L’Encyclopédie/1re édition/PERCHE

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PERCHE, s. f. perca (Hist. nat. Ichtiolog.) on a donné ce nom à un poisson d’eau douce & à un poisson de mer, qui different l’un de l’autre. La perche d’eau douce a le corps large, fort applati pour un poisson de riviere, & couvert de petites écailles ; les nageoires & la queue sont rouges : elle a sur le dos deux nageoires dont la premiere est la plus grande, deux aux ouies, deux sous le ventre, & une au-dessous de l’anus : la bouche est petite & dépourvue de dents. La chair de ce poisson est dure & difficile à digérer. Rondelet, histoire nat. des poissons, II. partie, ch. xix.

La perche de mer est rousse, elle a la bouche petite & les dents fort pointues. Les côtés du corps sont traversés par des traits dont les uns sont rouges & les autres noirs ; la partie antérieure du ventre est beaucoup plus pendante que la postérieure : il y a une longue nageoire sur le dos, deux aux ouies, deux au ventre, & une longue au-dessous de l’anus qui se trouve situé presqu’au milieu du ventre. Ce poisson a la chair d’un meilleur suc que la perche de riviere ; elle est tendre, molle, friable & facile à digérer. Rondelet, hist. nat. des poissons, premiere part. liv. VI. ch. viij. Voyez Poisson.

Perche, s. f. (Arpent.) longue mesure dont on se sert dans l’arpentage, ou la mesure des terrains. Voyez Mesure.

Chez les anciens Romains la perche, pertica, étoit de 10 piés ; & encore aujourd’hui beaucoup de géometres lui donnent cette même longueur : on l’appelle autrement catena, funis, & decempeda.

En Angleterre, la perche d’ordonnance, ou établie par la loi est de 16 piés & demi, & pour le bois taillis, &c. elle est de 18 piés. 40 perches quarrées font une vergée ou un quart d’arpent, & 160 font un arpent. Voyez Arpent.

En France la perche ordinaire varie suivant les différentes provinces, ou les différentes coutumes ; c’est à celui qui va faire des arpentages dans un pays, d’en prendre connoissance chez le juge du lieu : à Paris la perche contient trois toises ou 18 piés ; pour les travaux royaux elle a 22 piés. Ainsi la perche quarrée, mesure de Paris, est un quarré qui a trois toises de long sur trois de large. L’arpent contient 100 perches quarrées, c’est-à-dire, en le considérant comme un quarré, qu’il contient 10 perches de longueur sur 10 perches de largeur. Chambers. (E)

Perche d’Arpenteur, s. m. (Arpent.) instrument composé de deux regles qui peuvent s’étendre jusqu’à 10 piés. Ces regles divisées en piés & en pouces, sont accompagnées d’une pinnule mobile : & sur leurs bords on marque les chaînons de la chaîne dont on fait usage. Cet instrument, qui n’est guere en usage qu’en Angleterre, sert dans l’arpentage a prendre aisément ces distances. (D. J.)

Perche, s. f. on appelle ainsi dans le nivellement des bâtons bien droits, équarris par en haut, & armés d’un carton coupé à l’équerre. On nomme encore perche une mesure employée dans l’arpentage des terres, & dont la longueur vaut 20, 22 piés courans en plusieurs jurisdictions, & 18 seulement dans le Parisis. (K)

Perche, le, (Géog. mod.) petite province de France, bornée au nord par la Normandie ; au midi par le Dunois & le Maine, au levant par la Beauce ; & au couchant par la riviere de Sarte. Elle n’a que 15 lieues de longueur sur 12 de largeur.

Ce pays a pris son nom d’une grande forêt appellée Perticus saltus, dont il est fait mention dans plusieurs auteurs, jusqu’à l’an 1000. L’histoire de ses comtes est embrouillée ; mais c’est assez de dire ici, que Jacques de Château-Gontier céda ses droits du comté de Perche à S. Louis, qui par cette cession réunit cette petite province à la couronne de France. Une chose bisarre, c’est qu’elle se trouve de trois différens dioceses, de celui du Mans, de celui de Chartres, & pour la plus grande partie, de celui de Séez, mais pour la justice, le Perche releve entierement du parlement de Paris : sa coutume a été rédigée premierement en 1505, & secondement en 1558.

Les lieux principaux du Perche sont Mortagne, Bellime, & Nogent-le-Rotrou.

C’est dans le Perche, je ne sai où, que naquît vers le milieu du xvj. siecles Jacques de Lorens, poëte françois, riche & curieux en tableaux, mais malheureux en ménage, n’ayant jamais pu s’accorder avec sa femme. Il lui fit après sa mort cette épitaphe :

Ci gît ma femme : ô qu’elle est bien !
Pour son repos & pour le mien.


(D. J.)

Perche, col de la, (Géog. mod.) c’est l’un des passages de France en Espagne par les montagnes. On entre du Roussillon dans la Sardaigne par le col de la Perche. Louis XIV. y fit bâtir une forteresse qu’il appella de son nom le Mont-Louis.

Perches, s. f. pl. (Archit.) ce sont dans l’Architecture gothique certains piliers ronds, menus & fort hauts, qui joints trois ou cinq ensemble, portent de fond & se courbent par le haut pour former des arcs & nefs d’ogives qui retiennent les pendentifs. Voyez ces mots. Ces perches sont imitées de celles qui servoient à la construction des premieres tentes & cabanes.

Perches a feu, (Artificier.) Voyez Lance a feu.

Perche, Porte-perches, Passer a la perche, terme de manufacture en laine, voyez l’article Laine. & l’article suiv.

Perche, (Lainage.) c’est un certain morceau de bois de la grosseur du bras, long d’environ quinze piés, pendu en l’air par les deux bouts, sur lequel les emplaigneurs ou laineurs étendent l’étoffe pour la lainer ou tirer à poil. On dit tirer un drap à la perche, pour dire, le lainer, en tirer le poil avec les chardons sur la perche.

Perche de lisses, (Hautelisserie.) long morceau de bois rond fait au tour, de trois pouces de diametre, & de toute la longueur du métier. Cette perche pose des deux bouts sur les fiches & crochets de fer qu’on nomme des hardilliers ; elle sert à ouvrir & croiser la chaîne de l’ouvrage par le moyen des lisses qui y sont enfilées.

Perche, (Jardinage.) est un long bâton qui sert à soutenir les arbres de haute tige, à faire des treillages, des haies, des paillassons. On se sert dans le nivellement & dans les grands alignemens de perches armées de cartons blancs coupés à l’équerre.

Perche, s. f. (Commerce de bois.) morceau ou piece de bois long, en forme de grosse gaule, ayant un bout beaucoup plus menu que l’autre. Les perches sont ordinairement de bois de châtaignier, ou de bois d’aulne. Elles servent à faire des espaliers, des treilles & des perchis, ou clôtures de jardins. On les vend à la botte, chaque botte composée d’un certain nombre, suivant qu’elles sont plus ou moins grosses.

Perches d’avalans, sont parmi les Marchands de bois, des perches qui servent à conduire les trains. Il en faut six pour un train, quatre de 14 à 15 piés, & deux de 17 à 18, toutes d’environ 10 pouces de circuit. On fait une coche à une de leurs extrémités pour s’en servir avec plus de facilité, & l’autre bout s’aiguise & se garnit d’un fer qui a deux cornes recourbées en-dehors.

Perche, (Teinturier.) ce mot se dit de certains longs bâtons placés en l’air pour y poser les choses que l’on veut faire sécher. Les Teinturiers ont des perches à leurs fenêtres pour y faire sécher les étoffes, les soies, les laines & les fils qu’ils ont teints. Les Blanchisseurs d’étoffes en ont aussi pour étendre leurs draps & leurs serges, après les avoir blanchis. Les statuts des uns & des autres reglent la hauteur à laquelle leurs perches doivent être placées lorsqu’elles sont sur la rue.

Perche, (instrument de Tourneur.) l’arc ou la perche est au tourneur ce qu’est la plume à un écrivain ; c’est-à-dire, si nécessaire, qu’il est impossible de s’en passer. On peut se servir de l’un ou de l’autre en les attachant par-dessus le tour. La perche doit être à-peu-près perpendiculaire au milieu des jumelles, & l’extrémité du côté du tourneur doit avancer tant-soit-peu au-delà des mêmes jumelles. On fait ordinairement ces perches de bois de frêne, de fau, d’if, d’érable, & particulierement de buis, qui est toujours le meilleur, sur-tout si on en trouve sans nœud. La perche doit donc être une piece de bois de plante droite, de la longueur de 7 à 8 piés, de l’épaisseur du bras en son gros bout, allant en diminution jusqu’à l’autre, & un peu planée par-dessous à la maniere d’un cerceau. On la perce par son gros bout, & on l’arrête avec une fiche de fer ronde à une piece de bois attachée au plancher, de maniere qu’elle puisse tourner. Elle doit être supportée environ vers la troisieme partie de sa longueur sur une tringle de bois un peu plus grosse que le bras, longue environ de deux piés, & arrêtée horisontalement à deux montans de bois attachés au plancher. P. Plumier, élem. du tour. p. I. c. ij. (D. J.)

Perche, s. f. (terme de Chasse.) on appelle perches, les deux grosses tiges du bois, ou de la tête du cerf, du daim, du chevreuil, &c. où sont attachés les andouillers. Quand le cerf entre dans sa seconde année, il pousse ses deux petites perches, & dans sa troisieme année les perches qu’il pousse sont semées d’andouillers.