Jettatura (Gilkin)

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La NuitLibrairie Fischbacher (Collection des poètes français de l’étranger) (p. 145-146).




JETTATURA



Quelle ténébreuse puissance
A, de ses monstrueuses mains,
Sacré ma chétive naissance
Pour de redoutables destins ?

Je sais qu’un astre satanique
A versé des sinistres cieux
Sa malfaisance tyrannique
Dans l’azur naissant de mes yeux.

Sa protection infaillible
Me revêt d’un pouvoir fatal
Dont l’effet, certain et terrible,
M’a créé ministre du mal.

Dans le secret de ma pensée,
Dans le silence de mon cœur
Qu’un jour ma volonté blessée
Tout bas forme un souhait vengeur,

Sans répit l’arrêt s’exécute :
Le Deuil, la Ruine et la Mort
Mènent sûrement à leur chute
Le plus superbe et le plus fort.

Ô ma pernicieuse étoile,
Funeste jeteuse de sorts,
Ta flamme froide me dévoile
Le mystère de mes remords ;

Et seul je sais quelles victimes
Frappa mon tribunal secret
Et quels désastres et quels crimes
Font mon incurable regret.

Puissé-je par ma patience
Anéantir tes tristes dons
Et sur l’injure et sur l’offense
Verser la paix de mes pardons.