L’Heptaméron des nouvelles/Tome IV/15

TOME SECOND
DEUXIESME JOURNÉE

CE QUI TOMBE EN LA FANTAISIE DE CHACUN.

XI. — Mésaventure d’une dame dans un retrait.

Historique. À Amboise. Nulle indication de date. — L.

Page 5, ligne 11. — Ms. 7576a : « nommée Roubex ». Ms. de Thou : « nommée Roncei ». Édition de 1558 : « nommée Roucey. » — L.

Page 5, ligne 12. — Édit. de 1558 : « aux Cordeliers de Thouars. » — L.

Page 8, ligne 2. Ms.. 75762 : Le manuscrit que nous suivons portait : « qui ne s’en passe pas, &c. » — L.

Cette Nouvelle, qui se trouve dans tous les manusc. que nous avons consultés, est la dix-neuvième de l’édit. de 1558. Dans l’édit. de 1559 & dans les édit. suivantes, elle a été supprimée & remplacée par une Nouvelle intitulée : « Propos facétieux d’un Cordelier en ses sermons. » — L. — Nous l’avons mise dans le texte à la suite de la première, II, 9-14.

Dans ses opuscules divers, Brantôme (Éd. Petitot ?VIII, page 382-4) parle d’une sœur de son père, Louise de Bourdeille, filleule du Roi, élevée à la Cour, près de la Reine Anne, & morte à seize ans. Un long passage est tout à fait dans le sens du conte de la Reine de Navarre :

« Par cas, un Père Cordelier, qui prêchoit ordinairement devant la Reyne, en devint tellement amoureux qu’il en estoit perdu en toute contenance & quelquefois en ses sermons se perdoit quand il se mettoit sur les beautez des saintes vierges du temps passé, jettant toujours quelque mot sur la beauté de madicte tante, sans oublier les doux regards qu’il fichoit sur elle, & quelquefois en la chambre de la Reyne prenoit un grand plaisir de l’arraisonner, non de mots d’amour pourtant, car il y fust allé du fouet, mais d’autres mots umbragés tendans à cela.

« Ma tante n’approuvoit nullement ses discours & en tint quelques propos à la Gouvernante d’elle & de ses compaignes. La Reyne le sçeut, qui ne le put croire, à cause de l’habit & saincteté de l’homme, & pour ce coup dissimula jusques à un vendredy sainct qu’il prescha la Passion à l’accoustumée devant la Reyne &, d’autant que les Dames & Filles estoient placées & assises devant le Beau Père, comme est l’ordinaire, & qu’elles se représentoient à plein devant luy, & par conséquent ma tante, le Beau Père pour l’introït & thême de son sermon, il commença à dire : « Pour vous, belle nature humaine, & c’est pour vous pour qui aujourd’hui j’endure, dit à un tel jour Nostre Seigneur Jésus Christ », &, enfilant son sermon, il fait rapporter toutes les douleurs, maux & passions que Jésus Christ endura à sa mort pour nature humaine & à la croix, à ceux & celles qu’il enduroit pour celles de ma tante, mais c’estoit avec des mots si couverts & paroles si umbragées que les plus sublimes y eussent perdu leurs sens. Quelle méditation pourtant ! La Reyne Anne, qui estoit très habile & d’esprit & de jugement, mordit là dessus &, en ayant consulté les vrayes paroles de ce sermon, tant avec aucuns Seigneurs & Dames que savantes gens qui y assistoient, trouvèrent que le sermon estoit très escandaleux & le Père Cordelier très punissable, ainsi qu’il fut en secret très bien chastié & fouetté & puis chassé sans faire escandale. Voilà la réponse des amours de ce Monsieur le Cordelier, & ma tante bien vengée de luy, duquel elle estoit souvent importunée de parler à luy ; car de ce temps il ne falloit pas, sur peine, desdire ny refuser la parole à telles gens, que l’on croyoit qu’ils ne parloient que de Dieu & du salut de l’ame. » — M.

XIbis. — Sermons facétieux d’un Cordelier Tourangeau.

Voir la note précédente. — Dans la Chronique de Charles IX, de Mérimée, on pourra voir le sermon facétieux d’un autre Cordelier ; mais il vient moins de l’Heptaméron que des vrais prédicateurs de la Ligue. — M.

XII. — Juste mort du Duc Alexandre de Médicis.

Vers 1537. À Florence. Historique. — L.

Page 15, lignes 10-12. — « En la ville de Florence y avoit un Duc, de la Maison de Médicis, lequel avoit espousé Madame Marguerite, fille bastarde de l’Empereur. » — Voici la notice que MM. de Sainte-Marthe ont faite sur ce Prince, dont il est question dans la VIIIe lettre que Rabelais écrivit de Rome à l’Évêque de Maillezais : « Alexandre de Médicis, frère naturel de la Reine Catherine de Médicis, femme du Roi Henri II, eut pour père Laurent de Médicis, gouverneur de la République de Florence & du Duché d’Urbin. L’Empereur Charles V le créa premier Duc de Florence l’an 1531, lui ayant fait épouser sa fille naturelle, Marguerite d’Austriche, l’an 1536. Quelques citoyens trouvant son gouvernement fascheux,… mesme Laurent de Médicis son cousin l’ayant attiré en son logis, sous l’espoir de le faire jouir d’une noble Florentine, il le fit massacrer l’an 1537, pensant avoir mis par ce coup sa patrie en liberté ; mais il fut déçeu de son espérance parce que, le Duc Alexandre n’ayant laissé aucuns enfans légitimes,… le mesme Empereur Charles V nomma Duc de Florence Cosme de Médicis, premier du nom, &c, &c. » (Lettres de François Rabelais escrites pendant son voyage d’Italie, nouvellement mises en lumière, avec des observations historiques, par MM. de Sainte Marthe, &c. Brusselles, 1710, in-12o, p. 102 ; voyez aussi p. 203.)

Le fait historique raconté dans cette Nouvelle est un des plus célèbres des annales de Florence. La Reine de Navarre y ajoute une circonstance dont les historiens n’ont pas parlé, c’est que la dame était sœur de Laurenzin de Médicis, cousin du Duc Alexandre, auteur de l’assassinat. – L. — C’est sur cette aventure qu’Alfred de Musset a écrit son grand drame de Lorenzaccio. — M.

Page 15, lignes 11-2. — Édition de 1558 : « un Duc, lequel avoit espousé Madame Marguerite, fille bastarde de l’Empereur Charles le quint. » — L.

Page 15, ligne 16. — Édit. de 1558 : « attendant son aage plus meur. » — L.

Page 18, ligne 15. — Éd. de 1558 : « si par tromperie elle n’estoit prinse ou par force. » — L.

Page 21, lignes 21-2. — Ms. 75762. Le manusc. que nous suivons portait : « Le Gentil homme, la mauvaise conscience duquel le rendoit, &c. » — L.

Page 24, ligne 1. — Variante en correction du manusc. 75762 : « Cette histoire fut bien écoutée… » — L.

Page 24, lignes 21-3. — « La Belle Dame sans mercy nous a appris à dire que si gracieuse maladie ne met guères de gens à mort. »

La Belle Dame sans merci. Poëme de métaphysique amoureuse, composé par Alain Chartier. C’est un long dialogue entre une Dame & son Amant. La Dame ayant refusé obstinément de compatir à ses douleurs, l’Amant dépité en mourut, dit-on, de désespoir. Voici les vers auxquels fait allusion la Reine de Navarre :

Si gracieuse maladie
Ne met guères de gens à mort,
Mais il siet bien que l’on le die
Pour plus tost attraire confort ;
Tel se plaint & tourmente fort
Qui n’a pas les plus aspres deulx (deuils),
Et, s’Amours griefve tant, au fort
Mieulx en vault ung dolent que deux.

(Les Œuvres de Maistre Alain Chartier, &c., reveues & corrigées, &c., par André Duchesne, Tourangeau, Paris, 1617, in-4o, p. 502.) – L.

La Belle Dame sans merci est encore citée dans la 56e Nouvelle. — M.

Page 26, lignes 4-5. — Ms. 75762. Le manusc. que nous suivons portait : « quand nous commencerons à l’honneur & à la vertu. » — L.

Page 26, lignes 21-2. — Éd. de 1558 : « que d’en idolâtrer comme plusieurs autres. »

XIII. — D’un Capitaine de galères & de sa femme.

De 1524 à 1531. Historique. — L.

« En la Maison de Madame la Régente, mère du Roy François. » Les événements qui font le sujet de cette Nouvelle portent le cachet de la vérité. Seulement il est impossible de découvrir le nom des personnages mis en scène. Marguerite nous dit que le Gentilhomme héros de cette Nouvelle était de Normandie ; elle parle d’un voyage que la Cour fit dans cette province. Est-ce l’entrée de François Ier & de sa mère à Rouen le 1er octobre 1517 dont il est ici question ?

Le dernier éditeur de l’Heptaméron, M. Paul Lacroix (le bibliophile Jacob), a cru reconnaître dans le héros de cette Nouvelle un Baron de Malleville, chevalier de Malte, tué & Beyrouth dans une expédition contre les Turcs, dont Clémeut Marot a célébré la mort. (Complainte du baron de Malleville, Parisien, t. I, p. 441, de l’éd. de 1700 ; t. II, p. 452-5, de l’éd. in-4° de La Haye, 1731.)

Mais la qualité de Parisien donnée par le poëte au Baron de Malleville ne s’accorde pas avec le texte de l’Heptaméron, qui dit que le Capitaine était né en Normandie. D’ailleurs le titre de Chevalier de Malte, donné au Baron de Malleville, suffisait pour qu’il ne fallût pas chercher en lui le Capitaine héros de cette Nouvelle, puisque le Capitaine était marié. — L.

Page 31, lignes 6-7. — Éd.. de 1558 : « & en voulant parler d’un Maure, parloit d’un cheval ». — L.

Page 31, ligne 12. — « La croix & la guide de son chemin. » Les Alphabets commençaient toujours autrefois par une croix, & on ne manquait de la faire nommer en tête aux enfants, qui disaient : « Croix de par Dieu — A — B — C — », &c. La croix devait de même se trouver en tête des Guides comme une prière à la fois & comme une sauvegarde. Guide était autrefois du féminin ; on connaît au XVIe siècle La guide des chemins de France de Charles Estienne. — M.

Page 33, lignes 22-3. — « De quelque Crucifix de Notre Dame de Pitié. » On appelle ordinairement une Notre Dame de Pitié la Vierge assise & portant sur ses genoux le cadavre de son fils ; c’est, entre autres le nom consacré du fameux marbre de Michel-Ange à Saint-Pierre de Rome. Ici il doit s’agir d’un Christ sur la croix au pied de laquelle est debout la Vierge. — M.

Page 39, ligne 8. Ce diamant, pierre de fermeté. On retrouvera dans la lettre de la page suivante, lignes 21-2, la même expression. On la peut rapprocher du sens de l’s barré, si fréquent à la tête ou à la queue des signatures de la seconde moitié du XVIe siècle & du commencement du XVIIe, & qui signifiait Fermesse (S ferme, au sens de fermeté), point sur lequel on peut voir l’article de M. de Longpérier dans la Revue Numismatique (2e série, I, 1856, p. 268-76). — M.

Un des exemples les plus curieux de cette prononciation de esse, changée aujourd’hui, & très raisonnablement, en se, est ce billet précieux de Robert Devreux, Comte d’Essex, à la reine Elizabeth, fac-similé dans le catalogue de la vente des autographes de M. A. Donnadieu, Londres, 1851, in-4°, no  317, p. 54 :

« Hast, paper, to that happy presence, whence only unhappy I am bannished ; kiss thatt fayre correcting hand which layes new plasters to my lighter hurtes, but to my greatest woond applyeth nothing ; say thou comest from

« Mourning, languishing, despayring S X (c’est-à-dire Essex, EsseEx). — M.

Page 39, lignes 13-4. — Les sixième & cinquième avant-derniers vers de l’Épître du Capitaine sont différents dans l’édition de 1558 :

Ce diamant suis celuy qui m’envoye
Entreprenant ceste doubteuse voye. — L.

Page 43, lignes 15-6. — « En mettant la poincte de son espée en terre, tombant à genoux auprès, baisa & embrassa la croix ». Avant les épées à coquille & à gardes contournées, les deux quillons droits faisaient avec la poignée & la lame exactement une croix, & dans plus d’une bataille l’épée a été employée de la sorte. Bayard mourant tenait & élevait son épée pour contempler la croix, & l’on en trouve dans les Chansons de geste des exemples trop nombreux pour pouvoir être cités en détail. — M.

Page 46, lignes 30-1. Ms. 75762 : « Ne la condannės point sans voir ». — L.

Pages 47 & 48, lignes 30-2 & 1-4. — Éd. de 1558 : « Je vous remercie, dist Simontault, car en me donnant vostre voix, je serois bien mal gracieux si je refusois à m’aquitter en l’endroit d’une tant honneste compaignie ». — L.

XIV. — Comment Bonnivet finit par parvenir aux bonnes grâces d’une Dame de Milan.

De 1501 à 1503, antérieure à 1507, Historique & relative à Bonnivet. Milan. — L.

Page 49, ligne 15. — « Le Grand-Maistre de Chaumont. » C’est Charles d’Amboise, neveu du fameux Cardinal de ce nom, ministre favori de Louis XII. Placé tout jeune encore à la tête d’une armée Française chargée de défendre le Milanais, Charles d’Amboise justifia par son habile conduite le choix que son oncle avait fait de lui. Il parvint bientôt à un haut degré de faveur : Amiral, Grand-Maître & Maréchal de France ; il fut aussi Gouverneur de Paris. Il commandait en 1504 l’armée avec laquelle Louis XII entra dans Gênes. En 1509 il partageait le triomphe d’Aignadel. Il venait d’hériter des grands biens du Cardinal quand il mourut, empoisonné, dit-on, à Corregio, au mois de février 1510, n’étant âgé que de trente-huit ans. Il avait épousé l’ainée des filles de l’amiral de Graville, l’un des favoris de Charles VIII. Le physique de Charles d’Amboise répondait à la capacité de son esprit ; c’était l’un des plus beaux hommes de son temps, ainsi que le prouve son portrait peint à l’huile, par Léonard de Vinci, & conservé dans le Musée du Louvre à Paris. Voyez, au sujet de ce portrait, qui a passé pour être celui de Charles VIII & celui de Louis XII, le t. XVe, p. 313 du Magasin pittoresque.

Brantôme a écrit deux pages curieuses sur le Grand-Maître de Chaumont. (Capitaines françois, t. II, p. 107, de l’édition des Œuvres complètes, in-8o ; éd. Lalanne, III, p. 2-5.) — L.

— Depuis longtemps le portrait du Grand-Maître est très justement attribué au Milanais Andrea Solario, qu’on sait authentiquement avoir travaillé à Gaillon. — M.

— À propos de l’Amiral de Bonnivet, voyez la notice que nous lui avons consacrée aux éclaircissements de la quatrième Nouvelle (ici, p. 225-6).

La belle dame Italienne héroïne de cette Nouvelle serait-elle la Sennora Clerice, dont Brantôme parle en ces termes dans son article sur Bonnivet : « ….. Ce fut lui seul qui conseilla au Roi François de passer les monts & de suivre M. de Bourbon, ayant laissé Marseille, non tant pour le bien & le service de son Maistre que pour aller revoir une grande Dame de Milan & des plus belles, qu’il avoit faicte pour maistresse quelques années de devant, & en avoit tiré plaisir & en vouloit retaster. On dit que c’estoit la Sennora Clerice, pour lors estimée des plus belles Dames de l’Italie ; voylà qui le menoit. J’ay ouy dire ce conte à une grande Dame de ce temps là, & qu’il en avoit fait cas au Roy de ceste Dame, & luy en avoit faict venir l’envye de la voir & coucher avec elle : & voilà la principale cause de ce passage du Roy, qui n’est à tous cogneue (Capitaines françois, tome II, p. 162, Œuvres complètes, in-8o. — Éd. Lalanne, t. III, p. 767-8). — L.

— Ce n’est pas ici le lieu de parler en détail du château de Bonivet en Poitou (Vienne, commune de Vendeuvre), que l’Amiral avait fait construire avec une perfection exceptionnelle & qui était certainement une des plus rares merveilles de notre première renaissance. Les fragments d’ornementation sculpturale qu’on peut voir au Musée de Poitiers sont, sans contestation possible, au nombre des plus purs chefs-d’œuvre de l’art décoratif. Le plan devait encore être français, mais la broderie, taillée dans une pierre du grain le plus fin & le plus ferme qui n’a pas encore aujourd’hui une égratignure, est absolument italienne. Il n’y a rien à Florence de plus élégamment délicat & de plus légèrement exquis. Les arabesques du tombeau de Louis XII & ceux de Gaillon ne sont absolument rien à côté. Quel sculpteur a dessiné & ciselé ces merveilles ? On l’ignorera probablement toujours ; mais, malgré cette ignorance, il serait bien désirable qu’un érudit poitevin se consacrât à poursuivre, à décrire & à faire graver les merveilleux débris du château de Bonivet. — M.

XV. — Suites de la négligence d’un Gentilhomme pour sa femme.

De 1515 à 1543. Historique. À eu lieu sous le règne de François Ier. — L.

Brantôme, au Discours premier de ses Dames galantes, a reproduit une aventure à peu près pareille au sujet de cette Nouvelle. — L.

— « J’ay cogneu deux Dames de la Cour, toutes deux belles-sœurs ; l’une avoit espousé un mary favory, courtisan & fort habille, & qui pourtant ne faisoit cas de sa femme comme il devoit, veu le lieu d’où elle estoit, & parloit à elle devant le monde comme à une sauvage, & la rudoyoit fort. Elle, patiente, l’endura pour quelque temps, jusques à ce que son mary vint un peu défavorisé ; elle, espiant & prenant l’occasion au poil & à propos, la luy ayant gardée bonne, luy rendit aussitost le desdain passé qu’il luy avoit donné, en le faisant gentil cocu : comme fit aussi sa belle-sœur, prenant exemple à elle, qui ayant esté mariée fort jeune & en tendre age, son mary, n’en faisant cas comme d’une petite fillaude, ne l’aymoit comme il devoit ; mais elle, se venant advancer sur l’age & à sentir son cœur en reconnoissant sa beauté, le paya de mesme monnoye, & luy fit un présent de belles cornes pour l’intérest du passé. » (Éd. Lalanne, IX, p. 157.)

Pages 63, ligne 5. — Sans la consolation de sa Maistresse, c’est à dire qu’elle trouvait auprès de sa Maîtresse. — M.

Page 67, lignes 24-5. — L’édit. de 1558 porte : « & ne pouvant passer au long d’un banc s’escoula au long d’une table. » — L.

Page 68, ligne 28. — Éd. de 1558 : « car le soir mesme, elle estant retournée coucher en une autre chambre, avec d’autres Damoiselles & ses gardes, envoya, &c. »

Page 74, lignes 14-24. — L’éd. de 1558 porte seulement : « Or jugez, Monsieur, sans faveur, lequel de nous deux est le plus punissable ou excusable ou vous ou moy. Je n’estime homme sage ne expérimenté qui ne vous donne le tort, veu que je suis jeune & ignorante, desprisée & contemnée de vous, &c. » — L.

Page 79, lignes 8-9. — Les Cordeliers, appartenant aux Ordres mendiants, ne devaient demander ni recevoir d’argent ; leur quête devait se borner aux objets en nature, susceptibles de consommation. C’est pour cela que la Dame donne au Cordelier deux écus dans un papier, puisqu’elle sait qu’il n’y doit pas toucher. Cf., p. 229, une note de la Ve Nouvelle. — M.

Page 79, lignes 10-5. — Au lieu de la phrase « vous en alliez… galop », on lit seulement dans l’édit. de 1558 : « vous en alliez à travers les champs le beau galop ». — L.

Page 80, lignes 21-7. — Le Gentilhomme trouve tout simple que la femme qu’il daigne honorer de son amour lui donne de l’argent. Au XVIIe siècle le sentiment était encore le même, comme on le voit dans les Mémoires de Grammont & dans la Madame Patin de la Comédie de Dancourt. Aujourd’hui le sentiment est renversé. Il y a encore des hommes qui se laissent & qui se font payer par les femmes, mais ils ne s’en vantent plus. — M.

XVI. — Comment la bravoure d’un Gentilhomme François fut récompensée par l’amour d’une veuve de Milan.

De 1501 à 1503. Se passe à Milan, du temps que le Grand-Maître de Chaumont y commandoit. Est historique & attribuée & Bonnivet. — L.

Du temps du Grand-Maistre de Chaumont.

Au sujet de Charles d’Amboise, Seigneur de Chanmont, Grand-Maître de France, voyez plus haut, p. 244-5, la seconde note de la XIVe Nouvelle.

Brantôme, discours vi des Dames galantes, s’exprime ainsi — (L) :

« Nous avons, dans les Cents Nouvelles de la Reyne de Navarre Marguerite, une très-belle histoire de cette Dame de Milan, qui, ayant donné assignation à feu M. de Bonnivet, depuis Amiral de France, une nuict attira ses femmes de chambre avec des espées nues pour faire bruit sur le degré ainsi qu’il seroit prest à se coucher, ce qu’elles firent très-bien, suivant en cela le commandement de leur maistresse, qui de son côté, fit de l’effrayée & craintive, disant que c’estoient ses beaux-frères qui s’estoient aperçeus de quelque chose & qu’elle estoit perdue, & qu’il se cachast sous le lict ou derrière la tapisserie. Mais M. de Bonnivet, sans s’effrayer, prenant sa cape à l’entour du bras & son espée de l’autre, il dit : « Et où sont-ils ces braves frères qui me voudroient faire peur ou mal ? Quand ils me verront, ils n’oseront regarder seulement la pointe de mon espée. » Et, ouvrant la porte & sortant, ainsi qu’il vouloit commencer à charger sur ce degré, il trouva ces femmes avec leur tintamarre, qui eurent peur & se mirent à crier & confesser le tout. M. de Bonnivet, voyant que ce n’estoit que cela, les laissa & les recommanda au Diable ; & se rentra en la chambre, & ferma la porte sur lui, & vint trouver sa dame, qui se mit à rire & l’embrasser & luy confesser que c’estoit un jeu aposté par elle & l’asseurer que, s’il eust fait du poltron & n’eust monstré en cela sa vaillance, de laquelle il avoit le bruit, que jamais il n’eust couché avec elle. Et, pour s’estre monstré ainsi genéreux & asseuré, elle l’embrassa & le coucha auprès d’elle, & toute la nuict ne faut point demander ce qu’ils firent ; car c’estoit l’une des belles femmes de Milan, & après laquelle il avoit eu beaucoup de peine à la gaigner.

« J’ay cogneu un brave Gentil homme, qui un jour estant à Rome couché avec une gentille Dame romaine, son mary absent, luy donna une pareille allarme, & fit venir une de ses femmes en sursaut l’advertir que le mary tournoit des champs. La femme, faisant de l’estonnée, pria le Gentil homme de se cacher dans un cabinet, autrement elle estoit perdue. « Non, non, » dit le Gentil homme, « pour tout le bien du monde je ne ferois pas cela, mais, s’il vient, je le tueray. » Ainsi qu’il avoit sauté à son espée, la Dame se mit à rire & confesser avoir fait cela à poste pour l’esprouver, si son mary luy vouloit faire mal, ce qu’il feroit & la défendroit bien.

« J’ay cogneu une très belle dame qui quitta tout à trac un serviteur qu’elle avoit, pour ne le tenir vaillant, & le changea en un autre qui ne le ressembloit, mais estoit craint & redouté extremement de son espée, qui estoit des meilleures qui se trouvassent pour lors. » (Éd. Lalanne, IX, 388-90.)

Page 87, lignes 22-7. — Poliphile ne parle pas autrement dans le temple où il rencontre Polia faisant ses oraisons : « Madame, en vostre main gisent ma vie & ma mort ; en vous est de me donner celle des deux qu’il vous plaira ; l’une ou l’aultre me sera agréable pourveu qu’elle procède de vous, &c. » Ziiij recto. La traduction française n’a paru qu’en 1554, mais, comme Marguerite savait l’italien & a certainement lu l’édition de Venise de 1499, il est curieux qu’elle n’en ait pas gardé de traces dans l’Heptaméron. Elle aurait pu y prendre à la fin le récit de la nourrice à Polia sur la belle fille dédaigneuse qui finit par épouser un vieillard rassoté & se tua de désespoir. Ce n’aurait pas été une des héroïnes de Marguerite ; au plus aurait-elle mis l’histoire dans la bouche de Geburon. — M.

Page 92, lignes 5-6. — Éd. de 1558 : « Et celles le sçavent qui l’ont expérimenté, & combien telles opinions durent ». — L.

XVII. — De François Ier & du Comte de Furstemberg.

En juin 1521. À Dijon. Historique. — L.

Page 95, lignes 7-10. — En la ville de Dijon au Duché de Bourgogne, vint au service du Roy François un Comte d’Allemaigne, nommé Guillaume.

L’aventure très-véritable qui fait le sujet de cette Nouvelle a dû se passer dans la forêt d’Argilly au mois de juillet 1521, lors du séjour du Roi François Ier à Dijon.

Le personnage dont il est question ici est Guillaume de Furstemberg. Brantôme lui a consacré le xxxe discours de ses Capitaines étrangers ; voici comment il en parle :

« Le Comte Guillaume de Furstemberg fust estimé bon & vaillant capitaine, & le fust esté davantage saus qu’il fust léger de foy, trop avare & trop adonné à la pillerie, comme il le fist parestre en la France quand il y passoit avec ses troupes, car après luy rien ne restoit. Il servit le Roy François l’espace de six à sept ans avec de belles compaignies tousjours montans à six & sept mille hommes : mais, après si longs services ou plustost ravages & pilleries, il fut soupçonné d’avoir voulu attenter sur la personne du Roy, dont j’ai fait le conte ailleurs &, pour le mieux encor sçavoir, on le trouvera dans les Cent Nouvelles de la Royne de Navarre Marguerite, où l’on peut voir à clair la valeur, la générosité & la magnanimité de ce grand Roy, & comme de peur l’autre quitta son service & s’en alla à celuy de l’Empereur. Et, sans qu’il estoit allié de Madame la Régente à cause de la Maison de Saxe, d’où est sortie celle de Savoye, possible eût il couru fortune si le Roy eût voulu, mais il voulust faire parestre en cette occasion sa magnanimité plustost que de le faire mourir par justice.

« Lorsqu’il fut pris en sondant la rivière de Marne qu’il avoit d’autres fois tant recongneue en allant & venant par la France avec ses troupes, à la venue de l’Empereur en Champaigne & Saint-Dizier, il luy pardonna encor. Il fut mis en la Bastille & quicte pour trente mille escus de rançon. Il y eut aucuns grands capitaines qui dirent & opinèrent ne devoir estre traicté ainsy en prisonnier de guerre, mais en vray & vil espion, comme il en avoit faict la profession ; de plus qu’il estoit quitte à trop bon marché de sa rançon, car ce n’estoit pas le moindre larçin qu’il avoit faict en France de l’une de ses monstres. Enfin il fut mieux traicté qu’il ne valloit, disoit-on. » (T. ier, p. 225 des Œuvres complètes, édition in-8o ; éd. Lalanne, I, 349-50.)

Le Comte Guillaume témoigna quelque regret de ses trahisons. Marguerite, dans une lettre adressée au Roi en 1536, s’exprime ainsi : « Le Comte Guillaume m’a dict que je vous escripve qu’il y a bien différence de purgatoire honteux d’Italie au paradis glorieux de ce camp & m’a dict des fautes passées, que j’aime mieulx qu’il vous compte que moy, &c. » (Lettres de Marguerite, &c., ier recueil, p. 321). — L.

Dans l’épître envoyée par Marguerite au Roy son frère, avec une figure d’Abraham pour étrennes, on lit ces vers :

Puis, d’autre part, en mon esprit voyant
De mon Seigneur & mon Roy la foy vive,
Envers son Dieu sa charité naïve,
Me semble voir le second Abraam,
Qui vray David s’estoit monstré l’autre an
Exécutant les batailles de Dieu,
Et Dieu, pour luy bataillant en tout lieu
Et maudissant par ruine & par honte
Ses ennemis, tant que nul n’en tient compte,
Ce que l’on voit par le Comte Guillaume,
Lequel, servant le Roy & son Royaume,
S’estoit fait riche, craint & fort estimé,
Mais maintenant, fuitif, povre & blasmé,
Peult bien penser d’ont son honneur venoit,
Qui riche, heureux & craint le maintenoit ;

Voilà comment du Dieu de Paradis
Les ennemis du Roy sont tous maulditz.

L’édition du XVIe siècle de la Marguerite des Marguerites &, à sa suite, la réimpression de 1873, II, 203, donnent le compte Guillaume, ce qui me paraît une erreur d’impression venant des mots n’en tient compte du vers précédent. J’ai vérifié le manuscrit 12485 de la Bibliothèque, feuillet 112 verso ; l’on y trouve, comme il convient, conte, selon l’orthographe habituelle des Nouvelles.

Il n’en était pas besoin pour faire la correction, car il est évident qu’il n’est nullement question de Guillaume Poyet, comme le dit une note de la réimpression, III, 244, qui voit, dans le compte Guillaume, « l’histoire de Guillaume Poyet », nommé Chancelier en 1538, mis à la Bastille pour malversation le 1er août 1542, condamné par le Parlement en 1547 & mort en 1548.

La pièce, où il est fait allusion à la naissance du premier petit-fils de François Ier, est certainement de janvier 1543, puisque la naissance de François, le premier enfant, si longtemps desiré, du Dauphin Henri & de Catherine de Médicis est du 19 janvier 1543, date à laquelle l’ont mise naturellement M. Le Roux de Lincy (v. plus haut, p. 178) & M. Franck (III, 244-5). Poyet était bien alors en prison & même depuis cinq mois & demi ; mais un serviteur infidèle, si grand qu’il soit, n’est pas un ennemi, & de plus on ne désigne pas par son seul prénom un simple sujet, qui n’est qu’un particulier. On ne désigne par leurs prénoms, en dehors des Papes, des Cardinaux, des Archevêques & des Évêques, que les Rois, les Princes de Maisons royales & les nobles les plus hauts. Il est plus simple de voir dans ce passage le Guillaume de Furstemberg de notre Nouvelle, dans laquelle du reste Marguerite l’appelle « le Comte Guillaume ».

M. Le Roux de Lincy avait ajouté à sa note : « D’après le témoignage de Marguerite, le Comte Guillaume porta la peine de sa déloyale conduite. Dans une épître à l’éloge du Roi son frère, elle dit : », & il avait cité, d’après l’édition des Marguerites de 1552, in-18, IIe partie, p. 18, les huit vers « Et Dieu… — Qui riche… », en imprimant au cinquième, le dixième de notre citation, le Comte, & non le compte.

Dans les acquits au comptant de François Ier, publiés par M. Jules Guiffrey dans le second volume des Comptes des Bâtiments du Roi de M. de Laborde, on trouve (p. 229), à la date de 1537 : « À François de Cadenet, Médecin du Comte Guillaume de Furstemberg, en don & faveur de services, xxx escus soleil, vallent LXVII l. xe. — M.

Page 95, ligne 18. — « Le Gouverneur de Bourgogne, Seigneur de La Trimoille ».

Louis IIe du nom, sire de la Trémoille, Vicomte de Thouars, Prince de Talmont, né en 1460, fils de Louis de la Trémoille & de Marguerite d’Amboise, fut l’un des hommes les plus remarquables de son temps. Marié très-jeune, par les soins de la Dame de Beaujeu, à Gabrielle de Bourbon, il commandait les troupes royales à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, où le Duc d’Orléans, depuis Louis XII, fut fait prisonnier. Quand ce Prince monta sur le trône, il oublia que La Trémoille avait combattu contre lui & répondit à ceux qui voulaient l’en faire souvenir que ce n’était pas au Roi de France à venger les injures faites au Duc d’Orléans. Après avoir pris une part très-glorieuse aux expéditions d’Italie, il fut nommé, en 1501, Gouverneur de Bourgogne, puis Amiral de Guyenne & de Bretagne. Il rendit des services très-importants non seulement à Louis XII, mais encore à François Ier jusques à l’an 1525, à la fameuse bataille de Pavie, où il mourut en combattant. Jean Bouchet, auteur contemporain, nous a laissé une histoire curieuse & détaillée de cet homme remarquable, sous le titre de Panegyric du Chevalier sans reproche, &c., 1537, in-4°, goth. Cet ouvrage a été réimprimé par MM. Petitot en 1826, & par MM. Michaud & Poujoulat en 1837, dans leur Collection des Mémoires relatifs à l’histoire de France. — L.

Page 98, ligne 3. — « Vint le lendemain dire à Robertet, Secrétaire des finances du Roy ».

Il s’agit ici de Florimond Robertet, le premier de cette famille de ministres d’État qui servit les Rois de France depuis Charles VIII jusques à Henri III. De simple conseiller à la Cour des Comptes de Montbrison, il devint Secrétaire de Charles VIII, qui le fit Trésorier de France & Secrétaire des finances. Il exerça cette charge difficile avec une grande habileté & beaucoup de droiture. Revêtu des mêmes fonctions sous Louis XII, il eut part aux affaires politiques les plus importantes & compta au nombre des conseillers tout à fait privés de ce Roi. Les charges qu’il exerça, les négociations dans lesquelles il se trouva mêlé, lui valurent une fortune considérable, mais acquise avec honneur. L’écusson des armes de Robertet est surchargé au milieu d’une plume ou aile, qu’on appelle en blason un vol ; la devise est « Fors une ». Voici l’origine de la plume & de la devise : « Le Capitaine Sandricourt était dans le cabinet de Louis XII, & Robertet s’y trouvait ; Sandricourt parlait vivement des exactions des gens de justice & de finances. « Toutes les plumes volent », dit le bon Roi en souriant. — « Fors une, Sire, fors une », dit gravement Robertet en montrant la sienne. Et le Roi, pour lui rendre justice, voulut qu’il chargeât d’un vol de sable ses armoiries, qui étaient d’azur à la bande d’or, & trois étoiles d’argent, & qu’il prît pour devise : « Fors ugne. » C’est à cette honorable anecdote historique que Clément Marot fait allusion dans sa Complainte, ou Déploration de quatre cents vers sur la mort de Florimond Robertet.

Voici les vers de Clément Marot :

Dieu immortel (dis-je lors), voici l’esle
Qui a volé, ainsi que voler faut,

Entre deux airs, ni trop bas, ne trop haut.
Voicy pour vray l’esle dont la volée
Par sa vertu a la France extollée,
Circonvolant ce monde spacieux
Et survolant maintenant les neuf cieux.
C’est l’esle noire en la bende dorée,
L’esle en volant jamais non essorée,
Et dont sortie est la mieux escrivant
Plume qui fust de nostre aage vivant…

(Complaincte III. — Déploration de Messire Florimond Robertet, t. III, p. 273 des Œuvres de Clement Marot, &c., La Haye, 1731, in-18 ; éd. in-4°, II, 458-79).

Sous François Ier Florimond Robertet continua de jouir du même crédit que sous les deux Rois précédents ; il mourut en 1922, comblé d’honneurs & de richesses. On peut consulter sur la famille Robertet des articles curieux de M. de Sallabery dans le Supplément à la Biographie universelle de Michaud, t. LXXIX, p. 235.

« Au dict an 1527, le vendredi penultième jour de novembre, maistre Floremont Robertet, Trésorier de France & Secrétaire du Roy, mourut au Palais à Paris, duquel il estoit Concierge. Il fut fort aymé du Roy, tellement qu’on dit que par deux fois il l’alla visiter, & à son trépas le Roy ordonna qu’on luy fist tout plain d’honneur. Il fut gardé mort en sa maison, où il mourut au Palays, où chacun l’alloit voir qui vouloit. » Suivent des détails sur la cérémonie des funérailles. » (Journal d’un bourgeois de Paris sous le règne de François Ier, &c., p. 330). — L.

On peut voir encor à Blois l’hôtel d’Alluye, bâti par Robertet & ainsi nommé d’une baronnie du Perche qui lui appartenait (La Saussaye, Blois & ses environs, 5e éd., 1873, in-12, p. 92-6. Quant au château de Bury (Loir-&-Cher, commune de Chambon), bâti par Robertet, ce ne sont plus que ses ruines qui dominent la vallée de la Cisse. Du Cerceau l’a dessiné & gravé dans Les plus excellents bâtiments de France, & il est célèbre pour avoir eu dans sa cour l’honneur du David en bronze de Michel-Ange, envoyé par la Seigneurie de Florence à Robertet & maintenant perdu. M. Reiset, M. Grésy, moi-même à l’occasion & M. de La Saussaye, qui a un grand article sur Bury (Blois & ses environs, p. 288-300), ont parlé longuement de l’histoire de cette statue, emportée de Bury au château de Villeroy quand Bury est passé aux Rostaing. Il n’y a ici rien à en dire, mais à rappeler la merveilleuse situation de Bury, d’un côté placé de plain-pied sur le plateau qu’il borde &, de l’autre, dominant de haut une admirable vallée. Il n’en reste plus que des murailles & que des tours éventrées ; la construction, en pierre blanche & tendre du pays, avait été évidemment rapide, mais il y subsiste encore, le long de la paroi de la colline, une tour qui monte de la vallée au plateau & qui est une curiosité ; son escalier en spirale, maintenant encombré de gravois, n’avait pas de degrés, & les chevaux & les mulets en pouvaient monter la spirale. C’était une imitation en petit des deux grosses tours du château d’Amboise dont les pentes à vis se pouvaient monter en voiture. — M.

XVIII. — Vertueuse obéissance d’un jeune Écolier récompensée.

En France. Nulle indication de date. — L.

Page 103, lignes 9-10. — Un Seigneur de bonne Maison qui estoit aux Écoles. Brantôme au commencement du discours ier de ses Dames galantes, raconte une aventure amoureuse à peu près pareille à celle qui fait le sujet de cette Nouvelle. Voyez t. VII, p. 7, de l’édition in-8o des Œuvres complètes. — L. — (Éd. Lalanne, IX, 6-7) :

« J’ay ouy parler d’une fort belle & honneste dame, qui donna assignation à son amy de coucher avec elle, par tel si qu’il ne la toucheroit nullement & ne viendroit aux prises ; ce que l’autre accomplit, demeurant toute la nuict en grand’stase, tentation & continence, dont elle lui en sçeut si bon gré que quelque temps après luy en donna jouissance, disant pour ses raisons qu’elle avoit voulu esprouver son amour en accomplissant ce qu’elle luy avoit commandé, &, pour ce, l’en ayma puis après davantage, & qu’il pourroit faire toute autre chose une autre fois d’aussi grande adventure que celle-là, qui est des plus grandes. Aucuns pourront loüer cette discrétion ou lascheté, autres non ; je m’en rapporte aux humeurs & discours que peuvent tenir ceux de l’un & de l’autre party en cecy. »

Page 105, lignes 7-26. — « Je ne prens pour miracle, comme fait la Royne de Navarre en l’un des Contes de son Heptaméron, qui est un gentil livre pour son estoffe, ny pour chose d’extresme difficulté de passer des nuicts entières, en toute commodité & liberté, avec une maistresse de long temps desirée, maintenant la foy qu’on luy aura engagée de se contenter des baisers & simples attouchements. Je croy que l’exemple du plaisir de la chose y seroit plus propre, &c. » Montaigne, Essais, livre, chap. XI, De la Cruauté ; Amsterdam, 1781, II, 175. — M.

Page 110, lignes 15-6. — Ceulx qu’un Chapitre nomme De frigidis & maleficiatis.

L’auteur veut parler ici des peines prononcées par plusieurs Conciles & reproduites dans les Capitulaires contre ceux qui, par des sorts ou des conjurations magiques, croyaient pouvoir suspendre les facultés naturelles. On peut consulter à ce sujet le Recueil des Capitulaires de Baluze, t. I, passim. Par le mot chapitre, Marguerite entend parler sans doute des Décrétales du pape Boniface VIII, relatives à ce sujet. Voyez Liber sextus Decretalium Bonifacii papœ VIII;, lib. IV, cap. 15, De frigidis & maleficiatis, &c. Voyez aussi : Traité de l’enchantement « qu’on appelle vulgairement le nouement de l’esguillette en la célébration des mariages en l’église réformée » ; La Rochelle, &c., 1991, in-8. — L.

XIX. — D’un Gentilhomme Mantouan & de son amie, qui, ne pouvant se marier, entrent tous deux en religion.

En 1503. En Italie, à la petite Cour du Marquis de Mantoue.

Page 113, lignes 9-10. — « Au temps du Marquis de Mantoue, qui avoit épousé la sœur du Duc de Ferrare ».

Jean François II, de la Maison de Gonzague, Marquis de Mantoue, le 10 août 1466, succéda au Marquis Frédéric son père. Il prit une part très active aux guerres d’Italie. Après avoir servi les Français & Louis XII surtout avec dévouement, il se tourna du côté de l’Empereur pour se venger du Roi de France, qui s’était emparé injustement de la ville de Peschiera. Fait prisonnier au mois d’août 1509, il recouvra sa liberté l’année suivante, à la recommandation du pape Jules II. Il mourut au mois de mars de l’année 1519. Il avait épousé le 15 février 1490 Isabelle d’Est, fille d’Hercule ier, Duc de Ferrare, dont il eut plusieurs enfants. Voyez l’Art de vérifier les dates, t. V, p. 203 de l’édition in-4°. — L.

Page 118, ligne 16. — « Et s’en alla tout seul à la Religion de l’Observance. »

Le couvent de l’Observance, de l’ordre de Saint-François, fondé par Hercule ier, duc de Ferrare. On donnait le nom d’Observance à la règle de Saint-François réformée par le pape à la fin du XVe siècle. — L.

Page 123, ligne 24. — Ms.. 75762 : « le changement d’habit ne lui pouvoit changer le cueur ». — L.

Page 125, ligne 18. — Je ne vois pas qu’il y ait d’église de Sainte-Claire à Mantoue, tandis qu’il y avait à Lyon une église de Religieuses de Sainte-Claire, aussi bien qu’une église de Religieux de l’Observance (Bombourg, Recherche curieuse des plus beaux tableaux des églises de Lyon ; Anciennes Archives de l’Art François, 2e série, II, 1862, p. 113-4). N’en faudrait-il pas conclure que les noms du Marquis & de la Marquise de Mantoue ne sont qu’un déguisement, que l’histoire est française & qu’elle se passe à Lyon ?

C’est d’ailleurs le thème de l’Amant rendu Cordelier à l’Observance & Amour, où il est de même question du Père Gardien. Si c’est ce poème qui a inspiré Marguerite, il lui a suffi, pour différencier & pour augmenter, d’ajouter, à l’état de parallélisme, l’entrée en religion de l’amie. — M.

Page 127, lignes 25-6. — Éd. de 1558 & de 1559 : « aime les pommes, les poires, les poupées, &c ». — L.

Page 128, ligne 16. — Au lieu de cette dernière phrase on lit, dans les édit. de 1558 & de 1559 : « Voylà pourquoy, dist Saffredent, la plus part des hommes sont deçeuz, lesquelz ne s’amusent qu’aux choses extérieures & contemnent le plus précieux qui est dedans. »

Page 128, lignes 18-23. — « Qui enim non diligit fratrem suum, quem videt, Deum, quem non videt, quomodo potest diligere » ; Joannis Epistolâ primâ, IV, 20. Mais la phrase latine citée par Ennasuitte

« Quis est ille, & laudabimus eum », ne se retrouve ni

dans l’Ancien Testament ni dans le Nouveau. — M.

Page 128, lignes 22-3. — Éd. de 1558 : « Qui est-il », dist Emmarsuite, « & laudabimus eum ainsi parfaict que vous le dictes. » — L.

Page 128, ligne 30. — Éd. de 1558 : « de la carmalecite ». Éd. de 1559 : « du camaléon ». — L.

XX. — D’une veuve qui s’abandonne à un palefrenier.

Règne de François Ier. En Dauphiné. — L.

Note P, page 131, lignes 7-9. — Au pays de Daulphiné y avoit ung Gentil homme nommé le Seigneur de Riant, de la Maison du Roy François Ier.

Bien que la Reine de Navarre attribue la mésaventure qui fait le sujet de cette Nouvelle à un Gentilhomme de la Maison de François Ier, il est certain qu’on en trouve le récit dans des recueils de contes d’une date antérieure, & entre autres au début des Mille & une Nuits. L’Arioste, au chant xxviiie de son Roland furieux, a raconté la même histoire, qui se trouve aussi dans les Nouvelles du conteur italien Morlini, dont la première édition été imprimée à Naples en 1520. (Voyez Gamba, Delle Novelle Italiane in prosa bibliografia, &c. ; Firenze, 1835, in-8o, p. 137.) On sait que La Fontaine a place cette histoire au commencement de son conte de Joconde ; nous la trouvons aussi en tête d’un recueil assez rare, imprimé à Rouen dans les premières années du XVIIe siècle & dont voici le titre : Les Cent nouvelles Nouvelles, où sont comprins plusieurs devis & actes d’amours non moins subtils que facétieux, ouvrage très nécessaire à tous amans vrays sujets de l’Amour & des Dames ; Rouen, petit in-8o. Du reste, il est hors de doute que le Seigneur de Riau ait fait partie de la Maison de François Ier. Dans un état des Officiers de l’Hôtel du Roi pour l’année 1522-23, parmi les Escuyers d’escurie, nous trouvons : Monsieur de Rian à deux cents livres de gages par an. (Archives nationales, Sect. histor., K 98.) — L.

— C’est la XXIVe Nouvelle de Morlini : « De moniali in flagranti cum auriga reperta » ; pages 48-51 de l’édition donnée en 1855 par M. Corpet dans la Bibliothèque Elzévirienne. Les Novellæ de Morlini ont été récemment traduites en français par M. W., Naples, 1878. — M.

— Voir la Nouvelle xxxix des Comptes du monde adventureux par A. D. S. D. (A. de Saint D— ?). Paris, 1566, qui ont été réimprimés récemment par M. Franck. — M.

— « J’ay cogneu une grande Dame qui, durant qu’elle estoit fille & mariée, on ne parloit que de son embonpoint ; elle vint à perdre son mary & en faire un regret si extrême qu’elle en devint seiche comme bois. Pourtant ne délaissa de se donner au cœur joye d’ailleurs, jusqu’à emprunter l’aide d’un sien Secrétaire, voire de son Cuisinier ce disoit-on ; mais pour cela ne recouvroit son embonpoint, encore que le dit Cuisinier, qui estoit tout gresseux & gras, ce me semble, la devoit rendre grasse, & ainsi en prenoit & de l’un & de l’autre de ses Valets, faisant, avec cela, la plus prude & chaste femme de la Cour, n’ayant que la vertu en la bouche, & mal disante de toutes les autres femmes, & y trouvant à toutes à redire. Telle estoit cette grande Dame de Dauphiné, dans les Cent Nouvelles de la Reyne de Navarre, qui fut trouvée couchée sur belle herbe avec son Palefrenier ou Muletier dessus elle, par un Gentilhomme qui en estoit amoureux à se perdre ; mais par ainsi guérit aisément son mal d’amour. » Brantôme, Dames galantes, Discours iv ; éd. Lalanne, IX, 703. — M.

— Brantôme y revient encore dans un autre passage du même Discours ; on y remarquera une fois de plus qu’il dit toujours les Cent Nouvelles de la Reine de Navarre, qui n’en ont que soixante-douze, tant il est vrai que ce devait être un Décaméron :

« J’ay leu dans un vieux roman de Jean de Saintré, qui est imprimé en lettres gothiques, que le feu Roy Jean le nourrit Page. Par l’usance du temps passé les Grands envoyoient leurs Pages en message, comme on fait bien aujourd’huy, mais alors alloient partout & par pays à cheval, mesme que j’ay ouy dire à nos pères qu’on les envoyoit bien souvent en petites ambassades ; car, en depeschant un Page avec un cheval & une pièce d’argent, on en estoit quitte, & autant espargné. Ce petit Jean de Saintré, car ainsi l’appeloit-on long-temps, estoit fort aimé de son maistre le Roy Jean, car il estoit tout plein d’esprit, fut envoyé souvent porter de petits messages à sa sœur, qui estoit pour lors veufve, le livre ne dit pas de qui. Cette Dame en devint amoureuse après plusieurs messages par luy faits, &, un jour, le trouvant à propos & hors de compagnie, elle l’arraisonna & se mit à demander s’il aimoit point aucune Dame de la Cour, & laquelle luy revenoit le mieux, ainsi qu’est la coustume de plusieurs Dames d’user de ces propos quand elles veulent donner à aucuns la première pointe ou attaque d’amour, comme j’ay veu pratiquer. Ce petit Jean de Saintré, qui n’avoit jamais songé rien moins qu’à l’amour, luy dit que non encore. Elle luy en alla descouvrir plusieurs, & ce qui luy en sembloit : « Encore moins », respondit-il, après luy avoir presché des vertus & loüanges de l’amour. Car, aussi bien de ce temps vieux comme aujourd’huy, aucunes grandes Dames y estoient sujettes, car le monde n’estoit pas fin comme il est & les plus fines tant mieux pour elles, qui en faisoient passer de belles aux marys, mais avec leurs hypocrisies & naïvetez. Cette Dame donc, voyant ce jeune garçon qui estoit de bonne prise, luy va dire qu’elle luy vouloit donner une maistresse qui l’aymeroit bien, mais qu’il la servist bien, & luy fit promettre, avec toutes les hontes du monde qu’il eust sur ce coup, & surtout qu’il fust secret : enfin elle se déclara à luy qu’elle vouloit estre sa dame & amoureuse, car de ce temps ce mot de maistresse ne s’usoit. Ce jeune Page fut fort estonné, pensant qu’elle se moquast ou le voulust faire atrapper ou le faire foüetter. Toutefois elle luy monstra aussitost tant de signes de feu & d’embrasement d’amour qu’il connut que ce n’estoit pas moquerie, luy disant toujours qu’elle le vouloit dresser de sa main & le faire grand. Tant y a que leurs amours & jouissances durèrent longuement, & estant Page & hors de Page, jusques à ce qu’il luy fallut aller à un lointain voyage, qu’elle le changea en un gros, gras Abbé, & c’est le conte que vous voyez en les Nouvelles du monde advantureux d’un Valet de chambre de la Reyne de Navarre, là où vous voyez l’Abbé faire un affront au dit Jean de Saintré, qui estoit si brave & si vaillant ; aussi bien-tost après le rendit-il à M. l’Abbé par bon eschange, & au triple. Ce conte est très-beau & est pris de là où je vous dis. Voilà comme ce n’est d’aujourd’huy que les dames aiment les pages, & mesmes quand ils sont maillés comme perdreaux. Quelles humeurs de femmes, qui veulent avoir des amys prou, mais des marys point ! Elles font cela pour l’amour de la liberté, qui est une si douce chose, & leur semble, que quand elles sont hors de la domination de leurs marys, qu’elles sont en paradis ; car elles ont leur doüaire très-beau & le mesnagent ; ont les affaires de la maison en maniement ; elles touchent les deniers ; tout passe par leurs mains ; au lieu qu’elles estoient servantes, elles sont maistresses, font eslection de leurs plaisirs & de ceux qui leur en donnent à leur souhait. » Brantôme, Dames galantes, Discours iv, éd. Lalanne, IX, p. 704-6.

La Fontaine l’a redit deux fois dans le conte de Joconde :

Sans rencontrer personne & sans être entendu
Il monte dans sa chambre & voit près de la Dame
Un lourdaut de valet sur son sein étendu.
Tous deux dormoient. Dans cet abord Joconde
Voulut les envoyer dormir en l’autre monde,
Mais cependant il n’en fit rien,
Et mon avis est qu’il fit bien.

De même plus loin :

Ce bel Adon étoit le Nain du Roi
Et son amante étoit la Reine,

ce qui se trouvait dès 1516 dans l’Arioste ; mais c’est une aventure éternelle & qui n’est pas près de cesser de se reproduire. — M.

Page 133, ligne 5. — « Quand il fut près d’un cabinet d’arbres pliés. » Dans son Dessein du Jardin dėlectable, Palissy, après les quatre cabinets de terre cuite, en met quatre autres aux quatre bouts de la croisée qui traverseront le jardin du milieu & du long. Il les fait avec des ormes & il explique comment il fera de leurs troncs, de leurs branches & de leurs jets, les colonnes, l’architrave, la frise, même les lettres des inscriptions & les sièges pour s’asseoir. « Pour conclusion », ajoute-t-il à la fin de la description du premier cabinet (éd. Cap, p. 69), a sachés que, le cabinet estant ainsi fait, les branches qui croistront au dessus des frontispices & sommité du bâtiment, je les feray coucher l’une sur l’autre d’une telle invention qu’il ne pleuvra aucunement dedans ledit cabinet, non plus que s’il estoit couvert d’ardoise. » Le cabinet d’arbres pliés de notre Nouvelle était fait de la même sorte. — M.

Page 133, ligne 18. — « Madame, prou vous face ». Dans une des satires de Du Lorens, éd. de 1654, parlant du demi-savant insupportable qui ferait mieux d’être court, il ajoute :

Comme après Agimus un enfant dit : Prou face,

c’est-à-dire une sorte d’amen. Agimus, ce sont les Grâces de la fin du repas, comme le Benedicite en était la prière initiale. Voir une note du Bulletin du Protestantisme français, XII, 1863, p. 242-8 sur l’expression de Palissy : « Agimus avait gagné Père Éternel. » — M.

Page 136, ligne 9. — Parlamente meit son touret de nez.

C’est le nom qu’on donnait à une sorte de petit masque qui cachait le haut du visage & le nez, & que portaient surtout les dames de qualité. Ce petit masque était déjà en usage au XIVe siècle, ainsi que le prouvent ces quatre vers de Christine de Pisan :

Je vous vends le touret de nez.
Gai & joli vous maintenez
S’estre voulez renommé
Et des dames bien aimé.

Dans un manuscrit de la Coche ou du Débat d’Amour, poème de la Reine de Navarre, dont nous avons donné une notice, t. ier, p. 191-4, on trouve plusieurs miniatures où les dames sont représentées avec leurs tourets de nez. Il faut consulter sur les tourets de nez & les masques une note assez longue & très curieuse de M. Léon de Laborde, p. 314 de l’ouvrage intitulé Le Palais Mazarin & les grandes habitations de ville á de campagne au XVIIe siècle, Paris, 1846, in-8o.

Il est encore parlé des tourets de nez au commencement de la Nouvelle xliiie, t. III, p. 33, & même volume, p. 131. — L.