L’Encyclopédie/1re édition/VERGE

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VERGE, s. f. (Gramm.) bâton menu ; branches menues détachées des arbres ; baguette ; instrument de correction ; mesure ; partie de machine, &c. Voyez les articles suivans.

Verge, (Critiq. sacrée.) ῥάϐδος, en grec ; ce mot marque une branche d’arbre, Genes. xxx. 41. un bâton de voyageur, Luc, ix. 3. la houlette d’un pasteur, Ps. xxij. 4. les instrumens dont Dieu se sert pour châtier les hommes, Ps. lxxxviij. 32. Ce mot signifie encore un sceptre, Esth. v. 2. un dernier enfant, un rejetton, Is. xj. 1. un peuple, Ps. lxxiij. 2. La verge de Moïse est le bâton dont il se servoit pour conduire ses troupeaux. Voyez Exod. iv. La verge d’Aaron est le bâton de ce grand-prêtre. Voyez Nom. xvij. (D. J.)

Verge a berger, (Botan.) nom vulgaire de la plante nommée dipsacus sativus par les Botanistes, & dont on a donné les caracteres au mot Chardon à Bonnetier. (D. J.)

Verge dorée, virga aurea ; genre de plante à fleur radiée, dont le disque est composé de plusieurs fleurons ; la couronne est formée au contraire de demi-fleurons soutenus par des embryons, & contenus dans un calice écailleux. Les embryons deviennent dans la suite des semences garnies d’une aigrette. Ajoutez aux caracteres de ce genre, que les fleurs naissent en grand nombre à l’extrémité de petites branches. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante.

Des vingt-neuf especes de ce genre de plante, nous ne dirons qu’un mot de la commune, virga aurea vulgaris latifolia, I. R. H. 484. Sa racine est genouillée, traçante, brune, fibreuse, blanchâtre, d’un goût aromatique ; elle pousse une ou plusieurs tiges, à la hauteur de trois piés, droites, fermes, rondes, cannelées, & remplies d’une moëlle fongueuse ; ses feuilles sont oblongues, alternes, pointues, velues, dentelées en leurs bords, d’un verd noirâtre ; ses fleurs sont radiées & disposées en épis le long de la tige, de couleur jaune dorée, soutenue chacune par un calice composé de plusieurs feuilles en écailles, avec cinq étamines capillaires, à sommets cylindriques. Il leur succede des semences oblongues, couronnées chacune d’une aigrette. Cette plante croît fréquemment dans les bois & les bruyeres, aux lieux montagneux, sombres & incultes ; elle fleurit en Juillet & Août. (D. J.)

Verge d’or, (Mat. méd.) verge d’or à larges feuilles, ou grande verge dorée ; & verge d’or à feuilles étroites, ou petite verge dorée.

On trouve les feuilles & les fleurs de ces deux plantes, en une quantité considérable, dans les vulnéraires de Suisse ou faltranck, Voyez Faltranck. On les emploie aussi quelquefois seules en infusion théiforme, à titre de remedes vulnéraires astringens. Ces remedes sont regardés aussi comme de bons diurétiques, fondans, désobstruans ; & quelques médecins les recommandent à ce titre, dans les menaces d’hydropisie, la gravelle, & les autres maladies des reins & de la vessie. Les feuilles de la verge d’or entrent dans l’eau vulnéraire & dans l’eau générale de la pharmacopée de Paris.

Verge, (Anat.) la figure, la situation, la grandeur de cette partie unique, sont assez connues ; il faut y remarquer :

1°. La cuticule & la peau, qui sont les tégumens communs.

2°. Le prépuce, qui est la peau repliée qui couvre le gland ; à sa partie inférieure il y a un petit frein : on trouve dans ces deux endroits des glandes que Tyson a appellées glandes odoriférantes.

3°. La tunique propre, qui est forte & tendineuse, & qui renferme le reste de la substance du membre viril ; cette tunique est quelquefois double ; dans l’entre-deux se trouve la substance celluleuse qui paroit quand on la gonfle & qu’on la fait sécher.

4°. Les corps caverneux ou spongieux, qui font la plus grande partie du membre viril ; ils viennent de l’os pubis, de chaque côté ; ils se joignent ensuite & s’étendent jusqu’au gland ; si l’on y injecte de l’eau, ou si on les gonfle, le membre viril se roidit.

5°. La cloison qui est entre les deux corps caverneux, laquelle est plus épaisse à la partie postérieure, & est percée comme un crible.

6°. Le ligament suspensoire de Vésale, lequel attache le membre viril aux os pubis.

7°. Les muscles, qui sont au nombre de six.

8°. Les premiers sont les érecteurs, ils viennent des os ischion, & finissent de chaque côté aux corps caverneux.

9°. Les seconds sont les accélérateurs ; ils viennent du sphincter de l’anus ; ils embrassent la partie postérieure de l’urethre, finissent de chaque côté aux corps caverneux, & resserrent l’urethre.

10°. Les troisiemes sont les muscles transverses ; ils viennent des os ischion, & finissent à l’origine de l’urethre qu’ils dilatent.

Vésale a le premier décrit par lettres, le muscle suspenseur ; Casserius ensuite, & Cowper parfaitement. Ce dernier s’étoit proposé de donner un ouvrage sur la structure du penis, qu’il n’a point exécuté ; mais Ruysch y a suppléé par de belles découvertes.

Je tire le rideau sur les moyens honteux & toujours nuisibles, que quelques jeunes débauchés emploient pour plaire à des femmes aussi perdues qu’ils le sont. Leur grossiere & stupide brutalité, n’a pour tout succès que de tristes remords. Je me contenterai seulement d’observer en anatomiste, que cette partie peut rester plus petite qu’à l’ordinaire, lorsqu’on lie le cordon ombilical trop près du ventre ; alors il arrive qu’on raccourcit non-seulement l’ouraque, mais on produit encore une contraction dans les vaisseaux sanguins de cet organe, par la trop grande extension des arteres ombilicales, dont ils tirent quelquefois leur origine : or dans ce cas fortuit, on prive cette partie du sang dont elle a besoin pour son développement & pour son usage.

Il n’y a point d’homme qui ait deux verges ; mais Saviard a vû un enfant qui vint au monde privé de cette partie, & qui avoit seulement en son lieu & place, une petite éminence un peu applatie, semblable au croupion d’une poule, au-dessus & à côté de laquelle il y avoit une chair fongueuse, de la largeur d’un écu, & de l’épaisseur d’un travers de doigt, ronde & élevée ; l’ombilic n’étoit pas au milieu du ventre, où il se trouve ordinairement, mais au-dessus & tout-auprès de cette chair fongueuse. La petite éminence qui tenoit lieu de verge, étoit percée de deux petites ouvertures par où l’urine sortoit.

Quoique cette observation soit singuliere, elle n’est pas unique ; j’en connois d’autres exemples cités dans Panarolli, Observ. V. dans Scléuchius, l. IV. p. 523. dans Van-der-Wiell, cent. 2. observat. 32. & dans Borellus, observ. 19. (D. J.)

Verge, (amputation de la) opération de chirurgie par laquelle on retranche le membre viril, attaqué de sphacèle ou de cancer. L’amputation de la verge, & la cure que cette opération exige, n’ont pas été jusqu’ici considérées sous le point de vue le plus simple ; l’art a des progrès à attendre des réflexions que la combinaison de plusieurs faits peut suggérer. Scultet, qui avoit connu à Padoue un homme à qui l’on avoit coupé le membre viril avec succès, fit cette opération en 1635, à un bourgeois de la ville d’Ulm, à l’occasion de la gangrene dont cette partie étoit attaquée. Il coupa dans le vif avec un bistouri, arrêta l’hémorragie avec le fer ardent, & mit une cannule dans le canal de l’urethre pendant la cure, qui a été heureuse & de peu de durée. La chirurgie de nos jours, devenue plus douce dans ses moyens, rejettera d’abord l’usage du feu dans ce cas, à moins que la mortification n’ait fait des progrès au-delà de la partie qu’on peut amputer ; mais alors ce ne sera pas dans la crainte de l’hémorrhagie qu’on emploieroit ce moyen, mais dans l’intention de brûler des chairs gangréneuses, & empêcher le progrès de la pourriture.

Ruisch parle dans la trentieme de ses observations anatomiques & chirurgicales, de l’amputation de la verge à un paysan qui y avoit un cancer ulceré de la grosseur du poing : on introduisit une sonde par l’urethre dans la vessie, on lia fortement le membre viril au-dessus du mal, avec un cordon assez mince, mais très-fort ; cette ligature fut très-douloureuse : le lendemain on fit une seconde ligature, pour avancer la mortification de la partie affectée : on ne fit l’amputation que le cinquieme jour, lorsque la partie fut tombée tout-à-fait en sphacele : on laissa la sonde dans la vessie encore pendant un ou deux jours. Après la guérison, on a donné à cet homme un tuyau d’ivoire qu’il ajustoit au-bas du ventre, lorsqu’il vouloit rendre son urine, de peur de mouiller ses habits.

L’opération de Ruisch a été fort longue & fort douloureuse ; la section avec un instrument tranchant est l’affaire d’un clin d’œil ; la méthode de Scultet est donc préférable, & l’on ne voit pas sur quelle raison Ruysch a pu fonder le procedé qu’il a tenu. Il a été suivi en 1743. à l’hôpital de Florence, dans un cas où la nécessité de l’amputation n’étoit pas trop prouvée : quoi qu’il en soit, on se détermina à lier la partie sur une cannule d’argent ; les douleurs furent fort vives ; la partie ne tomba que le neuvieme jour ; le malade fut parfaitement gueri le vingt-troisieme : on mit dans l’extrémité de l’urethre un petit bourdonnet un peu dur, de figure conique. Ruysch supprima la sonde deux jours après la chute des chairs gangrenées ; elle étoit absolument nécessaire dans l’usage de la ligature, par laquelle on a étranglé la partie pendant cinq jours ; on s’en est passé dans tout le reste de la cure. Scultet s’en est servi. J’ai employé cette cannule pendant les premiers jours du traitement d’un homme qui s’étoit mutilé dans un délire mélancolique. Le blessé foible & tranquille, n’en étoit point incommodé, mais lorsque les forces furent un peu rétablies, le jet de l’urine chassoit la cannule : je l’ai supprimé le huitieme jour ; le malade levoit l’appareil quand il vouloit uriner, & il n’y a eu aucun inconvénient de cette part. Fabrice d’Aquapendente recommande d’engager un petit tuyau de plomb dans le conduit de l’urine, après l’amputation de la verge. J’ai reconnu que cette précaution étoit superflue ; c’est seulement dans les derniers jours de la cure, qu’il est à propos de mettre une petite bougie dans l’orifice, pour qu’il ne se fronce pas ; l’urine en seroit dardée plus loin, mais par un jet plus fin & il y a de l’inconvénient à une trop grande diminution du diametre du canal à son extrémité. A l’égard du tuyau d’ivoire que Ruysch a conseillé à son malade après la guérison ; il est de l’invention d’Ambroise Paré, qui en donne la figure & la description au chap. ix de son trente-troisieme livre. J’ai vu faire à l’hôpital militaire de Metz, l’amputation de la verge près du ventre, par mon pere, il y a plus de vingt-cinq ans, à un tambour du régiment de Lyonnois : on lui fit faire une cannule de cuivre, semblable à celle que Paré recommande ; c’étoit un aqueduc dont il se servoit pour pisser dans les rues. Paré ne la propose même que pour cette circonstance, en disant que ceux qui ont entierement perdu la verge jusqu’au ventre, sont en peine lorsqu’ils veulent uriner, & sont contraints de s’accroupir comme les femmes. Cette nécessité n’est pas démontrée. Le canal de l’urethre n’a point d’action pour chasser l’urine. L’amputation de la verge ne retranche aucune des parties qui servent à l’expulsion de ce liquide : le malade que j’ai guéri pisse en jet à une assez grande distance du corps ; il est seulement obligé d’essuyer les dernieres gouttes, inconvénient dont l’usage de la canule ne le dispenseroit pas. (Y)

Verge, s. f. terme de Bedeau d’église, c’est un morceau de baleine plat, large d’un bon doigt & un peu plus, long d’environ deux piés & demi, & ferré d’argent, que le bedeau porte à la main quand il fait la fonction de bedeau. (D. J.)

Verges, s. f. pl. en Physique. météore que l’on appelle autrement columellæ & funes tentorii. C’est un assemblage de plusieurs rayons de lumiere, qui représentent comme des cordes tendues.

On croit que ce météore vient des rayons du soleil, qui passent par certaines fentes, ou au moins par les endroits les plus minces d’un nuage plein d’eau : il se fait voir principalement le matin & le soir, & il n’y a presque personne qui ne l’ait observé très-souvent au coucher du soleil, lorsque cet astre est près de l’horison & caché dans des nuages qui ne sont pas trop obscurs : on voit souvent sortir de ces nuages, comme une traînée de rayons blancs qui s’étendent jusqu’à l’horison, & qui occupent quelquefois un assez grand espace. Chambers.

Verge d’Aaron, en Physique, voyez Baguette divinatoire.

Verge, (Jurisprud.) est une mesure pour les longueurs, qui sert à mesurer & compter la contenue des héritages, de même qu’en d’autres pays on compte par perches, cordes, chaînées, mesures, &c. la longueur de la verge est différente selon les pays.

La verge commune d’Artois, pour la mesure des lieues, est de vingt piés & onze pouces chacun, mille verges font une lieue ; la mesure des terres labourables, qu’on appelle la petite mesure, est de cent verges ou perches pour arpent ; la verge de cent vingt piés d’Artois, le pié de onze pouces, mais présentement le pié y est de douze pouces ; la mesure du bois, appellée la grande mesure, est de cent verges, la verge de cent vingt-un piés, & le pié de onze pouces artois. Voyez l’auteur des notes sur Artois, art. 6.

Au bailliage d’Hedin un journel ne contient que soixante deux verges & demie. Ibid.

En Flandre la verge & la mesure de terre montent à un cinquieme plus que celle d’Artois. Ibid.

Dans la coutume de Clermont en Beauvoisis, on compte les terres labourables par muids ; à Clermont & aux environs, dans la seigneurie de Sacy, le grand Gournay, la Neuville en Hez, & Milly, le muid contient douze mines, chaque mine soixante verges, chaque verge vingt-deux piés de onze pouces de longueur, art. 234 & 235. En la chatellenie de Bulle, locale de Clermont, la mine est de cinquante verges, la verge de vingt-quatre piés de onze pouces, art. 236. En la seigneurie de Conty, on compte par journeux au-lieu de mines, chaque journeux contient cent verges de vingt-quatre piés chacune, art. 237. Dans la seigneurie de Remy, la mine a quatre-vingt verges, à vingt-deux piés & un tiers de pié par verge, art. 239. Dans la même coutume de Clermont, les aires où se font les lins, en la ville & paroisse de Bulles, se mesurent par mine, chaque mine a douze verges de vingt-quatre piés, art. 240. Dans la même coutume de Clermont, les bois, vignes, jardins, & prés, communément se mesurent par arpens ; l’arpent est en quelques lieux de cent verges à vingt-six piés pour verge. En d’autres lieux il n’y a que soixante & douze verges pour un arpent, art. 141. (A)

Verge, s. f. (Jaugeage.) espece de jauge, ou d’instrument propre à jauger ou mesurer les liqueurs qui sont dans les tonneaux, pipes, barriques, &c. on donne aussi le nom de verge à la liqueur mesurée ; ainsi on dit trente verges de vin ; la verge de liqueur est estimée trois pots & demi, quelque peu moins ; la verge a plusieurs noms, suivant les divers lieux & pays où elle est en usage. (D. J.)

Verge rhinlandique, s. f. (Mesure de longueur.) c’est une mesure qui répond à deux de nos toises, ou à douze de nos piés, & qui est souvent employée dans la fortification par les ingénieurs hollandois. (D. J.)

Verge, s. f. la mesure des longueurs dont on se sert en Espagne & en Angleterre pour mesurer les étoffes. C’est une espece d’aune. La verge d’Espagne, qui est particulierement en usage à Séville, se nomme en quelques lieux bara ; elle contient dix-sept vingt-quatriemes de l’aune de Paris ; ensorte que les vingt-quatre verges d’Espagne, font dix-sept aunes de Paris, ou dix-sept aunes de Paris font vingt-quatre verges d’Espagne. La verge d’Angleterre se nomme yard. Voyez Yard. (D. J.)

Verge d’or, voyez Arbalestrille.

Verge de girouette, (Marine.) verge de fer qui tient le fût de la girouette sur le haut du mât.

Verge de l’ancre, (Marine.) partie de l’ancre qui est contenue depuis l’organeau jusqu’à la croisée. Voyez Ancre.

Verge de pompe, (Marine.) verge de fer ou de bois, qui tient l’appareil de la pompe.

Verge de fusée, s. f. terme d’Artificier, c’est un long bâton auquel on attache la fusée qui doit monter. Il est fait d’un bois léger & sec pour les petites fusées, & celles qui sont de moyenne grandeur ; son poids est depuis une jusqu’à deux livres : on lui donne sept fois la longueur des fusées, lesquelles ont sept fois le diametre de leur ouverture. La même proportion peut avoir lieu à l’égard des fusées plus grandes, à moins que le bâton ne soit plus fort à proportion. Les artificiers proportionnent ainsi l’épaisseur de cette verge ; ils lui donnent en haut du diametre de la fusée, & 1/6 en bas. Voyez l’artillerie de Simienowitz. (D. J.)

Verge, s. f. terme de Balancier, autrement fléau ; c’est un long morceau de cuivre, de fer ou de bois, le plus ordinairement de buis, sur lequel sont marquées les diverses divisions de la balance romaine ou peson. Cette verge a deux sortes de divisions, l’une d’un côté pour ce qu’on appelle le fort, & l’autre à l’opposite pour ce qu’on nomme le foible. (D. J.)

Verge, s. f. (Ferranderie.) ce mot se dit des morceaux de fer longs & menus, ordinairement ronds, que les Marchands-de-fer vendent aux Serruriers, ce qui s’appelle du fer en verges. Cette sorte de fer s’emploie ordinairement pour faire des tringles, des clés, des pitons, & autres légers ouvrages de Serrurerie. (D. J.)

Verges, chez les ouvriers à la navette, ce sont des baguettes qui servent à séparer & à tenir ouverts les fils de la chaîne des étoffes & des toiles. Ces verges sont faites pour l’ordinaire de bois de coudrier dont on a enlevé l’écorce. Il faut quatre de ces verges dans les métiers à gaze, & seulement deux dans tous les autres métiers.

Verge, terme d’Horlogerie, Verge de balancier ou Verge des palettes, voyez les Planches d’Horlogerie, est une tige sur laquelle est enarbré le balancier d’une montre, & qui porte deux petites palettes dans lesquelles engrenent les dents de la roue de rencontre. Voyez Echappement, Montre, Palette

Verge du pendule ; c’est la partie du pendule appliqué à l’horloge, qui s’étend depuis les ressorts, la scie ou le point de suspension jusqu’au-bas de la lentille qu’elle soutient par le moyen d’un écrou.

Cette verge doit avoir une force raisonnable ; trop grosse, elle fait monter le centre d’oscillation du pendule, d’où résulte de plus grandes résistances de la part de l’air & du point de suspension ; trop foible, au contraire les vibrations occasionnent en elle de petits frémissemens qui alterent sensiblement le mouvement du pendule.

Des effets du froid & du chand sur la verge du pendule. Windelinus s’apperçut le premier que les différens degrés de chaleur & de froid, dilatant plus ou moins la verge d’un pendule, occasionnoient quelques irrégularités dans le mouvement de l’horloge où il étoit appliqué. On fut long-tems sans ajouter foi à sa découverte, mais l’expérience & la perfection où l’on porta par après les horloges à pendule confirmerent si bien l’existence des erreurs qu’il avoit fait remarquer, que depuis on a eu recours à divers moyens pour les faire évanouir. Voyez Thermometre.

L’expédient le plus simple qu’on puisse employer pour diminuer ces erreurs, est sans doute de choisir les matieres sur lesquelles la chaleur produit le moins d’effet pour en composer la verge du pendule ; cette verge doit donc être d’acier, métal qui s’alonge le moins à la chaleur. Dans les seuls cas où l’on craindra quelqu’influence magnétique sur le pendule, il sera à-propos d’en faire la verge de laiton ou de quelqu’autre matiere qui n’en soit point susceptible. C’est apparemment pour cette raison que M. Graham a mis une verge de laiton à la pendule qu’il a faite pour MM. du nord.

L’expérience a cependant fait voir que ses craintes étoient peu fondées. M. de Maupertuis, dans son livre de la figure de la terre, rapporte qu’ayant substitué à la lentille d’une pendule de M. le Roy un globe de fer, il n’en étoit résulté dans la marche de l’horloge, allant à Paris ou à Pello, que la seule différence d’une demi-seconde en douze heures, ce qui est trop peu de chose pour pouvoir être attribué à une cause particuliere, sur-tout si l’on considere qu’il avoit fallu ôter & remettre ce globe plusieurs fois, & que des lentilles d’étain & d’autres métaux substituées de la même façon avoient produit de plus grandes différences.

Pour connoître à quel point les verges de laiton sont défectueuses, & combien il a été nécessaire que la pendule de M. Graham soit tombée entre les mains d’observateurs aussi exacts, il suffit de lire ce qui est rapporté, pag. 167 & 169, du livre que je viens de citer, l’auteur y dit entr’autres choses qu’il falloit jour & nuit avoir l’œil sur les thermometres, pour entretenir un égal degré de chaleur dans le lieu où la pendule étoit située, & qu’il falloit encore avoir soin que les thermometres & la pendule fussent à une égale distance du feu, & se trouvassent à la même hauteur.

Quelques horlogers ont proposé de faire les verges de pendule avec un bois dur, tel que l’ébene, le bois de fer, le noyer, le buis, &c. Le bois, disent-ils, éprouve à la vérité des changemens considérables dans sa largeur, mais il n’en souffre aucun selon la longueur de ses fibres, soit qu’on le trempe dans l’eau, qu’on l’expose au feu, ou même qu’on le frappe avec un marteau, comme on fait pour alonger un morceau de métal. Leur sentiment paroît confirmé par ce que rapporte M. de Maupertuis dans son livre de la figure de la terre, voici ce qu’il dit des perches de sapin, dont MM. du nord firent usage pour mesurer leur base.

« Nos perches une fois ajustées (ce sont ses termes), le changement que le froid pouvoit apporter à leur longueur n’étoit pas à craindre, nous avions remarqué qu’il s’en falloit beaucoup que le froid & le chaud causassent sur la longueur des mesures de sapin, des effets aussi sensibles que ceux qu’ils produisent sur le fer. Toutes les observations que nous avons faites sur cela nous ont donné des variations presqu’insensibles, & quelques expériences me feroient croire que les mesures de bois, au-lieu de racourcir au froid comme celles de métal, s’y alongent au contraire ; peut-être un reste de seve qui étoit encore dans ces mesures se glaçoit-il lorsqu’elles étoient exposes au froid, & les faisoit-il participer à la propriété des liqueurs dont le volume augmente lorsqu’elles se gelent ».

Ce sont apparemment de semblables expériences qui ont porté M. Graham à faire les verges de ses pendules de bois. Mais une remarque essentielle à faire sur ce sujet, c’est que si le bois ne change pas sensiblement de longueur par le froid & le chaud, il ne laisse pas de se voiler, & cela quelque épaisseur qu’on lui donne : c’est une expérience que font tous les jours les architectes, qui sont obligés de faire redresser de tems en tems leurs regles qui se faussent même dans leur largeur, ou sur le champ : il suit delà qu’une verge de bois pouvant se voiler, n’est point encore une matiere propre pour former les verges d’une pendule.

D’autres artistes pensent que le froid & le chaud ne peuvent produire les mêmes differences sur des verges d’égale longueur, à-moins qu’ils ne soient proportionnels à la grosseur de chacune d’elles. Raisonnant sur ce faux principe, ils s’imaginent pouvoir se dispenser de recourir aux compensations ordinaires, en faisant la verge de leur pendule extremement massive, de six livres, par exemple. Ils prétendent qu’étant alors environ douze fois plus grosse que les autres, la chaleur l’alongera aussi douze fois moins. Il n’est pas difficile de faire voir qu’en cela ils tombent dans une grande erreur. Une masse de métal, quelle que soit sa grosseur, n’étant qu’un grand nombre de lames très-minces appliquées les unes sur les autres ; toute la difference qui se rencontre dans une grosse & une petite verge, ne consiste que dans une quantité plus ou moins grande de ces lames ; ainsi, selon cette loi de la nature, qu’un corps chaud à côté d’un autre qui l’est moins, ne cesse de lui communiquer de sa chaleur que quand ils sont tous deux arrivés au même degré, il est évident que deux verges de même longueur & d’un même métal, l’une foible, l’autre forte, s’alongeront également par un même degré de chaleur ; puisque ce sont les particules ignées qui causent l’alongement, & qu’elles sont dans le corps en raison des lames infiniment petites qui le composent. Tous les Physiciens conviennent de ce que j’avance, & leur sentiment est parfaitement d’accord avec l’experience. Voici comme s’exprime à ce sujet M. Derham, Transactions philosophiques, année 1736.

« Je fis en 1716 & 1717. des expériences pour connoître les effets de la chaleur & du froid sur des verges de fer dont la longueur approchoit le plus qu’il étoit possible, de celles qui battent les secondes. Je choisis des verges rondes d’environ un quart de pouce de diamettre, & d’autres quarrêes d’environ trois quarts de pouce, les effets furent absolument les mêmes sur toutes ces verges. »

L’avantage qu’on peut retirer des grosses verges, n’est donc pas qu’elles s’allongeront moins que les autres ; mais qu’elles employeront un peu plus de tems à s’allonger, ce qui certes n’est pas d’un grand secours. Car si d’un côté la chaleur allonge plutôt la verge foible, de l’autre quand le froid revient, elle retourne plutôt à son premier état.

Ces grosses verges seroient d’ailleurs fort défectueuses ; elles chargeroient beaucoup le point de suspension, sans que le régulateur en eût plus de force ; l’air leur opposeroit aussi une bien plus grande résistance, vû 1°. leur grosseur & leur longueur, car l’air résisteroit d’autant plus à leur mouvement & à celui de leur lentille, que les arcs qu’elles décriroient feroient partie d’un plus grand cercle.

De-là naitroient deux desavantages ; premierement l’horloge en seroit plus sujette aux erreurs provenantes des différentes densités du milieu ; secondement, une plus grande résistance de l’air détruisant nécessairement une plus grande quantité de mouvement, les restitutions de la force motrice deviendroient plus considérables, & l’horloge en seroit plus susceptible des erreurs qui résulteroient par les altérations ou augmentations de cette force.

Verge, terme de Jardinage, se dit du bois de la vigne qui est encore appellé sarment.

Verge, terme de Maréchal ; on appelle ainsi le manche d’une espece de fouet de cocher, qui a peu de touche.

Verge deter, terme de Serrurier, baguette de fer quarrée qu’on attache le long des panneaux de vîtres, qui sert à les tenir en état avec des liens de plomb, & qui est cloué avec des pointes, l’une à un bout, l’autre à l’autre. (D. J.)

Verge, instrument du métier des étoffes de soie ; la verge est une broche de bois, ronde & bien unie, on s’en sert à divers usages pour le métier des étoffes de soie ; elles sont toutes de la longueur de 2 piés & environ.

Verge de fer, s. f. terme de Tapissier, morceau de fer rond & délié, en forme de grande baguette, qu’on accroche avec des pitons à chaque colonne de lit, & ou on enfile les rideaux par le moyen des anneaux. Les Serruriers appellent cette verge, une tringle. (D. J.)

Verges, terme de Tisserand ; ce sont deux baguettes de bois rondes, qui passent entre les fils de la chaîne, de maniere que le fil qui passe sur la premiere, passe sous la seconde, & ainsi de suite ; au moyen dequoi les fils de la chaîne se croisent dans l’espace qui est entre les deux verges. Ces deux verges sont rapprochées le plus près qu’il est possible l’une de l’autre, par le moyen de deux crochets qui les joignent aux deux côtes de la chaîne. Les verges servent à contenir les fils de la chaîne & les tenir bandés, ce qui facilite la croisure qu’opere le mouvement des lames.

Verge, chez les Tourneurs, est une piece du tour, dont on se sert pour tourner en l’air ou en figures irrégulieres ; c’est une piece de fer, longue & quarrée qui traverse l’arbre tout entier, & qui porte & joint ensemble le mandrin, les deux canons, la piece ovale & la boîte de cuivre. Cette verge a des trous de distance en distance, pour y arrêter ces pieces avec des clavettes. Voyez Tour.

Verge de Huau, terme de Chasse, est une baguette d’oiselier un peu longue, garnie de quatre piquets auxquels on attache les aîles d’un milar appellé huau.

Verge de meute ; c’est une baguette garnie de trois piquets avec des ficelles, auxquelles on attache un oiseau vivant, qui étant lié s’appelle meute.

Verge, en terme de Vitrerie. Voyez Lingotiere. Les verges de fer dont on se sert pour maintenir les vitres, se clouent par les deux bouts aux chassis, & s’attachent dans le milieu aux panneaux, avec des liens aux attaches de plomb.

Verge de fer servant à couper le verre, est une verge de fer rouge qu’on pose sur le verre qu’on veut couper, & mouillant seulement le bout du doigt avec de la salive que l’on met sur l’endroit où la verge a touché, il s’y forme une langue, c’est-à-dire une fente que l’on conduit avec la verge rouge où l’on veut ; c’est ainsi qu’on coupe le verre de telle figure qu’on desire.