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Chez l'auteur (p. 59).

Humaine décrépitude


C’est juillet, la saison des moissons.

Sur le coteau où les moyettes d’avoine se dressent en rangs symétriques, deux travailleurs des champs, la chemise trempée de sueurs, chargent les gerbes dans leur charette, sous le soleil ardent, pendant que la note stridente de la cigale plane sur la campagne.

Depuis le temps que dure l’été, la rivière torrentueuse au printemps est devenue presqu’à sec et l’on voit le roc qui forme son lit.

Mais ses forces usées par tant d’années de labeur et d’efforts, un vieil homme la face couverte d’une rude barbe qui fait songer au chaume couvert de frimas en décembre, est assis sur sa galerie, dans une ancienne berceuse. En face de lui, est une fauteuil sur les bras duquel est posé une planchette. Avec des gestes lents, il étale sur cette table improvisée de vieilles cartes salies, fatiguées, écornées. Sa femme est morte voilà plus d’un an ; il est veuf, vieux, malade, désemparé et il s’ennuie. La torpeur habite son cerveau. Alors, pendant que les moissonneurs engrangent les gerbes de la récolte, lui, il fait un jeu de patience. Sa fille dont les cheveux grisonnent et qui souffre d’un commencement de paralysie lui apporte un gobelet d’eau. Maladroitement et parce que sa main aux doigts déformés par le rhumatisme tremble, il en répand sur sa table. Il l’essuie avec sa manche, puis il reprend ses vieilles cartes maculées et, l’esprit veule, continue son jeu de patience.