P. F. Fauche et compagnie (Tome IIp. 118-120).
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LETTRE L.

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la Duchesse de Montjustin
à la
Cesse de Loewenstein.


Le comte de ***, madame la Comtesse, est mort il y a quatre jours. J’ai fait venir aussitôt chez moi, sa pauvre petite Charlotte. On lui a ce matin, apporté ses habits de deuil, et vous la trouverez, je crois d’une charmante figure. La pauvre enfant ne cesse de pleurer, et de me serrer dans ses bras. Je suis la seule dans l’univers, dit-elle, qui prenne intérêt à elle, et je crois voir une jeune colombe se réfugiant sous l’aile de sa mère. Que la jeunesse, que l’innocence ont de charmes ! et lorsque la sensibilité vient les animer, qui pourrait résister à leur empire ? Je lui ai appris ce que le Commandeur faisait pour elle. Et qui peut l’engager, dit-elle, à prendre soin de Charlotte ? Il connaissait donc mon grand-papa ? Non, ma chère enfant, lui ai-je dit ; mais c’est un homme noble et généreux, qui se fait un devoir et un plaisir de secourir les malheureux, et sur-tout ceux que distinguent leurs services, et leur attachement pour leur prince. — Si cela est ainsi, mon grand-papa avait bien des droits à ses bontés ; car il a servi tant que les Français ont été rassemblés, il n’y avait pas de jour, qu’il ne pleurât en songeant à la mort du Roi. Elle doit partir incessamment, madame la Comtesse, accompagnée d’une femme sûre qui la remettra entre vos mains. Comme j’en suis là de ma lettre. Charlotte, qui était sortie de ma chambre, vient de rentrer avec un papier à la main. C’est une lettre qu’elle a écrite au Commandeur, et que je joins ici sans être cachetée ; elle vous préviendra, je crois, en faveur de cette pauvre enfant ; l’idée vient d’elle et il n’y a pas une phrase qui lui ait été dictée. Adieu, madame la Comtesse, daignez vous charger de remercier de nouveau le noble et bienfaisant Commandeur, et lui envoyer la lettre de Charlotte.

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