Jean-Jacques Rousseau, sa vie et ses ouvrages/03

JEAN-JACQUES ROUSSEAU
SA VIE ET SES OUVRAGES


III.
LA VIE ET LES ECRITS DE ROUSSEAU DE 1750 A 1754.




I

Je veux dans ce chapitre examiner la vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau depuis 1750 jusqu’en 1754, voir quels sont ses sentimens, ses habitudes, ses relations, le monde où il vit, l’allure qu’il y a, et en même temps étudier la suite de ses pensées depuis le Discours sur les arts et sur les sciences jusqu’au Discours sur l’inégalité des conditions humaines.

Le Discours sur les sciences et les arts avait fait un grand bruit, et Rousseau était sorti de son obscurité. Il la regrette et dit dans ses Confessions [1] que ce succès a fait son malheur. Rousseau n’a pas regretté son obscurité au moment où il l’a perdue ; c’est plus tard, lorsqu’il était déjà grand et illustre, mais tourmenté par les inquiétudes de son imagination, c’est plus tard seulement qu’il a regretté l’obscurité qu’il ne pouvait plus retrouver. En 1750, il accueillit avec joie la célébrité et loin de la repousser, il la chercha partout, concourant pour les académies, étendant ses relations dans le monde et tâchant d’étonner son siècle par la singularité de ses idées et même de ses habitudes.

C’est à ce moment, en effet, qu’il fit cette réforme somptuaire dont il parle dans ses Confessions. Il quitta la dorure et les bas blancs, prit une perruque ronde, posa l’épée, et, voulant choisir un métier, il choisit celui de copiste de musique. « Je compris, dit-il dans ses Confessions, tout l’avantage que je pouvais tirer du grand succès de mon discours pour le parti que j’étais prêt à prendre, et je jugeai qu’un copiste de quelque célébrité ne manquerait vraisemblablement pas de travail. » [2] Je n’aime pas beaucoup qu’on fasse des lettres un métier ; ce que j’aime encore moins, c’est qu’on en fasse l’affiche d’un autre métier, Rousseau, au surplus, fut puni d’avoir voulu ainsi jouer l’ouvrier en restant homme de lettres. « Les deux métiers, dit-il, se contrariaient par les diverses manières de vivre auxquelles ils m’assujettissaient. Le succès de mes premiers écrits m’avait mis à la mode. L’état que j’avais pris excitait la curiosité ; l’on voulait connaître cet homme bizarre qui ne recherchait personne et ne se souciait de rien que de vivre heureux et libre à sa manière ; c’en était assez pour qu’il ne le pût point. Ma chambre ne désemplissait pas de gens qui, sous divers prétextes, venaient s’emparer de mon temps. Les femmes employaient mille ruses pour m’avoir à dîner. Plus je brusquais les gens, plus ils s’obstinaient… Je sentis alors qu’il n’est pas toujours aussi aisé qu’on se l’imagine d’être pauvre et indépendant. Je voulais vivre de mon métier ; le public ne le voulait pas. On imaginait mille petits moyens pour me dédommager du temps qu’on me faisait perdre. Bientôt il aurait fallu me montrer comme Polichinelle, à tant par personne. Je ne connais pas d’assujettissement plus avilissant et plus cruel que celui-là. Je n’y vis de remède que de refuser les cadeaux, grands et petits, de ne faire exception pour qui que ce fût. Tout cela ne fit qu’attirer les honneurs… On se doutera bien que le parti que j’avais pris et le système que je voulais suivre n’étaient pas du goût de Mme Levasseur [3]. Tout le désintéressement de la fille ne l’empêchait pas de suivre les directions de sa mère, et les gouverneuses, comme les appelait Gauffecourt, n’étaient pas toujours aussi fermes que moi dans leurs refus [4]. »

Quelle piquante et triste comédie Rousseau nous raconte là ! Comédie dans Rousseau qui se fait artisan, mais qui compte sur sa renommée d’homme de lettres pour achalander son atelier ; comédie dans le beau monde du XVIIIe siècle, qui sent bien que le métier de Rousseau n’est qu’une grimace, mais qui s’y laisse prendre volontiers, qui va demander au copiste de lui montrer l’homme de lettres, et qui, voulant payer sa curiosité, se pique de libéralité envers cet homme qui se pique de désintéressement ; comédie enfin dans les gouverneuses, mais comédie, disons-le, à la façon des valets qui prennent de toutes mains, et qui, chose misérable, font jouer à Rousseau le rôle de mendiant comme pour le punir d’avoir voulu jouer le rôle d’ouvrier.

Rousseau, à cette époque, n’était point encore misanthrope [5]. Parmi ces femmes qui voulaient toutes l’avoir à dîner, il y en a qui semblent avoir réussi pour quelque temps à apprivoiser l’ours. C’est même une des flatteries de Rousseau de leur dire « qu’il leur appartient d’apprivoiser les monstres [6]. » Nous trouvons à ce moment dans sa correspondance plusieurs petits billets écrits à Mme de Créqui, qui sentent la coquetterie d’un solitaire qui veut se faire attirer par le monde. La correspondance avec Mme de Créqui commença, comme toutes les amitiés de Jean-Jacques Rousseau, par être vive et presque passionnée. Bientôt elle s’amortit ; les billets cessent, et pendant six ans, de 1752 à 1758, nous ne trouvons pas une seule lettre de Rousseau à Mme de Créqui. Depuis 1758, Rousseau lui écrit de loin en loin ; tantôt ce sont des boutades de misanthropie déclamatoire, comme lorsqu’il lui reproche de trop craindre pour la vie de son fils qui faisait la guerre et qu’il s’écrie : « Eh ! madame, est-ce un si grand mal de mourir ? Hélas ! c’en est souvent un bien plus grand de vivre [7] ; » tantôt ce sont des brusqueries et des impolitesses, comme lorsqu’il gourmande Mme de Créqui, qui lui a envoyé quatre poulardes ; enfin la correspondance avec Mme de Créqui se termine par un trait de brutale défiance, comme se terminaient en général les amitiés de Rousseau [8].

À mesure que nous avancerons dans l’examen de la vie et des ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, nous trouverons des dévotes de Rousseau plus ferventes, plus passionnées, plus persévérantes que Mme de Créqui ; j’ai cependant voulu en dire un mot, d’abord parce qu’elle fut la première, et de plus parce que son histoire montre comment Rousseau s’attirait ses dévotes et comment il les traitait.

Disons aussi quelques mots des personnages du monde ou de la littérature avec lesquels Rousseau est alors en relations. Nous ne parlons pas de ceux qui sont mêlés aux aventures de sa vie, comme Grimm et Diderot ; nous voulons parler seulement de ceux avec lesquels Rousseau entretenait à ce moment quelques rapports d’amitié, et qui ont eu sur son génie croissant plus d’influence peut-être qu’on ne le pense. À ce sujet, je veux revenir un instant sur un homme qui accueillit Rousseau lorsqu’il arriva à Paris en 1741, sur le père Castel. Rousseau lui était adressé comme musicien ; mais le père Castel était un musicien du genre de Rousseau, c’est-à-dire un homme qui aimait la musique, et qui même s’en était fait un système particulier ; mais c’était surtout un homme d’esprit qui avait beaucoup d’idées et qui même ne craignait pas le paradoxe. Il m’est difficile de croire qu’il n’ait jamais parlé d’autre chose que de musique avec Rousseau, et que par ses réflexions il ne l’ait pas disposé contre les philosophes et les littérateurs du siècle, quand je lis du père Castel les phrases suivantes « La science est aujourd’hui trop répandue, trop facile et à trop grand marché ; elle est trop à la portée de bien des têtes qui n’ont pas la force de la porter. Je suis payé pour vanter les journaux, les dictionnaires, les manières de faciliter les sciences et de les mettre à la portée de tout le monde. J’ai été trente ans journaliste ; j’ai mis les mathématiques en une espèce de dictionnaire, et ma fantaisie a toujours été de tout faciliter, arts, science et littérature. J’ai cru par là faire la guerre à la demi-science et rendre tout le monde pleinement savant. Pour un savant que j’ai fait, j’ai fait deux à trois cents demi-savans, quart et demi-quart de savans, et il y a plus de quinze ans que j’ai reconnu de bonne foi que j’avais manqué mon coup et mon but… [9]. » Voilà des idées qui touchent de bien près à celles de Rousseau. Le même homme, il est vrai, qui se repent d’avoir trop aidé à la diffusion des sciences par les journaux et par les dictionnaires est grand partisan des routes, des canaux et de tous les moyens de communication ; il en parle même comme pourrait faire un économiste de nos jours. Ainsi il remarque que l’intendant du Languedoc sous Louis XIV, M. Lamoignon de Baville, a plus fait pour soumettre et pacifier les Cévennes par les grandes routes qu’il y a ouvertes que le maréchal de Villars par les armes et par les négociations. Il croit que les routes créent des voyageurs, et qu’elles développent sur leur passage l’industrie et l’agriculture. « Percez un état en tous sens de canaux et de grands chemins ; dès ce moment, sans presque qu’on s’en mêle, tout va s’animer dans ces grandes voies et dans tout ce qui y aboutit. Croyez-vous ce que je vais vous, dire ? Il n’est pas possible qu’un pays soit long-temps en friche, lors qu’il est coupé de grands chemins… [10]. » Ainsi va la nature humaine. L’ingénieur se défie des livres, il en médit ; mais il adore les routes, et il ne comprend pas que les livres et les chemins sont des véhicules de genre différent, mais de même effet, et qu’on ne peut pas remuer le corps de l’homme sans remuer aussi quelque peu son esprit. Les sciences mentent quand elles se vantent de ne s’adresser qu’à la matière, et qu’elles s’en font un mérite auprès des gouvernemens ; elles ont tous les dangers des lettres, et n’en ont pas les remèdes [11].

Je me suis arrêté un instant sur le père Castel, parce qu’il y a entre ses idées et celles de Jean-Jacques Rousseau quelques traits de ressemblance et de différence qu’il m’a paru curieux de signaler, d’autant plus que le père Castel est aujourd’hui fort inconnu. Les autres personnes avec lesquelles Rousseau est alors en correspondance sont plus célèbres que le père Castel : c’est l’abbé Raynal, d’Holbach, Saurin, l’abbé Prévost, Boulanger, etc. ; voilà pour la littérature. Pour le monde, Rousseau voit, surtout à ce moment, la société de Mme d’Épinay. Il est mêlé à toutes les aventures, à tous les amusemens, comme aussi à tous les chagrins de cette société. C’est ici, par exemple, que vient se placer une lettre de Rousseau sur la mort de la belle-soeur de Mme d’Épinay, Mme de Jully, et si je parle de cette lettre, c’est qu’elle montre un coin des mœurs du XVIIIe siècle.

Mme de Jully était une jeune femme, belle, élégante, gracieuse, spirituelle, et qui vivait dans les plaisirs du monde ; tout à coup elle tombe malade de la petite vérole et elle meurt. Rien de si triste et de si simple, hélas ! que cette aventure, et la société du XVIIIe siècle ne se serait pas occupée de la mort de Mme de Jully plus que le monde ne fait de tant de jeunes et belles femmes qui fleurissent un instant et qui tombent, si M. de Jully n’avait témoigné de la mort de sa femme une douleur excessive et surtout inattendue. Il ne paraissait guère en effet beaucoup aimer sa femme quand elle vivait ; Mme de Jully, de son côté, n’aimait guère son mari. Cependant, une fois sa femme morte, M. de Jully fut inconsolable, et c’est là ce qui fit causer à perte de vue le monde à la fois frivole et lettré où vivaient Mme d’Épinay et Rousseau. Qu’était-ce que la douleur de M. de Jully ? Était-ce un caprice ? était-ce un jeu ? Pour un philosophe et pour un romancier, il y avait de quoi méditer et il y avait de quoi s’attendrir sur cette douleur. Rousseau pourtant, dans la lettre qu’il écrit à M. de Francueil, beau-frère de M. de Jully, prend le petit côté de cette aventure ; non-seulement il n’est pas ému de la douleur de M. de Jully, il s’en moque ou en fait un sujet de réflexions littéraires. « Il ne s’est pas contenté, dit-il en parlant de M. de Jully, de faire placer partout le portrait de sa femme, il vient de bâtir un cabinet qu’il a fait décorer d’un superbe mausolée de marbre avec le buste de Mme de Jully et une inscription en vers latins qui sont, ma foi, très pathétiques et très beaux. Savez-vous, monsieur, qu’un habile artiste, en pareil cas, serait peut-être désolé que sa femme revint ? » Que dirons-nous à notre tour de cette manière d’entendre finesse à la douleur de M. de Jully ? Pourquoi, après tout, tant s’étonner de cette douleur et tant la commenter ? Deux personnes vivaient de la vie insouciante du monde, sans trop s’inquiéter l’une de l’autre, quoique mariées, quand tout à coup la mort est venue qui a jeté ses pensées graves et sérieuses à travers la frivolité de cette vie mondaine. En voyant périr tout à coup sa jeune et belle femme, M. de Jully a senti peut-être qu’il l’aimait au fond du cœur, ou plutôt ce cœur blasé et engourdi est devenu sensible à l’aide de cette piqûre que nous font les choses irréparables. Que de gens ne comprennent et ne sentent que ce qu’ils perdent ! Ils ne savent pas jouir, ils ne savent que regretter. Les ames du monde surtout en sont souvent là ; la mollesse de la vie ôte aux sentimens la force et le ressort ; la rude rencontre de la mort les leur rend. Tel était M. de Jully, insouciant et indifférent envers sa femme vivante, inconsolable envers sa femme morte.

L’histoire de Mme de Jully m’intéressant, j’ai voulu savoir qui aimait cette jeune femme, tant aimée de son mari après sa mort. Cela me l’a un peu gâtée, je le confesse ; mais cela, en même temps, m’a ouvert une échappée nouvelle sur la société du XVIIIe siècle. Mme de Jully aimait Jélyotte, et Jélyotte était un acteur de l’Opéra, dont Marmontel fait grand éloge dans ses Mémoires, non pas seulement comme chanteur, mais comme homme du monde ; il dit même de lui ce mot remarquable : « Si l’on me demande quel est l’homme le plus complètement heureux que j’aie vu en ma vie, je répondrai : C’est Jélyotte [12] ! » Un homme heureux ! chose rare et digne d’être considérée un instant ! Marmontel nous dit ce qui, selon lui, faisait de Jélyotte un homme heureux : acteur, c’était l’idole du public ; dans le monde, il était accueilli et désiré ; « partout simple, doux et modeste, il n’était jamais déplacé. » Il avait beaucoup de crédit dans les bureaux et près des ministres ; il s’en servait pour obliger ses amis. Enfin, « homme à bonnes fortunes autant et plus qu’il n’aurait voulu l’être, il était renommé pour sa discrétion. » Voilà, selon Marmontel, l’homme heureux dans le XVIIIe siècle. Chaque siècle aussi bien et chaque classe de la société a son type de l’homme heureux ; ce qui fait, pour le dire en passant, qu’il y a du bonheur pour chaque temps et pour tout le monde. Et cependant, comme il n’y a pas de tableau qui n’ait son ombre, j’ai trouvé l’ombre au tableau du bonheur de Jélyotte, c’est le passage suivant des Mémoires de Mme d’Épinay : « Une chose m’étonne, et je n’y entends rien. Jélyotte, fameux chanteur de l’Opéra, s’est installé chez Mme de Jully pendant l’hiver dernier. Il a un ton, une aisance à laquelle je ne me fais point. Je sais qu’il y a nombre de bonnes maisons où il est reçu ; mais cela m’est toujours nouveau, et, quand il perd vingt louis au brelan, je ne puis m’empêcher d’être étonné qu’on les prenne. Il est réellement d’une société très agréable : il cause bien ; il a de grands airs sans être fat ; il a seulement un ton au-dessus de son état. Je suis même persuadée qu’il parviendrait à le faire oublier, s’il n’était pas forcé de l’afficher trois fois la semaine [13]. » Est-ce être tout-à-fait heureux que d’être exposé à de pareilles réflexions de la part d’une femme du monde et d’une femme d’esprit ? Grave question, que je laisse à débattre entre Mme d’Épinay et Marmontel. Je dirai seulement que, quant à moi, je sais gré à Mme d’Épinay de son observation ; cela prouve qu’on est toujours prude par quelque endroit.


II

À prendre le monde dans lequel il vivait alors, Rousseau n’avait rien d’un misanthrope. À prendre les ouvrages de ce moment de sa vie, il continuait le rôle qu’il avait pris dans son premier discours de censeur de la civilisation. Il concourait pour les académies, il travaillait pour l’Encyclopédie ; mais partout il frondait les arts et les lettres, sous prétexte de ramener les hommes à la simplicité et à la vertu. L’académie de Corse avait proposé cette question : « Quelle est la vertu la plus nécessaire aux héros, et quels sont les héros à qui cette vertu a manqué ? » Cette question, qui ressemble un peu à une énigme, inspira à Rousseau un mauvais discours qui n’est curieux pour nous que parce qu’il continue son plan d’attaque contre la littérature. Ainsi le signe caractéristique de l’héroïsme, selon Rousseau, c’est l’action, et je suis de son avis ; mais il part de là pour attaquer Socrate et Platon Socrate, « parce qu’il vit et déplora les malheurs de sa patrie, et qu’il laissa à Thrasybule la gloire de les finir ; Platon, parce qu’il était éloquent à la cour de Denis, et que ce fut Timoléon qui délivra Syracuse du joug de la tyrannie. » Que veut dire Rousseau ? Que les généraux qui se fâchent sont plus redoutables que les philosophes qui se résignent ? Assurément ! Une autre idée de Rousseau dans ses discours, idée chère à tous les pouvoirs révolutionnaires et qui a fait école, c’est que le meilleur moyen d’arriver à la liberté, c’est de passer par la dictature. « C’est souvent la force à la main qu’un héros se met en état de recevoir les bénédictions des hommes, qu’il contraint d’abord à porter le joug des lois pour les soumettre enfin à l’autorité de la raison. »

Concourir pour les académies, c’est prendre tout-à-fait le rôle de littérateur. Rousseau le prenait encore mieux en composant des ouvrages pour ceux qui voulaient être auteurs et qui ne s’en trouvaient pas le talent. C’est ainsi qu’il fit une oraison funèbre du duc d’Orléans pour l’abbé Darcy. Cet abbé, qui voulait être prédicateur, croyait sans doute que, quand on ne fait pas soi-même ses discours, il faut qu’ils soient bons ; ainsi, voulant faire un panégyrique de saint Louis, il s’était une fois adressé à Voltaire, et, voulant maintenant faire une oraison funèbre du duc d’Orléans, il s’adressait à Rousseau. Malheureusement Voltaire et Rousseau, quand ils composaient pour l’abbé Darcy, travaillaient comme pour lui et non comme pour eux-mêmes. Aussi l’oraison funèbre du duc d’Orléans est fort mauvaise. Le héros pourtant avait quelques titres aux louanges de Rousseau. Fils du régent et premier prince du sang, le duc d’Orléans avait quitté la cour et s’était retiré à Sainte-Geneviève, où il acheva sa vie dans l’étude et dans les bonnes couvres. Cela avait de quoi toucher Rousseau, et l’homme qui regrettait de n’avoir pas été graveur et de n’avoir pas vécu obscur, devait comprendre celui qui n’avait pas voulu être prince et qui avait mieux aimé vivre dans un cloître que dans un palais.

L’ouvrage le plus important de Rousseau à cette époque est le Discours sur l’économie politique fait pour l’Encyclopédie, et qui, moins paradoxal dans sa forme et dans sa conclusion que le Discours contre les arts et les sciences qui l’avait précédé, et le Discours sur l’inégalité des conditions humaines qui le suivit, n’en est pas moins curieux à étudier, parce qu’aucun autre ouvrage de Rousseau ne montre mieux le fond de ses opinions et à quels souvenirs il empruntait sa politique.

Rousseau n’a rien des publicistes modernes ; il n’est ni de l’école de Grotius ni de l’école de Montesquieu ; il ne tient aucun compte de l’histoire, de la coutume, de l’état des mœurs et de l’âge des sociétés : il est de l’école des anciens, il est tout spéculatif ; mais ses spéculations ont toutes la morale pour principe. La morale, en effet, fait le fonds de la politique ancienne. Le législateur moderne cherche à déterminer quels sont les droits des citoyens et comment ils peuvent exercer ces droits le législateur ancien (je parle du législateur spéculatif) règle avec une autorité souveraine la conduite des citoyens de son état ; il dit ce que feront les guerriers et les magistrats, comment ils seront élevés, comment ils seront nourris, comment ils seront vêtus. Quant aux autres habitans de la ville, quant aux commerçans et aux artisans, il n’en est pas question. Dans les publicistes antiques, l’état est une sorte de couvent politique où il y a des esclaves pour faire le ménage. Les membres de la communauté s’occupent du gouvernement sans être distraits par aucun soin subalterne. Voilà l’école à laquelle appartient Rousseau. Il ne connaît et ne comprend que les petites républiques des anciens ou les petites républiques de la Suisse. La république de Platon ne comprend que huit à dix mille citoyens : les anciens, pour les grands états, ne concevaient que, la monarchie ; la république était pour eux le gouvernement de l’élite et du petit nombre.

Il y a, selon Rousseau, trois règles fondamentales dans l’économie publique, trois conditions d’un gouvernement légitime. La première, c’est que la loi soit l’expression de la volonté générale : partout où la loi est l’expression de la volonté particulière d’un seul homme ou de quelques hommes, il y a tyrannie ; partout où la loi est l’expression de la volonté générale, il y a liberté et dignité. Mais quoi ? si la loi, quoique étant l’expression de la volonté générale, n’est pas juste ! Selon Rousseau, et nous retrouvons ici le publiciste si cher à l’école démocratique, la loi est toujours juste, parce qu’elle est la loi [14]. Mais, de plus, la volonté générale sera toujours juste, parce que les citoyens seront élevés de manière à toujours aimer la justice et à la préférer à leurs intérêts particuliers. Ici Rousseau insiste sur le soin que le législateur doit donner à l’éducation des citoyens : c’est par l’éducation, c’est en formant les citoyens à la vertu que ceux-ci seront disposés à toujours rapporter leurs volontés particulières à la volonté générale, ce qui est la seconde règle de l’économie publique et la seconde condition d’un gouvernement légitime.

La troisième règle de l’économie publique est de pourvoir aux besoins publics. Ici nous nous rapprochons du sens que nous attribuons de nos jours au mot d’économie politique ; mais nous nous en éloignerons fort pour le fond des maximes. C’était par la morale que le législateur pourvoyait au gouvernement des personnes : ce sera par la morale aussi qu’il pourvoira à l’administration des biens, et de même qu’il inspirait la justice à la volonté générale et la vertu aux volontés particulières à l’aide de l’éducation, de même il règle l’administration des biens dans son état en inspirant ou en imposant aux propriétaires le désintéressement, la simplicité et le goût de la pauvreté. Au lieu d’un système d’économie politique qui traite de la production et de la répartition de la richesse, il fait un système de morale qui nous apprend à nous passer de la fortune et même à la craindre comme un danger.

Venons aux exemples, afin de montrer combien l’économie politique de Jean-Jacques est contraire à l’économie politique de nos jours. Je suppose, par exemple, qu’il plût au gouvernement de décréter qu’à moins d’avoir trente mille livres de rente, personne n’a le droit de porter un habit de drap fin, ou de manger de la venaison. Quelles réclamations de toutes parts ! réclamations de la part de ceux qui achètent, réclamations plus vives encore de la part de ceux qui vendent. Eh quoi ! ne puis-je pas dépenser mon argent comme bon me semble ? Si j’aime mieux être bien vêtu que bien nourri, ou si j’aime mieux être bien vêtu que bien logé, de quel droit l’état vient-il se mêler de ma toilette ou de ma nourriture ? Je paie mes contributions ; que veut-on de plus ? Pourquoi, diraient d’autre part les marchands de drap, les tailleurs et les vendeurs de comestibles, pourquoi ne pas nous laisser gagner honnêtement notre vie en faisant notre commerce ? Pourquoi nous empêcher d’avoir des pratiques ? Nous payons notre patente ; l’état doit être content, et il n’a pas le droit de se mêler de nos affaires. Ces plaintes-là nous paraîtraient fort justes. Selon Jean-Jacques Rousseau cependant, l’état doit se mêler du vêtement et de la nourriture des citoyens et veiller à ce que les uns ne soient pas trop élégans et les autres trop gourmands. « Former des hommes, dit Jean-Jacques, c’était là le grand art des gouvernemens anciens, dans ce temps reculé où les philosophes donnaient des lois aux peuples et n’employaient leur autorité qu’à les rendre sages et heureux. De là tant de lois somptuaires, tant de règlemens sur les mœurs, tant de maximes publiques admises ou rejetées avec le plus grand soin… Mais nos gouvernemens modernes, qui croient avoir tout fait quand ils ont tiré de l’argent, n’imaginent pas qu’il soit nécessaire ou possible d’aller jusque-là. » A Dieu ne plaise que je prenne la boutade de Jean-Jacques pour une juste définition des gouvernemens modernes ! Ils font autre chose que de tirer de l’argent des contribuables ; ils le dépensent, ce qui est la mesure sur laquelle il faut les juger, car dépenser bien ou dépenser mal l’argent du public, c’est là toute la différence entre les bonnes et les mauvaises administrations, entre les bons et les mauvais gouvernemens. Je veux dire seulement que les gouvernemens modernes ne se croient pas chargés du soin des mœurs de la société ; ils n’entrent pas dans le détail de la conduite des citoyens, et ils ne répriment les péchés capitaux que lorsque ces péchés deviennent des crimes. Cette réserve des gouvernemens tient, selon moi, à ce que, dans les temps modernes, c’est l’église qui veille au maintien des mœurs, et qu’elle a pour exercer cette surveillance des moyens et des ressources que l’état ne peut point avoir. Quelle police, si habile et si minutieuse qu’elle soit, vaudra jamais celle que fait le prêtre dans le confessionnal, où il attend, non les rapports de l’espionnage, mais les aveux du remords et du repentir ? L’église étant chargée du soin de la conscience, c’est-à-dire du soin de l’ordre intérieur, l’état n’a plus que le soin de l’ordre extérieur. Et voyez combien est juste le partage que l’église et l’état se sont fait du gouvernement de l’homme ! L’église a la force qui persuade, elle règne sur l’homme du dedans ; l’état a la force qui contraint, il règne sur l’homme du dehors. Essayez de changer les attributions, essayez de donner le soin des mœurs à l’état, c’est une tyrannie insupportable ; car, pour me rendre meilleur, l’état, qui ne sait que contraindre, emploiera la force, et les mauvais sentimens seront punis comme de mauvaises actions. Essayez, au contraire, de donner le soin de l’ordre extérieur à l’église ; comme elle n’a que la force qui persuade ; elle emploiera en vain cette persuasion auprès des coupables endurcis, et les plus scélérats seront les plus impunis.

Rousseau, qui n’a jamais rien voulu comprendre à la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, et qui a toujours soumis l’église à l’état, le pouvoir qui veille sur les pensées au pouvoir qui veille sur les actions, Rousseau n’hésite pas à charger l’état du soin des mœurs des citoyens. Il fait des lois pour les préserver du vice, il a des moyens pour les empêcher de faillir, et comme dans ses idées, le grand mal, c’est l’inégalité des conditions et des fortunes, il cherche comment il faut s’y prendre pour que les uns ne deviennent pas riches et les autres ne deviennent pas pauvres. « C’est, dit-il, une des plus importantes affaires du gouvernement de prévenir l’extrême inégalité des fortunes, non en enlevant les trésors à leurs possesseurs, mais en ôtant à tous les moyens d’en accumuler, ni en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres, mais en garantissant les citoyens de le devenir. »

Les gouvernemens modernes ne semblent pas avoir cru que l’inégalité des fortunes fût un mal, car ils ne font rien pour la prévenir ; l’église elle-même ne prêche point contre l’acquisition honnête de la fortune, surtout si la fortune s’honore par l’aumône. L’église et l’état des temps modernes semblent penser qu’il ne faut pas gêner l’activité humaine, que si les laborieux s’enrichissent et si les paresseux s’appauvrissent, la justice ne peut qu’approuver cette distribution du bien et du mal que l’homme se fait lui-même. L’église et l’état ont pu croire aussi qu’à vouloir déranger par la loi cet ordre naturel des choses, il faudrait charger l’homme de trop d’entraves et garrotter la société sous prétexte de la régler. Voyez, en effet, à quelles conditions Rousseau veut prévenir l’inégalité des fortunes : il les énumère en phrases pompeuses, que je traduirai l’une après l’autre en langage vulgaire, afin qu’on comprenne mieux quel est le genre de société que veut fonder Rousseau.

« Les hommes inégalement distribués sur le territoire et entassés dans un lieu, tandis que les autres se dépeuplent, » cela s’appelle les villes et surtout les villes capitales. — « Les arts d’agrément et de pure industrie favorisés aux dépens des métiers utiles et pénibles, » - cela s’appelle les fabriques de drap, de soie, de coton, de meubles, de bronze, d’argenterie ; cela s’appelle l’exposition de l’industrie à Londres, à Paris, à Berlin. — « L’agriculture sacrifiée au commerce, » - le commerce, cela s’appelle le roulage, les canaux, les chemins de fer, la marine ; cela s’appelle dans l’histoire Tyr, Athènes, Venise, Amsterdam, Bordeaux, Rouen, New-York. — « Telles sont, conclut Rousseau, les causes les plus sensibles de l’opulence et de la misère. » - J’entends : voulez-vous n’avoir ni pauvres, ni riches, ni opulence, ni misère ? supprimez les grandes villes, les manufactures, l’industrie, le commerce, les canaux, la marine ! Faites que chacun cultive son champ, mais faites aussi que chacun le conserve, qu’il n’y ait pas un laboureur ivrogne ou paresseux pour le vendre et un laboureur économe et intelligent pour l’acheter, car, sans cela, voilà un pauvre et un riche qui commencent ; la société est perdue. Rousseau remédie, il est vrai, à ce désordre possible en immobilisant les biens dans les mêmes familles. « Il faut, dit-il, que, de père en fils et de proche en proche, les biens de la famille en sortent et s’aliènent le moins qu’il est possible. C’est l’intérêt des enfans ; c’est aussi l’intérêt de l’état. Rien n’est plus funeste aux mœurs et à la république que les changemens continuels d’état et de fortune entre les citoyens, changemens qui sont la preuve et la source de mille désordres, qui bouleversent et confondent tout, et par lesquels ceux qui sont élevés pour une chose se trouvant destinés pour une autre, ni ceux qui montent, ni ceux qui descendent ne peuvent prendre les maximes ni les lumières convenables à leur nouvel état, et beaucoup moins en remplir les devoirs. » Que dites-vous de ce langage, et concevez-vous, après l’avoir entendu, que Jean-Jacques Rousseau soit le docteur de prédilection de l’école révolutionnaire ? Lorsque, sous la restauration, on proposait un projet de loi sur le droit d’aînesse, n’était-ce pas pour immobiliser une portion du patrimoine au sein de la famille et pour empêcher que les héritages ne s’évaporassent à force de se diviser ? N’était-ce pas pour prévenir ces brusques changemens de fortune qui paraissent funestes à Jean-Jacques Rousseau, et ce perpétuel va-et-vient des familles, tantôt montant et tantôt descendant ? La stabilité dans les familles produit la stabilité dans l’état. Le droit d’aînesse, les majorats, les substitutions, ces institutions, favorables à l’aristocratie et contraires à la démocratie, procèdent toutes des principes que soutient Jean-Jacques Rousseau. La démocratie s’est-elle donc trompée en prenant Rousseau pour son docteur et pour son prophète ? Est-ce un aristocrate méconnu ? Non ; l’école révolutionnaire ne s’est point méprise : Jean-Jacques Rousseau n’est point toujours révolutionnaire par les doctrines, et il y a même beaucoup des doctrines de Jean-Jacques Rousseau qu’on peut retourner contre l’esprit révolutionnaire ; mais, ce qu’il y a d’essentiellement révolutionnaire dans Jean-Jacques Rousseau, ce sont les sentimens. Or, c’est là le point capital. L’homme est bien plus révolutionnaire par ses sentimens que par ses doctrines, et le cœur pousse à la révolte bien plus que l’esprit, qui ne sert que d’instrument. Ayez les meilleures doctrines du monde, ayez les maximes même de l’Évangile, si en même temps vous avez dans l’ame les passions révolutionnaire&’par excellence, je veux dire l’orgueil et l’envie, vous êtes, en dépit de la bénignité de vos doctrines, un révolutionnaire de la pire espèce. J’ai connu des athées qui étaient honnêtes gens : c’est que chez eux le cœur n’était pas athée ; ils aimaient la justice sans y croire, et cela valait mieux pour eux que d’y croire sans l’aimer. J’ai connu aussi des spiritualistes ou des dévots qui étaient d’assez méchantes gens : c’est que chez eux l’ame était impie, la pensée seule au la parole était pieuse. Les directeurs chrétiens ont bien raison de dire que le jour où les mauvaises passions n’auront plus intérêt aux mauvaises doctrines, ce jour-là les mauvaises doctrines seront vaincues. Otez en effet l’orgueil et l’envie du cœur de l’homme, que restera-t-il à l’esprit révolutionnaire ? Rien ou presque rien : des maximes creuses, des sentences obscures, des principes qui se tournent et se retournent en tous sens. Depuis quatre ans, nous avons beaucoup entendu parler du socialisme, et nous avons été bien près de voir ses œuvres. Comme doctrine, le socialisme est chose pitoyable : il n’y a rien de si vague et de si confus. Qu’est-ce donc qui a fait la force du socialisme, et qu’est-ce qui en fait le danger ? Ce sont les mauvais sentimens du cœur humain. Le socialisme ne fait des prosélytes qu’après avoir fait des complices, et il ne pervertit les esprits qu’après avoir d’abord corrompu les ames. Avec ses contradictions infinies, le socialisme est une vraie tour de Babel, c’est-à-dire une impossibilité ; mais c’est la tour de Babel ayant pour garnison les sept péchés mortels : c’est là ce qui fait sa puissance.

Jean-Jacques-Rousseau, dans son Traité d’Économie politique, ne veut ni grandes villes, ni fabriques, ni routes, ni écoles, et il semble vouloir un droit d’aînesse, des majorats, des substitutions, ou tout au moins des lois qui immobilisent les patrimoines dans les familles. Quoi de moins révolutionnaire et de moins démocratique que tout cela ? Mais le même homme, dans le même ouvrage, prêche contre le riche et le dénonce à la haine du pauvre ; le même homme écrit ces paroles : « Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissans et les riches ? tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls ? toutes les graces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées ?… Que le tableau du pauvre est différent ! Plus l’humanité lui doit, plus la société lui refuse… S’il y a des corvées à faire, une milice à tirer, c’est à lui qu’on donne la préférence. Il porte toujours, outre sa charge, celle dont son voisin plus riche a le crédit de se faire exempter. Au moindre accident qui lui arrive, chacun s’éloigne de lui. Si sa pauvre charrette verse, loin d’être aidé par personne, je le tiens heureux s’il évite en passant les avanies des gens lestes d’un jeune duc ; en un mot, toute assistance gratuite le fuit au besoin précisément parce qu’il n’a pas de quoi la payer ; mais je le tiens pour un homme perdu, s’il a le malheur d’avoir l’ame honnête, une fille aimable et un puissant voisin. » Quelles doctrines, si sages, ou même si aristocratiques qu’elles soient, pourraient compenser de pareils sentimens ? Ayez tous les principes que vous voudrez, si vous parlez de cette manière, si vous faites ce terrible appel à l’envie humaine, vous êtes un révolutionnaire.


III

J’ai examiné les écrits de Rousseau de 1750 à 1754, entre le Discours sur les arts et les sciences et le Discours sur l’inégalité des conditions humaines. Ces écrits ne sont curieux que parce qu’ils témoignent de la suite et de la persistance des pensées de Rousseau. J’arrive maintenant à l’événement le plus important de sa vie littéraire à cette époque, à la première représentation du Devin du Village et à la publication de la Lettre sur la musique française.

Rousseau avait pris, pendant son séjour à Venise, le goût de la musique italienne. Il avait fait un premier opéra intitulé les Muses galantes, qui n’avait point réussi ; il fit un nouvel essai, et le Devin du Village eut un grand succès. Le récit que Rousseau fait de la première représentation de son opéra à Fontainebleau, devant le roi, est un des plus piquans récits de ses Confessions. L’ivresse du triomphe, l’orgueil satisfait, l’embarras de sa contenance à la cour et l’effort qu’il fait pour y garder l’allure d’un austère républicain, tout cela se mêlant et se confondant, tout cela à demi avoué et à demi justifié fait une véritable scène de comédie. « J’étais ce jour-là dans le même équipage négligé qui m’était ordinaire : grande barbe et perruque assez mal peignée. Prenant ce défaut de décence pour un acte de courage, j’entrai de cette façon dans la même salle où devaient arriver peu de temps après le roi, la reine, la famille royale et toute la cour… Quand on eut allumé, me voyant dans cet équipage au milieu de gens tous excessivement parés, je commençai d’être mal à mon aise. Je me demandai si j’étais à ma place, si j’y étais mis convenablement, et, après quelques minutes d’inquiétude, je me répondis oui avec une intrépidité qui venait peut-être plus de l’impossibilité de m’en dédire que de la force de mes raisons… Je suis mis à mon ordinaire, ni mieux ni pis. Si je recommence à m’asservir à l’opinion dans quelque chose, m’y voilà bientôt asservi derechef en tout. Mon extérieur est simple et négligé, mais non crasseux et malpropre ; la barbe ne l’est point en elle-même, puisque c’est la nature qui nous la donne, et que, selon les temps et les mœurs, elle est quelquefois un ornement… Après ce petit soliloque, je me raffermis si bien que j’aurais été intrépide, si j’eusse eu besoin de l’être ; mais, soit effet de la présence du maître, soit nature ou disposition des cœurs, je n’aperçus rien que d’obligeant et d’honnête dans la curiosité dont j’étais l’objet… J’étais armé contre leur raillerie, mais leur air caressant, auquel je me m’étais pas attendu, me subjugua si bien, que je tremblai comme un enfant quand on commença. J’eus bientôt de quoi me rassurer… Dès la première scène, qui véritablement est d’une naïveté touchante, j’entendis s’élever dans les loges un murmure de surprise et d’applaudissemens jusqu’alors inoui dans ce genre de pièces. La fermentation croissante alla bientôt au point d’être sensible dans toute l’assemblée, et, pour parler à la Montesquieu, d’augmenter son effet par son effet même. À la scène des deux petites bonnes gens, cet effet fut à son comble… J’entendais autour de moi un chuchotement de femmes qui me semblaient belles comme des anges et qui s’entre-disaient à demi-voix : Cela est charmant, cela est ravissant. Il n’y a pas un son là qui ne parle au cœur. Le plaisir de donner de l’émotion à tant d’aimables personnes m’émut moi-même jusqu’aux larmes [15]. » Je ne puis pas lire ce récit du succès du Devin du Village sans me remettre en mémoire les vicissitudes de la mode ! Cet opéra du Devin du Village, qui enthousiasma la ville et la cour en 1752, je l’ai vu, en 1823, honni comme une œuvre qui représentait la routine de la vieille école française [16].

On me dit (car en pareille matière mon ignorance musicale m’empêche d’avoir une opinion), on me dit que c’est surtout dans la musique qu’ont lieu ces vicissitudes de la mode. Elles y sont peut-être plus éclatantes qu’ailleurs, quoiqu’à vrai dire je les trouve un peu partout. Si je voulais les expliquer autrement que par l’inconstance naturelle du cœur humain, si j’en voulais chercher la cause dans la nature même des différens arts, j’en viendrais volontiers à la généalogie qu’Hegel donne des arts dans son esthétique. Il établit un parallèle ingénieux entre le développement de nos sens et le développement des qualités de la matière, et c’est de la rencontre de ces deux développemens que naissent les arts et l’ordre dans lequel ils paraissent dans l’histoire de l’humanité. Le premier de nos sens qui se développe, celui qui est pour ainsi dire répandu sur tout notre corps et qui s’exerce presque malgré nous, c’est le tact, et la première aussi des qualités de la matière, celle que nous touchons et que nous apercevons partout, c’est la forme. Aussi, le premier des arts qui se développe dans le monde, c’est l’architecture et la sculpture, c’est-à-dire la forme avec la proportion, soit en grand, comme dans les édifices, soit en petit, comme dans l’homme. Après le tact, la vue est le premier sens qui se développe dans l’homme, et la couleur, la première des qualités qui se développe dans la matière. De là la peinture, qui est l’art de la forme augmentée de la couleur. Celui de nos sens enfin qui se développe le plus lentement, c’est l’ouïe, et celle des qualités aussi de la matière qui se développe la dernière, qui ne vient pas nous frapper du premier coup par un choc ou une résistance comme la forme, par un objet ou un contraste comme la couleur, qui est invisible et impalpable, qui a quelque chose de délicat et de mystérieux, c’est le son. De là la musique, qui est aussi le dernier des arts à se développer dans l’histoire de la civilisation et qui brille souvent quand tous les autres s’éteignent, la musique, c’est-à-dire le son ramené à la mesure. Ce qu’il y a de délicat dans le son, qui est le principe de la musique, fait-il que l’art de la musique est plus mobile que les autres et que la mode en règle plus souverainement ses vicissitudes ? Les règles y sont-elles plus difficiles à fixer que dans les autres arts, parce que, ces règles ne pouvant se trouver que dans le rapport mystérieux qui existe entre le son et l’émotion de l’ame, ce rapport est impossible à établir d’une manière certaine, puisqu’il y a des sons fort divers qui excitent la même émotion ? Je ne sais et laisse aux plus habiles à traiter ces questions délicates qui touchent à la nature même de la musique. Je reviens au succès du Devin du Village et à la querelle qui s’éleva alors entre les partisans de la musique italienne et les partisans de la musique française.

Rousseau prit vivement parti dans cette querelle. Quelque temps avant le succès du Devin du Village, il était arrivé à Paris des bouffons italiens qu’on fit jouer sur le théâtre de l’Opéra. « Sans prévoir, dit Rousseau, l’effet qu’ils y allaient faire… la comparaison des deux musiques entendues le même jour sur le même théâtre déboucha les oreilles françaises. » Il se forma aussitôt deux partis, l’un pour les bouffons et qui s’appelait le coin de la reine, parce qu’il se rassemblait, à l’Opéra, sous la loge de la reine ; l’autre pour l’ancien opéra français et qui s’appelait le coin du roi, parce qu’il se rassemblait sous la loge du roi. Ce fut Grimm qui engagea la guerre contre la musique française. Il attaqua, dans une lettre sur l’opéra d’Omphale [17], cette « façon de pousser avec effort des sons hors de son gosier et de les fracasser sur les dents par un mouvement de menton convulsif que les Français appellent chanter, et que partout ailleurs en Europe on appelle crier. » Grimm mêlait des traits de satire philosophique à ses attaques contre la musique française, si bien que peu à peu c’était le parti de l’Encyclopédie qui se faisait le champion de la musique italienne. « En fait de goût, disait Grimm, la cour donne à la nation des modes, et les philosophes des lois. » Fallait-il en conclure que les philosophes étaient les meilleurs connaisseurs en musique ? Je ne sais ; mais ces sentimens philosophiques mêlés à la controverse musicale indiquent l’esprit du temps. Le Petit Prophète de Bœhmischbrod, autre brochure de Grimm dans cette querelle, est encore un recueil de railleries contre l’opéra français mises en style et en versets bibliques. Le ton de plaisanterie du Petit Prophète témoigne chez Grimm d’un esprit tout français mêlé à une sorte d’imagination allemande qui est naïve en apparence et n’en est que plus piquante au fond. Voyez, par exemple, comme il se moque d’une façon plaisante du bâton du chef d’orchestre de l’Opéra. « Ch. IV. — LE BUCHERON. Et pendant que je me parlais ainsi à moi-même (car j’aime à me parler à moi-même, quand j’en ai le temps), je trouvai que l’orchestre avait commencé à jouer sans que je m’en fusse aperçu, et ils jouaient quelque chose qu’ils appelaient une ouverture, — et je vis un homme qui tenait un bâton, et je criu qu’il allait châtier les mauvais violons, car j’en entendis beaucoup parmi les autres qui étaient bons et qui n’étaient pas beaucoup. — Et il faisait un bruit comme s’il fendait du bois, et j’étais étonné de ce qu’il ne se démettait pas l’épaule, et la vigueur de son bras m’épouvanta. Et je disais : Si cet homme-là était né dans la maison de mon père, qui est à un quart de lieue de la forêt de Boehmischbroda, en Bohême, il gagnerait jusqu’à 30 deniers par jour, et sa famille serait riche et honorée, et ses enfans vivraient dans l’abondance ; — et je vis qu’on appelait cela battre la mesure, et encore qu’elle fût battue bien fortement, les musiciens n’étaient jamais ensemble. » Voltaire fut charmé de cette gaieté moitié allemande, moitié française et surtout anti-biblique, et, dans sa correspondance familière, il ne désigna plus Grimm que sous le nom du Petit Prophète.

La lettre sur Omphale et le Petit Prophète étaient les escarmouches de la guerre ; la Lettre sur la musique française fut une véritable bataille rangée. Cette lettre n’est pas seulement une dissertation sur la musique, c’est un examen et une analyse de notre langue : est-elle et peut-elle être musicale ? Elle n’a point de prosodie, ou « elle n’a qu’une mauvaise prosodie, peu marquée, sans exactitude, sans précision. Or, toute musique nationale tire son principal caractère de la langue qui lui est propre, et particulièrement de la prosodie de cette langue [18]. » Après avoir montré avec beaucoup de finesse et de sagacité les qualités et les défauts de notre langue, ses qualités pour l’éloquence, ses défauts pour la musique, Rousseau arrive à cette rude conclusion, qui fit bondir de colère le coin du roi. « Je crois avoir fait voir qu’il n’y a ni mesure ni mélodie dans la musique française, parce que la langue n’en est pas susceptible ; que le chant français est un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue ; que l’harmonie en est brute, sans expression, et sentant uniquement son remplissage d’écolier ; que les airs français ne sont point des airs ; que le récitatif français n’est point du récitatif : d’où je conclus que les Français n’ont point de musique et n’en peuvent avoir, ou que, si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux. »

Rousseau continue, dans son Dictionnaire de Musique, la guerre qu’il avait commencée dans sa Lettre sur la musique française, de sorte que ce dictionnaire est à la fois un traité de musique et un pamphlet. Comme traité de musique, il échappe à ma compétence ; comme pamphlet dans la guerre des bouffons, il m’est accessible. Il y a je ne sais combien d’articles de ce dictionnaire qui ne sont que des épigrammes sous forme d’aphorismes. Ainsi j’ouvre le livre au mot crier : « C’est forcer tellement la voix en chantant, dit Rousseau, que les sons n’en soient plus appréciables et ressemblent plus à des cris qu’à du chant. La musique française veut être criée ; c’est en cela que consiste sa plus grande expression. » Parfois, l’épigramme tourne à la déclamation voyez, au mot génie, ce qu’il dit des jeunes musiciens et à quels signes ils reconnaîtront s’ils ont du génie, signes, après tout, qu’il est facile d’imiter, puisqu’il ne s’agit que de pleurer, de tressaillir, de palpiter et de suffoquer en écoutant la musique. Mais si le jeune musicien n’a pas ces signes du génie musical, s’il n’a ni délires, ni ravissemens. « oh, alors, s’écrie Rousseau, ne demande pas ce que c’est que le génie ! Homme vulgaire, que t’importerait de le connaître ? tu ne saurais le sentir : fais de la musique française ! » Voilà le trait épigrammatique ; mais quelle peine et quelle pompe pour y arriver ! Parfois aussi, nous trouvons dans ce dictionnaire des traits curieux de caractère et des commentaires inattendus de ses Confessions. Ainsi au mot copiste il remarque d’abord, et cette observation se rapporte à ce que j’ai dit des vicissitudes de la musique, qu’on n’a jamais pu appliquer « l’art typographique à la musique avec autant de succès qu’à l’écriture, parce que, les goûts de l’esprit étant plus constans que ceux de l’oreille, on s’ennuie moins vite des mêmes livres que des mêmes chansons. » Il expose ensuite les devoirs et les soins d’un bon copiste. « Je sens, dit-il, combien je vais me nuire à moi-même, si l’on compare mon travail à mes règles ; mais je n’ignore pas que celui qui cherche l’utilité publique doit avoir oublié la sienne. Homme de lettres, j’ai dit de mon état tout le mal que j’en pense ; je n’ai fait que de la musique française et n’aime que l’italienne ; j’ai montré toutes les misères de la société, quand j’étais heureux par elle ; mauvais copiste, j’expose ici ce que sont les bons. O vérité ! mon intérêt ne fut jamais rien devant toi ; qu’il ne souille en rien le culte que je t’ai voué ! » Que dites-vous de ce dithyrambe à propos des copistes de musique ? Non, ce n’est pas par amour de la vérité que Jean-Jacques Rousseau a dit du mal de la littérature, quoique homme de lettres de la société, quoique alors homme du monde, et de ses copies de musique, quoique copiste ; c’est par vanité pure, hélas ! et pour jouer l’homme austère et franc. Gardons-nous bien, d’ailleurs, de le prendre au mot quand il parle de ses mauvaises copies ; nous risquerions fort de le fâcher, car il y a des jours où il met sa vanité à être un bon copiste. Écoutez cette anecdote, qui sera la dernière. « Il s’est élevé hier, dit Mme d’Épinay dans ses Mémoires, une discussion entre Grimm et Rousseau, qui n’était au fond qu’une plaisanterie. Rousseau a eu l’air de s’y prêter de bonne grace ; mais il en souffrait intérieurement, ou je suis bien trompée. Il avait rapporté à M. d’Épinay les copies qu’il avait faites pour lui ; celui-ci lui demanda s’il était homme à lui en livrer encore autant dans quinze jours ; il répondit : « Peut-être que oui, peut-être que non ; c’est suivant la disposition, l’humeur et la santé. — En ce cas, dit M. d’Épinay, je ne vous en donnerai que six à faire, parce qu’il me faut la certitude de les avoir. — Eh bien ! répondit M. Rousseau, vous aurez la satisfaction d’en avoir six qui dépareront les six autres, car je défie que celles que vous ferez faire approchent de l’exactitude et de la perfection des miennes. — Voyez-vous, reprit Grimm en riant, cette prétention de copiste qui le saisit déjà ! Si vous disiez qu’il ne manque pas une virgule à vos écrits, tout le monde en serait d’accord ; mais je parie qu’il y a bien quelques notes de transposées dans vos copies. » Tout en riant et en pariant, Rousseau rougit, et rougit plus fortement encore quand, à l’examen, il se trouva que M. Grimm avait raison. Il resta pensif et triste le reste de la soirée, et il est retourné ce matin à l’Hermitage sans mot dire [19]. » Ce qui faisait la tristesse de Rousseau, ce n’était pas que Grimm discréditait son métier, c’est qu’il déconcertait son charlatanisme.

Jean-Jacques Rousseau prétend que la description de l’incroyable effet que produisit sa Lettre sur la musique française « serait digne de la plume de Tacite. » C’était le temps de la grande querelle du parlement et du clergé : le parlement venait d’être exilé ; la fermentation était au comble ; tout menaçait d’un prochain soulèvement. La brochure parut : à l’instant, toutes les autres querelles furent oubliées ; on ne songea qu’au péril de la musique française, « et il n’y eut plus de soulèvement que contre moi, dit Rousseau. Il fut tel que la nation n’en est jamais bien revenue… Quand on lira que cette brochure a peut-être empêché une révolution dans l’état, on croira rêver. » Heureux temps que celui où une brochure empêchait une révolution dans le gouvernement, en prêchant une révolution dans l’opéra ! Mais ce qu’il y a de singulier, c’est que Rousseau, en parlant ainsi de l’effet de sa brochure, n’exagère pas. Grimm parle de même de l’effet de la querelle des deux musiques et de la brochure de Rousseau. « Les acteurs italiens, qui jouent depuis dix mois sur le théâtre de l’Opéra de Paris et qu’on nomme ici les bouffons, ont tellement absorbé l’attention de Paris, que le parlement, malgré toutes ses démarches et procédures qui devaient lui donner de la célébrité, ne pouvait pas manquer de tomber dans un oubli entier. Un homme d’esprit a dit que l’arrivée de Manelli nous avait évité une guerre civile [20], » et plus loin, « Jean-Jacques Rousseau de Genève, que ses amis ont appelé le citoyen par excellence, cet éloquent et bilieux adversaire des sciences, vient de mettre le feu aux quatre coins de Paris par une lettre sur la musique, dans laquelle il prouve qu’il est impossible de faire de la musique sur des paroles françaises [21]… Ce qui est difficile à croire, et ce qui n’en est pas moins vrai pour cela, c’est que M. Rousseau a pensé être exilé pour cette brochure. Il aurait été singulier de voir Rousseau exilé pour avoir dit du mal de la musique française, après avoir traité impunément les matières de politique les plus délicates [22]. »

Ce n’est pas la plume de Tacite, mais c’est la plume d’un détracteur habituel de Rousseau qui peint le prodigieux effet de la Lettre sur la musique ; nous pouvons donc y croire, et qu’il me soit permis, ayant jugé sévèrement jusqu’ici le caractère de Jean-Jacques Rousseau, de finir par une remarque en sa faveur. Il fait son Discours contre les arts et les sciences, et le voilà tout à coup célèbre, partout loué et partout critiqué ; il fait le Devin du Village, et les belles dames de la cour se pâment de plaisir à l’entendre ; il fait enfin la Lettre sur la Musique française, et il fait presque une révolution en même temps qu’il en empêche une autre : tout cela en moins de trois ans. Il n’était rien, et il est tout en un moment. Comment ce brusque changement des ténèbres au grand jour ne l’aurait-il pas ébloui ? Rousseau est le premier exemple de ces énormes orgueils qui semblent propres à notre temps, c’est-à-dire des orgueils qui veulent être tout à la fois, qui ne visent rien moins qu’à la divinité, et qui touchent à la folie. Aussi tenons compte de ce qu’il y a d’extraordinaire dans sa destinée littéraire : il s’est enivré ; mais n’oublions pas que la coupe qui l’a enivré, tout le monde la lui a présentée avec enthousiasme. Le monde fait plus de fous que la nature, et pour se racheter de cette faute le monde a pris le parti d’être surtout sévère pour les fous qu’il a faits.


SAINT-MARC GIRARDIN.

  1. Voyez les premiers chapitres de cette série dans les livraisons du 1er janvier et du 15 février.
  2. Livre VIIIe.
  3. Mère de Thérèse.
  4. Confessions, livre VIIIe.
  5. Loin de prêcher la fuite des hommes et le goût de la solitude, il écrivait alors à un homme du monde qui s’était pris tout à coup de passion pour la retraite : «…Vous n’avez pas sans doute renoncé absolument à la société ni au commerce des hommes ; comme vous vous êtes déterminé de pur choix et sans qu’aucun fâcheux revers vous y ait contraint, vous n’aurez garde d’épouser les fureurs atrabilaires des misanthropes, ennemis mortels du genre humain. » (Correspondance, 1749.)
  6. Lettre à Mme de Créqui, 9 octobre 1751.
  7. Correspondance, p. 290, 1759.
  8. Voir la dernière lettre à Mme de Créqui, 1771, p. 835 de la Correspondance générale.
  9. Esprit du père Castel, 1763, p. 110 et 111.
  10. Ibid., p. 173.
  11. Le père Castel, devançant les hardis aphorismes des ingénieurs de nos jours, croit même que « les ruisseaux n’existent que pour servir d’ébauches et comme de semences des canaux que nous pouvons former cri les recueillant, en les perfectionnant, et que les torrens laissent aussi des ébauches et des semences de grands chemins qu’il ne tient non plus qu’à notre art de perfectionner et de multiplier. » Page 181.
  12. Mémoires, livre IVe, p. 128.
  13. Mémoires de Mme d’Epinay, t. Ier, p. 338.
  14. « Comme si tout ce qu’ordonne la loi pouvait ne pas être légitime… » page 587.
  15. Confessions, livre VIII, p. 197.
  16. En 1823, pendant une représentation du Devin du Village, une perruque fut jetée sur le théâtre.
  17. Omphale, paroles de Lamothe, musique de Destouches.
  18. Lettre sur la Musique française, p. 525.
  19. Mémoires de Mme d’Epinay, t. II, p. 303.
  20. 1er juillet 1753.
  21. 15 octobre 1753.
  22. 1er janvier 1754.