L’Encyclopédie/1re édition/CARIE

Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 684-685).
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CARIE, s. f. terme de Chirurgie, solution de continuité dans un os, accompagnée de perte de substance, laquelle est occasionnée par une humeur acre & & rougeâtre. Voyez Os.

La carie est une sorte de corruption ou putréfaction particuliere aux parties dures ou osseuses du corps, qui y produit le même effet que la gangrene ou la mortification sur les parties molles ou charnues ; ou qui, comme s’expriment d’autres auteurs, y fait ce que font aux parties molles l’abcès ou l’ulcere. Voyez Gangrene, Mortification, Abcès, Ulcere.

La carie provient de l’affluence continuelle d’humeurs vicieuses sur l’os, ou de l’acrimonie de ces humeurs, de fracture, de contusion, de luxation, d’ulcere, de mal vénerien, de médicamens corrosifs, de ce que l’os est resté long-tems à nud & dépoüillé de chair, exposé à l’air extérieur, &c.

Les remedes usités dans la carie sont les teintures d’Euphorbe, de myrrhe, & d’aloès, ou les mêmes substances en poudre, avec une addition d’iris, d’aristoloche d’une ou d’autre sorte, de gentiane, &c. & singulierement la poudre de diapenté. Après qu’on a fait usage de la teinture, on met sur l’os un plumasseau saupoudré des mêmes substances pulvérisées. On applique aussi fort souvent, avec succès, sur l’os carié, le cautere actuel, qu’on passe à travers une cannule, pour ne point endommager les parties voisines. Voyez Cautere.

Les Anatomistes en disséquant des corps, trouvent souvent des os cariés, singulierement ceux des mâchoires, des jambes, &c. quoique pendant que les personnes étoient vivantes on ne soupçonnât rien de semblable, & qu’elles n’en ressentissent aucun mal.

Lorsque les caries sont causées par un virus vénérien, scorbutique, écrouelleux, &c. il faut tacher de détruire la cause avant que d’employer les remedes locaux capables de produire l’exfoliation de la carie. Voyez Exfoliation.

Les caries avec vermoulure ne se peuvent guérir, il faut en venir à l’amputation du membre. Voyez Amputation.

La carie des os du crane oblige souvent à multiplier l’application des couronnes de trépans. On trouve dans le premier volume des Mémoires de l’Académie royale de Chirurgie, plusieurs observations importantes sur la guérison des caries du crane, à l’article de la multiplicité des trépans. Il y en a une entr’autres de M. de la Peyronie, qui enleva une carie considérable, & qui employa à cette opération les trépans, les élévatoires, les tenailles, les scies, les limes, les vilebrequins, les maillets de plomb, les gouges, les ciseaux de presque toutes les especes, &c. Cette observation, qui fournit un des plus grands faits de Chirurgie, tant par la grandeur de la maladie, & la constance du malade, que par l’intrépidité du Chirurgien, est un de ces exemples extraordinaires dûs à l’humanité, qui dans les cas desespérés a porté de grands Chirurgiens à des entreprises audacieuses, qui ont servi à faire connoître de plus en plus les forces de la nature, & les ressources de l’art.

La carie des dents cause des douleurs considérables qui ne cessent ordinairement que par l’extirpation. Voy. Odontalgie, Dent, Mal de dent. (Y)

Carie, (Géog. anc. & mod.) province d’Asie en Natolie, au midi de l’Archipel, appellée aujourd’hui Alidinelli.