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L’Encyclopédie/1re édition/CATARRHE

Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 771-772).
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CATARRHE, s. m. (Med.) fluxion ou distillation qui, selon Hippocrate, se fait de la tête dans la bouche, & delà sur la trachée-artere & le poumon. Le siége de cette maladie est dans les sinus de la base du crâne, & les glandes de la membrane pituitaire qui tapisse ces sinus. Cette humeur étant en plus grande quantité qu’elle ne doit être, & devenant acre, occasionne les symptomes suivans : une chaleur & une sécheresse insupportables dans le gosier & le nez, dans la bouche & la gorge ; l’engorgement des vaisseaux de ces parties, d’où naissent la roideur dans les muscles du cou, la tension des tégumens, l’enchifrenement, l’écoulement involontaire d’une humeur séreuse & acre par les narines ; ce qui caractérise ce que l’on appelle vulgairement rhûme de cerveau.

Lorsque cette humeur ne se fixe pas sur ces parties, & qu’elle occupe les glandes du poumon, elle irrite les parties nerveuses des bronches, & occasionne l’enrouement & la toux : lorsque ces parties par l’irritation qu’elles ont essuyée se trouvent engorgées, il s’ensuit oppression, râllement, & autres accidens funestes : lorsque l’humeur bronchiale est retenue long-tems dans ces glandes par le resserrement qui y a été occasionné, on doit craindre l’inflammation du poumon & la fievre. Un rhûme léger d’abord peut devenir en le négligeant très-dangereux pour le malade ; car alors les vaisseaux capillaires du poumon cedent à la force de la toux, se rompent, d’où suit le crachement de sang ; accident que Hippocrate a regardé comme décisif pour le malade, puisqu’il s’est expliqué ainsi à ce sujet : à sanguinis sputo, puris sputum ; à puris sputo tabes ; à tabe mors.

Les causes éloignées du catarrhe sont tout ce qui peut occasionner la surabondance de l’humeur des glandes dont j’ai parlé ci-dessus ; comme la suppression ou la diminution de la transpiration ; en sortant d’un endroit chaud & passant subitement dans un lieu froid ; en s’exposant à un vent violent, soit à pié, soit à cheval ; en chantant ou en criant dans un lieu exposé au grand air.

Le traitement de cette maladie consiste dans le rétablissement de la transpiration, par les boissons abondantes d’infusions ou de décoctions de plantes légerement sudorifiques. La boisson abondante d’eau tiede suffit quelquefois pour parvenir à ce but : on y mêle cependant quelques cuillerées de sirop, comme celui de capillaire, de guimauve, & autres de cette espece.

Lorsqu’il y a fievre & inflammation considérable, la saignée est très-bien indiquée ; car par ce moyen l’on vient à bout de faire cesser l’engorgement actuel & d’en prévenir un plus grand ; & c’est très-mal-à-propos que la plûpart des gens enrhûmés, & qui sont dans le cas dont il est question ici, craignent la saignée, dans l’idée que le rhûme leur tomberoit sur la poitrine : ils penseroient autrement, s’ils savoient d’où vient la toux ; & que c’est le seul moyen de la diminuer & d’en prevenir les mauvais effets. Voyez Péripneumonie & Toux.

Il y a encore une espece de catarrhe que l’on appelle suffoquant ; parce que tout-à-coup la maladie se jette sur le larynx & l’épiglotte, & que le malade est en danger de suffoquer, s’il n’est promptement secouru. Ces parties sont dans un si grand resserrement, que l’air a très-grande peine à entrer & sortir. Il est donc question de procurer à l’instant même, par les saignées copieuses & réitérées, quelque relâchement ; de détourner par les lavemens, les vésicatoires, & autres remedes de cette espece l’humeur qui est la cause de ce mal, auquel le malade succomberoit en très-peu de tems. (N)