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Félix Alcan (Volume Ip. 106-108).

XII

LE GYMKHANA

Le soin que nous avons pris, dès le début, de proscrire toute tendance au championnat est suffisamment justifié pour que nous n’ayons pas à y revenir. Mais nous avions marqué en même temps la nécessité de maintenir parmi les élèves quelque émulation. Rien n’y aidera mieux que la pratique du gymkhana.

On désigne sous ce nom des séries de concours dont les uns sont agrémentés tout simplement de quelque difficulté plaisante qui les fait ressembler à l’ascension du mât de cocagne — par exemple, la course à âne ou à cheval en tenant un œuf dans une cuiller — mais dont les autres mettent en action l’agilité du corps et l’esprit d’à-propos de façon aussi pratique qu’ingénieuse : telle l’épreuve qui consiste à gagner au galop un poteau où l’on doit arriver ayant enlevé en route sa veste et son gilet, ou bien ayant dessellé le cheval et portant sur le bras la selle et la sangle ; telle encore l’obligation imposée au cavalier d’ouvrir un pli qu’on lui a remis, de faire l’opération d’arithmétique dont les termes y sont inscrits et de refermer le pli pour le donner au juge à l’arrivée, le tout sans changer d’allure.

Dans les gymkhanas, le cheval a joué jusqu’ici le premier rôle parce que la mode de ces concours s’est surtout développée parmi les adeptes du polo. Mais on n’aperçoit pas pour quel motif les autres formes d’exercices en seraient tenues à l’écart et déjà quelques sociétés athlétiques ont inscrit le gymkhana à leur programme.

On organise des gymkhanas nautiques ou cyclistes aussi bien qu’hippiques et plusieurs sports peuvent s’associer pour en corser l’intérêt. Les combinaisons à intervenir sont infinies.

Le principe du gymkhana n’est autre que le mélange d’un exercice sportif avec un acte ordinaire de l’existence et de là lui vient ce cachet de vie intense qui en fait le charme et en même temps la valeur pédagogique ; un tel principe est fort élastique et on peut en doser si bien l’application qu’il convienne pour ainsi dire à un « kindergarten » non moins qu’à un régiment.

Nous croyons donc que quelques gymkhanas bien réglés, intervenant dans la seconde partie de chaque année, suffiront à entretenir l’émulation parmi les élèves du cours de gymnastique utilitaire. En dehors de cela, il est désirable qu’il ne soit distribué aucun prix, aucune récompense autre que le certificat délivré par le professeur à la fin de la deuxième année ; le certificat pourra être à deux degrés correspondant aux notes : très bien et bien. Inutile de répéter que la remise n’en devra être précédée d’aucun examen ni accompagnée d’aucun classement.