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Hetzel (p. 138-147).

XIV

au nord du limpopo


Il fallut trois jours de recherches et de sondages pour trouver un gué à travers le lit du Limpopo. Encore est-il douteux qu’on l’eût découvert, si quelques Cafres Macalaccas, qui rôdaient au bord de la rivière, ne s’étaient chargés de guider l’expédition.

Ces Cafres, ce sont de pauvres diables d’ilotes que la race supérieure des Betchouanas tient en servage, les astreignant au travail sans aucune rémunération, les traitant avec une extrême dureté, et, qui plus est, leur interdisant, sous peine de mort, de manger de la viande. Les infortunés Macalaccas peuvent tout à leur aise tuer le gibier qu’ils rencontrent sur leur route, mais à la condition de le rapporter à leurs seigneurs et maîtres. Ceux-ci ne leur en laissent que les entrailles, — à peu près comme les chasseurs européens font avec leurs chiens courants.

Un Macalacca ne possède rien en propre, pas même une hutte ou une calebasse. Il s’en va à peu près nu, maigre, décharné, portant en bandoulière des intestins de bulle qu’on pourrait prendre à distance pour des aunes de boudin noir, et qui ne sont en réalité que les outres primitives dans lesquelles se trouve sa provision d’eau.

Le génie commercial de Bardik se fut bientôt manifesté dans l’art consommé avec lequel il sut tirer de ces malheureux l’aveu qu’ils possédaient, en dépit de leur misère, quelques plumes d’autruche, soigneusement cachées dans un fourré voisin. Il leur proposa immédiatement de les acheter, et rendez-vous fut pris à cet effet pour le soir.

« Tu as donc de l’argent à leur donner en échange ? » lui demanda Cyprien assez surpris.

Et Bardik, riant à pleine bouche, lui montra une poignée de bouton de cuivre, par lui collectionnés depuis un mois ou deux, qu’il portait dans une bourse de toile.

« Ce n’est pas là une monnaie sérieuse, répondit Cyprien, et je ne puis permettre que tu payes ces pauvres gens avec quelques douzaines de vieux boutons ! »

Mais il lui fut impossible de faire comprendre à Bardik en quoi son projet était répréhensible.

« Si les Macalaccas acceptent mes boutons en échange de leurs plumes, qui peut y trouver à redire ? répondait-il. Vous savez bien que les plumes ne leur ont rien coûté à recueillir ! Ils n’ont même pas le droit de les posséder, puisqu’ils ne peuvent les montrer qu’en cachette ! Un bouton, au contraire, est un objet utile, plus utile qu’une plume d’autruche ! Pourquoi donc me serait-il interdit d’en offrir une douzaine ou même deux en échange d’un égal nombre de plumes ? »

Le raisonnement était spécieux, mais n’en valait pas davantage. Ce que le jeune Cafre ne voyait pas, c’est que les Macalaccas allaient accepter ses boutons de cuivre, non pour l’usage qu’ils pourraient en tirer, puisqu’ils ne portaient guère de vêtements, mais pour la valeur supposée qu’ils attribueraient à ces ronds de métal, si analogues à des pièces de monnaie. Il y avait donc dans ce fait une tromperie véritable.

Cyprien dut reconnaître, pourtant, que la nuance était trop ténue pour être saisie par cette intelligence de sauvage, très large en matière de transaction, et il le laissa libre d’agir à sa guise.

Ce fut le soir, à la lumière des torches, que se poursuivit l’opération commerciale de Bardik. Les Macalaccas avaient évidemment une crainte salutaire d’être trompés par leur vendeur, car ils ne se contentèrent pas des feux allumés par les blancs, et arrivèrent, chargés de bottes de maïs qu’ils enflammèrent, après les avoir plantées en terre.

Ces indigènes exhibèrent alors les plumes d’autruche et se mirent en devoir d’examiner les boutons de Bardik.

À ce moment, commença entre eux, à grand renfort de gesticulations et de cris, un débat des plus animés sur la nature et la valeur de ces ronds métalliques.

Personne n’entendait un mot de ce qu’ils disaient dans leur rapide langage ; mais il suffisait de voir leurs faces congestionnées, leurs grimaces éloquentes, leurs colères très sérieuses, pour être certain que le débat était pour eux du plus haut intérêt.

Tout à coup, ce débat si passionné fut interrompu par une apparition inattendue.

Un nègre de haute taille, — drapé avec dignité dans un mauvais manteau de cotonnade rouge, le front ceint de cette espèce de diadème en boyaux de mouton, que les guerriers cafres portent habituellement, — venait de sortir du fourré, auprès duquel se débattait la transaction ; puis, il tombait à grands coups de bois de lance sur les Macalaccas, pris en flagrant délit d’opérations défendues.

« Lopèpe !… Lopèpe !… » crièrent les malheureux sauvages, en s’éparpillant de tous côtés, comme une bande de rats.

Mais un cercle de guerriers noirs, surgissant soudain de tous les buissons qui environnaient le campement, se resserra autour d’eux et les retint au passage.

Lopèpe se fit aussitôt remettre les boutons ; il les considéra avec soin, à la lueur des torches de maïs, et les déposa, non sans une satisfaction évidente, au fond de son escarcelle de cuir. Puis, il s’avança vers Bardik, et, après lui avoir repris des mains les plumes d’autruche déjà livrées, il se les appropria comme il avait fait des boutons.

Les blancs étaient demeurés spectateurs passifs de cette scène, et ils ne savaient trop s’il convenait de s’y mêler, lorsque Lopèpe trancha la difficulté en s’avançant vers eux. Alors, s’arrêtant à quelques pas, il leur adressa d’un ton impérieux un assez long discours, d’ailleurs parfaitement inintelligible.

James Hilton, qui entendait quelques mots de betchouana, réussit pourtant à saisir le sens général de cette allocution et le transmit à ses compagnons. Le fond de ce discours, c’est que le chef cafre se plaignait de ce qu’on eût permis à Bardik de trafiquer avec les Macalaccas, lesquels ne peuvent rien posséder en propre. En finissant, il déclarait opérer la saisie des marchandises en contrebande et demandait aux blancs ce qu’ils avaient à lui objecter.

Parmi ceux-ci, les avis étaient partagés sur le parti à prendre. Annibal Pantalacci voulait qu’on cédât à l’instant pour ne pas se brouiller avec le chef betchouana. James Hilton et Cyprien, tout en reconnaissant que le système avait du bon, craignaient, en se montrant trop conciliants dans l’affaire, d’inspirer de l’arrogance à Lopèpe, et peut-être, s’il poussait plus loin ses prétentions, de rendre une rixe inévitable.

Dans un conseil rapide, tenu à demi-voix, il fut donc convenu qu’on abandonnerait les boutons au chef betchouana, mais qu’on réclamerait les plumes.


C’est ce que James Hilton s’empressa de lui expliquer, moitié par gestes, moitié à l’aide de quelques mots cafres.

Lopèpe prit d’abord un air diplomatique et parut hésiter. Mais le canon des fusils européens qu’il voyait briller dans l’ombre, l’eut bientôt décidé, et il rendit les plumes.

Dès lors, ce chef, très intelligent en vérité, se montra plus souple. Il offrit aux trois blancs, à Bardik et à Lî, une prise de sa grande tabatière, et s’assit au bivac. Un verre d’eau-de-vie, que lui offrit le Napolitain, acheva de le mettre en belle humeur ; puis, lorsqu’il se leva, après une séance d’une heure et demie, qui se passa de part et d’autre dans un silence à peu près complet, ce fut pour inviter la caravane à lui rendre visite, le lendemain, à son kraal.

On le lui promit, et, après un échange de poignées de main, Lopèpe se retira majestueusement.

Peu de temps après son départ, tout le monde s’était couché, à l’exception de Cyprien, qui rêvait en contemplant les étoiles, après s’être roulé dans sa couverture. Il faisait une nuit sans lune, mais toute scintillante d’une poussière d’astres. Le feu s’était éteint, sans que le jeune ingénieur y eut pris garde.

Il pensait aux siens, qui ne se doutaient guère, en ce moment, qu’une pareille aventure l’eût jeté en plein désert de l’Afrique australe, à cette charmante Alice, qui, elle aussi, regardait peut-être les étoiles, à tous les êtres enfin qui lui étaient chers. Et, se laissant entraîner cette rêverie douce que poétise le grand silence de la plaine, il allait s’assoupir, quand un piétinement de sabots, une agitation singulière, venant du côté où les bœufs d’attelage étaient parqués pour la nuit, le réveillèrent et le mirent sur pied.

Cyprien crut alors distinguer dans l’ombre une forme plus basse, plus ramassée que celle des bœufs, et qui, sans doute, causait toute cette agitation.

Sans bien se rendre compte de ce que ce pouvait être, Cyprien saisit un fouet qui se trouvait sous sa main, et se dirigea prudemment vers le parc aux bestiaux.

Il ne s’était pas trompé. Il y avait bien là, au milieu des bœufs, un animal inattendu, qui était venu troubler leur sommeil.

À demi éveillé, avant même d’avoir réfléchi à ce qu’il faisait, Cyprien leva son fouet et, au jugé, il en appliqua un grand coup sur le museau de l’intrus.

Un rugissement épouvantable répondit soudain à cette attaque !… C’était un lion que le jeune ingénieur venait de traiter ainsi comme un simple caniche.

Mais à peine avait-il eu le temps de mette la main sur l’un des revolvers qu’il portait à sa ceinture et de faire un brusque écart de côté, que l’animal, après avoir bondi vers lui sans l’atteindre, se précipitait de nouveau sur son bras tendu.

Cyprien sentit des griffes aiguës lui labourer les chairs, et il roula dans la poussière avec le redoutable fauve. Une détonation retentit tout à coup. Le corps du lion s’agita dans une convulsion suprême, puis se raidit et retomba immobile.

De la main libre qui lui restait, Cyprien, sans rien perdre de son sang-froid, avait appliqué son revolver sur l’oreille du monstre, et une balle explosible venait de lui fracasser la tête.

Cependant, les dormeurs, avertis par ce rugissement suivi d’une détonation, arrivaient sur le champ de bataille. On dégagea Cyprien, à demi écrasé sous le poids de l’énorme bête, on examina ses blessures, qui n’étaient heureusement que superficielles. Lî les pansa simplement avec quelques linges mouillés d’eau-de-vie, puis la meilleure place lui fut réservée au fond du wagon, et bientôt tout le monde se rendormit sous la garde de Bardik, qui voulut veiller jusqu’au matin.

Le jour venait à peine de se lever, lorsque la voix de James Hilton, suppliant ses compagnons de venir à son aide, leur annonça quelque nouvel incident. James Hilton était couché tout habillé sur le devant du chariot, en travers de la bâche, et parlait avec l’accent de la plus vive épouvante, sans oser faire un mouvement.

« J’ai un serpent enroulé autour de mon genou droit, sous mon pantalon ! disait il. Ne bougez pas ou je suis perdu ! Et pourtant, voyez ce qu’il est possible de faire ! »

Ses yeux étaient dilatés par la terreur, sa face d’une pâleur livide. Au niveau de son genou droit, on distinguait, en effet, sous la toile bleue de son vêtement, la présence d’un corps étranger, — une espèce de câble enroulé autour de la jambe.

La situation était grave. Comme le disait James Hilton, au premier mouvement qu’il ferait, le serpent ne manquerait pas de le mordre !

Mais, au milieu de l’anxiété et de l’indécision générale, Bardik se chargea d’agir. Après avoir tiré sans bruit le couteau de chasse de son maître, il se rapprocha de James Hilton, d’un mouvement presque insensible, en quelque sorte vermiculaire. Puis, plaçant ses yeux presque au niveau du serpent, il parut, pendant quelques secondes, étudier avec soin la position du dangereux reptile. Sans doute, il cherchait à reconnaître comment la tête de l’animal était placée.

Tout à coup, d’un mouvement rapide, il se redressa, son bras s’abattit vivement, et l’acier du couteau mordit d’un coup sec le genou de James Hilton.

« Vous pouvez faire tomber le serpent !… Il est mort ! » dit Bardik en montrant toutes ses dents dans un large sourire.

James Hilton obéit machinalement et secoua sa jambe… Le reptile tomba à ses pieds.

C’était une vipère à tête noire, du diamètre d’un pouce à peine, mais dont la moindre morsure aurait suffi à donner la mort. Le jeune Cafre l’avait décapitée avec une précision merveilleuse. Le pantalon de James Hilton ne montrait qu’une coupure de six centimètres à peine et son épiderme n’avait même pas été entamé.

Chose singulière, et qui révolta profondément Cyprien, James Hilton ne parut pas songer à remercier son sauveur. Maintenant qu’il était hors d’affaire, il trouvait cette intervention toute naturelle. L’idée ne pouvait lui venir de serrer la patte noire d’un Cafre et de lui dire : Je vous dois la vie.

« Votre couteau est vraiment bien affilé ! » fit-il simplement observer, tandis que Bardik le remettait dans la gaîne, sans paraître, non plus, donner grande importance à ce qu’il venait de faire.

Le déjeuner eut bientôt effacé les impressions de cette nuit si agitée. Il se composait, ce jour-là, d’un seul œuf d’autruche brouillé au beurre, mais qui suffit largement à satisfaire l’appétit des cinq convives.

Cyprien avait une légère fièvre et ses blessures le faisaient un peu souffrir. Cependant il n’en insista pas moins pour accompagner Annibal Pantalacci et James Hilton au kraal de Lopèpe. Le camp fut donc laissé à la garde de Bardik et de Lî, qui avaient entrepris de dépouiller le lion de sa peau, — un véritable monstre de l’espèce dite à museau de chien. Les trois cavaliers se mirent seuls en route.

Le chef betchouana les attendait à l’entrée de son kraal, entouré de tous ses guerriers. Derrière eux, au second plan, les femmes et les enfants s’étaient
Un rugissement épouvantable répondit à cette attaque. (Page 142.)

groupés avec curiosité pour voir les étrangers. Quelques-unes de ces noires ménagères affectaient pourtant l’indifférence. Assises devant leurs huttes hémisphériques, elles continuaient de vaquer à leurs occupations. Deux ou trois faisaient du filet avec de longues herbes textiles qu’elles tordaient en forme de corde.

L’aspect général était misérable, quoique les cases fussent assez bien bâties. Celle de Lopèpe, plus vaste que les autres, tapissée intérieurement de nattes de paille, s’élevait à peu près au centre du kraal.

Le chef y introduisit ses hôtes, leur désigna trois escabeaux et s’assit à son
Le chef introduisit ses hôtes dans sa case. (Page 141.)

tour devant eux, tandis que sa garde d’honneur se rangeait en cercle derrière lui.

On commença par échanger les politesses habituelles. En somme, le cérémonial se réduit habituellement à boire une tasse de boisson fermentée, venant de la manufacture même de l’amphitryon ; mais, pour bien indiquer que cette courtoisie ne cache pas des projets perfides, celui-ci commence toujours par y tremper ses grosses lèvres, avant de passer la tasse à l’étranger. Ne pas boire, après une invitation aussi gracieuse, serait une mortelle injure. Les trois blancs avalèrent donc la bière cafre, non sans force grimaces de la part d’Annibal Pantalacci, qui aurait bien mieux aimé, disait-il à la cantonade, « un verre de lacryma-christi que cette fadasse tisane de betchouanas ! »

Puis, on causa affaires. Lopèpe aurait voulu acheter un fusil. Mais c’était une satisfaction qu’on ne put pas lui accorder, quoiqu’il offrît en échange un cheval assez passable et cent cinquante livres d’ivoire. En effet, les règlements coloniaux sont très rigoureux sur ce point et interdisent aux Européens toute cession d’armes aux Cafres de la frontière, excepté sur autorisation spéciale du gouverneur. Pour le dédommager, les trois hôtes de Lopèpe avaient apporté pour lui une chemise de flanelle, une chaîne d’acier et une bouteille de rhum, qui constituaient un splendide présent et lui firent un plaisir manifeste.

Aussi le chef betchouana se montra-t-il parfaitement disposé à fournir tous les renseignements qu’on lui demanda, plus intelligiblement, par l’intermédiaire de James Hilton.

Et d’abord, un voyageur répondant en tout point au signalement de Matakit, avait passé par le kraal cinq jours avant. C’était la première nouvelle que l’expédition eût obtenue du fugitif depuis deux semaines. Aussi fut-elle agréablement accueillie. Le jeune Cafre avait dû perdre quelques jours à chercher le gué du Limpopo, et, maintenant, il se dirigeait vers les montagnes du nord.

Y avait-il encore plusieurs journées de marche avant d’arriver à ces montagnes ?

Sept ou huit au plus.

Lopèpe était-il l’ami du souverain de ce pays, dans lequel Cyprien et ses compagnons allaient être forcés de s’engager ?

Lopèpe s’en faisait gloire ! D’ailleurs, qui ne voudrait pas être l’ami respectueux et l’allié fidèle du grand Tonaïa, le conquérant invincible des pays cafres ?

Tonaïa faisait-il bon accueil aux blancs ?

Oui, parce qu’il savait, comme tous les chefs de la contrée, que les blancs ne manquent jamais de venger l’injure faite à un des leurs. À quoi bon vouloir lutter contre les blancs ? Ne sont-ils pas toujours les plus forts grâce à leurs fusils qui se chargent tout seuls ? Le mieux est donc de rester en paix avec eux, de les bien accueillir et de trafiquer loyalement avec leurs marchands.

Tels furent, en résumé, les renseignements, fournis par Lopèpe. Un seul avait une véritable importance : c’est que Matakit avait perdu plusieurs journées de marche, avant de pouvoir traverser la rivière, et qu’on était toujours sur sa trace.

En retournant au camp, Cyprien, Annibal Pantalacci et James Hilton trouvèrent Bardik et Lî fort alarmés.

Ils avaient, racontèrent-ils, reçu la visite d’un gros de guerriers cafres, d’une tribu autre que celle de Lopèpe, qui les avait d’abord cernés, puis soumis à un véritable interrogatoire. Que venaient-ils faire dans le pays ? N’était-ce pas pour espionner les Betchouanas, rassembler des informations sur leur compte, reconnaître leur nombre, leur force et leur armement ? Des étrangers avaient tort de s’engager dans une entreprise pareille ! Bien entendu, le grand roi Tonaïa n’avait rien à dire, tant qu’ils n’auraient pas pénétré sur son territoire ; mais il pourrait bien voir les choses d’un autre œil, s’ils s’avisaient d’y entrer.

Voilà quel avait été le sens général de leurs propos. Le Chinois n’en paraissait pas ému plus que de raison. Mais Bardik, si calme d’ordinaire, si plein de sang-froid en toute occasion, semblait être en proie à une terreur véritable, que Cyprien ne pouvait s’expliquer.

« Guerriers très méchants, disait-il, en roulant de gros yeux, guerriers qui détestent les blancs et leur « feront couic !… »

C’est l’expression reçue parmi tous les Cafres à demi civilisés, lorsqu’ils veulent exprimer l’idée d’une mort violente.

Que faire ? Convenait-il d’attribuer une grande importance à cet incident ? Non, sans doute. Ces guerriers quoiqu’au nombre d’une trentaine, d’après le récit de Bardik et du Chinois qu’ils avaient surpris sans armes, ne leur avaient fait aucun mal et n’avaient manifesté aucune velléité de pillage. Leurs menaces n’étaient sans doute que de vains propos, comme les sauvages sont assez portés à en tenir aux étrangers. Il suffirait de quelques politesses à l’adresse du grand chef Tonaïa, de quelques explications loyales sur les intentions qui amenaient les trois blancs dans le pays, pour dissiper tous ses soupçons, s’il en avait, et s’assurer sa bienveillance.

D’un commun accord, il fut convenu qu’on se remettrait en route. L’espoir de rejoindre bientôt Matakit et de lui reprendre le diamant volé faisait oublier toute autre préoccupation.