L’Heptaméron des nouvelles/Tome IV/17


QUATRIÈME JOURNÉE

PATIENCE DES DAMES POUR REGAGNER LEURS MARIS
ET PRUDENCE DES HOMMES POUR SAUVER L’HONNEUR
DE LEURS MAISONS.

PROLOGUE

Page 289, lignes 13-4. — « J’ay une femme ; je n’y puis aller si tost ». Uxorem duxi, & ideo non possum venire ; Lucæ XIV, 26. — M.

Page 290, ligne 15, & 291, ligne 3. — « La leçon », la lecture, lectio. — M.

Page 290, ligne 17. — « Pour étudier leur rolle », ce qu’ils avaient à dire & à raconter, de rotulus, volumen & rouleau, c’est-à-dire un livre. — M.

XXXI. — Cruauté d’un Cordelier envers une Demoiselle & destruction du Couvent.

De 1494 à 1519. En Flandre. — L.

Page 293, lignes 5-6. — « Aux terres subjectes à l’Empereur Maximilien d’Autriche ».

Bien qu’il soit dit à la fin du Prologue de la Quatrième Journée que cette Nouvelle a été racontée par M. de Saint-Vincent, Ambassadeur de l’Empereur Charles-Quint, comme un fait arrivé récemment, il est certain qu’on trouve dans nos vieux conteurs un récit tout à fait pareil. Nous nous contenterons de citer un fabliau de Rutebeuf intitulé : Frère Denise (Œuvres de Rutebeuf, t. I, p. 260, 2 vol. in-8o ; — Fabliaux de Legrand d’Aussi, vol. IV, p. 383 ; — Recueil complet des Fabliaux, III, 1878, 253-4). Le no  LX des Cent Nouvelles nouvelles a aussi quelque analogie avec cette aventure. Le récit de la Reine de Navarre a été reproduit par Henry Estienne dans son Apologie pour Hérodote, t. I, p. 499, de l’édition de 1735 ; par l’Étoile, Journal du règne de Henri III, année 1577, & par le conteur italien Malespini, Ducento Novelle, no 75. — L.

Une catin, sans frapper à la porte,
Des Cordeliers jusqu’à la court entra ;
Longtemps après l’on attend qu’elle sorte,
Mais au sortir on ne la rencontra.
Or au Portier cecy on remonstra,
Lequel juroit jamais ne l’avoir vue ;
Sans arguer le pro ne le contra,
A vostre avis, qu’est-elle devenue ?

Clément Marot, éd. Lenglet-Dufresnoy, in-4°, épigramme 262, II, p. 373. — M.

— Il y faut encore ajouter les Cordeliers de Catalogne dans les Contes de La Fontaine. — M.

Page 301, lignes 1-6. — Ms. 75762. Cette longue phrase était complètement altérée dans le manuscrit que nous suivons. — L.

XXXII. — Histoire d’une Dame allemande, racontée par le sieur de Bernage.

1490. En Allemagne. Historique. — L.

— « Vous avez, dans les Cent Nouvelles de la Reyne de Navarre, la plus belle & triste histoire que l’on sçauroit voir pour ce sujet, de cette belle Dame d’Allemagne que son mary contraignoit à boire ordinairement dans le test de la teste de son amy qu’il y avoit tué, dont le Seigneur Bernage, lors Ambassadeur en ce pays pour le Roy Charles huictiesme, en vit le pitoyable spectacle & en fit l’accord ». Brantôme, Dames galantes, Discours 1 ; éd. Lalanne, IX, 38.

Page 303, lignes 7-10. — « Le Roy Charles, huictiesme de ce nom, envoya en Allemagne ung Gentil homme nommé Bernage, sieur de Civray, près Amboise. »

Bernage, ou mieux Vernaiges, comme on le voit dans quelques manuscrits de l’Heptaméron, était Écuyer d’Écurie de Charles VIII en 1495, & recevait en cette qualité trois cents livres de gages par année (Histoire de Charles VIII, par Godefroy, p. 705). La terre de Civray, située sur les bords du Cher, à quelques centaines de pas du célèbre château de Chenonceaux, relevait de la Seigneurie d’Amboise. Le 1er juillet 1482 elle appartenait à Jean Goussart, Écuyer, ainsi qu’il résulte d’un hommage rendu par celui-ci, qui se trouve aux Archives impériales, cote 3801, Section Domaniale. — L.

Page 304, ligne 2. — Ms. 75762 : « tenir sa maison fermée au soir. » — L.

Page 306, lignes 10-2. — Ms. 75762. Le manusc. que nous suivons portait : « Et pour ce que le crime me sembla si grand que une telle mort n’estoit suffisante pour le premier, &c. ». — L.

Page 306, lignes 18-19. — « Les os de son amy pendus… en ung cabinet ». Le ms. donne tendus ; outre que le sens de suspendus est plus naturel, le mot pendus se trouve appliqué à la même chose dans la page suivante, ligne 12, ce qui justifie la correction. » — M.

Page 307, lignes 2-3. — Ms. 75762 : « car l’ornement des cheveux ». — L.

Page 307, lignes 18-9. — Ms. 75762 : « Madame, vostre péché est égal au tourment ». Dans l’édition de 1559 on lit : « Si vostre patience est esgalle au tourment, je vous estime la plus heureuse femme du monde ». — L.

Page 308, lignes 26-8. — « Envoya son Painctre, nommé Jehan de Paris, pour luy rapporter ceste Dame au vif. »

Le peintre, à qui Charles VIII confia le soin de lui rapporter le portrait de la jeune Dame Allemande si rudement châtiée de sa faute, est un des artistes français les plus remarquables de la fin du XVe siècle ; il se nommait Jean Perréal, dict de Paris. Il y a quelques années, on savait à peine le nom de cet artiste, qui fut si fameux sous Charles VIII & Louis XII ; mais, grâce aux recherches nombreuses faites dans nos bibliothèques & nos archives par de zélés antiquaires, on connaît maintenant plusieurs circonstances importantes de la vie de Jean Perréal, & surtout plusieurs de ses travaux. Dans le tome ier de son ouvrage sur la Renaissance des arts à la Cour de France, un de nos confrères de la Société des Bibliophiles, M. le Comte Léon de La Borde, a consacré un article assez étendu à Jean Perréal ; nous en reproduirons ici les principaux traits :

« Jean de Paris était, à la fin de 1496, un peintre connu dans la ville de Lyon. Nul doute que son talent, goûté par Charles VIII, plus tard par Louis XII & François Ier, ne fût la cause de la faveur qui tout d’abord l’éleva & aux fonctions de Peintre ordinaire du Roi & au titre de Valet de chambre. Il est porté sur l’état des Officiers du Roi, pour l’année commençant le 1er octobre 1498 & finissant le 30 novembre 1499, pour la somme de deux cent quarante livres &, dans un compte des Écuries de l’année 1508, il est porté pour dix livres pour la dépense de son cheval pendant les mois de juin & de juillet. En 1509 il recevait cent sous par mois pour le même motif. »

M. de La Borde cite divers documents d’après lesquels Jean de Paris fut chargé en 1509 de diriger les travaux de peinture de la pompe funèbre du Duc Philibert de Savoie, dont il avait fait un portrait. En 1514 il est envoyé en Angleterre à l’occasion du mariage de Louis XII avec la sœur de Henri VIII, & en 1515 c’est à lui que fut confiée la peinture des décorations funèbres de Louis XII.

Jean Le Maire de Belges a fait un pompeux éloge de Perréal dans son ouvrage, moitié en vers, moitié en prose, intitulé la Légende des Vénitiens, ou autrement leur Cronique abrégée, &c. : « De vostre bon amy & mon singulier patron & bienfaicteur, nostre second Zeuxis ou Appelles en paincture, Maistre Jehan Perréal de Paris, Painctre & Varlet de chambre ordinaire du Roy, la louenge est perpétuelle & non terminable ; car de sa main Mercurialle il a satisfait par grant industrie à la curiosité de son office & à la recréation des yeulx de la Très Chrestienne Majesté, en paignant & représentant à la propre existence, tant artificielle comme naturelle, dont il surpasse aujourd’hui tous les citramontains, les citez, villes, chasteaux de la conqueste & l’assiette d’iceulx, la volubilité des fleuves, l’inéqualité des montaignes, la planure du territoire, l’ordre & le désordre de la bataille, l’horreur des gisans & occision sanguinolente, la miserableté des mutilez nagans entre vie & mort, l’effroi des fuyans, l’ardeur & impetuosité des vainqueurs & l’exaltation & hilarité des triomphans. Et, se les imaiges & painctures sont muettes, il les fera parler, ou par la sienne propre langue bien exprimant & suaviloquente, par quoy, à son prochain retour nous envoyant ses belles œuvres & escoutant sa vive voix, ferons accroire à nous mesmes avoir esté présens à tout… Car si doint Dieu que avec la Haultesse Régalle le dit Maistre Jehan de Paris, vostre bon amy, soit icy de retour bien brief affin que je l’honnoure & conjouysse avecques ce noble Docteur physitien Lyonnois très scientificque, Messire Symphorien Champier, qui l’a tiré hors des maschoires de la mort, esquelles s’estoit engouffré par trop grant labeur, abstinence & vigilance. Doncques en espoir de les reveoir tous deux ainsi que je desire, je clorrai icy le pas, me recommandant humblement à vostre Seigneurie. A Lyon, le douziesme jour d’aoust mil cinq cens & neuf. »

Jean Le Maire, dans son Temple d’Honneur & de Vertu, composé en 1504 à l’occasion de la mort du Duc Pierre de Bourbon, dit « qu’il l’a écrit par l’impulsion exhortatoire de Jehan de Paris, Painctre du Roy, qui par le bénéfice de sa main heureuse a mérité envers les Rois & Princes estre estimé un second Appelles. »

Geoffroy Tory, imprimeur & libraire de Paris justement renommé, publia en 1529 un ouvrage aussi curieux que singulier, dans lequel il essaya de réduire les lettres de l’alphabet aux proportions du corps humain. Il s’adressait aux habiles de son temps pour avoir des dessins. Jehan Perréal lui donna ceux des lettres L & K, ainsi qu’il nous l’apprend au folio XLVI v° de son livre : « Comme il peut estre facilement entendu en la séquente figure que j’ai faicte, après celle que ung mien seigneur & bon amy, Jehan Perréal, autrement dict Jehan de Paris, Valet de chambre & excellent Peintre des Roys Charles huitiesme, Loys douziesme & François, premier de ce nom, m’a communiquée & baillée moult bien pourtraicte de sa main. (L’Art & science de la vraye proportion des lettres Attiques ou Antiques, autrement dictes Romaines, selon le corps & visaige humain, &c. ; 1549, in-8o.)

Clément Marot a consacré le xxvie de ses Rondeaux à célébrer la mémoire de Claude Perréal, peintre lyonnais. Malgré la différence du prénom, M. Léon de La Borde n’hésite pas à reconnaître notre artiste, dont le gentil poète a dit :

En grand regret, si pitié vous remord,
Pleurez l’ami Perréal qui est mort.
Et vous, ses sœurs, dont maint beau tableau sort,
Peindre vous faut pleurantes son grief sort. — L.

— Je me permettrai de ne pas être de l’avis de M. de Laborde & de M. Le Roux de Lincy. Le xxvie rondeau de Marot : « Aux amis & sœurs de feu Claude Perréal, Lyonnois », dit seulement que ses sœurs peignaient. Claude Perréal devait être de la famille de Jean Perréal ; il n’est certainement pas le même &, puisque Marot parle du talent de peinture de ses sœurs, — qui peut-être ne faisaient que dessiner ou broder, car l’expression « dont maint beau tableau sort » peut aussi bien être vague que techniquement précise, — il n’eût pas manqué de dire qu’il était peintre lui-même ; le thème s’imposait de lui-même s’il se fût agi du peintre en titre des rois de France, & le poète n’y aurait pas manqué.

On pourrait aujourd’hui beaucoup ajouter à la note de M. Le Roux de Lincy ; mais, à propos de l’Heptaméron, il n’y a pas lieu de reprendre la biographie artistique d’un peintre, car, si la Reine de Navarre a connu personnellement le peintre en titre de son frère, elle ne paraît pas l’avoir employé, & la mention qu’elle fait de son nom suffit ici à son honneur. — M.

Page 310, lignes 4-5. — La sœur de Madeleine, « qui était vierge ». Marthe, sœur de Lazare & de Marie-Madeleine. — M.

XXXIII. — Juste condamnation d’un Curé par le Comte d’Angoulême.

De 1480 à 1490. À Cherves, village près de Cognac. Historique. — L.

Page 313, lignes 6-7. — « Le Comte Charles d’Angoulesme, père du Roy François II ».

Nous avons eu l’occasion, au commencement de la notice sur Louise de Savoie (t. I, P.ij de l’édition des Bibliophiles), de parler de Charles d’Angoulême & de la bonne éducation que le bienheureux Comte Jean, son père, lui avait donnée. On voit par le récit de cette Nouvelle, qui ne paraît que trop réelle, que le père de Marguerite avait profité des leçons de ses maîtres. — L.

Page 313, ligne 8. — Cherves, à une lieue & demie de Cognac (Charente). — M.

Page 313, lignes 13-4. — Ms. 75762. Édit. de 1558 : « asseurant à tout le peuple, &c. ». — L.

Page 317, ligne 12. — « Consummatum est ». Joannis XIX, 30. — M.

Page 315, ligne 19. — Ms. 75752. Le manuscrit que nous suivons & l’édition de 1558 portaient : « treize ans ». — L.

Page 318, ligne 2. — Tous les manuscrits & les deux éditions de 1558 & 1559 portent ce mot : « engraisser » ou « engresser », qui n’offre qu’un sens obscur. La correction faite par le dernier éditeur de l’Heptaméron, le bibliophile Jacob, — « c’est pour en gausser », n’est pas non plus très-satisfaisante. — L.

M. Franck, III, 536-8, a très bien rendu compte du sens, qui est « pour en tirer profit ». — M.

Page 319, lignes 6-7. — M. 75762 ; éd. de 1558. Le manusc. que nous suivons portait : « Et que souvent ung propos est cause de beaucoup de mal ». — L.

XXXIV. — Terreurs que les propos d’un Boucher inspirent à deux Cordeliers.

Avant 1530. En Poitou, près de Niort. Historique. — L.

Page 321, lignes 5-6. — « Il y a un villaige entre Nyort & Fors, nommé Grip ».

Fors, & non pas Rochefort, comme le dit M. Paul Lacroix (bibliophile Jacob), p. 272 de son édition de l’Heptaméron, petit village du Poitou, à deux lieues & demie de Niort.

C’était une seigneurie, que Catherine de Vivonne, fille d’Artus de Vivonne & de Nicolas, vivant en 1476, apporta à Jacques Poussart, Chevalier. Jacques Poussart signa au contrat de mariage de la Reine de Navarre, sous le nom de : le Seigneur de Fors, bailly du Berry. Marguerite parle plusieurs fois de lui dans ses lettres. (Voy. Lettres de Marguerite d’Angoulême, &c., p. 243, 244, 258, 259, 332. — L.

Page 321, lignes 6-7. — « Lequel est au seigneur de Fors. » Il y a deux Fors dans les Deux-Sèvres, tous les deux dans l’arrondissement de Niort, l’un dans le canton de Prahecq (840 hab.), à deux lieues un quart de Niort, l’autre dans la commune de Saint-Laurs (76 hab.), canton de Coulonges-sur-l’Autize. Il doit s’agir du premier. — M.

Page 322, ligne 9. — Grip. Gript, canton de Beauvoir (Deux-Sèvres), à deux lieues trois quarts de Niort. — M.

« Ecclesia parochialis S. Nicolai de Grippo ad presentationem abbatis de Niolio (super Alticiam), Malleacensis diœcesis, & ad institutionem domini episcopi Xantonensis….

« Ecclesia parochialis seu prioratus ; curatus S. Albini de Grippo. » (Même prés. & instit.) — Pancarte de Rochechouard, document de l’année 1402. — Arch. de la préf. de la Vienne.

« L’église de Saint-Aubin de Gript était construite sur la limite du diocèse de Poitiers & de celui de Saintes. L’autel était en Poitou & la porte en Saintonge, d’où le double patronage des deux évêques.

« D’après ce qui précède, le nom latin de Gript était Grippum ; mais ceci est du latin du XVe siècle, sur lequel il y a beaucoup à redire. On a pu dire d’abord Griptum &, par euphonie, Grippum.

« Je ne serais pas éloigné de croire que Grip ou Gript est tout simplement le vieux mot français Grip, signifiant rapine, vol, prise de possession avec violence. Le latin serait, dans cette hypothèse, de fabrication moderne. » — Benjamin Fillion.

XXXV. — Comment un sage mari Espagnol retire sa femme de l’amour d’un Cordelier.

À Pampelune. Nulle indication de date. – L.

Page 329, lignes 18-9. — « En un premier jour de Karesme, alla à l’église prendre la mémoire de la mort », c’est-d-dire recevoir les cendres le mercredi qui suit le dimanche de la Quinquagésime & qui commence le Carême. — M.

Page 330, lignes 20-2. Édit. de 1558 : « croyant asseurément qu’une telle amour spirituelle, quelque plaisir qu’elle en sentist, ne sçauroit blesser sa conscience ». — L.

Page 332, lignes 15-7. Ms. 75762. Le manusc. que nous suivons portait : « le Paige ayant montré à son maistre le moïen de mener ceste affaire. » — L.

Page 333, lignes 19-20. — « Et que pour rien ne le porteroit pour servir en masques. » V. dans Rabelais, liv. IV, ch. XIII, l’épisode de Tappe-coue. — M.

Page 333, lignes 27-8. — Édit. de 1558 : « & avec du liège en ses souliers se feist de la propre grandeur du Prescheur ». — L.

XXXVI. — Vengeance d’un Président de Grenoble.

De 1505 à 1509. À Grenoble. Historique & romanesque. — L.

Page 341, ligne 6. — Ung Président dont je ne dirai le nom, mais il n’estoyt pas Françoys.

Dans un Dictionnaire manuscrit des Beautés de choses curieuses du Dauphiné on lit :

« Dans la rue des Clercs, à Grenoble, on voyoit autrefois sur le portail de la maison de Nicolas Prunier de Saint-André, Président au Parlement de Grenoble, un écusson de pierre soutenu par un ange & portant pour armoiries : d’or à un lion de gueules. Ces armes étoient celles de la famille Carles, éteinte au XVIIe siècle. L’ange qui supportoit l’écusson tenoit l’index d’une de ses mains contre sa bouche d’un air mystérieux & comme indiquant qu’il faut savoir se taire. Geoffroy Carles, Président unique au Parlement de Grenoble en 1505, l’avoit fait mettre sur cette maison, qui lui appartenoit. Cet homme sut en effet dissimuler assez longtemps avant que de trouver l’occasion de se venger de l’infidélité de sa femme, en la faisant noyer par la mule qu’elle montoit, au passage d’un torrent ; il avoit commandé à dessein qu’on laissât la mule plusieurs jours sans boire. Cette aventure, imprimée en plusieurs endroits, a fait le sujet d’une des Nouvelles de ce temps, mais dans ce conte on n’y nomme pas les personnages. Geoffroy étoit si savant dans la langue latine & dans les humanités, que la Reine Anne de Bretagne, femme de Louis XII, le choisit pour enseigner cette langue & les belles-lettres à Renée, sa fille, qui fut depuis Duchesse de Ferrare. Ce même Geoffroy Carles fut fait Chevalier d’armes & de lois par Louis XII, en 1509. »

Dans les années 1501 & 1502, Geoffroy Carles avait été Ambassadeur de Louis XII auprès de l’Empereur Maximilien. Il est à croire que c’est bien de ce personnage que Marguerite a voulu parler ; seulement les conteurs du temps n’étaient pas d’accord sur la manière dont le Président avait puni sa femme infidèle.

La XLVIIe des Cent Nouvelles nouvelles contient le récit de cette aventure sous le titre des Deux Mules noyées.

Depuis le XVIe siècle les deux versions ont été plusieurs fois imitées ; on peut voir :

Bonaventure Desperiers : Contes, Nouvelles & joyeux Devis, t. III, p. 109, Nouvelle xcii.

Les Heures de récréations & Après-dîners de Louis Guicciardin, &c., in-32, p. 28 ;

G. Giraldi Cinthio : Hecatommithi, ovvero cento Novelle, &c., Dec. III, Nov. VI ;

Malespini : Ducento Novelle, &c., part. II, Nov. XVI ; — Les Joyeuses Adventures & Recreations, &c., p. 83, Dev. xxxiii ;

Shirley : Love’s Cruelty, comedy (Dunlop, History of the Fiction, t. II, p. 491). — L.

— Sur une question relative à l’histoire du Dauphiné, je ne pouvais mieux faire que de m’adresser à l’érudition de mon savant confrère & ami M. Roman. Il a bien voulu écrire pour ces éclaircissements l’excellente & très nouvelle note qu’on va lire, & dont je ne saurais trop le remercier :

« Le héros de la trente-sixième Nouvelle de la Reine de Navarre est Jeffroy Charles, premier Président au Parlement de Grenoble & Président du Sénat de Turin. Ce personnage, maintenant bien peu connu, joua sous les règnes de Charles VIII & de Louis XII un rôle fort considérable. Il fut diplomate, magistrat, homme de guerre, bibliophile & protecteur des lettres. Ce sont là, ce me semble, des titres suffisants pour que son nom ne soit pas oublié.

Charles était Italien ; il était né dans le marquisat de Saluces. Son père, nommé Constant, était un jurisconsulte distingué. Il n’est pas certain que sa famille fût noble ; la forme exacte de son nom n’est pas bien connue ; il a toujours signé Jeffroy Charles, mais ses descendants ont adopté l’orthographe de Carles, plus rapprochée de Caroli ou de’ Caroli, qui était peut-être son nom véritable. Avant de s’établir en France, Jeffroy Charles jouissait déjà, à la Cour de Louis II, Marquis de Saluces (1475-1482), de la réputation d’un éminent jurisconsulte ; ce Prince l’avait nommé Podestat de Saluces & de Carmagnoles, & à deux reprises son successeur l’avait chargé de missions diplomatiques importantes à la cour de France[1]. Le roi Charles VIII, qui se préparait alors à la conquête du royaume de Naples, accueillait à merveille tous les Italiens qui se présentaient à sa cour ; Charles lui parut avoir assez de talents diplomatiques pour qu’il voulût se l’attacher, & il le nomma, le s octobre 1493[2], conseiller au Parlement de Grenoble. Occupé presque constamment de missions secrètes, Charles résida rarement en Dauphiné.

Après la mort de Charles VIII, Jeffroy Charles sut conserver les bonnes grâces de son successeur. Louis XII se servit utilement de ses talents & l’éleva aux plus hautes charges de la magistrature. Le 16 juin 1500, il le nomma Président du Sénat de Turin &, le 29 novembre de la même année, premier Président du Parlement de Grenoble. Charles passa la plus grande partie de cette année & de la suivante soit à la cour de l’Empereur Maximilien, soit auprès du Pape, & il obtint du premier l’investiture du duché de Milan en faveur de Louis XII. Dans une longue & curieuse lettre autographe[3], il donne les renseignements les plus circonstanciés sur ses conversations avec l’Empereur & sur les graves questions qui y furent traitées.

Il paraît avoir passé les années suivantes à Milan ; ses lettres[4] nous le montrent luttant avec énergie, en faveur du domaine royal & de la bonne administration de la province, contre la rapacité des seigneurs français & italiens qui traitaient le Milanais en pays conquis. Il prévoyait avec infiniment de raison le peu de durée de cette conquête, si l’on n’y apportait pas plus d’ordre dans les finances & plus d’équité envers les populations.

En 1508, Louis XII le chargea d’accompagner aux conférences de Cambrai le Cardinal d’Amboise, qui allait y conclure avec l’Empereur une alliance contre la République de Venise ; la même année, il alla avec le Maréchal de Trivulce à Rome pour faire entrer le Pape dans cette ligue.

Lorsque la guerre fut déclarée, Charles, déposant sa robe de magistrat, prit une part active à la campagne contre Venise & se conduisit avec une telle valeur à la victoire d’Agnadel que Louis XII le créa Chevalier sur le champ de bataille, &, par un brevet daté du 14 mai 1509, l’autorisa à porter l’épée, les éperons & les autres insignes de la chevalerie[5].

Sa dernière mission diplomatique fut à la cour du Pape Léon X. Il y fut envoyé par le Roi en 1515 & obtint du Pape une bulle d’indulgences pour lui & plusieurs des conseillers du Parlement de Grenoble[6]. La même année, il fut choisi, à cause de son grand savoir, pour présider à l’éducation de Renée de France, fille du Roi, née le 25 octobre 1510. Il est douteux qu’il ait pu commencer à remplir cette charge, car il mourut peu de temps après l’avoir obtenue. Il fut, en effet, remplacé dans la première présidence du Parlement de Grenoble par Falcon d’Aurillac, le 2 décembre 1516.

Sa famille resta fixée en Dauphiné, où elle s’éteignit obscurément dans le courant du XVIIe siècle, après avoir rempli quelques charges inférieures dans la magistrature ou les finances. Un seul de ses fils, qui se nommait Antoine, avait paru hériter dans une certaine mesure de ses talents ; il fut conseiller au Parlement de Rouen (1519) & ambassadeur, en 1530, auprès du Duc de Milan[7].

La femme de Jeffroy Charles, l’héroïne de la tragique aventure racontée par la Reine de Navarre, & qui paya de la vie son amour pour le clerc Nicolas, se nommait Marguerite du Mottet & appartenait à une très ancienne famille Embrunaise ; avant de tromper son mari, elle l’avait rendu père de huit enfants.

Après le tragique dénoûment de ses infortunes conjugales, Charles adopta, dit-on[8], pour cimier à ses armes, un ange tenant l’index sur sa bouche : ce symbole signifiait sans doute, dans sa pensée, qu’il fallait savoir se taire lorsqu’on voulait être assuré de se venger. Au XVIIe siècle, cet ange du silence se voyait encore sculpté au-dessus des armoiries de Charles, sur la porte de la maison qu’il occupait dans la rue des Clercs, à Grenoble ; cette sculpture a disparu, mais nous en retrouverons l’équivalent dans ses sceaux & dans les peintures qui ornent les livres de sa bibliothèque & dont il sera question tout à l’heure. S’il adopta en effet ce symbole à la suite du malheur qui l’avait frappé, cet événement dut avoir lieu à la fin de 1505 ou au commencement de 1506, car le premier monument où nous voyons les armoiries de Charles surmontées de l’ange du silence est un sceau appendu à une quittance, datée de Milan le 31 juillet 1506[9].

M. Le Roux de Lincy, dans les notes qui accompagnent son édition des Contes de la Reine Marguerite, a su retrouver fort exactement le nom du Président dont parlait cette Princesse dans la trente-sixième Nouvelle ; il nous semble moins heureux lorsqu’il a voulu voir dans cette Nouvelle une imitation de celle du roi Louis XI qui porte le no  47[10]. Il s’agit, il est vrai, dans l’un & l’autre de ces deux récits, d’un magistrat trompé par sa femme & qui se venge sans scandale ; mais là s’arrête la ressemblance. Tandis que le héros de Marguerite de Navarre n’est pas Français, est Président au Parlement de Grenoble & empoisonne sa femme, celui de Louis XI est Français, Président au Parlement de Provence & fait noyer son épouse coupable par sa mule, rendue folle par une soif ardente. Un magistrat trompé qui se venge, cela ne nous paraît pas constituer un événement assez rare dans les fastes de l’humanité pour qu’il n’y ait pu avoir dans le cours d’un siècle deux personnages de cet ordre ayant subi le même malheur & ayant eu recours à un expédient peu différent pour se débarrasser de leur femme. M. Le Roux de Lincy me paraît avoir été égaré dans cette assimilation par le récit que Guy Allard fait de cet événement ; cet historien suit en effet exactement le récit du Roi Louis XI ; d’après lui, Charles n’aurait pas empoisonné sa femme, mais l’aurait fait noyer par sa mule. Or Guy Allard, qui a ignoré la patrie & le véritable nom de Charles (il l’appelle Soffrey Carles), qui s’est trompé dans toutes les dates importantes de sa vie & qui, dans ce récit de moins d’une page, a entassé un grand nombre d’erreurs, me paraît un mauvais guide dans cette matière ; je lui préfère, sans aucune hésitation, Marguerite de Navarre, qui avait vingt-six ans au moment de la mort de Charles, qui écrivait ses Contes vingt ans après cet événement & qui a dû connaître exactement les moindres détails de cette tragique aventure.

Le portrait de Jeffroy Charles nous a été conservé par un beau médaillon de travail italien, dont il n’existe, à ma connaissance, que trois exemplaires[11] ; il y est représenté de profil, vêtu d’une ample robe & coiffé d’un bonnet quadrangulaire ; sa chevelure est longue, son profil anguleux a de l’énergie. On lit tout autour :

IAFREDVS KAROLI IVRIS CONSVLTVS PRESES DELPHINATVS ET MEDIOLANI.

Le revers représente le même personnage, soutenu par un ange, suivant à travers des rochers un grand prêtre juif qui désigne du doigt le soleil, avec en légende le vers :

NATVS EGO TIBI SVM ; VENIAM QVOCVNQVE VOCARIS.

Qu’il ait aimé & protégé les lettres, cela n’est pas douteux. Il sauva de la prison, & peut-être de la mort, le célèbre imprimeur vénitien Alde Manuce, qui, pris en 1506 pour un espion par les troupes françaises, avait été enfermé à Caneto dans une dure prison[12]. Un grand nombre de savants italiens lui dédièrent leurs ouvrages, entre autres Jean-Paul Parisio, son commentaire sur le Ravissement de Proserpine de Claudien ; Jean-Marie Cattaneo, son édition des Lettres & du Panégyrique de Pline le Jeune ; Baptiste, de Mantoue, sa Vie de S. Denis, en vers latins ; Franchino Gafforio, son Traité de l’harmonie, &c. Quant à sa bibliothèque, elle devait être admirable, si l’on s’en rapporte au peu qui en reste, c’est-à-dire à six volumes seulement ; ces six manuscrits me paraissent mériter une description spéciale.

Le premier a passé de la bibliothèque de Charles dans celle du cardinal d’Amboise, & de celle-ci à la Bibliothèque nationale (Mss. lat. 3111) ; il renferme le traité de St Thomas sur le Roi & la Royauté. Avant d’appartenir à Charles, il faisait sans doute partie de la librairie des ducs de Milan ; en effet, au frontispice, on remarque cinq médaillons représentant Jean Galéas, Philippe-Marie Sforza, Louis XII & Anne de Bretagne ; ces deux derniers ont été repeints sur de plus anciens portraits représentant sans doute quelques autres membres de la famille des Sforza. Le cinquième médaillon contenait un écusson aux armes des ducs de Milan ; Charles l’a fait surcharger & y a fait inscrire son nom :

KAFFREDI KARLEI, DELPHINATVS MEDIOLANIQVE PRESIDIS.

Ce manuscrit est d’une extrême beauté.

Le second manuscrit, également conservé à la Bibliothèque nationale (Mss. lat., no  4801), contient la Cosmogonie de Ptolémée ; il a été peint pour Jeffroy Charles & est dans un admirable état de conservation. Au frontispice on lit quelques vers latins à la louange du propriétaire du livre ; voici les principaux :

Hinc dono Insubriæ Præses Jafredus & idem
Allobrogum Præses possidet atque colit ;
Scilicet hæc habui Ptolomæus fata beato
Safredi ut possem nunc habitare sinu.

À côté on voit les armoiries de Charles, de gueules au lion d’or, surmontées d’un ange à mi-corps vêtu de bleu foncé, avec des ailes rouges, vertes & bleues ; il tient son index sur ses lèvres. À la page 12 on voit encore des lions au milieu de rinceaux très élégants, &, à la page 74, un autre ange debout, vêtu de bleu clair, tenant l’écusson de Charles & également le doigt sur sa bouche.

Le troisième manuscrit fait également partie de la Bibliothèque nationale (Mss. lat., 16684) ; c’est une Consolation sur la mort de son fils Valerius, envoyée par Franciscus Philelfus à Jacques-Antoine Marcello, patricien de Venise. Des notes manuscrites indiquent qu’il a appartenu à J. de Asteriis & à Donatus de Beaquis, Milanais. On y lit encore la mention suivante :

Communis est A. Carolo cum amicis ; Jaffredi patris, Insubria & Delphinatus Presidis, dono.

Il a donc été donné par Charles à son fils Antoine ; avant de venir à la Bibliothèque nationale, il était conservé à celle de la Sorbonne. Sur le frontispice on voit un écusson : d’azur au loup d’or armé & lampassé de gueules, ayant pour cimier une femme couronnée, vêtue de rouge & tenant une colonne[13].

Le quatrième manuscrit fait partie de la bibliothèque de Lyon (Delandine, III, 542). C’est le Liber barmoniæ instrumentalis de Franchino Gaforio ; la reliure en est admirable. Il vient de la bibliothèque de François de Ponnat, conseiller au parlement de Grenoble. Sur le frontispice on voit l’auteur présentant son livre à Jeffroy Charles, dont les armoiries au bas de la page sont accostées des lettres : IA. CA. La dédicace porte :

Illustri & preclarissimo jurisconsulto domino Jafredo Carolo, christianissimi Regis Francborum presidi, Delphinatus ac Ducatus Mediolanensis Vice-cancellario.

Le cinquième manuscrit fait partie de la bibliothèque de Grenoble ; il y est entré en 1853, à la suite de la vente de M. Gariel (Catal. imprimé, p. 270, no  2974). Il contient la Vie de S. Denis en vers latins, par Jean-Baptiste de Mantoue, carmélite. La dédicace porte :

Baptistæ Mantuani, Carmelitæ Theologi, ad Jafredum Carolum, Mediolani Vice-cancellarium & Alverniæ[14] Presidem.

On lit à la suite une longue épître dédicatoire. Au frontispice on voit les armoiries de Charles au milieu de rinceaux élégants.

Le dernier, enfin, fait partie de la Bibliothèque royale de Turin ; il y est entré après la vente de la bibliothèque de M. le comte Caissoti, en 1840. Il est relié en velours rouge, jadis orné de coins de métal. Il contient les Églogues & les Bucoliques de Virgile. La plupart des vignettes ont été coupées. Sur le frontispice on voit les armoiries de Charles, & à la fin du volume on lit :

DOMINI IAFREDI KAROLI, PRAESIDIS DELPHINATVS ET MEDIOLANI.

Voilà tout ce que j’ai pu retrouver de la bibliothèque de Jeffroy Charles. — J. Roman.

— Il faut rappeler ici, comme indication, les pièces du théâtre espagnol, dont le Médecin de son bonneur, de Calderon, est le type & le chef-d’œuvre. — M.

Page 346, lignes 19-20. — « Mais ses filles & sa race eussent à jamais porté ceste notte. » Le ms. donne le verbe au singulier. On emploie encore note au même sens, mais seulement dans l’expression note d’infamie. — M.

Page 346, lignes 15-6. — Éd. de 1558 : « que tel péché est plus rémissible ». — L.

Page 347, ligne 17. — Éd. de 1558 : « par l’eschelle des tribulations, angoises & calamitez de ce monde visible. Et qui n’ayme son prochain & ne luy veult & souhaite autant de bien comme à soy mesme, qui est le lien de perfection ». — L.

Page 347, lignes 18-20. — Le passage de saint Jean est au verset 20 de la quatrième épître. — M.

Page 348, ligne 14. — « Que les femmes sont invincibles aux hommes » ; le Ms. donne innuisibles. — M.

XXXVII. — La patience de Madame de Loué ramène son mari à elle.

Vers 1490. En Anjou, au château de Loué. Historique. — L. — Loué, chef-lieu de canton de l’arrondissement du Mans, Sarthe. — M.

Page 351, lignes 6-7. — « Il y avoit une Dame en la Maison de Loué. »

Le sujet de cette Nouvelle est le même que celui de l’histoire de la Dame de Langalier, racontée par le Seigneur de Latour-Landry à ses filles dans le livre qu’il a consacré à leur éducation. (Voyez Paulin Paris : les Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi, leur histoire, &c., t. V, p. 73. Voyez aussi notre volume ier des Femmes célèbres de l’ancienne France, p. 356 de l’édition in-18.)

Dans les éditions différentes de l’Heptaméron, le nom de la Dame ne se trouve pas, mais tous les manuscrits désignent la dame de Loué. Serait-ce Philippe de Beaumont-Bressuire, femme de Pierre de Laval, chevalier, Seigneur de Loué, Benais, &c., morte en 1525, après cinquante années de mariage, dont sont issus cinq enfants, ou bien sa belle-fille, Françoise de Maillé, mariée vers 1500 avec Gilles de Laval & de Loué ? (Voyez Duchesne, Histoire de la Maison de Montmorency, &c.) — L.

J’ai imprimé depuis dans la Bibliothèque Elzévirienne Le Livre du Chevalier de la Tour-Landry, Paris, 1854, in-18. L’histoire de la dame de Langallier, ou plutôt de Languillier, qui est aussi en Anjou, s’y trouve dans le xviie chapitre, p. 37-8 (cf. sur le nom p. XI-XII), & dans le même chapitre de la traduction anglaise du temps de Henri VI, publiée à Londres en 1868 par M. Thomas Wright, pour l’Early English text Society, 8°, p. 23-4 & 208.

Page 351, lignes 5-6. — Éd. de 1558 : « Il y avoit une Dame en une grande Maison du Royaume de France, dont je tairai le nom. » — L.

Page 352, ligne 58. — Éd. de 1558 : « à coupper les bois de haulte fustaye. » — L.

Page 354, lignes 8-9. Ms. 75762 : « Je ne sçai si à une seconde fois je vous retirerai comme j’ai fait du danger ». — L.

Page 355, lignes 21-3. — « Battre très bien sa femme, la faire coucher en la couchette & celle qu’il aimeroit au grand lict. »

Pour bien comprendre cette phrase, il faut savoir que dans toutes les chambres à coucher bien meublées d’autrefois, outre un grand lit destiné aux chefs de famille, il se trouvait an lit de dimension beaucoup moindre réservé au serviteur de confiance, qui couchait presque toujours dans la chambre du maitre. On peut voir dans les intérieurs dessinés & gravés par Abraham Bosse, au XVIIe siècle, la représentation de ces petits lits ou couchettes. — L.

Page 356, ligne 6. — Éd. de 1558 : « à faire la lescive ». — L.

XXXVIII. — Les bons traitements d’une Bourgeoise de Tours pour son mari.

De 1460 à 1470. À Tours. Historique. — L.

Page 359, lignes 6-7. — « En la ville de Tours y avoit une Bourgeoise belle & honneste. »

Une histoire toute pareille est racontée par l’auteur du Ménagier de Paris, t. I, p. 237 de l’édition donnée en 1847 par M. Jérôme Pichon, pour la Société des Bibliophiles français, &c., in-8o. Le conteur Morlini l’a insérée dans son Recueil de Nouvelles, no  LXXII. Voyez Hieronymi Morlini Novellæ lxxx, Fabellæ 20 & Comediæ, Neapoli, &c., 1520, in-4o, & la réimpression de Caron. Éasme la raconte aussi dans son Dialogue sur le mariage : Colloques, &c., traduits par Gueudeville, Leyde, 1720, 6 vol. in-18, t. ier, p. 87-90 (Conjugium ou Uxor μεμψἰφαγος). — L.

— Dans l’édition de Morlini de M. Corpet de la Bibliothèque Elzévirienne, 1855, in-16, je ne trouve rien d’analogue, ni à lxxii, ni à un autre numéro. — M.

Page 360, lignes 16-7. — Ms. 75762 : « garny de linceuls, matelas, &c. ». — L.

Page 361, lignes 25-6. — « ce que Dieu commande de faire bien à ceulx qui font mal », — Nulli malum pro malo reddentes. Ad Romanos, xii, 17 ; non reddentes malum pro malo. I Petri, III, 9. — M.

Page 362, lignes 28-30. — « Celluy qui a dit qu’il est venu pour les mallades & non pour les sains. » – Ait illis : Non necesse habent sani medico. Marci II, 17 ; Dixit ad illos : Non egent qui sani sunt medico. Lucæ V, 31. — M.

XXXIX. — Comment le Seigneur de Grignaux délivre sa maison d’un Esprit.

Vers 1510. En Périgord. Historique. — L.

Page 365, lignes 4-6. — « Ung Seigneur de Grignaulx, qui estoit Chevalier d’honneur à la Royne de France Anne, Duchesse de Bretagne ».

Le héros de cette Nouvelle est Jean de Talleyrand, Chevalier, Seigneur de Grignols & Fouquerolles, Prince de Chalais, Vicomte de Fronsac, Maire & Capitaine de Bordeaux, Chambellan de Charles VIII, premier Maître d’hôtel & Chevalier d’honneur des Reines Anne de Bretagne & Marie d’Angleterre. Il avait épousé Marguerite de La Tour, fille d’Anne de La Tour, Vicomte de Turenne, & de Marie de Beaufort ; il en eut plusieurs enfants. Sa grand’mère du côté paternel était Marie de Brabant. Ce fut sans doute sa grand’mère du côté maternel qui avait pour prénom Brenigue ou mieux Benigne.

Le Seigneur de Grignaulx était non seulement d’une grande instruction, mais d’un esprit subtil & facétieux. Brantôme a parlé de lui plusieurs fois dans l’article long & curieux qu’il a consacré à la Reine Anne de Bretagne. Il raconte que cette Princesse ayant voulu dire quelques mots d’espagnol å l’Ambassadeur de l’Empereur, s’adressa pour en savoir au Seigneur de Grignaulx, qui parlait cette langue. Celui-ci apprit à la Reine quelque petite salauderie en riant, dit Brantôme, mais il eut soin d’en instruire Louis XII, que cette hardiesse fit beaucoup rire & qui eut soin de dire à la Reine de ne pas faire usage de son espagnol & de ne prononcer jamais de pareils mots. Mais le Chevalier d’honneur dut s’absenter pour quelques jours afin d’éviter la colère de la Reine, qui eut grand’peine à lui pardonner. (Brantôme, Dames illustres, t. V, p. 9 des Œuvres complètes.)

Ce fut aussi le Seigneur de Grignaulx qui prévint Louise de Savoie de la cour trop assidue que son fils, le Comte d’Angoulême, depuis François Ier, faisait à la Reine de France Marie d’Angleterre. La Princesse, craignant avec raison que les suites d’un pareil amour ne fussent fatales à l’avenir de son fils, parvint à l’en dissuader. (Voir Brantôme, Dames illustres, p. 333.) — L.

Il serait trop long de rappeler les histoires de maisons hantées soit par un coquin, soit par un mystificateur. Qu’il me suffise de rappeler la lettre 27 du septième livre de Pline le Jeune & le LIIe dialogue de Lucien, le Menteur d’inclination ou l’Incrédule, 30-2. — M.

Page 366, ligne 2. — Éd. de 1558 : « cryant Revigne, Revigne », — L.

Page 366, lignes 5-6. — « Lors appella la Chamberière, » — Ms. : « Lors appella sa femme » ; la suite : « qui couchoit auprès d’eulz » montre qu’il ne peut s’agir que de la servante. — M.

Page 366, ligue 22. — « s’esprivoysa ». — Ms. : s’esprivoya Le copiste a sauté une lettre. Le sens est s’aprivoisa si fort, s’approcha si prés que. — M.

Page 367, ligne 18. — « L’esprit s’en va & ne retourne plus. » Allusion au verset 39 du psaume 77 : « Caro sunt, spiritus vadens & non rediens. » — M.

XL. — Malheureuse histoire de la sœur du Comte de Jossebelin.

Vers 1479. Au château de Josselin en Bretagne. Historique. — L.

Page 369, lignes 7-8. — « Ce Seigneur, père de Rolandine, qui s’appelloyt le Comte de Jossebelin ».

Voici en quels termes le P. Anselme, dans l’Histoire généalogique de la Maison de France, &c., t. IV, p. 57, parle de ce seigneur, père de Rolandine, que nous avons dit plus haut être Jean II, Vicomte de Rohan (Voyez les Notes de la xxie Nouvelle de la troisième Journée) :

« Jean IIe du nom, Vicomte de Rohan, Comte de Porhoet, de Léon & de la Garnache, étoit en 1460 à Concarneau pour s’opposer aux Anglais qui menaçoient de faire une descente sur les côtes de Bretagne. Il quitta en 1470 le service du Duc de Bretagne pour s’attacher au Roi Louis XI, qui lui donna huit mille livres de pension & promit d’en donner quatre mille à sa femme quand elle le seroit venue joindre. Il jouissoit de six mille livres de pension du Roi en 1473 dont il donna quittance de trois mille livres, pour parfait payement depuis le 1er octobre jusqu’au dernier février de la même année, à Jean Raguier, Receveur général des finances en Normandie ; elle est scellée de son sceau penché, chargé de sept macles ; supports : deux lions surmontez d’un casque ; cimier : un aigle issant. Il donna, le 24 mars 1475, une autre quittance de six mille livres pour sa pension à Antoine Bayart, Receveur général des finances en Languedoc, scellée du même sceau que la précédente, & pour légende : Scel : Jeban : vicomte : de : Rohan : Le : on : conte : de : Porhoet ; fut un des Seigneurs Bretons qui ratifièrent le traité de Senlis en 1475 ; eut différend pour la préséance aux États de Rennes en 1476 avec le comte de Laval ; fut exempté de l’arrière-ban convoqué par le Roi en 1478 ; arrêté prisonnier au mois de novembre de l’année suivante par l’ordre du duc de Bretagne, pour le meurtre du seigneur de Keradreux, n’en sortit qu’au mois de février 1484, qu’il quitta la Bretagne, passa en France, de là en Lorraine où il demeura jusqu’au mois de septembre suivant, pour éviter la fureur violente de Landais & lasser la colère du Duc, & se joignit aux rebelles. Isabeau, sa belle-mère, veuve de François Ier, Duc de Bretagne, fut l’un des exécuteurs de son testament, fait à Vannes le 13 octobre 1485. Il se ligua en 1487 avec plusieurs Barons pour chasser le Chancelier de Bretagne & les étrangers qui gouvernoient le Duc ; attira dans son parti les villes de Lannion & de Tréguier, & fit lever le siège de Moncontour aux troupes du Duc ; avant le 5 juillet de la même année il fit sa paix & demanda pardon au Duc le 26 mars 1488, dont il quitta le service peu après ; combattit pour le Roi à la bataille de Saint-Aubin du Cormier à la tête de cent lances ; le 27 juillet suivant prit la ville de Dinan ; envoya le 20 septembre sommer les habitants de Guingamp, &c. Charles VIII l’établit son Lieutenant-général en Basse-Bretagne, par lettres du 1er septembre 1491, & le nomma l’un des Commissaires des États convoquez à Vannes le 27 octobre de la même année pour le 8 novembre suivant. Il se trouva encore le premier des Commissaires nommez par le Roi Louis XII pour les États convoquez en la même ville le 25 octobre 1501. Fut présent, en 1507, à la ratification du traité de mariage de Claude de France avec François d’Orléans, Duc de Valois, Comte d’Angoulême, depuis François premier du nom, & mourut en 1516. » (Page 57.)

Jean II était fils de Marie de Lorraine, seconde femme d’Alain IX, Vicomte de Rohan, qui de sa première femme, Marguerite de Bretagne, avait eu plusieurs filles richement établies ; mais de son union avec Marie de Lorraine il n’aurait eu que Jean II & une fille, Catherine de Rohan, morte sans avoir été mariée, disent les auteurs de l’Histoire généalogique de la Maison de France, &c. (T. IV, p. 57.) Tous ces détails s’accordent parfaitement avec le récit de la Reine de Navarre ; seulement elle attribue au Comte de Jossebelin des sœurs mariées & d’autres Religieuses en outre de celle qu’il retint prisonnière. Catherine de Rohan est donc l’héroïne de notre Nouvelle, & le meurtre du comte de Keradreux, à cause duquel le Vicomte de Rohan fut mis en prison, est sans doute celui dont parle Marguerite. Quant au nom de Comte de Jossebelin donné par tous les manuscrits au Vicomte Jean de Roban, en voici l’explication : Josselin, petite ville du Morbihan, faisait partie des propriétés du Vicomte. Voilà pourquoi Marguerite lui a donné ce titre, en altérant un peu la forme du mot. Dans le manuscrit de Thou, no  7576.5,5., Bibl. nat., une main postérieure a rétabli le nom de Josselin. — L.

Page 369, lignes 7-9. — Éd. de 1558 : « Ce Seigneur, père de Rolandine, eut plusieurs sœurs. » — L.

Page 370, lignes 17-8. — Éd. de 1558 : « jusques à ce que ce Seigneur, frère d’elle. » — L.

  1. Sur la biographie de Jeffroy Charles, voyez Discorsi sopra alcune famiglie nobili del Piemonte di Mgr Francesco Agostini della Chiesa, vescovo di Saluzza. (Ms. des Arch. de l’État, à Turin.)
  2. Toutes les dates relatives aux nominations de Charles dans l’ordre judiciaire sont tirées d’un manuscrit précieux intitulé : Rolle des conseillers & présidents au Parlement de Grenoble, & rédigé d’après les documents originaux aujourd’hui en partie détruits. Il fait partie de ma bibliothèque.
  3. Cette lettre, très longue & d’une grosse écriture souvent indéchiffrable, se trouve aux Manuscrits français de la Bibliothèque nationale, vol. 2930, p. 172 à 182.
  4. Cinq lettres autographes de Jeffroy Charles, relatives à l’administration du duche de Milan se trouvent à la Bibliothèque nationale. (Mss. Dupuy, vol. 261, p. 78 & suiv.)
  5. Lettres de chevalerie pour messire Jeffroy Charles, arch. de l’Isère. VIII Generalia, vol. 46.
  6. Bibliothèque nationale, Mss. Duchesne, vol. 7, p. 341.
  7. Bibliothèque nationale, Cabinet des titres, pièces originales, vol. 680, no  15,921. Quelques auteurs, entre autres Guy Allard, ont voulu faire de Lancelot de Carles, évêque de Riez, bien connu des bibliophiles par quelques opuscules en vers dont le plus grand mérite est l’extrême rareté, un fils de Jeffroy Charles. C’est une erreur ; il appartenait à une famille de Bordeaux, toute différente de celle de notre Président & portant d’autres armoiries. Ces deux familles n’eurent aucune alliance ni aucun rapport entre elles ; leur seule ressemblance, c’est qu’elles ont toutes deux fourni un certain nombre de magistrats aux Cours de justice ou de finances du royaume.
  8. Guy Allard. Dictionnaire du Dauphiné & Présidents & premiers Présidents du Parlement de Dauphiné. Grenoble, 1695.
  9. Bibliothèque nationale, Cabinet des titres, pièces originales, vol. 680, no  15,921. Quittance originale avec sceau.
  10. Ce conte de Louis XI a été imité depuis par Bon. Desperiers (Nouv. XC, éd. de la Bibl. Elz., II, 296-301) & Verboquet (les Délices de Verboquet, 1623, p. 62).
  11. L’un au musée de Grenoble, l’autre au musée de Milan, le troisième dans ma collection.
  12. Voy. Biographie universelle.
  13. Voy. Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque nationale, par M. Delisle, vol. I, p. 252-3.
  14. Je n’ai pas besoin de faire remarquer la singulière erreur de Jean-Baptiste Mantouan, qui fait de Charles un Président d’Auvergne & non du Dauphiné.