L’Encyclopédie/1re édition/INSCRIPTION

Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 776-781).
◄  INSATIABLE
INSECTE  ►

INSCRIPTION, s. f. (Littérat. Antiq. Médailles.) caracteres gravés sur le marbre ou le bronze, pour perpétuer à la postérité la mémoire de quelque événement.

La maniere la plus ordinaire chez les anciens peuples du monde, pour conserver le souvenir des faits qu’ils regardoient comme mémorables, étoit l’usage des monumens matériels. On se contenta, dans les siecles grossiers, pour y parvenir, de dresser en colonnades des monceaux de pierres. Quand Jacob & Laban se reconcilierent, dit la Genese, chap. xxxj. vers. 45. le premier prit une pierre qu’il érigea en forme de colonne, pour servir de témoignage de cette réconciliation ; les freres de Laban prirent à leur tour des pierres, & en firent un monceau. Jacob & Laban donnerent chacun en leur langue, à cet amas de pierres, le nom de monceau du témoignage, parce que ce monceau de pierres devoit rester pour témoignage solemnel du traité d’amitié qu’ils contractoient ensemble.

Xénophon rapporte, dans l’histoire de la fameuse retraite des dix mille, que les soldats ayant vû le Pont-Euxin, après avoir essuyé beaucoup de fatigues & de dangers, éleverent une grande pile de pierres, pour marquer leur joie, & laisser des vestiges de leurs voyages.

Cependant ces pierres n’avoient rien qui montrât qu’elles signifioient quelque chose, que leur position & leur situation. Elles remettoient bien devant les yeux quelque événement, mais on avoit besoin de la mémoire pour se rappeller cet événement.

Dans la suite, on fit sensément parler ces pierres mêmes, premierement en leur donnant des figures qui representoient des dieux, des hommes, des batailles, & en faisant des bas reliefs, où ces choses étoient dépeintes ; secondement, en gravant dessus des caracteres ou des lettres qui contenoient des inscriptions de noms.

Cette coutume de graver sur les pierres se pratiqua de toute ancienneté chez les Phéniciens & les Egyptiens, d’où les Grecs en emprunterent l’usage pour perpétuer la mémoire des événemens de leur nation. Ainsi dans la citadelle d’Athènes, il y avoit, au rapport de Thucydide, liv. VI. des colonnes où étoit marquée l’injustice des tyrans qui avoient usurpé l’autorité souveraine. Hérodote, liv. VII. nous apprend que, par le decret des Amphictions, on érigea un amas de pierres avec une épitaphe en l’honneur de ceux qui furent tués aux Thermopyles.

On fit plus avec le tems ; on écrivit sur des colonnes & des tables les lois religieuses & les ordonnances civiles. Chez les Juifs, le Décalogue & le Deutéronomne furent inscrits sur des pierres enduites de chaux. Théopompe prétend que les Corybantes inventerent l’art de dresser des colonnes pour y écrire les lois. Sans examiner s’il a tort ou raison, cette coutume prit faveur chez tous les peuples de la Grece, excepté les Lacédémoniens, chez lesquels Lycurgue n’avoit pas voulu permettre que l’on écrivît ses loix, afin que l’on fût contraint de les savoir par cœur.

Enfin, l’on grava sur le marbre, le bronze, le cuivre & le bois l’histoire du pays, le culte des dieux, les principes des sciences, les traités de paix, les guerres, les alliances, les époques, les conquêtes, en un mot tous les faits mémorables ou instructifs. Porphyre nous parle des inscriptions que les Crétois possédoient, & dans lesquelles se lisoit la cérémonie des sacrifices des Corybantes. Evhémerus, au rapport de Lactance, avoit tiré son histoire de Jupiter & des autres dieux, des inscriptions qui se trouvoient dans les temples, & principalement dans celui de Jupiter Triphylien. Pline raconte que les astronomes de Babylone écrivoient leurs observations sur des briques, & se servoient de matieres dures & solides pour conserver les opérations des arts. Aremnestus, fils de Pythagore, selon le témoignage de Porphyre, dédia au temple de Junon, une lame d’airain, sur laquelle il avoit gravé les principes des sciences qu’il avoit cultivés. Ce monument, dit Malchus, avoit deux coudées de diametre, & contenoit sept sciences écrites. Pythagore, selon l’opinion de plusieurs savans, apprit la Philosohie des inscriptions gravées en Egypte sur des colonnes de marbre. Il est dit, dans le dialogue de Platon, intitulé Hipparque, que le fils de Pisistrate fit graver sur des colonnes de pierres des préceptes utiles aux laboureurs.

Numa, second roi de Rome, écrivit les cérémonies de sa religion sur des tables de chêne. Quand Tarquin révoqua les lois de Tullius, il fit ôter du forum toutes les tables sur lesquelles elles avoient été écrites. On gravoit sur de pareilles tables, & quelquefois sur des colonnes, les traités & les alliances. Romulus montra l’exemple ; il avoit fait graver sur une colonne le traité d’alliance qu’il contracta avec ceux de Véïès ; Tullus, celui qu’il fit avec les Sabins ; & Tarquin, celui qu’il eut le bonheur de négotier avec les Latins.

Sous les empereurs, on formoit les monumens publics de lames de plomb gravées, dont on composoit des volumes en les roulant. L’acte de pacification, conclu entre les Romains & les Juifs, fut écrit sur des lames de cuivre, afin, dit Pline, que ce peuple eût chez lui de quoi le faire souvenir de la paix qu’il venoit d’obtenir. Tite-Live rapporte qu’Annibal dédia un autel sur lequel il fit graver, en langue punique & greque, la description de ses heureux exploits.

Thucydide ne parle que de colonnes de Grece qui se trouvoient dans les plaines d’Olinthe, dans l’Isthme, dans l’Attique, dans Athènes, dans la Laconie, dans Ampélie, & par-tout ailleurs, sur lesquelles colonnes les traités de paix & d’alliance étoient gravés. Les Messéniens, dans les contestations qu’ils eurent avec les Lacédémoniens touchant le temple de Diane Laménitide, produisirent l’ancien partage du Péloponnèse, stipulé entre les descendans d’Hercule, & prouverent par des monumens encore gravés sur les pierres & sur l’airain, que le champ dans lequel le temple avoit été bâti, étoit échu à leur roi. Que dis-je, toute l’histoire, toutes les révolutions de la Grece, étoient gravées sur des pierres ou des colonnes ; témoin les marbres d’Arondel, ou sont marquées les plus anciennes & les plus importantes époques des Grecs ; monument incomparable, & dont rien n’égale le prix.

En un mot, le nombre des inscriptions de la Grece & de Rome sur des colonnes, sur des pierres, sur des marbres, sur des médailles, sur des monnoies, sur des tables de bois & d’airain, est presque infini ; & l’on ne peut douter que ce ne soient les plus certains & les plus fideles monumens de leur histoire. Aussi, parmi toutes les inscriptions qui sont parvenues jusqu’à nous, ce sont celles de ces deux peuples qui nous intéressent davantage, & qui sont les plus dignes de nos regards. Les Grecs, cherchant eux-mêmes toutes sortes de moyens pour mettre leurs inscriptions à l’abri des injures du tems, en écrivirent quelquefois les caracteres sur la surface inférieure d’un marbre, & se servirent d’autres blocs de marbre qu’ils avançoient par-dessus pour le couvrir & le conserver.

Mais outre que les inscriptions de ces deux peuples sont autant de monumens qui répandent la plus grande lumiere sur leur histoire, la noblesse des pensées, la pureté du style, la briéveté, la simplicité, la clarté qui y régnent, concourent encore à nous les rendre précieuses, car c’est dans ce goût-là que les inscriptions doivent être faites. La pompe & la multitude des paroles y seroient employées ridiculement. Il est absurde de faire une déclamation sur une statue & autour d’une médaille, lorsqu’il s’agit d’actions, qui étant grandes en elles-mêmes, & dignes de passer à la postérité, n’ont pas besoin d’être exagérées.

Quand Alexandre, après la bataille du Granique, eut consacré une partie des dépouilles de sa victoire au temple de Minerve à Athènes, on y mit en grec pour toute inscription : Alexander Philippi filius, & Græci, præter Lacedemonios, de barbaris Asiaticis.

Au bas du tableau de Polygnote, qui représentoit la ville de Troie, il y avoit seulement deux vers de Simonide qui disoient : « Polignote de Thase, fils d’Aglaophon, a fait ce tableau, qui représente la prise de Troie ». Voilà quelles étoient les inscriptions des Grecs. On n’y cherchoit ni allusions, ni jeux de mots, ni brillans d’aucune espece. Le poëte ne s’amuse pas ici à vanter l’ouvrage de Polygnote ; cet ouvrage se recommandoit assez par lui-même. Il se contente de nous apprendre le nom du peintre, le nom de la ville d’où il étoit, & celui de son pere, pour faire honneur à ce pere d’avoir eu un tel fils, & à la ville d’avoir eu un tel citoyen.

Les Romains éleverent une statue de bronze à Cornélie, sur laquelle étoit cette inscription : « Cornélie, mere des Gracques ». On ne pouvoit pas faire ni plus noblement, ni en moins de termes, l’éloge de Cornélie & l’éloge des Gracques.

Cette briéveté d’inscriptions se portoit également sur les médailles, où l’on ne mettoit que la date de l’action figurée, l’archonte, le consulat sous lequel elle avoit été frappée, ou en deux mots le sujet de la médaille.

D’ailleurs, les langues greque & latine ont une énergie qu’il est difficile d’attraper dans nos langues vivantes, du moins dans la langue françoise, quoiqu’en dise M. Charpentier. La langue latine semble faite pour les inscriptions, à cause de ses ablatifs absolus, au lieu que la langue françoise traîne & languit par ses gérondifs incommodes, & par ses verbes auxiliaires auxquels elle est indispensablement assujettie, & qui sont toujours les mêmes. Ajoutez, qu’ayant besoin pour plaire, d’être soutenue, elle n’admet point la simplicité majestueuse du grec & du latin.

Leurs épitaphes, especes d’inscriptions, se ressentoient de cette noble simplicité de pensées & d’expressions dont on vient de faire l’éloge. Après quelque grande bataille, l’usage d’Athènes étoit de graver une épitaphe générale pour tous ceux qui y avoient péri. On connoit celle qu’Eurypide mit sur la tombe des Athéniens tués en Sicile : « Ici gissent ces braves soldats qui ont battu huit fois les Syracusains, autant de fois que les dieux ont été neutres ».

Nos inscriptions funéraires ne sont chargées, au contraire, que d’un vain étalage de mots qui peignent l’orgueil ou la basse flaterie. On voit, on montre à Vienne l’inscription suivante du tombeau de l’empereur Frédéric III. « Ci git Frédéric III. empereur pieux, auguste, souverain de la Chrétienté, roi de Hongrie, de Dalmatie, de Croatie, archiduc d’Autriche », &c. cependant ce prince, dit M. de Voltaire, n’étoit rien moins que tout cela ; il n’eut jamais de la Hongrie que la couronne semée de quelques pierreries, qu’il garda toujours dans son cabinet sans les renvoyer, ni à son pupille Ladislas qui en étoit roi, ni à ceux que les Hongrois élurent ensuite, & qui combattirent contre les Turcs. Il possédoit à peine la moitié de la province d’Autriche, ses cousins avoient le reste ; & quant au titre de souverain de la Chrétienté, il est aisé de juger s’il le méritoit.

Les moines n’ont pas été moins ridicules dans leurs inscriptions gravées à l’honneur de leurs fondateurs, ou de leurs églises. Jean-Baptiste Thiers, né à Chartres en 1641, mort en 1703, & connu par quantité de brochures, en fit une sanglante contre cette inscription du couvent des cordeliers de Reims : « à Dieu, & à S. François, tous les deux crucifiés ».

Outre que les inscriptions grecques & romaines sont exemptes de pareilles extravagances, elles ne tendent qu’à nous instruire de faits dont les moindres particularités piquent notre curiosité. De là vient que depuis la renaissance des Lettres, les savans n’ont cessé de les rassembler de toutes parts. Le recueil qu’ils en ont donné contient déja quelques centaines de volumes de prix, & fait une des principales branches de la profonde érudition.

En effet, de tout tems les inscriptions ont été précieuses aux peuples éclairés. Lors du renouvellement des sciences dans la Grece, Acasilaüs, natif d’Argos, publia avant la guerre des Perses, un grand ouvrage, pour expliquer les inscriptions qu’on avoit trouvées sur de vieilles tables d’airain en creusant la terre. Nos antiquaires imitent cet illustre grec, & tâchent de deviner le sens des inscriptions qu’ils découvrent, & dont la vérité n’est pas suspecte. Je m’exprime ainsi, parce que toutes les inscriptions qu’on lit dans plusieurs ouvrages, ne sont, ni du même titre, ni de la même valeur.

Cependant, puisque bien des gens les regardent encore comme des monumens historiques, dont l’autorité doit aller de pair avec celle des médailles qu’on possede, il est important de discuter jusqu’où ce sentiment peut être vrai.

Un de nos antiquaires, M. le baron de la Bastie, qui est entré dans cet examen, a prouvé judicieusement, qu’on doit mettre une très-grande différence entre les inscriptions qui existent & celles qu’on ne sauroit retrouver ; entre les inscriptions que les auteurs éclairés ont copiées fidelement eux-mêmes sur l’original en marbre & en bronze, & celles qui ont été extraites de plusieurs collections manuscrites, qui n’indiquent ni le lieu ni le tems où on les a trouvées ; & enfin, qui ne sont venues à nous que de copie en copie, sans qu’il y en ait qu’on puisse dire avoir été prises sur l’original.

On sçait que vers la fin du xv. siecle, & au commencement du xvj, il y eut des savans qui, pour s’amuser aux dépens des curieux d’antiquités, se divertirent à composer des inscriptions en style lapidaire, & en firent courir des copies, comme s’ils les avoient tirées des monumens antiques, qu’on découvroit alors encore plus fréquemment qu’aujourd’hui.

Un peu de critique auroit bientôt dévoilé la tromperie ; car nous voyons par un des dialogues d’Antonio Augustino, & par une épigramme de Sannazar, que tous les savans n’en furent pas la dupe ; mais ils ne furent pas non plus tous en garde contre cette espece de fraude, & un grand nombre de ces fausses inscriptions ont eu malheureusement place dans les différens recueils qu’on a publiés depuis.

Mazocchi & Smetius ont cité plusieurs de ces inscriptions fictives sans se douter de leur fausseté. Fulvio Ursini, quoique fort habile d’ailleurs, en a souvent fourni à Gruter, qui étoient entierement fausses, & qu’il lui donnoit pour avoir été trouvées à Rome même. Autonio Augustino, que je citois tout-à-l’heure, savant & habile critique, en est convenu de bonne foi, & a eu l’honnêteté d’en avertir le public. Cependant le P. André Schott, jésuite d’Anvers, avoit ramassé sans choix & sans discernement toutes celles qu’on lui avoit communiquées d’Espagne, & il est presque le seul garant que Gruter ait cité pour les inscriptions de ce pays-là, qui sont dans son ouvrage.

Outre les inscriptions absolument fausses & faites à plaisir, il s’en trouve un grand nombre dans les recueils qui ont été défigurées par l’ignorance, ou par la précipitation de ceux qui les ont copiées : de secondes copies, comme il arrive tous les jours, ont multiplié les fautes des premieres, & de troisiemes copies en ont comblé la mesure.

Ces réflexions ne doivent cependant pas nous porter à rejetter légerement & sans de bonnes raisons l’autorité des inscriptions en général, mais seulement à ne la recevoir cette autorité, qu’après mûr examen, lorsqu’il est question de constater un fait d’histoire sur lequel les sentimens sont partagés. Les regles d’une critique exacte & judicieuse doivent toujours nous servir de flambeau dans les discussions littéraires.

Pour ce qui regarde l’art de lire les inscriptions, il ne peut s’apprendre que par l’étude & par l’usage, car elles ont leurs caracteres particuliers. Par exemple, nous trouvons souvent dans les inscriptions romaines, les caracteres CIϽ & Œ employés pour exprimer mil ; c’est un I entre deux CC droits ou renversés, & c’est quelquefois un X entre deux CC, dont l’un est droit & l’autre renversé de cette maniere CXϽ. La premiere figure, quand elle est fermée par le haut, ressemble exactement à une ancienne M, qui étoit faite ainsi CIϽ ; & la derniere figure, quand elle est entierement fermée, présente un 8 incliné Œ ; mais si ces sortes de caracteres se lisent aisément, il s’en rencontre d’autres très-difficiles à déchiffrer, indépendemment des abbréviations, qui sont susceptibles de divers sens, & par conséquent de tous les écarts où les conjectures peuvent jetter nos foibles lumieres. (D. J.)

Inscription, (Art numismat.) Les antiquaires nomment inscriptions les lettres ou les paroles qui tiennent lieu de revers, & qui chargent le champ de la médaille au lieu de figures. Ils appellent légende les paroles qui sont autour de la médaille, & qui servent à expliquer les figures gravées dans le champ.

On trouve quantité de médailles grecques, latines & impériales, qui n’ont pour revers que ces lettres, S. C. Senatus Consulto, ou Δ. Ε. Δημαρχικῆς Ἐξουσίας, renfermées dans une couronne. Il y en a d’autres dont les inscriptions sont des especes d’époques, comme dans M. Aurele. Primi Decennales Cos. III. Dans Aug. Imp. Cæs. Aug. ludi sæculares. Dans le bas-Empire, Votis V. XXX. &c.

Quelquefois de grands évenemens y sont marqués, comme Victoria Germanica Imp. VI. Cos. III. Dans Marc Aurele, Signis Parthicis receptis. S. P. Q. R. dans Auguste ; Victoria Parthica Maxima dans Septime Sévere.

D’autres expriment des titres d’honneur accordés au prince, comme S. P. Q. R. Optimo Principi dans Trajan & dans Antonin Pie. Adsertori publicæ libertatis dans Vespasien. D’autres inscriptions sont des marques de la reconnoissance du Sénat & du peuple, comme dans Vespasien, Libertate P. R. restitutâ ex S. C. Dans Galba, S. P. Q. R. Ob cives servatos. Dans Auguste, Salus generis humani, &c.

Quelques-unes de ces inscriptions ne regardent que des bienfaits particuliers accordés en certains tems ou à certains lieux, avec des vœux adressés aux Dieux pour le rétablissement ou pour la conservation de la santé des princes. Telles sont sous Auguste les médailles suivantes, gravées par l’adulation : Jovi opimo Maximo, S. P. Q. R. Vota suscepta pro salute Imperat. Cæsaris Aug. quod Per eum Resp. in ampliore atque tranquilliore statu est. Jovi vota suscepta, pro salute Cæs. Aug. S. P. Q. R. Imperatori Cæsari, quod viæ mumitæ sint, ex eâ pecuniâ, quam is ad ærarium detulit.

Parmi ces médailles postérieures du tems où les empereurs de Constantinople quitterent la langue latine pour reprendre la grecque dans leurs inscriptions, il s’en trouve qui pourroient embarrasser un nouveau curieux ; telle est le ΙϹ ΧϹ ΝΙΚΑΙΗ ΟΥϹ ΧΡΙϹΤΟϹ, Jesus Christus vincit ; & le Κύριε Βοήθει Ἀλεξίῳ. Domine, Adesto Alexio. ΔΕϹΠΟΤΗΙ ΠΟΡΦΥΡΟΤΕΝΝΗΤΩΙ. On trouve dans les médailles d’Héraclius, Deus adjuva Romanis ; & c’est ce qu’ils ont voulu exprimer en grec par le Βοήθει, & que l’on auroit peine à deviner lorsque ce mot est écrit par les seules lettres initiales ; car le moyen de savoir que C. LEON PAMVLΘ sur la médaille de Constantin Copronyme, signifie Constantinus Leoni perpetuo Augusto, Multos annos, si M. du Cange ne l’avoit heureusement deviné. Les plus savans ont été arrêtés par le Κυ ΒοΗ Δυλω ϲου. Κύριε ΒοΗΘει Δουλω ϲοΥ, Domine Adesto servo tuo, faute de connoître les inscriptions dont nous parlons.

Ces sortes d’inscriptions peuvent s’appeller des acclamations ou des bénédictions, qui consistent à souhaiter à l’empereur la vie, la santé, la victoire. Telle est celle qu’on voit dans Constantin, Plura natalitia feliciter. Celle de Constans, Felicia Decennalia. Celle de Théophile, Θεόφιλε ΑUΤΟΥϹΤΕ ϹUΝΙΚΑϹ. Celle de Baduela, Baduela fleureas zemper. Cela nous fait souvenir d’une belle médaille d’Antonin Pie, qui peut avoir place parmi ces acclamations, Senatus populusque Romanus, Annum Novum Faustum, Felicem, Optimo Principi Pio. C’est ainsi que l’on doit expliquer ces lettres initiales, S. P. Q. R. A. N. F. E. Optimo Principi Pio.

Je ne dois point oublier ici celle de Constantin, qui a donné sujet à tant de fausses conjectures ; elle porte du côté de la tête Imp. C. Constantinus P. F. August. du côté du revers, Constantino. P. August. bapnat. Car pour n’avoir pas reconnu que l’a étoit une r à demi effacée, on a voulu que ce fût la mémoire du baptême de Constantin, au lieu qu’il faut lire Bono Rei Publicæ Nato. Le P. Hardouin a senti plus heureusement que d’autres cette vérité.

Je crois qu’on s’apperçoit assez du goût différent des anciens & des modernes pour les inscriptions. Les anciens n’ont point imaginé que les médailles fussent propres à porter des inscriptions, à moins que ces inscriptions ne fussent extrèmement courtes & expressives. Ils ont réservé les plus longues pour les édifices publics, pour les colonnes, pour les arcs de triomphe, pour les tombeaux ; mais les modernes en général, chargent les revers de toutes leurs médailles de longues inscriptions, qui n’ont plus rien, ni de la majesté, ni de la brieveté romaine. Je n’en veux pour preuve que celles de l’académie des Belles Lettres faites en l’honneur & à la gloire de Louis XIV.

Quelquefois même dans les inscriptions des médailles antiques, on ne trouve que le simple nom des magistrats, comme dans Jules, I. Œmilius, Q. F. Buca IIII. Vie A. A. A. F. F. dans Agrippa. M. Agrippa Cos. designatus. (D. J.)

Inscription, (Peinture.) Les peintres de Grece ne se faisoient point de peine de donner par une courte inscription la connoissance du sujet de leurs tableaux. Dans celui de Polygnote, qui représentoit la prise de Troie, & qui contenoit plus de cent figures, chaque figure principale étoit marquée par l’inscription du nom du personnage. On ne doit pas croire que ces inscriptions défigurassent leurs ouvrages & en diminuassent le mérite, puisqu’ils faisoient l’admiration d’un peuple dont le goût pour la Peinture & les beaux-arts valoit au moins le nôtre. En même tems que ces inscriptions fournissoient l’intelligence du tableau, elles mettoient les connoisseurs à portée de juger si le peintre avoit bien exécuté son sujet ; au lieu que parmi nous, un beau tableau est souvent une énigme que nous cherchons à deviner, & qui fait une diversion au plaisir qu’il devroit nous procurer.

Ce n’est que par une vanité mal entendue qu’un usage si commode a cessé, & bien des gens d’esprit desireroient qu’on le fît renaître ; mais personne n’en a mieux exposé l’utilité que M. l’abbé du Bos : laissons-le parler lui-même, pour ne rien ôter aux graces de son style.

« Je me suis étonné plusieurs fois, dit-il, que les Peintres, qui ont un si grand intérêt à nous faire reconnoître les personnages dont ils veulent se servir pour nous toucher, & qui doivent rencontrer tant de difficultés à les faire reconnoître à l’aide seule du pinceau, n’accompagnassent pas toujours leurs tableaux d’histoire d’une courte inscription. Les trois quarts des spectateurs, qui sont d’ailleurs très-capables de rendre justice à l’ouvrage, ne sont point assez lettrés pour deviner le sujet du tableau. Il est quelquefois pour eux une belle personne qui plaît, mais qui parle une langue qu’ils n’entendent point ; on s’ennuie bientôt de la regarder, parce que la durée des plaisirs, où l’esprit ne prend point de part, est ordinairement bien courte.

» Le sens des peintres gothiques, tout grossier qu’il étoit, leur a fait voir la nécessité des inscriptions pour l’intelligence du sujet des tableaux. Il est vrai qu’ils ont fait un usage aussi barbare de cette connoissance que de leurs principes. Ils faisoient sortir de la bouche de leurs figures, par une précaution bizarre, des rouleaux, sur lesquels ils écrivoient ce qu’ils prétendoient faire dire à ces figures indolentes : c’étoit-là véritablement faire parler ces figures. Les rouleaux dont il s’agit se sont anéantis avec le goût gothique ; mais quelquefois les plus grands maîtres ont jugé deux ou trois mots nécessaires à l’intelligence du sujet de leurs ouvrages ; & même ils n’ont pas fait scrupule de les écrire dans un endroit du plan de leurs tableaux, où ils ne gâtoient rien. Raphaël & le Carrache en ont usé de cette maniere. Coypel a placé de même des bouts de vers de Virgile dans la galerie du palais-royal, pour aider à l’intelligence de ses sujets, qu’il avoit tirés de l’Enéide. Les peintres dont on grave les ouvrages ont tous senti l’utilité de ces inscriptions, & on en met toujours au bas des estampes qui se font d’après leurs tableaux ».

Il seroit donc pareillement à souhaiter que dans ces mêmes tableaux, & sur-tout dans tous ceux dont le sujet n’est pas parfaitement connu, on rétablît l’usage des inscriptions dont les Grecs nous ont donné l’exemple : peut-être qu’un peintre médiocre le tenteroit vainement ; mais un grand peintre donneroit le ton, auroit des sectateurs, & la mode en reviendroit sans doute. L’exemple a plus de puissance sur les hommes que tous les préceptes réunis ensemble. (D. J.)

Inscriptions et Belles-Lettres, (Académie royale des) Le feu roi Louis XIV, à qui la France est redevable de tant d’établissemens utiles aux lettres, étant persuadé que c’en seroit un fort avantageux à la nation, qu’une Académie qui travailleroit aux inscriptions, aux devises & aux médailles, & qui répandroit sur ses monumens le bon goût & la noble simplicité qui en font le véritable prix, ne tarda pas à y donner les mains après qu’il en eut eu la pensée. Il forma d’abord cette compagnie d’un petit nombre d’hommes, choisis dans l’académie Françoise, qui commencerent à s’assembler en 1663 dans la bibliotheque de M. Colbert, par qui ils recevoient les ordres de sa majesté En hiver ils s’assembloient le plus ordinairement le mercredi, & en été M. Colbert les menoit souvent à Sceaux, pour donner plus d’agrémens à leurs conférences, & en jouir lui-même avec plus de tranquillité. Un des premiers travaux de cette académie naissante fut le sujet des desseins des tapisseries du roi, tel qu’on les voit dans le recueil d’estampes & descriptions qui en a été publié. M. Perrault fut ensuite chargé en particulier de la description du Carrousel, qui fut imprimée avec les figures, après qu’elle eut été examinée & approuvée par la compagnie. On commença aussi à faire des devises pour les jettons du trésor royal, des parties casuelles, des bâtimens & de la marine ; & tous les ans on en donnoit de nouvelles. Enfin, on entreprit de faire par médailles une histoire suivie des principaux évenemens du regne du roi ; & cet ouvrage n’eût pas tant tardé à paroître si M. Colbert n’eût pas interrompu si souvent le travail de la compagnie, en la chargeant continuellement d’inventer ou d’examiner les différens desseins de Peinture & de Sculpture dont on vouloit embellir Versailles ; de faire graver le plan & les principales vûes des maisons royales, & d’y joindre des inscriptions. M. Quinault occupa aussi une partie du tems de l’Académie, quand il eut été chargé par le roi de travailler aux tragédies en musique, de même que M. Felibien le pere, quand il eut fait son dictionnaire des arts & ses entretiens sur la Peinture ; car la compagnie fut rendue juge de ces différens ouvrages & de plusieurs autres, & aucun ne parut qu’après avoir subi son examen & reçu son approbation. Les premiers académiciens n’étoient qu’au nombre de quatre, tous de l’academie Françoise ; savoir, Mrs Chapelain, de Bourzéïs, Charpentier & Cassagnes. M. Perrault, contrôleur des bâtimens, fut admis dans les assemblées sans être d’abord du corps, mais dans la suite il prit la place de M. l’abbé Cassagnes ; & Mrs de Bourzéïs & Chapelain étant morts, le premier en 1672, & le second en 1674, ils furent remplacés par l’abbé Tallemant le jeune, & M. Quinault, tous deux de l’académie Françoise. Au commencement de 1682 M. Perrault ayant quitté la commission des bâtimens, & se voyant moins écouté de M. Colbert, quittant les assemblées où il avoit tenu la plume depuis qu’il y avoit été introduit, il fut remplacé par l’abbé Gallois. On sentit que son absence étoit une perte pour la compagnie, qui languit dès-lors pendant dix-huit mois, & jusqu’à la mort de M. Colbert. M. de Louvois, qui succéda à ce ministre dans la charge de surintendant des bâtimens, ne donna pas de moindres marques de son affection pour l’académie ; & après en avoir assemblé plusieurs fois les membres chez lui à Paris & à Meudon, il fixa enfin leurs assemblées au louvre, dans le lieu où se tiennent celles de l’académie Françoise, & voulut qu’elles se tînssent le lundi & le samedi depuis cinq heures du soir jusqu’à sept. M. de la Chapelle, devenu contrôleur des bâtimens, eut ordre de s’y trouver pour écrire les délibérations, & devint ainsi le cinquieme académicien, & peu après on ajouta Mrs Racine & Despréaux pour sixieme & septieme, enfin pour huitieme, M. Rainssant, directeur du cabinet des antiques de sa majesté.

Sous ce nouveau ministere l’académie reprit son histoire du roi par les médailles, & commença à faire des devises pour les jettons de l’extraordinaire des guerres ; & ayant perdu M. Quinault au mois d’Octobre 1688, & M. Rainssant au mois de Juin 1689, ces deux places demeurerent vacantes jusqu’en 1691, qu’on nomma pour les remplir Mrs de Toureil & Renaudot. M. Felibien le pere occupoit depuis quelque tems celle de M. l’abbé Gallois, qui s’en vit exclus par l’inadvertance de Mrs Charpentier & Quinault, qui, interrogés par M. de Louvois sur les noms de leurs confreres, lui nommerent pour quatrieme M. Felibien, qui étoit présent, plûtôt que M. Gallois, dont ils ne se souvinrent point. M. de Villacerf ayant été fait surintendant des bâtimens après M. le marquis de Louvois, n’eut pas le soin des académies, & sa majesté en chargea M. de Ponchartrain, alors contrôleur général & secrétaire d’état, & depuis chancelier de France. Ce fut sous lui que l’académie, que l’on n’avoit presque connue jusques-là que sous le titre de petite académie, le devint davantage sous celui d’académie royale des Inscriptions & médailles ; & afin que M. le comte de Ponchartrain son fils pût se trouver souvent à ces assemblées, il les fixa au mardi & au samedi. L’inspection de cette compagnie fut donnée à M. l’abbé Bignon son neveu, dont le génie & les talens étoient déja universellement reconnus. On revit avec soin toutes les médailles dont on avoit arrêté les desseins du tems de M. de Louvois. On en réforma plusieurs ; on en ajouta un grand nombre ; on les réduisit toutes à une même grandeur. M. Coypel, depuis premier peintre du roi, fut chargé d’exécuter les différens desseins de médailles que l’académie avoit imaginés ; & l’histoire du roi par les médailles commença enfin à être présentée à sa majesté quelque tems après que M. de Ponchartrain eut été élevé à la dignité de chancelier, dont il fut revêtu au mois de Septembre 1699. M. l’abbé Bignon, craignant que cet ouvrage étant fini, l’académie, dont la situation n’étoit point encore fixe, ne se relâchât, ou ne vînt même à se dissiper, pensa à en assurer l’état, le fit proposer à sa majesté ; & le roi ayant goûté cette proposition, il fut fait, par ordre du roi, un réglement, qui fut envoyé peu après à la compagnie. Ce réglement porte entr’autres, « que l’Académie sera sous la protection du roi, comme celle des Sciences ; qu’elle sera composée de quarante académiciens, dix honoraires, dont l’un sera président, & deux pourront être étrangers, & dix éleves ; que l’un des pensionnaires sera secrétaire, & un trésorier ; que les assemblées se tiendront au louvre les mardis & vendredis de chaque semaine, depuis trois heures après-midi jusqu’à cinq, &c. » Ce réglement, que l’on peut lire en entier dans le premier volume des mémoires de l’académie des Belles-Lettres, fut fait à Versailles le 16 Juillet 1701, changea la face de l’académie, & ajouta aux occupations de ses membres l’étude de tout ce qui concernoit la littérature ancienne & moderne.

Le réglement commença à être exécuté le 19 du même mois, que l’académie tint sa premiere assemblée particuliere dans la forme prescrite. Cet établissement fut confirmé en 1713 par des lettres patentes données à Marly au mois de Février, & qui furent enregistrées au parlement & à la chambre des comptes. L’académie prit pour sceau les armes de France avec une médaille d’or au milieu, ou est gravée la tête de sa majesté. Le jetton de la même compagnie représente une muse, tenant à la main une couronne de laurier, & ayant derriere elle des cippes & des obélisques, & pour ame, ce mot d’Horace : Vetat mori. En 1716 feu M. le duc d’Orléans, alors régent du royaume, que l’on sait avoir toujours eu du goût & des talens pour les arts & pour les sciences, fit observer que le titre d’académie des Inscriptions & medailles n’exprimoit qu’une partie de l’objet de cette compagnie, & il fut rendu un arrêt du conseil d’état du roi le 4 Janvier 1716, par lequel ce titre fut changé en celui d’académie royale des Inscriptions & Belles-Lettres ; & par usage on nomme plus communément cette compagnie, académie des Belles-Lettres, titre plus simple, & qui exprime tout ce que le premier renferme. Par le même arrêt le roi supprima la classe des éleves, dont le nom seul rebutoit les personnes d’un certain mérite, & sa majesté ordonna que la classe des associés seroient augmentée de dix sujets, qui lui seroient présentés par l’Académie dans la forme ordinaire. Enfin le 23 Mars suivant il y eut un autre arrêt rendu au conseil d’état, qui ordonna que le titre de vetéran ne pourroit être desormais accordé qu’à ceux des académiciens actuellement en place, qui, après avoir travaillé utilement dans l’Académie pendant dix années au moins, se trouveroient hors d’état & dans une espece d’impossibilité d’y continuer leurs travaux. On a déja vingt-sept gros volumes in-4°. de l’histoire & des mémoires de cette académie, & la suite s’imprime à l’imprimerie royale, d’où ce qui a paru est sorti depuis 1733. M. le président Durey de Noinville a fondé un prix annuel, qui doit être distribué à celui qui, au jugement de l’Aacadémie, aura mieux réussi dans le sujet qu’elle proposera. La premiere distribution de ce prix s’est faite dans la séance publique d’après pâques de l’année 1734. Moréry.

Inscription, (Jurisprud.) est lorsqu’on écrit son nom ou quelqu’autre chose sur un registre destiné à cet usage.

Dans les universités les étudians s’inscrivent en certains tems sur les registres de la faculté où ils étudient, & le certificat qu’on leur donne de ces inscriptions pour pouvoir prendre des degrés, est confondu dans l’usage avec les inscriptions même, & s’appelle aussi inscriptions.

Les dénonciateurs sont obligés d’inscrire leurs noms sur le registre du procureur du roi. Voyez Dénonciateur.

Inscription de faux ou en faux, est une voie judiciaire que l’on prend pour détruire par la voie du faux incident une piece que l’on soutient être fausse. Cette procédure est nommée inscription de faux, parce que celui qui attaque une piece soit par la voie du faux incident, est obligé de passer un acte au greffe, soit en personne ou par procureur fondé de procuration spéciale, contenant qu’il s’inscrit en faux contre la piece. Avant de former cette inscription de faux, il faut consigner une amende qui est de 100 livres dans les cours & aux requêtes de l’hôtel & du palais ; de 60 livres dans les sieges ressortissans nuement aux cours, & de 20 livres dans les autres sieges.

La procédure que l’on doit tenir pour former une inscription de faux, est expliquée dans l’ordonnance du mois de Juillet 1737, concernant le faux principal & le faux incident.

Quand on prend la voie du faux principal, il n’y a point d’amende à consigner, ni d’inscription de faux à former au greffe. Voyez Faux. (A)