L’Abîme (Rollinat)/Les Tant mieux et les Tant pis

L’Abîme : poésie
G. Charpentier et Cie, éditeurs (p. 76-77).



LES TANT MIEUX ET LES TANT PIS


On use avec intempérance
Des tant mieux comme des tant pis,
Qui doivent, quoique étant subis,
Exprimer plaisir et souffrance.
On en fait de nombreux débits,
Car ils déguisent l’apparence
Du plus ou moins d’indifférence
Où tous les cœurs sont accroupis.
Donc, veilleurs jamais assoupis,
Ils ont ruse et persévérance
Pour adoucir la concurrence

Des égoïsmes bien tapis.
Et pourtant, dans mainte occurrence,
Il leur vient des troubles subits,
Et l’on sent percer, sous l’outrance
Des tant mieux comme des tant pis,
Nos rancunes et nos dépits.