L’Encyclopédie/1re édition/POISSON

◄  POISSER

POISSON, s. m. (Hist. nat. Icthiologie.) animal qui manque de piés, mais qui a des nageoires. Les poissons ont des ouies ou des poûmons ; ils restent ordinairement dans l’eau, & y nagent par le moyen de leurs nageoires seules, ou en s’aidant aussi du mouvement des inflexions de leur corps. Il y a des poissons qui sortent quelquefois de l’eau pour se mettre à terre ; d’autres s’élevent en l’air, & volent en agitant leurs nageoires pectorales comme des aîles.

Les nageoires sont des membranes saillantes à l’extérieur du corps des poissons, & soutenues par des rayons durs ou cartilagineux. Les poissons different les uns des autres par le nombre, la situation, la figure, & les proportions de leurs nageoires ; car il y a des poissons qui n’en ont qu’une, y compris la queue ; & d’autre en ont deux, trois, quatre. cinq, six, sept, huit, neuf, ou dix, & même un plus grand nombre. Les nageoires sont placées de chaque côté du corps sur le dos & sous le ventre de la plupart des poissons ; il s’en trouve qui n’en ont que sur le dos ou seulement sous le ventre ; celles du dos & du ventre sont placées plus en-avant & plus en-arriere sur différens poissons. Les nageoires sont triangulaires, rondes, parallélogrammes, ou d’autres figures : elles sont plus ou moins grandes, relativement à la grandeur du poisson.

Le plan de la queue est vertical dans la plûpart des poissons, & horisontal dans quelques-uns ; il s’en trouve qui n’ont point de queue ; l’extrémité de cette partie est ronde ou en ligne droite, ou pointue, ou concave ; la queue est fourchue dans certains poissons, & faite en forme de faulx dans d’autres.

La tête des poisons est comprimée sur les côtés, applatie par le dessus & par le dessous, ou à peu-près cylindrique ; elle est lisse ou hérissée de piquans, plus étroite, plus large, ou à-peu-prés aussi large que le milieu du corps.

La plûpart des poissons ont la bouche placée au bout de la tête, & quelques-uns sur la face inférieure ; la direction de l’ouverture de la bouche est transversale dans la plûpart des poissons, & oblique dans d’autres ; la figure de cette ouverture est plus ou moins longue, à proportion de la largeur de la tête.

Le bec des poissons a différentes formes ; il est applati en-dessus & en-dessous, en quelque façon triangulaire, conique, ou terminé en pointe longue & a-peu-près cylindrique.

Les dents des poissons de différentes especes, sont placées ou seulement dans la gorge qui est dans ces animaux l’entrée de l’estomac ; ou seulement dans les mâchoires ; ou dans les mâchoires & sur la langue ; ou dans les mâchoires, sur la langue & sous le palais ; ou dans les mâchoires sur la langue, sous le palais, & dans la gorge seulement ; ou enfin dans les mâchoires sous le palais & dans la gorge. Il y a aussi de grandes différences dans la forme des dents des poissons ; elles sont pointues dans la plûpart : dans d’autres poissons, les dents ont le bout obtus & même terminé par une face plate ; il y en a qui sont coniques ou applaties sur les côtés, ou droites ou courbes, ou convexes seulement d’un côté, ou lisses, ou dentelées sur les côtés : les dents sont de grandeur égale ou inégale dans le même poisson.

Il y a peu de poissons qui aient de vraies levres.

Il se trouve de chaque côté un ou deux orifices de narines dans la plûpart des poissons, & il y en a qui n’ont point de narines. La figure de l’ouverture des narines est ronde, ovale, ou oblongue ; elles sont placées à égale distance du bec & de l’œil, ou plus près de l’une ou de l’autre de ces parties.

Dans la plûpart des poissons les yeux sont applatis ; il y en a aussi de convexes comme ceux des quadrupedes ; il s’en trouve d’arrondis & d’oblongs : dans le plus grand nombre des poissons les yeux sont situés sur les côtés de la tête, & dans d’autres sur la partie supérieure ; ils sont placés sort près ou fort loin l’un de l’autre ; ils paroissent plus ou moins grands, à proportion de la grandeur du corps ; les yeux sont à découvert, ou couverts en partie ou en entier par la peau de la tête : les poissons n’ont point d’autres paupieres, excepté les cétacées qui sont aussi les seuls qui aient un cou.

Il y a des différences dans la forme du dos ; consideré dans sa longueur il est droit, ou convexe & bossu ; consideré dans sa largeur, il est plat, convexe, ou aigu. Les côtés du corps ont aussi des différences dans leur largeur & leur convexité relativement aux autres parties du corps ; la poitrine & le ventre sont plats, convexes ou aigus ; dans quelques poissons le ventre est aigu entre les nageoires ventrales & l’anus ; tandis que le reste du ventre & la poitrine sont plats.

L’anus se trouve placé plus prés de la queue, ou plus près de la tête & sous le ventre, dans presque tous les poissons.

Les poissons ovipares n’ont point de parties extérieures de la génération ; mais le mâle a des vésicules séminales au-dedans du corps, & la femelle un ovaire. Parmi les poissons vivipares, tels que les cétacées & la plûpart des cartilagineux, le mâle a au-dehors une verge, & la femelle une vulve comme les quadrupedes.

Les écailles sont des corps plats demi-transparens, de substance analogue à celle de la corne & des ongles ; elles se trouvent sur le corps des poissons, des serpens, & des lézards, cependant il y a des poissons qui n’en ont point, & d’autres n’en ont que peu. Elles sont séparées les unes des autres, ou placées les unes sur les autres, &c. Elles sont arrondies ou ovales, ou de figure irréguliere, & de différentes grandeurs : il y en a de molles & de lisses, de dures & rudes qui ont de petits piquans.

Il y a le long des côtés du corps de la plûpart des poissons une ligne formée par une suite de points ou de petites ouvertures, ou par une conformation particuliere de quelques écailles : certains poissons ont deux de ces lignes de chaque côté : elles se trouvent dans différens poissons situées près du dos ou du ventre, ou au milieu des côtés du corps : elles sont droites ou courbes, unies ou rudes.

Les barbillons sont des pendans charnus qui ressemblent à des vers, & qui tiennent à la mâchoire inférieure ou à quelqu’autre partie de la bouche ; il y en a qui sont creux près de leur racine ; mais ils n’ont point d’orifice à leur extrémité, & on n’en peut faire sortir aucune humeur. La plûpart des poissons n’ont point de barbillons ; il ne s’en trouve qu’un dans quelques poissons, & d’autres en ont plusieurs : ces barbillons tiennent à la mâchoire du dessous aux angles de la bouche ou aux deux mâchoires. Ils sont petits & plus courts que la tête, ou plus longs.

Outre les piquans qui sont sur la tête de certains poissons & les osselets pointus des nageoires, il y a sur le corps de plusieurs poissons des tubercules & des piquans, comme dans les raies, l’esturgeon, &c.

Il n’y a que les poissons cetacées qui aient des conduits auditifs ; on ne voit rien de pareil dans les autres poissons, excepté dans la raie & dans la lamproie, & on doute beaucoup qu’ils entendent, puisqu’ils sont privés, tout au-moins en apparence, des organes de l’ouie. Cependant M. Klein a donné la figure & le dénombrement de certains petits osselets qui se trouvent dans le crâne de plusieurs especes de poissons, & qu’il conjecture pouvoir constituer l’organe de l’ouie ; d’ailleurs il y a des faits qui pourroient faire croire que les poissons entendent. Lorsque les pêcheurs veulent les surprendre, ils gardent le silence & agissent sans bruit ; Pline, Rondelet, Boyle, &c. rapportent que des poissons domestiques s’assembloient au bruit d’une cloche ou de quelqu’autre instrument, lorsqu’on vouloit leur donner à manger ; Pline ajoute que les poissons que l’on gardoit à Baies, aujourd’hui Pouzole, dans les viviers de Domitien, accouroient lorsqu’on les appelloit par leur nom ; on sait que les grands bruits, surtout celui du tonnerre, effraient les poissons. Mais cela ne prouve pas qu’ils entendent ; le trémoussement de l’eau peut les avertir de certains bruits ; une vue subtile, ou quelqu’autre sensation peut suppléer à l’ouie dans certain cas ; enfin il y aura toujours à douter si les poissons entendent véritablement jusqu’à ce que l’on ait découvert en eux quelqu’organe auditif qui ressemble au nôtre. L’eau ne mettroit aucun obstacle à la sensation de cet organe. Recueil de l’acad. royale des Sciences, année 1743. Mémoire sur l’ouie des poissons & sur la transmission des sons dans l’eau par M. l’abbé Nollet. Voyez les mém. présentés à la même académie, tom. II. mém. sur l’organe de l’ouie des reptiles, & de quelques poissons, &c. par M. Geoffroy, docteur en médecine.

Tous les poissons, excepté les lamproies & les cetacées, ont des ouies ; ce sont des organes que l’on croit tenir lieu de poumons ; ils se trouvent de chaque côté de la gorge, & ils communiquent au-dehors par un, par cinq ou par sept ouvertures de chaque cété. Voyez Ouies.

Les poissons cetacées ont une langue dont ils se servent, comme les quadrupedes ; mais celle des autres poissons est fort différente : elle est immobile & adhérente à la partie inférieure de la bouche ; aussi elle ne contribue pas aux inflexions de la voix, les poissons n’en ayant point. Cette langue ne paroît guere plus propre à gouter les alimens qu’à les charier dans la bouche, puisqu’elle est non-seulement immobile, mais aussi cartilagineuse. Elle peut faciliter la déglutition par l’élevation qu’elle forme dans la bouche ; lorsqu’elle est hérissée de piquans, elle peut aussi retenir les alimens dans la bouche, principalement la proie vivante que le poisson a saisie.

Il n’y a qu’un ventricule & qu’une oreillette dans le cœur des poissons qui ont des ouies.

La plûpart des poissons épineux ont une vessie remplie d’air placée dans l’intérieur du corps ; cette vessie communique à l’estomac ou à l’orifice de l’estomac par un conduit que l’on appelle pneumatique, parce qu’il sert de passage à l’air. Plus il y a d’air dans la vessie, plus le poisson a de facilité à s’élever au-dessus de l’eau ; moins il y a d’air, plus le poisson descend vers le fond de l’eau. On sait que ceux qui n’ont plus cette vessie, ne peuvent pas s’élever dans l’eau ; & l’on a éprouvé, que lorsqu’elle a été percée dans un poisson qui en est pourvu ; il ne peut plus quitter le fond de l’eau. Cette vessie a différentes formes, différentes grandeurs, &c. dans diverses especes de poissons.

La plûpart des visceres des poissons correspondent à ceux des animaux quadrupedes ; mais ils ont, surtout dans la tête & dans les muscles du corps, un très-grand nombre d’os & d’osselets qui manquent aux quadrupedes ; par exemple, on en a compté quatre-vingt dans la tête de la perche ; on ne sait que trop que la chair de plusieurs especes de poissons est traversée par un grand nombre de petits os, que l’on appelle des arêtes, & qui ne se trouvent dans aucun des autres animaux.

Les poissons se nourrissent de plantes, d’insectes aquatiques, de grenouilles, de couleuvres, & même de poissons, &c. on croit qu’il y en a qui vivent très-longtems.

Il y a plusieurs méthodes sur la nomenclature des poissons. Oppien, Rondelet, Aldrovande, Jonston, Charleton ont établi la division méthodique des poissons sur la différence de lieux où ils se trouvent. Aristote les a divisés en cetacées, cartilagineux, & épineux ; Wolton a suivi à-peu-prés la même méthode ; Willughby & Rai ont ajouté pour les poissons épineux d’autres caracteres tirés des nageoires.

Artedi, dans son ichthyologie, distingue les poissons par la situation de leur queue, qui est verticale dans la plûpart, & horisontale dans les autres ; l’auteur a donné à ceux-ci le nom de plagiuri, ce sont les cetacées.

Parmi ceux dont la queue est verticale, les rayons des nageoires sont osseux ou cartilagineux. Les poissons qui ont ces rayons osseux sont nommés chondropterygii.

Les poissons dont les rayons des nageoires sont osseux ont aussi des os dans les ouies ou n’y en ont point : ceux qui n’ont point d’os dans les ouies sont désignés par le nom branchiostegi.

Les nageoires des poissons qui ont des os dans les ouies sont piquantes ou non-piquantes : les poissons à nageoires piquantes portent le nom d’acanthopterygii.

Enfin ceux dont les nageoires ne sont pas piquantes ont le nom de malacopterygii. Voyez Petri Artedi ichthyologia.

M. Linnæus qui avoit adopté la méthode d’Artedi pour les poissons, en a donné une nouvelle dans la dixieme édition du systema naturæ. Il exclud les cetacées du nombre des poissons, & les range avec les quadrupedes. Suivant la nouvelle méthode de M. Linnæus, les poissons ont l’ouverture des ouies garnie ou dépourvue d’opercules & de nageoires ; ceux dont l’ouverture des ouies est dépourvue d’opercules ou de nageoires sont appellés branchiostegi.

Parmi les poissons dans lesquels ces opercules & ces nageoires se trouvent à l’ouverture des ouies, les uns n’ont point de nageoires ventrales, l’auteur les désigne par le nom d’apodes ; d’autres ont les nageoires ventrales situées au-devant des nageoires pectorales, ils sont appellés jugulaires ; d’autres ont les nageoires ventrales situées au-dessous des pectorales, ils sont nommés thoracici ; d’autres enfin ont les nageoires ventrales situées derriere les pectorales, ils sont appellés abdominales.

Poisson armé, Porc-épic de mer, orbis echinatus, muricatus. Ce poisson se pêche dans l’Océan septentrional ; on lui a donné le nom de poisson armé, parce qu’il a le corps couvert de piquans longs & durs, semblables à des pointes de fer. Il n’a point d’autres nageoires que celle de la queue. Le corps est plus rond & plus grand que celui du suetolt. Rondelet, hist. nat. des poissons, prem. part. l. XV. c. iij. Voyez Poisson.

Poisson d’Avril, voyez Maquereau.

Poisson-bœuf, (Ichthiol.) je dessinai d’après nature à S. Paul d’Omagnas, dit M. de la Condamine, le plus grand des poissons connus d’eau douce, à qui les Espagnols & les Portugais ont donné le nom de pexe, poisson-bœuf, qu’il ne faut pas confondre avec le phoca ou veau-marin. Celui dont il est question, paît l’herbe des bords de la riviere ; sa chair & sa graisse ont assez de rapport à celles du veau. La femelle a des mamelles qui lui servent à alaiter ses petits.

Le P. d’Acunna rend la ressemblance avec le bœuf encore plus complette, en attribuant à ce poisson des cornes dont la nature ne l’a pas pourvu. Il n’est pas amphibie, à proprement parler, puisqu’il ne sort jamais de l’eau entierement & n’en peut sortir, n’ayant que deux nageoires assez près de la tête, plates & rondes, en forme de rame, de 15 à 16 pouces de long, lesquelles lui tiennent lieu de bras & de piés, sans en avoir la figure, comme Laet le suppose faussement, en citant Clusius. Il ne fait qu’avancer sa tête hors de l’eau pour atteindre l’herbe sur le rivage.

Celui que vit M. de la Condamine étoit femelle ; sa longueur étoit de sept piés & demi de roi, & sa plus grande largeur de deux piés. Il y en a de plus grands. Les yeux de cet animal n’ont aucune proportion avec la grandeur de son corps, ils sont ronds, & n’ont que trois lignes de diametre ; l’ouverture de ses oreilles est encore plus petite, & ne paroît qu’un trou d’épingle.

Quelques-uns ont cru ce poisson particulier à la riviere des Amazones, mais il n’est pas moins commun dans l’Orinoque. Il se trouve aussi, quoique moins fréquemment dans l’Oyapor, & dans plusieurs autres rivieres des environs de Cayenne, de la côte de la Guyane & des Antilles. C’est le même qu’on nommoit autrefois manati, & qu’on nomme aujourd’hui lamentin dans les îles Françoises d’Amérique, l’espece de la riviere des Amazones est peut-être un peu différente. Il ne se rencontre pas en haute-mer ; il est même rare d’en voir près des embouchures des fleuves, mais on le trouve à plus de mille lieues de la mer, dans le Guallaga, le Pastuca, &c. Il n’est arrêté dans l’Amazone que par le Pongo, au-dessus duquel on n’en trouve plus. Mém. de l’acad. an. 1743. (D. J.)

Poisson juif, voyez Maquereau.

Poisson rond, flascopsaro, orbis (Pl. XIII. fig. 8.) ce poisson se pêche dans la haute-mer, on en trouve aussi aux bouches du Nil ; il a le corps rond comme une boule ; la peau n’est pas couverte d’écailles ; elle est dure & hérissée de petits tubercules pointus. Ce poisson n’a que quatre dents ; elles sont larges ; l’ouverture de la bouche est petite ; il y a deux nageoires près des ouies, & deux autres près de l’extrémité de la queue, l’une sur la face supérieure, & l’autre en-dessous. On ne mange pas ce poisson. Rondelet, hist. nat. des poissons, prem. part. l. XV. ch. j. Voyez Poisson.

Poisson volant, Hirondelle, Arondelle, Ratepenade, Rondole, hirundo, poisson de mer dont la tête est dure & presqu’entierement osseuse ; elle a par-derriere deux aiguillons dirigés du côté de la queue. Les yeux sont grands, ronds & rougeâtres. Tout le corps est couvert d’écailles roides & dures comme des os. La tête & la queue sont quarrés, & le corps est rond. Le ventre a une couleur blanche, le dos est d’un noir mêlé de rougeâtre. La couleur de ces poissons varie ; on trouve des individus de cette espece qui sont presqu’entierement rouges ; cependant, pour l’ordinaire, ils ont beaucoup plus de noir que de rouge. Les nageoires des ouies sont très-longues & fort larges ; elles s’étendent presque jusqu’à la queue ; elles ont une couleur noirâtre parsemée de taches en forme d’étoiles de différentes couleurs. Les deux nageoires du dos ont aussi de pareilles taches. Il y a près des ouies deux barbillons cartilagineux, le dedans de la bouche est rouge. On distingue plusieurs sortes de poissons volans ; celui-ci a les plus grandes aîles, aussi il vole le plus long-tems ; il ne s’éleve pas beaucoup au-dessus de l’eau, & il se soutient en l’air jusqu’à ce que ses aîles soient desséchées. Sa chair est dure, seche & nourrissante, mais difficile à digerer. Rondelet, hist. nat. des poissons, prem. part. l. X. c.j. Voyez Poisson.

Poissons, écailles des, (Science microscop.) les écailles ou couvertures extérieures des poissons sont d’une beauté & d’une régularité surprenante, & elles présentent dans les différentes especes de poissons une variété infinie de figures & d’arrangement. Quelques-unes sont un peu longues, quelques-unes rondes, d’autres triangulaires, d’autres quarrées, & d’autres de toutes les figures que l’on peut imaginer ; quelques-unes encore sont armées de pointes acérées comme celles de la perche, de la sole, &c. d’autres ont le tranchant fort uni, comme celles du merlus, de la carpe, de la tanche, &c.

Il y a également une grande variété dans un même poisson ; car les écailles tirées du ventre, du dos, des côtés, de la tête & des autres parties du corps sont fort différentes ; & certainement, quant à la variété, beauté, régularité & ordre de leur arrangement, les écailles des poissons ont beaucoup de ressemblance avec les plumes qui sont sur le corps & sur les aîles des teignes & des papillons.

On ne croit pas que ces écailles tombent toutes les années, ni qu’elles soient les mêmes pendant toute la vie du poisson ; mais il se fait tous les ans une addition d’une nouvelle écaille, qui vient au-dessous de la précédente, & s’étend de tous côtés au-delà du tranchant de celle-là, à-proportion de l’accroissement du poisson, à-peu-prés de la même maniere que le bois des arbres s’élargit annuellement, par l’addition d’un nouveau cercle auprès de l’écorce ; & comme on peut connoître l’âge d’un arbre par le nombre des anneaux dont le tronc est composé, ainsi dans les poissons, le nombre des plaques qui composent leurs écailles, nous marque l’âge. Il est également probable, que comme il y a un tems de l’année où les arbres cessent de croître ou d’avoir une addition nouvelle à leur masse, la même chose doit arriver aux écailles des poissons ; & qu’enfin dans un autre tems de l’année, il se fait une nouvelle addition ou accroisement. Les plumes des oiseaux & les poils des animaux terrestres, nous font voir quelque chose de semblable.

M. Leenwenhock tira plusieurs écailles d’une carpe extraordinairement grosse ; elle avoit 42 pouces & demi de long & 33 & un quart de large au milieu, mesure de Rhynlande ; les écailles étoient aussi épaisses qu’une rixdale : il les fit macérer dans l’eau chaude pour pouvoir les couper plus aisément, & il en coupa une obliquement, en commençant par la très-petite écaille, qui avoit été formée la premiere, & qui étoit près du centre ; il découvrit clairement avec son microscope quarante petites lames ou écailles, collées les unes sur les autres, d’où il conclut que le poisson étoit âgé de 40 ans.

On croit communément que l’anguille n’a point d’écailles ; mais si on la nettoie bien, & qu’on lui ôte toute la boue, on verra au microscope, que sa peau est toute couverte de très-petites écailles, rangées avec beaucoup d’ordre, & fort joliment ; il semble donc qu’on a droit de penser qu’il y a peu de poissons qui soient sans écailles, excepté ceux à coquilles.

La maniere de préparer les écailles, est de les tirer proprement avec une paire de pinces, de les bien laver, & de les placer sur un papier uni ; entre les feuilles d’un livre, pour les applatir en les séchant, & empêcher qu’elles ne se rident ; il faut ensuite les mettre entre vos talcs dans les glissoirs, & les garder pour l’observation ; mais le serpent, la vipere, les lézards, &c. présentent une nouvelle variété d’écailles différente de celles des poissons, quoique les Physiciens n’aient pas encore daigné les examiner. (D. J.)

Poissons, les, (Astronom.) constellation qui est le douzieme signe du zodiaque. Voyez Signe & Constellation.

Les poissons ont, dans le catalogue de Ptolomée, trente-huit étoiles, trente-trois dans celui de Ticho, & dans le catalogue britanique. (O)

Poisson volant, en Astronomie, c’est une petite constellation de l’hémisphere méridionale, inconnue aux anciens, & qui n’est pas visible dans nos contrées septentrionales. Voyez Constellation. (O)

Poisson austral, (Astronomie.) constellation de l’hémisphere méridional ; on ne peut la voir à notre latitude. Voyez Constellation.

Poisson de mer, (Commerce.) on en fait un grand commerce, & on tire de plusieurs diverses marchandises & drogues.

Les poissons salés, comme saumon, morue, hareng, sardine, anchois, maquereau, &c. composent le commerce de salines.

Le poisson mariné est du poisson de mer frais, roti sur le gril, ensuite frit dans de l’huile d’olive, & mis dans des barrils, avec une sauce composée de nouvelle huile d’olive, d’un peu de vinaigre, du sel, du poivre & des feuilles de laurier ; les meilleurs poissons marinés sont le thon & l’esturgeon.

Les poissons secs sont des poissons qui ont été salés & dessechés, soit par l’ardeur du soleil, soit par le feu ; tels sont la morue que l’on nomme merluche, le stockfish, le harang sor, & la sardine sorette.

Les poissons que l’on appelle en France poissons royaux, sont les dauphins, les esturgeons, les saumons, & les truites ; on les nomme royaux parce qu’ils appartiennent au roi quand ils se trouvent échoués sur les bords de la mer.

Les poissons à lard sont les baleines, les marsouins, les thons, les souffleurs, les veaux de mer, & autres poissons gras ; lorsqu’il s’en rencontre d’échoués sur les greves de la mer, ils sont partagés comme épaves, ainsi que les autres effets echoués. (D. J.)

Poisson de somme, (Commer. de poisson.) dans ce commerce on appelle poisson de somme, le poisson qu’on assomme, & qu’après avoir empaillé, & mis dans un panier d’osier, on transporte sur des chevaux ou sur des fourgons & charettes.

Poisson, huile de, (Comm.) l’huile de poisson, n’est autre chose que de la graisse ou du lard de poisson fondu, ou que l’on a tiré du poisson, soit en le pressant, soit par le feu ; & c’est de la baleine dont on en tire le plus. (D. J.)

Poisson, (Critiq. sacrée.) Moïse met les poissons au nombre des reptiles ; l’Histoire naturelle n’étoit pas encore cultivée chez les Juifs dans le tems du regne de ce législateur. Comme il y a des poissons qui ont des écailles sans nageoires, & d’autres qui n’ont ni nageoires ni écailles, Moise fonda sur cette différence sa distinction des poissons purs & immondes. Il mit ceux qui n’ont ni nageoires ni écailles au rang des poissons impurs, & défendit d’en manger, ne permettant l’usage que des poissons qui ont des nageoires & des écailles.

L’Ecriture désigne quelquefois figurément les hommes sous le nom de poissons ; les poissons de vos rivieres tiendront à vos écailles, dit Ezéchiel xxix. 4. c’est-a-dire la perte de vos sujets sera inséparable de la vôtre.

La porte des poissons, Sophon. j. 2. étoit une porte de Jérusalem, ainsi nommée parce que c’étoit par-là qu’on apportoit le poisson dans la ville.

Poissons, (Mythol.) la mythologie envisage ce signe du zodiaque d’une autre maniere que l’Astronomie ; ce n’est point une constellation composée d’un grand nombre d’étoiles ; ce n’est point ce signe du zodiaque, lorsque le soleil y entre dans le mois de Février, mais c’est Vénus & Cupidon qui se jetterent dans l’Euphrate, & se métamorphoserent en poissons, pour se dérober à la fureur du frere d’Osiris. (D. J.)

Poissons, les, (Littérature.) plusieurs de ces animaux furent l’objet d’un culte superstitieux, chez les Egyptiens, chez les Syriens, & dans quelques contrées de la Lydie. En certaines villes d’Egypte, les uns plaçoient sur leurs autels des tortues, & d’autres des monstres marins auxquels ils offroient de l’encens.

Poisson, (Blason.) on le distingue diversement en blason. Les dauphins sont toujours courbés, les bars ou barbeaux adosses, les chabots péris en pal. Quand ils sont en fasce, on les représente nageant, & on n’exprime point leur assiete, mais seulement lorsqu’ils sont en pal ou en bande.

Poisson, s. m. (Mesure de liqueur.) c’est l’une des petites mesures pour les liqueurs ; elle ne contient que la moitié d’un demi-septier, ou le quart d’une chopine, ou la huitieme partie d’une pinte, mesure de Paris. Le poisson est de six pouces cubiques ; on lui donne encore les noms de posson ou de roquille.

Poisson se dit aussi d’une liqueur mesurée ; un poisson de vin, un poisson d’eau-de-vie, &c. Savary.