moralité & Farce, dont la Moralité contenoit des Seigneurs qui portoient le drap d’or à credo & emportoient leurs terres sur leurs espaules, avec autres choses morales & bonnes remonstrations. Et à la Farce fut ledict Monsieur Cruche & avec ses complices, qui avoient une lanterne, par laquelle voyoient toutes choses &, entre autres, qu’il y avoit une poulle qui se nourrissoit soubz une sallemande, laquelle poulle portoit sur elle une chose qui estoit assez pour faire mourir dix hommes. Laquelle chose estoit à interpréter que le Roy aymoit & joyssoit d’une femme de Paris, qui estoit fille d’un Conseiller à la Cour de Parlement, nommé Monsieur le Coq. Et icelle étoit mariée à un Advocat en Parlement, très-habille homme, nommé Monsieur Jacques Disome[4], qui avoit tout plain de biens dont le Roy se saisit. Tost après le Roy envoya huict ou dix des principaux de ses Gentilzhommes, qui allèrent soupper à la taverne du Chasteau, rue de la Juifverie, & là y fut mandé, à faulces enseignes, le dict Messire Cruche, faignants lui fayre jouer la dicte farce ; dont luy venu au soir, à torches, il fut contrainct par les dictz Gentilzhommes jouer la dicte Farce ; parquoy, incontinent & du commencement, iceluy fut despouillé en chemise, battu de sangles merveilleusement & mis en grande misère. A la fin, il y avoit un sac tout prest pour le mettre dedans & pour le getter par les fenestres, & finalement pour le porter à la rivière ; & eût ce esté faict, n’eust esté que le pauvre homme cryoit très-fort, leur monstrant sa couronne de Prestre qu’il avoit en la teste ; & furent ces choses faictes, comme advouëz de ce faire du Roy. »

L’Avocat notable désigné dans ce récit & dans un autre qui va suivre, Jacques Disome, fut marié deux fois. Sa première femme, Marie de Rueil, étoit morte le 17 septembre 1511 & avoit été enterrée aux Cordeliers[5]. Il épousa ensuite Jeanne Lecoq, fille de Jean Lecoq, Conseiller au Parlement[6] & de Magdeleine Bochort ; c’est elle l’héroïne de la nouvelle.

Je pense que ce second mariage eut lieu peu après la mort de Marie de Rueil, car, pour que la liaison de François Ier avec Mme Disome fût aussi connue en 1515, il falloit qu’elle remontât à une époque antérieure ; & d’ailleurs, pour que ce Prince eût un avocat, il falloit qu’il ne fût pas encore Roi. En effet, c’étoient les gens du Roi (Procureurs & Avocats généraux) qui étoient chargés des intérêts du Domaine, & c’est évidemment le Comte d’Angoulême qui avoit Jacques Disome pour avocat.

Il me paroît probable que cette liaison dura peu ou du moins cessa peu de temps après l’avénement de François Ier au trône. En tout cas, en 1518 ce prince témoigna bien peu d’égards pour l’homme dont il avait séduit la femme. Le même Journal d’un Bourgeois de Paris, que j’ai déjà cité, raconte qu’en avril 1518 « le Roi envoya à Paris M. Fumée, l’un des Maîtres des requêtes de son Hôtel, pour informer des murmures & mauvaises paroles qui avoient été dites par la ville de Paris & prêchées par les sermons ès églises, à cause de la Pragmatique sanction, & aussi pour prendre prisonniers quatre Advocatz qui avoient été appelez au conseil par l’Université pour faire une consultation touchant la Pragmatique ; c’est assçavoyr Maistres Jacques Disome, Aligre, Bouchard & de Lothier, qui étoient des principaux du Parlement, lesquels, de ce advertis, se absentèrent & s’enfuyrent, mays furent prins prisonniers : Versoris, advocat en Châtelet de la dicte Université à gaiges ; Julien, aussi advocat d’icelle ; Monsieur Simon Lerous, scribe ; le Procureur général de la dicte Université & aultres. »

On voit dans le même ouvrage que Jacques Disome & les autres Avocats, inquiétés à l’occasion de l’appel interjeté par l’Université de Paris de l’abolition de la Pragmatique, furent interrogés à Orléans en septembre 1518 par des commissaires royaux, puis ajournés au lendemain des Rois, mais que, depuis, il n’en fut plus parlé.

Jacques Disome mourut entre 1518 & 1521, car, dès cette dernière date, sa femme étoit remariée à Pierre Perdrier, seigneur de Baubigny, notaire & secrétaire du Roi, devenu en 1538 Greffier ès conseils de la ville de Paris. En effet, sur le Rôle de l’emprunt de la vaisselle d’argent que le Roi entend être fait en sa bonne ville de Paris (septembre 1521), on voit figurer Perdriel, qui a épousé la Disome, taxé à quarante marcs, comme le Trésorier des chartes Budé, & à dix marcs seulement de moins que les Conseillers au Parlement.

Jeanne Lecoq mourut en 1546. Elle étoit enterrée aux Célestins, aujourd’hui caserne, dans la nef devant la chapelle des Zamet. Voici son épitaphe, qui donne des renseignements précieux & positifs sur sa personne & sa famille :

« En l’an mil cinq cent quarante-six, après Pasques, décéda en son hôtel, rue de la Parcheminerie, ditte des Blancs-Manteaux, & gît ici feu Demoiselle Jeanne Lecoq, fille de deffunt Maître Jean Lecoq, Conseiller en la Cour de Parlement, femme en son vivant de noble Maître Pierre Perdrier, Seigneur de Baubigny, Notaire & Secrétaire du Roy, Greffier ès conseils de la ville de Paris, & auparavant femme de feu Maître Jacques Disome, vivant Avocat en la Cour de Parlement, Seigneur de Cernay eu Beauvaisis, ici enterrée avec ses père & mère, & trépassa le jeudy 23e jour d’avril de l’an 1546.

« Priez Dieu pour son âme. »

« Disome : d’azur au pal d’or chargé de trois tourteaux d’azur.

« Lecoq : d’azur à trois coqs d’or.

« Perdrier : d’azur à trois mains dextres ouvertes d’or. »

Jeanne Lecoq paroit avoir eu un fils de Pierre Perdrier[7], Jean Perdrier, Seigneur de Baubigny, qui épousa, en 1558, Anne de Saint-Simon, grand’tante de l’illustre auteur des Mémoires. L’abbé Lebeuf, citant la Popelinière, remarque que le Maréchal de Saint-André fut tué à la bataille de Dreux en 1562 par un nommé Baubigny, & se demande s’il étoit le même que ce Jean Perdrier. Jusqu’ici je n’ai pas trouvé de renseignement pouvant déterminer ce point.

La Reine de Navarre nous apprend daus sa Nouvelle que François Ier traversoit une église de Religieux pour se rendre chez Mme Disome. Si la maison où Jeanne Lecoq mourut étoit la même que celle de son premier mari, ce qui auroit pu être, soit que cette maison lui appartint en propre, soit qu’elle l’eût eue à titre de reprise matrimoniale, il en résulteroit que le monastère de Religieux dont il est parlé dans la Nouvelle seroit le monastère des Blancs-Manteaux. Mais, comme plusieurs membres de la famille Perdrier étoient enterrés dans cette église, il est possible que Jeanne Lecoq n’ait demeuré dans cette rue que depuis son second mariage & dans une maison appartenant de longue date à la famille de son mari.

Les recherches auxquelles je me suis livré dans le cours de ce petit travail m’ont mis à même de relever plusieurs erreurs de Blanchard, du P. Anselme, & même de l’abbé Lebeuf. Ainsi l’épitaphe de Jeanne Lecoq prouve qu’elle étoit la fille & non la sœur de Jean Lecoq, Conseiller au Parlement, comme l’ont dit Blanchard & le P. Anselme. L’abbé Lebeuf s’est également trompé en disant à l’article de Baubigny, dans son Histoire du diocèse de Paris, que Jeanne Lecoq épousa Pierre Perdrier vers 1500. Il est certain, en effet, qu’elle n’a pu l’épouser qu’en 1519 au plus tôt. — Le Baron Jérôme Pichon.

XXVI. — Comment une honnête Dame de Pampelune retire le Seigneur d’Avannes d’un fol amour.

Règne de Louis XII. À Pampelune, en Espagne. Historique. — L.

Page 255, lignes 5-15. — « II y avait au temps du Roy Loys douziesme ung jeune Seigneur nommé Monsieur d’Avannes, &c. »

Le personnage dont Marguerite veut parler doit être le quatrième fils d’Alain, sire d’Albret, surnommé le Grand. Voici la notice que lui a consacrée le P. Anselme :

« Gabriel d’Albret, Seigneur d’Avesnes, vice-roi de Naples, est qualifié seigneur de Lesparre dans une quittance qu’il donna à Antoine Bayard, receveur général des finances en Languedoc, le 1er mars 1486. Le Roi Charles VIII lui accorda la charge de Sénéchal de Guyenne, par lettres données à Nantes le dernier mars 1490, avant Pâques ; il l’y qualifie son cher & amé cousin Gabriel d’Albret, Seigneur d’Avesnes. Il prend la qualité de conseiller & chambellan du Roi dans des quittances qu’il donna les 24 mai 1496 & 15 octobre 1501 ; il se trouva à un tournoi à Lyon en 1500, fit son testament le 10 octobre 1503, institua son héritier le Cardinal d’Albret, son frère, & mourut sans avoir été marié ». (P. Anselme, Histoire généalogique, &c., t. VI, p. 214.)

— « Du temps du Roy François fut une vieille chanson, que j’ay ouy conter à une fort honneste & ancienne Dame, qui disoit :

« Mais quand viendra la saison
Que les cocus s’assembleront,
Le mien ira devant, qui portera la bannière ;
Les autres suivront après ; le vostre sera au darrière ;
La procession en sera grande,
L’on y verra une très longue bande.

« Je ne veux pourtant taxer beaucoup d’honnestes & sages femmes mariées, qui se sont comportées vertueusement & constamment en la foy saintement promise à leurs marys, & en espère faire un chapitre à part à leur louange, & faire mentir Maistre Jean de Meun, qui, en son Roman de la Rose, dit ces mots : « Toutes vous autres femmes estes ou fustes, de fait ou de volonté, putes » ; dont il encourut une telle inimitié des Dames de la Cour pour lors, qu’elles, par une arrestée conjuration & avis de la Reync, entreprirent un jour de le foüetter & le dépouillèrent tout nud, &, estant prestes à donner le coup, il les pria qu’au moins celle qui estoit la plus grande putain de toutes commençast la première. Chacune, de honte, n’osa commencer, & par ainsi il évita le fouet. J’en ay veu l’histoire représentée dans une vieille tapisserie des vieux meubles du Louvre. J’aimerois autant un Prescheur qui, preschant un jour en bonne compagnie, ainsi qu’il reprenoit les mœurs d’aucunes femmes & leurs marys qui enduroient estre cocus d’elles, il se mit à crier : « Oui, je les connois, je les vois, & m’en vois jetter ces deux pierres à la teste des deux plus grands cocus de la compagnie » ; &, faisant semblant de les jetter, il n’y eut homme du sermon qui ne baissast la teste, ou mist son manteau, ou sa cape, ou son bras au devant pour se garder du coup. Mais luy, les retenant, leur dit : « Ne vous dis-je pas ? Je pensois qu’il n’y eust que deux ou trois cocus à mon sermon ; mais, à ce que je voy, il n’y en a pas un qui ne le soit ». Or, quoy que disent ces fols, il y a de fort sages & honnestes femmes, ausquelles, s’il falloit livrer bataille à leurs dissemblables, elles l’emporteroient, non par le nombre, mais par la vertu, qui combat & abat son contraire aisément. Et, si ledit Maistre Jean de Meun blasme celles qui sont de volonté putes, je trouve qu’il les faut plustost loüer & exalter jusqu’au ciel, d’autant que, si elles bruslent si ardemment dans le corps & dans l’ame, &, ne venant point aux effets, font parestre leur vertu, leur constance & la générosité de leur cœur, aymant plustost brusler & se consumer dans leurs propres feux & flammes, comme un phénix rare, que de forfaire ni souiller leur honneur, & comme la blanche hermine, qui aime mieux mourir que de se souiller (devise d’une très grande dame que j’ay cogneue, mais mal d’elle pratiquée pourtant), puisqu’estant en leur puissance d’y pouvoir remédier se commandent si généreusement, & puisqu’il n’y a plus de belle vertu ny victoire de se commander & vaincre soy-mesme. Nous en avons une histoire très belle dans les Cent Nouvelles de la Reyne de Navarre, de cette honneste Dame de Pampelune, qui, estant dans son ame & de volonté pute, & bruslant de l’amour de M. d’Avanes, si beau Prince, elle ayma mieux mourir dans son feu que de chercher son remède, ainsi qu’elle luy sçeut bien dire en ses derniers propos de sa mort. Cette honneste & belle dame se donnoit bien la mort très-iniquement & injustement ; &, comme j’ouys dire sur ce passage à un honneste homme & honneste dame, cela ne fut point sans offenser Dieu puisqu’elle se pouvoit délivrer de la mort ; & se la pourchasser & avancer ainsi, cela s’appelle proprement se tuer soy-mesme ; ainsi plusieurs de ses pareilles qui, par ces grandes continences & abstinences de ces plaisirs, se procurent la mort, & pour l’ame & pour le corps. » — Brantôme, Dames galantes, Discours i ; éd. Lalanne, IX, 209-11.

— « J’ay ouy parler d’une fort honneste Dame & de réputation, laquelle venant à estre malade du mal d’amour qu’elle portoit à son serviteur, sans vouloir hazarder ce petit honneur qu’elle portoit entre ses jambes, à cause de cette rigoureuse loy d’honneur tant recommandée & preschée des marys, & d’autant que de jour en jour elle alloit bruslant & seichant de sorte qu’en un instant elle se vid devenir seiche, maigre, allanguie, tellement que, comme auparavant, elle s’estoit veue fraische, grasse & en bon point, & puis toute changée par la connoissance qu’elle en eust dans son miroir : « Comment », dit-elle alors, « seroit-il donc dit qu’à la fleur de mon aage, & qu’à l’appétit d’un léger point d’honneur & volage scrupule, pour retenir par trop mon feu, je vinsse ainsi peu à peu à me seicher, me consommer & devenir vieille & laide avant le temps, ou que j’en perdisse le lustre de ma beauté qui me faisoit estimer, priser & aimer, & qu’au lieu d’une dame de belle chair je devinsse une carcasse, ou plustost une anatomie, pour me faire chasser & bannir de toute compagnie & estre la risée d’un chacun ? Non, je m’en garderay bien, mais je m’aidray des remèdes que j’ay en ma puissance ». Et, par ainsi, elle exécuta tout ce qu’elle avoit dit &, se donnant de la satisfaction & à son amy, reprit son embonpoint & devint belle comme devant, sans que son mary sçeust le remède dont elle avoit usé, mais l’attribuant aux Médecins, qu’il remercioit & honoroit fort, pour l’avoir ainsi remise à son gré pour en faire mieux son profit.

« J’ay ouy parler d’une autre bien grande, de fort bonne humeur & qui disoit bien le mot, laquelle estant maladive, son Médecin luy dit un jour qu’elle ne se trouveroit jamais bien si elle ne le faisoit ; elle soudain répondit : « Eh bien, faisons-le donc. » Le Médecin & elle s’en donnèrent au cœur joye, & se contentèrent admirablement bien. Un jour, entre autres, elle luy dit : « On dit partout que vous me le faites ; mais c’est tout un, puisque je me porte bien », & franchissoit tousjours le mot galant qui commence par f., « &, tant que je pourray je le feray, puisque ma santé en dépend. » Ces deux Dames ne ressemblent pas à cette honneste Dame de Pampelonne, que j’ay dit encore ci-devant, dans les Cent Nouvelles de la Reyne de Navarre, laquelle, estant devenue esperduement amoureuse de M. d’Avannes, aima mieux cacher son feu & le couver dans sa poitrine qui en brusloit, & mourir, que de faillir à son honneur. C’est de quoy j’ay ouy discourir ci-dessus à quelques honnestes Dames & Seigneurs. C’estoit une sotte, & peu soigneuse du salut de son ame, d’autant qu’elle-mesme se donnoit la mort, estant en sa puissance de l’en chasser, & pour peu de chose, car enfin, comme disoit un ancien proverbe françois : D’une herbe de pré tondue & d’un c… f…, le dommage est bien-tost rendu. Et qu’est-ce aprés que tout cela est fait ? La besogne, comme d’autres, après qu’elle est faite, paroist-elle devant le monde ? La dame en va-t-elle plus mal droit ? Y connoist-on rien ? Cela s’entend quand on besogne à couvert, à huis clos, & que l’on n’en voit rien. Je voudrois bien sçavoir si beaucoup de grandes Dames que je connois, car c’est en elles que l’amour va plustost loger, comme dit cette Dame de Pampelonne : « C’est aux grands portaux que battent de grands vents », délaissent de marcher la teste haut eslevée, ou en cette Cour ou ailleurs, & de paroistre braves comme une Bradamante ou une Marfise. Et qui seroit celuy tant présomptueux qui osast leur demander si elles en viennent ? Leurs marys mesmes, vous dis-je, ne leur oseroient dire quoy que ce soit, tant elles savent si bien contrefaire les prudes & se tenir en leur marche altière, &, si quelqu’un de leurs marys pense leur en parler ou les menacer, ou outrager de paroles ou d’effet, les voilà perdus, car, encore qu’elles n’eussent songé aucun mal contre eux, elles se jettent aussi-tost à la vengeance, & la leur rendent bien. » — Brantôme, Dames galantes, Discours iv ; éd. Lalanne, IX, 542-5.

Page 246, ligne 22. — Ms. 75762. Cette dernière phrase manque dans le manuscrit que nous suivons. — L.

Page 247, ligne 4. — Ms. 75762 : « Et moi qui la voit reluire sous le voile, &c. » — L.

Page 247, lignes 15-22. — Ms. 75762 : « Je sçay très bien que je suis femme non seulement comme une autre, mais tant imparfaite que la vertu feroit plus grand acte de me transformer en elle que de prandre ma forme, sinon quand elle voudroit estre inconnue en ce monde ». — L.

Page 256, ligne 23. — Ms. 75762 : « que le nostre ». — L.

Le Ms. suivi par M. Le Roux de Lincy porte « que le cueur ». — M.

Page 256, ligne 32. — Ms. 75762. Le manusc. que nous suivons portait : « l’original & la malice ». — L.

Page 257, ligne 17. — Ms. 75762. Le manusc. que nous suivons portait : « vostre plaisir à honorer, &c. » — L.

Page 257, lignes 23-5. — Le passage est dans la première Épître de saint Jean, chap. III, verset 15. — M.

XXVII. — Comment une femme d’Amboise se débarrasse des poursuites d’un Secrétaire.

Vers 1540 ou 1545. À Amboise. — L.

Page 259, lignes 12-3. — Ms. 75762 : « l’un des Secrétaires de sa maistresse, &c. » — L.

XXVIII. — Mauvaise plaisanterie d’un Manant de Gascogne à un Secrétaire de la Reine de Navarre.

Après 1527. À Paris. — L.

Page 263, ligne 7. — Le serviteur de la Reine de Navarre, qu’elle nomme seulement par sa qualité, doit être Jean Frotté. — M.

Page 264, ligne 18. — Ms. 75762 : « du meilleur jambon de Basqz. »

Page 264, ligne 20. — « Son pasté » ; il y a dans le ms. : « Son passetemps. » — M.

Page 264, ligne 21. — Ms. 75762 : « Le pria qu’il put avoir son pasté le dimanche ensuivant, après diner. » — L.

Page 264, lignes 27-8. — Ms. 75762 : « Un fol Bearnois. » — L.

Page 266, ligne 2. — Ms. 75762 : « Et tatons de cet éguillon de vin. »

Page 267, lignes 18-9. — Ms. 75762. Le manuscrit que nous suivons portait : « de paour de l’heure satisfaire à nostre propos. » — L.

XXIX. — Comment un Curé du Maine, surpris par un laboureur, trouva le moyen de s’échapper.

À Carelles, village du Maine. — L.

Page 269, lignes 6-7. — « En la Conté du Maine, en ung village nommé Carelles. » Mayenne, canton de Goron, à six lieues de Mayenne. — M.

Page 272, lignes 7-8. — Les deux vers du Roman de la Rose sont les vers 4925-6 de l’édition de Méon. — M.

Page 271, lignes 22-3. — Ms. 75762 : « Que les gens simples & de bas estat. » — L.

XXX. — Histoire d’un Gentilhomme qui se trouve épouser en même temps sa propre fille & sa propre sœur.

De 1499 à 1503. En Languedoc. — L.

Page 283, ligne 32. — « Et que, pour parler ne pour beiser, n’ont point d’esmotion, &c. » — Tous les textes, aussi bien celui de Gruget que les manuscrits, donnent la leçon inintelligible : n’ont point dévotion. La correction d’esmotion donne un sens d’autant plus plausible que, trois lignes plus haut, on a lu : « Quand ils se sentent esmouvoir. » — M.

Page 275, ligne 8. — Ms. 75762. Le manuscrit que nous suivons portait : « du Roy Loys XI. » — L.

Page 275, lignes 8-11. — « Au temps du Roy Louis douziesme estant lors Légat d’Avignon ung de la Maison d’Amboise, nepveu du Légat de France, nommé Georges. »

Georges d’Amboise qui fut Légat du Saint-Siège en France est le même qui, sous le nom de Cardinal d’Amboise, est célèbre dans notre histoire comme ministre favori de Louis XII. (Voyez la Vie du Cardinal d’Amboise, premier Ministre de Louis XII, &c., par M. Louis Le Gendre, Rouen, 1724, in-12, 2 vol.) Le Légat d’Avignon dont Marguerite veut parler doit être Louis d’Amboise, qui fut le soixante-douzième Évéque d’Alby, de 1474 à 1502. Tome I, p. 34, du Gallia christiana, on trouve une notice sur ce prélat, qui joua un rôle assez important dans les affaires de son temps.

Le récit singulier qui fait le sujet de cette Nouvelle n’a pas été imaginé, comme on pourrait le croire, par la Reine de Navarre ; il repose sur une tradition populaire dont on retrouve des traces dans plusieurs localités en France. Voici quelques détails à ce sujet recueillis par Millin dans ses Antiquités nationales : « On trouvait au milieu de la nef (de l’église collégiale d’Écouis), dans la croisée, une plaque de marbre blanc, sur laquelle on lisait cette épitaphe :

Ci gît l’enfant, ci gît le père,
Ci gît la sœur, ci gît le frère,
ci gît la femme & le mari,
Et ne sont que deux corps ici.

« La tradition est qu’un fils de M. d’Écouis avait eu de sa mère, sans la connaître & sans en être reconnu, une fille nommée Cécile. Il épousa ensuite en Lorraine cette même Cécile qui était auprès de la Duchesse de Bar ; ainsi Cécile était fille & sœur de son mari. Ils furent enterrés dans le même tombeau en 1512 à Écouis. » (T. III, f. XXVIII, p. 6.) Millin ajoute que ce conte était imprimé sur un petit feuillet que le sacristain distribuait aux curieux qui venaient visiter l’église d’Écouis. Il dit encore que cette même histoire est racontée dans d’autres églises de France ; il cite celle d’Alincourt, village entre Amiens & Abbeville, dans laquelle on lit une épitaphe ainsi conçue :

Ci gît le fils, ci gît la mère,
Ci gît la fille avec le père,
Ci gît la sœur, ci gît le frère,
Ci gît la femme & le mari,
Et ne sont que trois corps ici.

L’auteur du Trésor des Almanachs imprimé à Paris en 1781 rapporte les vers qui précédent & ajoute : « C’est en abrégé l’odieuse aventure d’une mère qui, après avoir épousé son fils sans le savoir, en eut une fille qu’elle lui donna en mariage &, lorsqu’elle reconnut, dans la suite, ses malheurs, elle eut grand soin d’en cacher toutes les circonstances & ne les révéla qu’à sa mort. »

Gaspard Meturas a inséré cette épitaphe dans son Hortus Epitaphiorum selectorum, 1648, in-12. Il dit qu’elle se trouve dans une église à Clermont en Auvergne, & il ajoute : « La clef pour l’ouvrir consiste à dire que cette mère engendra son mari en épousant son propre père, car il s’ensuit de là qu’il était son fils, son frère & son mari, même légitimement, le mariage étant fait avec une juste ignorance de part & d’autre. »

Divers auteurs italiens, anglais & français, ont imité cette histoire. On trouve dans l’ouvrage de Dunlop, the History of Fiction, &c., 1816, in-8o, 3 vol., vol. II, p. 462, un détail curieux que nous croyons devoir reproduire : « Le sujet de la trente-cinquième Histoire tragique de Bandello est le même que celui de la comédie de Walpole intitulée : la Mère mystérieuse, & du trentième récit de la Reine de Navarre. Le commencement se trouve aussi dans une Nouvelle de Masuccio, mais la particularité du mariage n’est que dans Bandello & dans l’Heptaméron. Il est assez difficile de déterminer lequel de ces deux derniers conteurs a copié l’autre. Les Nouvelles de Bandello ont été publiées pour la première fois en 1554, celles de la Reine de Navarre en 1558. Cette Princesse, morte en 1549, n’eut aucune connaissance du livre de Bandello, & il n’est pas probable que Bandello ait vu celui de la Princesse. Quelque tradition contemporaine aura fourni les éléments de ce récit. Cependant Bandello place le lieu de la scène en Navarre, & dit qu’il avait appris le fait d’une dame de ce pays. On le trouve encore dans les Propos de table de Luther, à l’article de la confession auriculaire, comme s’étant passé à Erfurt, & Julio de Medrano, auteur espagnol du XVIe siècle, dit qu’on lui a raconté cette histoire dans le Bourbonnais, où on lui a montré la maison des époux innocemment coupables, ainsi que l’épitaphe », celle en quatre vers que nous avons citée plus haut.

Voici encore d’autres indications recueillies par M. Hubaud, page 2 de sa Dissertation sur le Recueil des Contes & Nouvelles de la Reine de Navarre, autrement dit : l’Heptaméron, &c. ; Marseille, 1850, in-8o.

« Cette Nouvelle, imitée en italien par Matteo Bandello, en espagnol par Juan Perez de Montalvan, en latin par D. Othon Melandre, a fourni à Desfontaines la matière d’un roman intitulé : l’Inceste innocent, histoire véritable ; Paris, Quinet, 1644, in-8o. Elle est rapportée sommairement dans le grand roman d’Amadis de Gaule. Un écrivain moderne en a tiré le roman le Criminel sans le' savoir, roman historique & poétique ; Amsterdam & Paris, 1783, in-12 de 171 pages. Un pareil sujet a été traité par trois auteurs italiens, qui sont : Masuccio de Solerac, Novellino, in Ginevra, 1765, 2 vol. in-8o, Novella xxiii ; — Giovani Brevio, Rime & prose vulgari, &c., Roma, 1545, in-8o, Novella iv ; — Tommaso Grappulo (ou Grappolino), Il Convito Borgbesiano, Londra, 1800, in-8o, Novella VII ». — L.

— Il faut joindre à ces indications au moins celle de l’étrange poème de la vie de S. Grégoire, qui a été traduit en vers allemands par le vieux poète Hardtman von Ave ; ce n’est qu’en 1854, que M. Luzarche a imprimé le texte français d’après un manuscrit de Tours, & la Société des anciens textes français va le réimprimer. Cette étrange légende ne se rapporte, bien entendu, à aucun des papes du nom de Grégoire ; mais il est singulier de voir mettre sur le dos d’un saint l’histoire d’Œdipe & de Jocaste. — M.

Page 277, lignes 23-4. — Ms. 75762. Cette phrase manque dans le manusc. que nous suivons. — L.

Page 279, lignes 15-6. — Ms. 75762 : « eut maintefois desiré de s’affoler du malheureux fruit, &c. » — L.

Page 280, ligne 25. — « La donna à la Royne de Navarre nommée Catherine ».

La Reine de Navarre dont veut parler Marguerite est Catherine, sœur de Gaston Phébus, mariée le 14 juin 1484 à Jean d’Albret, célèbre dans les démélés qu’elle eut au sujet de la possession de son royaume de Navarre, dont elle finit par être expulsée, ainsi que son mari, dans le cours de l’année 1516. Elle disait à son mari, quand il se fut retiré devant l’armée espagnole triomphante : « Si nons fussions nés, vous Catherine & moi D. Jean, nous n’aurions pas perdu la Navarre. » On peut voir, au sujet de cette Princesse, Olhagaray, Histoire de Foix, Bearn & Navarre, &c., Paris, 1609, in-4o, p. 420-23 & suivantes, & l’Art de vérifier les dates, 3 vol. in-fol., t. I, p. 764.

Page 282, ligne 24. — Non pas le Psalmiste, mais Isaïe, xxxviii, 14. — M.

Page 283, lignes 23-31. — C’est précisément ce dont on a tant accusé Robert d’Arbrissel. Voyez dans le Dictionnaire de Bayle les notes de l’article Fontevraud ; éd. Desoer, VI, 508-19. — M.

Page 284, lignes 4-5. — « L’Archevesque de Milan, où votre Religion s’exerçoit. »

S’agirait-il de ce qui arriva a Milan au commencement du XIVe siècle, du temps de Matteo & de son fils Galeazzo Visconti ? On peut voir dans le livre de M. Tullio Dandolo « Sui xxiii libri delle Historiæ patriæ di Giuseppe Ripamonti ragionamento », Milano, 1856, p. 52-60, le texte de Ripamonti sur l’histoire étrange d’une femme du peuple, Guglielmina, & de son complice Andrea Saramita, qui, sous prétexte de piété, avaient formé une association secrète de femmes. Les turpitudes qui s’y passaient découvertes, on sévit, & Saramita fut brûlé en personne avec les os déterrés de Guglielmina. Si c’est à cela que Marguerite fait allusion, l’archevêque de Milan serait Francesco Fontana, archevêque pendant onze ans, de 1296 à 1308, dont Ripamonti vient de parler. — M.

Page 284, lignes 7-8. — Ms. 75762. Le manusc. que nous suivons portait (par interversion) : « Les femmes au couvent des hommes & les hommes au couvent des femmes ». — L.



  1. On lit neuf hommes dans 7572 Béthune ; 75722 ; Bigot 75725 ; Colbert 858 ; 7576 & 75762.
  2. Pierre Grosnet, dans sa Louange & Excellence des bons facteurs, a cité ce poète :

    Maistre Myro & maistre Cruche
    Estoient bons joueux sans reprouche ;

    le mot estoient semble indiquer que Cruche étoit mort au moins en 1533.
  3. Sic dans l’imprimé : c’est sans doute moralités.
  4. Mezeray, p. 42 de ses Mémoires, dit, ce qui me paroît un peu hasardé, qu’il apporta le premier les belles-lettres au barreau, & que c’est lui qui fit ce distique qui est sur la porte de derrière de la maison & jardin de M. de Vileroy, à Charenton:

    Consequor ex hoc rure, senex, quod Comitus olim
    Ut nec agri aut urbis me satias capiat.

  5. Épitaphes de Paris.
  6. Famille illustre qui posséda les fiefs de Goupillières & de Corbeville, & celui bien plus connu des Porcherons. C’est d’elle que le siège de cette seigneurie, situé rue Saint-Lazare, prit le nom de château Lecoq ou du Coq. La rue de Clichy, bâtie sur ce fief, s’appeloit, sous Louis XIV & Louis XV, rue du Coq, & on voit encore trois coqs (armes de cette famille) formant girouette sur un reste du château. Louis XI y coucha avant d’entrer à Paris, après son sacre, & Israël Silvestre a gravé le joli petit château qui existoit de son temps. C’est une des planches peu communes de son œuvre. Quant aux Bochart, leur famille étoit non moins connue que celle des Lecoq. Science, vertu, piété, elle réunissoit tout ce qui dans un temps ordinaire eût mérite le respect & l’affection des hommes. Aussi son chef fut-il égorgé par ordre de l’infâme gouvernement révolutionnaire. Le Conservatoire des arts & métiers recèle nombre d’instruments de précision butinés chez le Président Bochart de Saron après son meurtre. Voir son éloge par Cassini; Paris, 1810, in-8o
  7. Voir sur ces Perdrier ma Notice sur Medan. Les Sieurs de Baubigny sont bien de la même famille. J’en doutois, mais j’en ai trouvé la preuve dans les archives de la Cour des Monnoies.