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Librairie Victor Palmé (1p. 198-219).

CHAPITRE IV.

Martyre d’Alexandre Hoang. — Sa lettre à l’évêque de Péking. — Lettre du roi de Corée à l’empereur de Chine, et réponse de l’empereur.


Le 29 de la neuvième lune, onze jours après l’exécution d’Augustin Niou et de ses compagnons, Alexandre Hoang Sa-ieng-i, que nous avons eu souvent déjà l’occasion de citer, était arrêté sur le territoire de Tsiei-tsien, et amené prisonnier à la capitale.

Alexandre Hoang, malgré sa jeunesse, passait alors, et avec raison, pour l’un des chefs les plus influents de la chrétienté de Corée. Sa naissance aussi bien que son mérite personnel, ses rares talents aussi bien que ses vertus, lui avaient acquis la considération générale. Il appartenait à une des grandes familles du parti Nam-in, distinguée dans le pays par sa noblesse et par les hautes fonctions que plusieurs de ses membres avaient souvent remplies. Doué des plus belles qualités du corps et de l’esprit, il se fit dès l’enfance remarquer entre tous ses compagnons par ses rapides progrès dans les lettres et les sciences. À l’âge de dix-sept ans, il fut couronné aux examens publics et obtint le grade de licencié (tsin-sa). Le roi, ayant entendu parler de ses talents extraordinaires, se le fit présenter, l’entretint quelque temps, le traita avec une bienveillance remarquable, jusqu’à lui serrer le poignet en signe d’amitié, et lui dit en le quittant : « Lorsque vous aurez vingt ans, revenez promptement me voir, je veux à tout prix vous avoir à mon service. »

C’était là une insigne faveur, dans ce pays surtout où les rois ne voient aucune société, n’ont de rapports qu’avec leur famille, et avec les ministres pour les affaires de l’État, et ne se permettent jamais aucune de ces familiarités, même dignes et réservées, que nos usages comportent. Aussi Alexandre dut-il toujours depuis porter un cordon de soie autour du poignet, pour signifier qu’il n’était plus permis au commun des hommes de toucher inconsidérément cette main honorée de l’attouchement de la main royale.

Tout lui présageait donc un brillant avenir, lorsqu’il fut marié à la fille d’un des Tieng de Ma-tsai, cette famille célèbre dont nous avons raconté l’histoire, et entendit pour la première fois parler de la religion chrétienne. Il l’embrassa aussitôt avec ardeur, ne voulut plus connaître d’autre science que celle du saint, répudia le siècle et ses plaisirs dangereux, et, comprenant qu’il devait communiquer aux autres la lumière que lui-même avait reçue, devint un catéchiste zélé.

Ses parents et amis païens l’accablèrent de reproches et de mauvais traitements, sans pouvoir ébranler sa constance. Animé qu’il était d’une ambition plus haute, la faveur et les promesses du roi ne lui faisaient plus aucune impression. Quand celui-ci apprit la conversion d’Alexandre, il en fut affligé, mais ne l’inquiéta nullement, tant il avait d’estime pour ses rares qualités ; peut-être même fut-il touché devoir dans un jeune homme ce mépris héroïque des grandeurs de la terre. Alexandre avait une âme digne de servir un plus grand maître. Admis à la réception des sacrements, il ne mit plus de bornes à sa ferveur, et travailla de tout son pouvoir à seconder le prêtre dans l’exercice de son ministère, et dans toutes sortes d’autres bonnes œuvres.

En 1798 et 1799, il vint demeurer à la capitale, dans le quartier nommé Ai-o-kai. Là, il s’occupait à enseigner les lettres à quelques jeunes gens chrétiens, et à transcrire des livres de piété. Il logea souvent chez lui le P. Tsiou, soit pour le cacher, soit pour faire recevoir les sacrements à d’autres fidèles. Dénoncé nommément dès les premiers jours de la persécution, il se rappela le conseil du Sauveur : « Lorsqu’on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre, » et prit ses mesures en conséquence. Pour ne pas être reconnu, il coupa tout d’abord sa longue et belle barbe, ornement viril assez rare en Corée, et dont naturellement les possesseurs sont très-jaloux ; il revêtit des habits de deuil, dont la forme est parfaitement propre à déguiser les personnes, puis, comprenant l’insuffisance de ces précautions, quitta la capitale, vers le 15 de la deuxième lune.

Il séjourna quelque temps dans le district de Niei-tsien, province de Kieng-sang, puis sur les limites de la province de Kang-ouen, et enfin finit par se fixer dans une fabrique de poteries, au village de Pai-ron, district de Tsiei-tsien. Tous les ouvriers étaient chrétiens. On prépara pour le recevoir une espèce de chambre souterraine, dont les avenues étaient couvertes par tous les grands vases de terre que l’on fabriquait dans l’établissement. Les chrétiens du village eux-mêmes ignorèrent longtemps sa présence ; le maître de maison était seul du secret, avec sa femme et la mère de Grégoire Han, qui venait souvent le voir. Alexandre avait près de lui deux hommes de confiance : Pierre Kim Han-pin-i et Thomas Hoang Sim-i, lesquels allaient sans cesse de côté et d’autre s’enquérir des nouvelles, le tenaient au courant de la marche de la persécution, et lui rapportaient les principaux événements qui intéressaient la chrétienté.

Pierre Kim, natif du district de Hong-tsiou, dans le Nai-po, avait été, pendant son séjour à la capitale, enrôlé comme soldat, d’où le nom de Kim Po-siou, sous lequel il est quelquefois désigné. À la huitième lune, il tomba une première fois entre les mains des satellites, mais réussit à s’évader.

Thomas Hoang était du village de Liong-mari, district de Tek-san, dans le Nai-po. Descendu d’une famille honnête et marié à la sœur de François M Po-hien-i, martyr en 1799, Thomas paraît s’être consacré entièrement au service du prêtre. Il fit plusieurs fois le voyage de Péking, et s’acquitta toujours avec prudence et fidélité des diverses commissions dont il fut chargé par le P. Tsiou.

C’est dans sa retraite de Pai-ron qu’Alexandre Hoang composa une longue lettre adressée à l’évêque de Péking. Ce document, précieux à tous égards, a été heureusement conservé. Alexandre y raconte d’abord, dans tous ses détails, l’histoire des premiers martyrs de cette persécution. Ses informations sont généralement exactes. Sur un certain nombre de points cependant, il avoue lui-même n’avoir pas eu des renseignements suffisants ; et plusieurs fois, en rédigeant cette histoire, nous avons dû, après examen et comparaison d’autres documents, rejeter des faits qu’il avait avancés trop légèrement sur un simple ouï-dire. Dans la seconde partie de sa lettre, il expose le triste état de la chrétienté, et fait un éloquent appel à l’évêque, pour qu’il prenne leur sort en pitié, et s’efforce de faire sortir l’Église coréenne de ses ruines. Nous en citons ici un long fragment, qui fera connaître la position physique et morale des chrétiens, vers la fin de la persécution.

« Le prêtre ayant été dénoncé par un traître, dès son entrée dans le pays, et le feu roi ayant connu sa présence, il fallait sans cesse être sur ses gardes, et prendre les plus grandes précautions. De là, beaucoup ne purent prendre part aux sacrements, et parmi ceux qui les reçurent, la moitié étaient des femmes. Parmi les chrétiens de la province et le peuple de la capitale, un grand nombre, quoique très-fervents, n’y furent pas admis. Tous avaient supporté de grandes souffrances, et espéré bien des années dans le secret ; mais depuis qu’ils ont vu le prêtre devenu la proie des méchants, et sa tête publiquement exposée, toutes les souffrances et tous les efforts de dix années se trouvent en un instant devenus inutiles. Corps et âmes, tout est sur le penchant de la ruine ; pendant la vie et au moment de la mort, les voilà sans aucun soutien ; aussi leur cœur faiblit, leurs idées sont toutes bouleversées, et ils ne savent plus que devenir. Nous leur disons bien, pour les consoler, que le prêtre étant venu dans le seul but de sauver les âmes, désirait sans doute se répandre partout et les sauver toutes, mais que de grands empêchements s’étant rencontrés, il a dû comprimer son affection pour eux, et ne pas la laisser se produire au dehors ; que maintenant qu’il a été martyrisé et se trouve près de Dieu, sa protection devra avoir plus de force que lorsqu’il était sur la terre ; que nous devons avoir pleine confiance en Dieu, espérer plus que par le passé dans sa miséricorde infinie, et ne pas nous laisser aller à des tentations de désespoir. Quelques-uns nous croient, d’autres sont dans le doute ; les uns sont rebutés, les autres semblent un peu consolés ; jamais en aucun temps se trouva-t-il une aussi terrible position ?

« En Europe, les anciennes persécutions ont bien pu être plus violentes que celle de Corée, mais les prêtres s’y étant succédé sans interruption, la religion n’a pas pu être anéantie, et les âmes ont toujours trouvé leur salut. Ici, en Corée, la situation est toute différente, et nous ne pouvons avoir le même espoir. Que de faibles agneaux perdent leur berger, il reste des moyens de les nourrir et de les élever ; qu’un enfant à la mamelle perde sa mère, il y a encore espoir de le voir survivre ; pour nous, nous avons beau y réfléchir, vraiment aucun espoir de vie ne nous reste. Nés dans un pays reculé, et heureusement devenus les enfants de Dieu, nous avions la ferme pensée de consacrer toutes nos forces à faire glorifier son saint nom, nous voulions essayer par là de payer du moins la dix-millième partie de ses bienfaits ; qui aurait pu penser qu’à mi-route nous tomberions dans un aussi triste état ?

« Nous avons bien entendu dire que le sang versé des martyrs est une semence de chrétiens, mais notre royaume a malheureusement pour voisin, à l’est, le Japon qui, par ses cruelles exécutions, a anéanti la religion, et les projets de notre gouvernement sont de le prendre pour modèle. Comment ne serions-nous pas dans l’alarme ? Il est vrai qu’en Corée, les hommes étant naturellement faibles, et la législation moins rigide, on ne voudra pas y aller aussi violemment qu’au Japon ; mais aujourd’hui, parmi nous, il ne reste pour ainsi dire plus aucun homme capable et ferme. Les ignorants, les gens de basse condition, les femmes et les enfants peuvent bien y être encore au nombre de plusieurs milliers, mais personne pour les diriger, personne pour les instruire, comment pourraient-ils se conserver longtemps ? N’y eût-il plus de persécution, qu’avant dix ans, la chrétienté sera d’elle-même réduite à néant[1]. Quelle douleur ! Mais tant que nous serons en vie, comment pourrions-nous voir ainsi la ruine complète de la Religion ?

« Ayant échappé aux malheurs de cette année, nous en sommes encore tout émus et tremblants, et tout en rendant grâces à Dieu pour le bienfait qui nous a conservé la vie, nous sommes attristés de n’avoir pas, comme nos frères, été jugés dignes du martyre. Au moins, pendant ce reste de notre existence, nous désirons vraiment supporter toutes les peines et braver toutes les difficultés pour servir la cause de Dieu, mais non-seulement nos expédients sont à bout, nos ressources aussi sont épuisées. Faut-il donc que notre désolation nous accompagne dans la tombe ! Au milieu de tous ces malheurs, qui aura pitié de nous ? qui nous consolera ? Nous voudrions bien aller déposer nos pleurs et nos demandes aux pieds de votre bonté, mais empêchés par la distance, nous ne pouvons faire que des vœux et rien de plus. Quelle tristesse ! quelle angoisse ! que deviendrons-nous ?

« Quand nous apprîmes que le prêtre s’était livré, outre le saisissement et la douleur causés par un aussi triste événement, nous avons conçu encore un sujet de crainte. Lorsqu’on connaîtra à Péking tout ce qui vient de se passer, ne sera-ce pas une cause d’abandon pour notre Église ? S’il en était ainsi, aucune espérance ne resterait pour la religion en Corée. C’est ce danger imminent, et non point notre péril personnel, qui fait jour et nuit le sujet de nos craintes et inquiétudes. Si, par bonheur, on ne fait pas de perquisitions ultérieures, nous autres étant encore en vie, et Jean[2] aussi ayant été conservé, comme vous resterez sans doute chargé de la Corée, nous ferons tous nos efforts pour rétablir les relations avec vous, et par là avoir part aux bienfaits de Dieu ; daignez donc écouter nos paroles et y réfléchir profondément.

« La Corée est le plus pauvre des royaumes du monde, et les chrétiens y sont les plus pauvres de tous. Parmi eux, c’est à peine aujourd’hui si l’on peut compter dix familles qui n’aient pas à souffrir de la faim et du froid. En 1794, quand on reçut le prêtre, on ne put rien préparera l’avance. Ce ne fut qu’après son arrivée qu’on disposa à la hâte les choses les plus nécessaires, et encore d’une manière bien mesquine et bien incomplète. Cela provient en partie sans doute de notre inhabileté et ignorance des affaires, mais la cause en tut aussi dans notre pauvreté ; nos forces ne purent y suffire. Plus tard le nombre des chrétiens ayant augmenté, on fut moins à la gène, toutefois nous ne pûmes arranger les choses convenablement.

« Après la persécution de cette année, tous sont entièrement ruinés. Ceux-là même qui ont voulu par l’apostasie éviter la mort, sont sortis des prisons nus et spoliés, ne conservant que le souffle de la vie. Notre pauvreté est donc plus grande encore qu’en 1794, et eussions-nous même quelque bon expédient, nous ne pourrions le mettre à exécution. Malgré tous les désastres de la chrétienté, si nous avions quelques ressources, il semble que nous pourrions maintenant essayer quelque chose. Voici pourquoi. Depuis 1795, il y avait deux causes continuelles de persécution : l’une, que le feu roi, soupçonnant et craignant le prêtre, voulait absolument le trouver ; l’autre était la haine qui poussait les No-ron à anéantir les Nam-in. Or, d’un côté, le prêtre ayant été saisi, et, de l’autre côté, les Nam-in, poursuivis par les No-ron, ayant vu périr tous leurs hommes les plus remarquables, on peut désormais espérer un peu de calme. Il est vrai que la loi sur les cinq maisons solidaires l’une de l’autre dure encore, mais elle n’est exécutée que dans les quartiers où se trouvaient les chrétiens ; dans les autres endroits, elle n’existe que de nom, tout y est tranquille, et on peut aller s’y établir.

« Pour ce qui concerne les routes, dans les provinces de Kieng-kei, T’sieng-tsieng et Tsien-la où il y avait beaucoup de chrétiens, et dans celles de Kieng-sang et Kang-ouen où les chrétiens fugitifs se sont retirés depuis quelques années, les voyageurs sont, à chaque instant, soumis à des perquisitions. Mais dans les provinces de Hoang-hai et P’ieng-an, où il n’y avait pas de chrétiens avant la persécution, et où depuis nul n’a cherché refuge, on ne parle de rien, et les soupçons ne sont pas éveillés. À Pien-men même, sur la frontière de la Chine, quoiqu’on exerce encore maintenant une assez rigoureuse surveillance, dans un ou deux ans, tout sera passé, et on pourra risquer quelque tentative. Nous devrons aussi changer notre manière d’agir. Jusqu’ici on s’était surtout efforcé de répandre la religion parmi les païens, et de la rendre libre ; maintenant que c’est devenu impossible, il faut tâcher de la conserver par la prudence. Il faut s’appliquer à raffermir tous ceux qui pratiquaient le christianisme, à bien instruire ceux qui ne faisaient que commencer, et quant aux autres, prier Dieu en secret pour leur conversion, et attendre en silence. Par là, on pourra se conserver sans inquiétude.

« En 1795, les chrétiens, joyeux de l’arrivée du prêtre et se félicitant de leur bonheur, n’ont pas su craindre et n’ont pas pris de précautions suffisantes. Mais maintenant, instruits par l’expérience et se servant du passé comme d’un miroir, ils prendront toutes les précautions convenables, et il n’y a pas de raison pour que la persécution s’élève de nouveau. Nous ne pouvons attendre la mort sans rien faire, mais rien ne se peut qu’avec des ressources. Il est difficile de croire que l’existence et la ruine de la religion dans un royaume, la vie et la mort des âmes, dépendent du Mammon d’iniquité, et cependant faute de ressources, la chrétienté de Corée va être anéantie, et lésâmes sont condamnées à la mort.

« C’est pourquoi nous osons vous en prier, et nous espérons que vous voudrez bien implorer des secours dans tous les royaumes de l’Europe pour nous, quoique nous ne soyons que de misérables pécheurs, afin de soutenir notre Église persécutée, et de nous procurer le moyen de sauver nos âmes. De notre côté, nous nous disposerons, formerons nos plans, et après avoir tout préparé sûrement, nous vous demanderons le bienfait d’une seconde vie ; de grâce, ayez pitié de nous. Nous savons qu’il y a une sorte d’imprudence à faire une pareille demande. Néanmoins, considérant que sans votre secours, nous sommes condamnés à une mort éternelle, nous osons maintenant ouvrir la bouche, et si, après avoir demandé, nous n’obtenons rien, nous n’emporterons pas du moins dans la tombe le regret de n’avoir rien essayé. Isolés et sans aucun appui comme nous sommes, nous vous en conjurons avec instance, daignez, à l’exemple du Dieu tout bon et tout miséricordieux, penser à des enfants pauvres, misérables et faibles, et ranimer nos espérances en comblant nos vœux. Quel plus grand bien pour l’Église ? quel j)lus grand bien pour nous, que de nous ouvrir le chemin d’une seconde vie ?

« De notre côté, nous tâcherons d’y répondre ; mais il ne s’agit pas de choses réalisables en quelques jours ou en quelques mois. Rien ne peut se faire en moins de deux ou trois ans. L’entrée d’un prêtre en Corée rencontre deux grandes difficultés, les cheveux et le langage[3]. Les cheveux peuvent croître assez facilement, mais le langage ne se change pas aussi vite. Si le prêtre pouvait bien parler, la plus grande difficulté disparaîtrait. Dans notre humble pensée, il serait bon d’envoyer à l’avance un Coréen à Péking, pour enseigner la langue coréenne aux prêtres que vous auriez désignés. Si vous le permettiez, nous conviendrions secrètement d’un signe et nous nous disposerions pour le passage, soit de l’hiver, soit du printemps, selon qu’il vous serait plus commode. Il serait aussi très-avantageux qu’un chrétien Chinois fervent et fidèle vînt s’établir secrètement à Pien-men. Il ouvrirait une auberge pour défrayer les voyageurs, et nos communications en deviendraient beaucoup plus faciles. »

Vient ensuite l’exposition détaillée de divers plans qu’Alexandre, dans sa cachette solitaire, avait imaginés pour faire obtenir la liberté de la religion à ses frères persécutés. Le premier eût été de faire écrire par le Pape à l’Empereur de Chine, pour lui donner ordre de laisser les chrétiens en paix, et de recevoir les missionnaires. La foi naïve du néophyte ne pouvait s’imaginer qu’un potentat, quel qu’il fût, même paien, osât refuser d’écouter la voix du souverain Pontife, vicaire de Dieu sur la terre. La liberté de la religion une fois accordée en Chine, elle devait tout naturellement, par contre-coup, l’être aussi en Corée ; et si le gouvernement coréen faisait des difficultés, il serait facile à l’Empereur chinois de l’y contraindre par la force des armes. Enfin, dans le cas où ce plan eût rencontré des obstacles insurmontables, Alexandre proposait à l’évêque de Péking de faire appel aux nations chrétiennes de l’Europe, de les supplier d’envoyer une armée de soixante ou soixante-dix mille hommes pour conquérir la Corée, et s’il était impossible de réunir tant de troupes, d’essayer au moins avec sept ou huit mille, chiffre qui, dans son opinion, eût été suffisant à la rigueur. La lettre se termine ainsi :

« Pour nous, les jours sont comme des années. Nous voudrions faire quelque chose, mais cela nous est actuellement impossible ; nous ne pouvons qu’espérer. Nous désirons ardemment que vous ayez pitié de nous, et veniez à notre aide sans retard. Après la violente persécution de cette année, peu de chrétiens ont échappé, et tous doivent se tenir cachés, et laisser croire qu’ils sont entièrement anéantis. C’est le seul moyen de conserver ici les restes de la chrétienté. Les uns se sont faits marchands ambulants, les autres, forcés d’émigrer, se trouvent sur les routes ; nous demandons dispense des jeûnes et abstinences pour tous ceux qui sont en voyage.

« An de Jésus-Christ 1801, 29 octobre, le lendemain de la fête des apôtres saint Simon et saint Jude, nous pécheurs Thomas et autres, vous saluons de nouveau en envoyant ces détails. »

Cette lettre était écrite sur une pièce de soie, avec de l’encre sympathique, qu’on ne pouvait lire sans connaître le secret. Thomas Hoang voulut s’adjoindre, pour la porter à Péking, un chrétien de la province de P’ieng-an, nommé Ok Tsien-hei, qui avait, lui aussi, fait le voyage de Chine plusieurs fois pour les lettres et commissions du P. Tsiou. Il y avait encore été pendant l’hiver de 1800 à 1801, et ayant appris, à son retour, que la persécution venait d’éclater avec violence, était retourné de suite à Pien-men, sur la frontière chinoise, pour tâcher d’informer les chrétiens de Chine du véritable état des choses.

Thomas réussit à trouver Ok Tsien-hei, l’amena à Alexandre pour se concerter avec lui, et tous deux promirent de partir à la fin de l’année, avec l’ambassade annuelle, pour remettre la lettre entre les mains de l’évêque de Péking. Mais la Providence en avait décidé autrement, et la lettre ne devait pas arriver à sa destination. Elle était datée du 27 octobre ; le 2 novembre, Thomas Hoang fut arrêté.

Effrayé outre mesure de se voir en prison, s’imaginant que, lui saisi, aucun chrétien ne pouvait échapper, espérant peut-être, par des aveux, faire cesser la persécution, il découvrit le lieu ou Alexandre était caché. Nombre de chrétiens prétendent qu’il avait reçu d’Alexandre lui-même l’ordre de le dénoncer, si les choses en venaient à l’extrémité. Les satellites arrivés en toute hâte à Pai-ron, ne pouvaient trouver celui qu’ils cherchaient ; enfin le bruit sourd que rendaient les grands vases de terre, quand on marcha sur la cave, attira leurs soupçons et il fut rencontré. Alexandre les vit arrivera lui sans s’effrayer. Il ordonna de ne pas toucher la main que le roi avait jadis serrée, et où se trouvait le cordon signe de la faveur royale, et cet ordre fut respecté. On le conduisit, chargé de fers, à la capitale, et la fameuse lettre fut trouvée sur lui, roulée dans ses vêtements. Nous ignorons comment les juges purent en prendre lecture. Une tradition rapporte qu’un chrétien, menacé de mort, s’offrit à en donner la clef, ce qui fui accepté ; mais ce fait est loin d’être prouvé. Quoi qu’il en soit, la lettre fut lue, et jeta l’épouvante à la cour. Le complot d’appeler les Européens dans le pays, au secours des chrétiens, était évident ; on en avait en main la preuve authentique, il en fallait dix fois moins, avec un gouvernement aussi soupçonneux et aussi jaloux des étrangers que le gouvernement coréen, pour faire traiter les prisonniers en criminels d’État.

En même temps, et probablement sur les indications fournies par Thomas Hoang, les deux autres associés d’Alexandre, Ok Tsien-hei et Pierre Kim Han-pin-i furent saisis et jetés dans la même prison. On leur adjoignit bientôt un cinquième chrétien, de la classe des interprètes, nommé Hien Kiei-heum-i, ou Hien Sa-si-ou, le père du catéchiste Charles Hien, décapité pour la foi en 1846.

Hien Kiei-heum-i s’était d’abord réfugié en province, mais toute sa parenté s’étant trouvée compromise, et exposée à de continuelles vexations à cause de sa fuite, on lui écrivit de se livrer, ce qu’il fit. On l’accusait de s’être rendu à bord d’un navire européen qui, en 1799, avait, pendant quelques jours, mouillé en rade de Tong-nai, et d’avoir rapporté qu’un seul navire comme celui-là pourrait facilement détruire plus de cent navires de guerre coréens ; ce qui, aux yeux des juges, prouvait manifestement sa participation au complot. Il fut donc à tort ou à raison impliqué dans le procès d’Alexandre. Tous ces accusés eurent des tortures extraordinaires à supporter, et tous le firent en héros. La pensée de renier leur foi ne leur vint pas un seul instant, et ils furent bientôt condamnés.

Voici le texte officiel de la sentence de Thomas Hoang, celles de ses compagnons sont analogues.

« Le 24 de la dixième lune, tribunal du Keum-pou.

« Le coupable Hoang Sim-i, être vil et méprisable, perdu dans la mauvaise religion, a parcouru la capitale et les provinces, a consacré toutes ses forces et s’est beaucoup remué pour la secte impie et ignoble. Ayant été secrètement dans un pays étranger, il a reçu un nom dans l’Église des Européens. Il a fait divers voyages pour Tsiou Moun-mo (le P. Tsiou), et a transmis ses lettres. Dans tout ce que les adeptes de la mauvaise religion ont tramé, il n’est rien qu’il n’ait su à l’avance. Il s’est lié à la vie, à la mort, avec Sa-ieng-i (Alexandre Hoang), puis ayant appris que celui-ci, pour se dérober à la justice, était allé à Tsiei-tsien, il est allé à dessein l’y trouver ; ils ont partagé le même oreiller, et, pendant la nuit, il a lu de ses yeux son affreuse lettre, qui, par son atrocité, n’a rien d’égal sous le ciel dans les temps anciens ou modernes. La plume se refuse à en écrire les horreurs, car jamais rien de semblable n’a été vu ni entendu. Il a comploté impudemment avec lui, et s’est engagé à envoyer cette lettre aux étrangers, pour faire venir les grands vaisseaux, et mettre le royaume en péril. Mais ses noirs desseins ont été découverts. C’est un rebelle, un scélérat. Qu’il soit conduit dehors de la porte de l’Ouest ; qu’il soit coupé en six, et décapité. »

Le 24 de la dixième lune (29 novembre), Thomas, qui avait signé la lettre, fut décapité et coupé en six morceaux, selon la sentence. Pierre Kim Han-pin-i, l’accompagna au supplice, mais fut seulement décapité. Thomas avait alors quarante-cinq ans, et Pierre trente-huit ans. Le 5 de la onzième lune (10 décembre) vint le tour de leurs trois compagnons. Alexandre Hoang condamné comme auteur de la lettre, monstre dénaturé, coupable de lèse-majesté divine et humaine, fut décapité et coupé en six. Les deux autres eurent simplement la tête tranchée, comme les criminels ordinaires. Alexandre n’était âgé que de vingt-sept ans ; Ok Tsien-hei avait environ trente-cinq ans, et Hien Kiei-heum-i trente-neuf. En même temps la maison et les biens d’Alexandre furent confisqués, sa mère exilée à l’île Ke-tsiei, sa femme à Tsiei-tsiou (Quelpaert) et son fils Kieng-hen-i à l’île Tsiou-tsa-to, où il vivait encore, il y a quelques années.

Quelques jours plus tard on fit le procès à deux chrétiens de Pai-ron, qui, pour avoir caché dans leur maison Alexandre Hoang, avaient été saisis et emprisonnés avec lui. L’un fut condamné à l’exil, sans doute après apostasie ; l’autre, nommé Kim Koui-tong-i, montra plus de courage. Né dans le district du Nai-po, il avait, afin de pratiquer librement sa religion, quitté ses biens, sa famille, son pays, et s’était retiré à Pai-ron, où il gagnait sa vie en fabriquant des poteries. Après de longues tortures, le juge lui promit sa liberté s’il voulait apostasier ; mais il s’y refusa constamment, et déclara vouloir mourir avec les autres chrétiens. Il fut, dit-on, envoyé à la ville de Hong-tsiou, son propre district, où il eut la tête tranchée, le 30 de la douzième lune (2 février 1802).


Ainsi se termina cette affaire, malheureusement trop célèbre, et dont les suites ont été si fâcheuses. Que les projets enfantés par l’imagination exaltée d’Alexandre Hoang fussent chimériques, surtout à cette époque, c’est évident. Qu’ils fussent imprudents, dangereux, nous le reconnaissons volontiers. Que les passions politiques, les irritations du Nam-in vaincu contre les No-ron vainqueurs aient été pour quelque chose dans cet appel à l’intervention étrangère, c’est probable. Mais qu’au fond, ses intentions fussent droites, qu’il eût principalement en vue la délivrance des chrétiens, le triomphe de l’Évangile sur le paganisme, de Dieu sur l’enfer, cela nous semble hors de doute.

Du reste, qu’on le juge comme on voudra, la lettre où il expose ses plans, est un fait personnel à lui et aux trois compagnons de sa retraite. Aucun des chrétiens d’alors ne l’a connue, ni n’a pu la connaître, puisque les dates prouvent qu’elle était à peine rédigée, quand ses auteurs furent saisis. Le gouvernement coréen prétendit voir dans ce document la preuve manifeste d’une conspiration générale des chrétiens. Il fit publier partout qu’ils avaient déjà ramassé l’argent nécessaire, et enrôlé un grand nombre de soldats. Mais les faits démentent ces accusations. Les faibles sommes recueillies par les chrétiens n’étaient nullement destinées à seconder l’invasion étrangère, puisqu’elles suffisaient à peine pour faire face aux dépenses du prêtre et de ses employés, puisque, dans sa lettre même, Alexandre constate, à plusieurs reprises, la pauvreté et le dénuement de ses coreligionnaires. L’inculpation d’avoir levé des troupes est encore plus ridicule, puisque Alexandre, caché dans son souterrain, n’avait pu avoir ni le temps, ni les moyens déformer même une bande de dix personnes. Or, c’est dans sa retraite, au temps même où il rédigea sa lettre, qu’il songea à implorer l’appui des Européens, et la preuve en est que, jamais auparavant, aucun chrétien n’avait entendu parler d’une intervention à main armée. Ils y pensaient si peu, qu’à l’époque du procès, et jusque dans ces derniers temps, ils étaient unanimes à ne voir dansées imputations qu’une calomnie odieuse, inventée par les juges. Les missionnaires européens eux-mêmes n’ont pu savoir ce qu’il en était, qu’après avoir obtenu, à grand’peine, une copie authentique de la lettre.

Quoi qu’il en soit, l’effet produit fut déplorable. Aux deux causes de persécution jusque-là existantes, et que nous avons expliquées plus haut, savoir : la haine instinctive des païens contre le christianisme et les rancunes acharnées des partis politiques, vint dès lors s’enjoindre une troisième, aussi puissante que les autres : le sentiment de l’indépendance nationale. On a toujours affecté depuis de regarder les chrétiens comme les ennemis naturels du pays et de la dynastie. Cette opinion, habilement entretenue par les ennemis de la religion, a été le prétexte, sinon la cause, de persécutions et de vexations sans nombre ; et malheureusement, de nos jours, diverses interventions avortées n’ont servi qu’à confirmer les craintes jalouses du gouvernement, et à faire couler, plus abondants que jamais, les flots de sang chrétien.


Pendant que le tribunal suprême instruisait le procès d’Alexandre Hoang et de ses compagnons, arriva l’époque du départ de l’ambassade annuelle pour Péking. Les événements qui venaient d’avoir lieu étaient trop considérables, les exécutions de grands personnages avaient été trop nombreuses, pour qu’il fût possible de les passer entièrement sous silence. Il fallait aussi mentionner et excuser la sentence de mort portée et exécutée contre un sujet chinois, à l’insu de l’Empereur. Les artifices et les mensonges habituels de la diplomatie vinrent en aide à la régente, pour donner aux faits la couleur voulue. Voici le texte de la lettre écrite au nom du jeune roi, et datée de la sixième année de Kia-king, le 20 de la dixième lune (25 novembre 1801)[4].

« Le roi de Tchao-hien (Corée) expose respectueusement à Sa Majesté Impériale, l’origine et la fin des troubles, que le petit royaume[5] a eu le malheur d’éprouver de la part d’une secte de brigands, dont il a fait justice en les mettant à mort.

« Sa Majesté Impériale sait que depuis le jour où les débris de l’armée des Yn[6] ont passé à l’Orient, le petit royaume s’est toujours distingué par son exactitude à remplir tout ce que prescrivent les rites, la justice et la loyauté, et en général par sa fidélité aux devoirs. C’est une justice que lui a toujours rendue la cour du Milieu (la cour de Chine). Ce royaume, qui a toujours conservé la pureté de ses mœurs, n’estime rien tant que la doctrine des Iou (la doctrine des lettrés). Tous les livres autres que ceux de Tchou-cha, de Ming ou de Lo[7] n’ont jamais été admis par les lettrés et les mandarins de ce royaume ; à plus forte raison, n’ont-ils jamais eu cours parmi eux. Il n’est pas jusqu’aux femmes et aux enfants des carrefours et des chaumières, qui ne soient familiers avec les cinq devoirs fondamentaux et les trois grands câbles, appuis de la société[8], et qui n’en fassent la règle ordinaire de leur conduite. Toute autre doctrine est étrangère au petit royaume et l’erreur n’y a jamais pénétré.

« Mais depuis environ une dizaine d’années, il a paru une secte de monstres, de barbares et d’infâmes, qui s’affichent pour les sectateurs d’une doctrine, qu’ils disent apportée d’Europe, qui blasphèment contre le ciel, n’affectent que du mépris pour les sages, se révoltent contre leur prince, étouffent tout sentiment de piété filiale, abolissent les sacrifices des ancêtres, et brûlent leurs tablettes ; qui, prêchant un paradis et un enfer, fascinent et entraînent à leur suite le peuple ignorant et imbécile ; qui, par le moyen d’un baptême, effacent les atrocités de leur secte ; qui recèlent des livres de corruption, et avec des sortilèges semblables à ceux des Fou-tchan (bonzes, sectateurs de Fo), rassemblant des femmes de toutes parts, vivent comme les brutes et les oiseaux de basse-cour. Les uns se disent pères spirituels (prêtres), d’autres se donnent pour dévoués à la religion (chrétiens). Ils changent leurs noms pour se donner des titres et des surnoms à l’exemple des brigands Pe-ling et Houang-kin[9]. Ils s’adonnent à la divination, répandent en forcenés l’erreur et le trouble depuis la capitale jusqu’aux provinces Tchung-sing et Tsuen-lo (Tsiong-tsieng et Tsien-la). Leur doctrine se communique avec la rapidité du feu, leurs sectateurs se multiplient d’une manière effrayante.

« Défunt Kung-huen-ouang (le roi précédent, Tieng-tsong-tai-oang), ayant pris une connaissance exacte de tous ces désordres, et prévoyant les suites, donna les ordres les plus sévères, et prit les mesures les plus efficaces pour arrêter le cours du mal. En l’année sin-hay de Kien-long (1791), Yn-tchi-tchung et Tsiuen-chang-ien (Paul Ioun Tsi-tsiong-i et Jacques Kouen Siang-ien-i), avec d’autres, ayant supprimé les sacrifices et détruit tous les objets qui y étaient destinés, furent tous punis de mort. Tout jeune encore, je reçus l’inauguration pour lui succéder[10]. Ces brigands corrompus, étouffant tout sentiment d’égards et de bienséance, se dirent que l’instant était favorable. Dès lors, entre eux une correspondance plus active et plus suivie, une union plus étroite ; bientôt c’est un torrent qui déborde, un incendie qui ravage tout. Leurs complices croissent tous les jours en nombre de la même manière qu’un bourgeon, qui, sortant d’un arbre, en donne lui-même plusieurs autres, lesquels, produisant de la même manière, en très-peu de temps se multiplient à l’infini.

« À la troisième lune de cette année, on a intercepté à Han-tchung, ville du premier ordre, les lettres de ces brigands corrupteurs, de même que les livres de leur doctrine perverse : c’est d’après ces pièces qu’on a entamé leur procès.

« Alors j’assemblai, pour délibérer sur cette affaire, les grands de Y-tchung (Ei-tsieng, Conseil des ministres), les mandarins de Y Rin-fou, Sse Rien-fou, Sse Kien-yuen (le Keum-pou et les autres tribunaux). On commença par l’examen des livres. Il conste qu’ils ont été composés par Ting-io-tchung (Augustin Tieng Iak-tsiong) ; or, selon la déposition de celui-ci, Ly-tcbung-hieun (Pierre Ni Seng-houn-i), de retour d’une ambassade à la suite de son père Ly-tung-yu, avait rapporté des livres qui renfermaient une doctrine d’Europe ; il avait reçu ces livres des Européens de Péking, avec lesquels il s’était lié pendant son séjour en cette capitale. Il communiqua d’abord ces livres à Ly-niée (Ni Piek-i), ensuite à Yn-tchi-tcbung, son frère, à Ting-io-tsuen, Ting-io-yung, Ly-kia-houen et autres (Tieng Iak-tsien, Tieng Iak-iong, Ni Kahoan-i.) Ils étudiaient ces livres, les discutaient ensemble et en faisaient la règle de leur conduite. Par suite, ils renoncent à leurs propres parents pour se faire une secte et des disciples, pensant par ce moyen changer les mœurs de ce royaume ; mais les lois étant très-strictes et sévères, leur dépit s’exhale en murmures, ils maudissent, blasphèment, résistent en face, ne méditent rien moins qu’une révolte. Il y a déjà du temps que Ly-niée est mort, mais les dépositions de Ting-io-tsuen, Ting-io-yung, Ly-kia-houen, Ting-io-tchung, Ly-tchung-hieun, s’accordent toutes parfaitement.

« Cependant Ly-kia-houen étant fort habile dans la littérature et les arts libéraux[11], avait obtenu un mandarinat du second ordre ; aussi ces sectaires le prenaient-ils pour leur appui et lui étaient-ils soumis en tout. Il mit en langage vulgaire les livres corrupteurs qu’avait apportés Ly-tchung-hieun, et était à la tête de tous pour les répandre au loin. Ting-io-tchung avait pour principaux complices Hung-io-ming, King-ting-tchouun, Tsoui-tchang-hien, Ly-si-yng, Hung-py-tcheou, Tsoui-py-kung et autres (François-Xavier Hong Kio-man-i, Sabas Tsi Tsiang-hong-i, Paul Ioun Tsi-tsiong-i, Thomas T’soi Pil-kong-i, etc…) Toutes leurs dépositions sont claires et s’accordent. Outre ces hommes de lettres et de grande famille, quelques centaines et plus d’un rang inférieur, parmi les marchands et le simple peuple, s’étaient réunis au parti. Tous se plient et se replient, s’entrelacent ensemble comme le serpent, et se nouent comme une corde. D’un autre côté, les femmes séduites et entraînées dans le parti, ont à leur tête Kiang-ouan-chou, mère de Hung-py-tcheou (Colombe Kang Oan-siouk-i et son fils Philippe Hong).

« Déjà auparavant Ly-yen (Ni In), prince de la famille royale, avait été coupable de trahison et de révolte. Le roi défunt, par affection et bienveillance pour un membre de sa propre famille, ne put se résoudre à le faire mourir ; il fut relégué dans une île. Cependant la famille de Ly-yen et tous ses gens s’accordaient secrètement avec Kiang-ouan-chou, pour répandre cette perverse doctrine, et ils ourdissaient ensemble la trame de leurs criminels projets. En ce même temps, Ly-yen s’échappa de l’île à la faveur de la nuit. Quand l’affaire fut sur le point d’éclater, l’année ping-chen de Kien-Iong (1776), Hung-yo-ien, sujet allié à la famille royale et neveu de Hung-ling-han, coupable de trahison, révolte et brigandage, s’accorda avec Hung-tsi-nung et autres pour amener une rébellion, mais le roi défunt ne voyant en eux que des parents égarés, dissimula pour leur faire grâce. Cependant, Hung-yo-ien n’en devint que plus acharné à poursuivre ses projets criminels ; il se lia plus étroitement que jamais avec Ly-kia-houen, et tous deux avaient le même but. Yn-sing-you, ministre d’État, favorisait de tout son pouvoir les crimes de Hung-yo-ien, faisait traîner les procès en longueur et, en opposition formelle aux lois du royaume, s’efforçait de tout troubler et de faire prendre le change à la multitude. Il paraît bien que ces brigands corrupteurs, ayant étouffé tout sentiment naturel, voulaient s’élever ouvertement contre l’État. Déjà depuis longtemps se préparait, en secret, le ferment terrible qui devait produire l’explosion ; se contentant à l’extérieur de faire parade de leur doctrine perverse, ils recelaient intérieurement leurs désastreux desseins, se parant de belles règles de conduite, qui n’étaient que des moyens d’exciter le trouble ; or Ly-yen était leur merveille et leur trésor.

« Ce fut bien longtemps après que cette secte obtint et reçut d’un commun accord Tcheou-ouen-mo (le P. Jacques Tsiou), qu’ils qualifiaient du titre de père spirituel. La maison de Kiang-ouan-chou lui servait comme de caverne pour se cacher. Interrogé sur son nom et sa demeure, il ne répondait que par des équivoques et des tergiversations, s’enveloppant de mille formes différentes pour cacher ses crimes. Quoiqu’il fût frappé à plusieurs reprises, rien ne put vaincre son obstination à tergiverser. Or, ce Tcheou-ouen-mo était à la tête de tous leurs plans, le centre de leur correspondance ; ils se ralliaient tous autour de lui et auraient voulu mourir tous ensemble pour lui seul. On tremble encore à la pensée du danger qu’a couru le royaume, placé ainsi à deux doigts de sa perte, et n’ayant plus qu’un souffle de vie.

« Il n’y avait pas de temps à perdre pour remédier au mal et en extirper la racine. Ly-yen, Hung-yo-ien, Yn-sing-you ont eu la permission de s’étrangler eux-mêmes[12] ; Tcheou-ouen-mo a eu la tête tranchée, avec Ting-io-tchung, Li-tchung-hieun, Hung-yo-ming, etc… Ly-kia-houen est mort sous les coups de bâton, Ting-io-tsuen, Ting-io-yunget autres, ont été punis à raison de la part qu’ils avaient prise aux crimes.

« Quant à la trame des complots et des intrigues ourdies par ces brigands, un des leurs, appelé Houang-sse-yung (Alexandre Hoang Sa-ieng-i), en tenait le fil. Prévoyant l’orage, il s’était dérobé par la fuite à la poursuite des mandarins. Ce n’est qu’à la neuvième lune qu’il fut pris et interrogé pour la première fois. Or, selon ses dépositions, après que Ly-tchung-hieun eut rapporté la doctrine d’Europe, ces brigands continuèrent à correspondre avec les Européens de Péking. Kin-you-chan, Houang-sin, Ouang-tsien-sy (Thomas Hoang Sim-i, Ok Tsien-hei, etc…), s’acquittaient de cette commission à chaque ambassade qui allait à Péking. Ils en tiraient des plans de corruption et des moyens relatifs à leurs fins.

« Celui qu’ils nomment Tcheou-ouen-mo, ayant pris le costume d’un homme du commun, eut un rendez-vous sur les frontières, et après avoir marché jour et nuit, il entra furtivement dans ce royaume au printemps de l’année y-mao (1795). Il y resta plusieurs années caché, en qualité de maître et de chef de parti. Tcheou-ouen-mo est de Sou-tchéou, ville du premier ordre dans la province de Kiang-nan. On saisit une de ses lettres écrite sur la soie, que Houang-sin et Ouang-tsien-sy étaient convenus de porter secrètement aux Européens en la cousant dans leurs habits ; mais elle fut prise avant leur départ. Houang-sin, qui en était chargé, se disait lui-même To-mo[13]. Cette lettre contenait deux projets atroces proposés aux Européens pour renverser le petit royaume. Le premier consistait à écrire à tous les royaumes de la grande Europe, pour leur proposer de venir par mer, avec quelques centaines de vaisseaux, portant cinquante à soixante mille hommes, de gros canons et d’autres armes terribles, pour conquérir et détruire le petit royaume.

« Le second projet était d’introduire sur les frontières un homme de leur religion, qui s’y établirait sous prétexte de commerce, ferait passer les lettres, et serait une voie sûre pour communiquer les plans et les résultats des délibérations du parti. Les dépositions de Kin-you-chan, Houang-sin, Ouang-tsien-sy et d’autres, s’accordent sur ces deux articles. De plus, selon les dépositions de Lieou-hung-leen, Yn-tchi-hien (Augustin Niou Hang Kem-i, François Ioun Tsi-hen-i), et autres membres de cette secte perverse, il existait un complot pour inviter une flotte européenne. C’était un parti pris irrévocablement ; Ly-kia-houen et autres étaient chargés des frais nécessaires pour amener la révolte en secret. C’est aussi ce que dépose Houang-sse-yung. Hélas ! les royaumes d’Europe n’ont avec le petit royaume aucun rapport de haine ou de bienveillance. Si l’on consulte la raison et le cours ordinaire des choses, est-il possible qu’ils aient le cœur de venir à travers les mers, de dix mille lieues de distance, pour renverser le petit royaume ?

« Ainsi cette détermination vient sans doute uniquement de ce que les brigands, au désespoir de se trouver sans ressource, réduits à chercher du secours au bout du monde, ont conçu le dessein d’inviter au delà des mers des armées européennes, se proposant de leur ouvrir eux-mêmes les portes et de leur livrer le royaume. Moi, mes mandarins, mon peuple, saisis de crainte, tout tremblants, l’indignation dans le cœur, en fûmes pénétrés jusque dans les os, et je fis aussitôt décapiter Houang-sin, Kin-you-chan, Ouang-tsien-sy, Houang-sse-yunget Lieou-hung-leen.

« Toutefois, considérant que le petit royaume, pays méprisable, situé à un coin de la mer, comblé des bienfaits de Sa Majesté, lui offre chaque année le tribut d’usage, comme s’il était dans l’intérieur même de l’empire ; considérant que, quand il survient quelque grande affaire dans un royaume quelconque, on doit aussitôt faire partir des serviteurs pour la communiquer fidèlement à Sa Majesté Impériale ; considérant que le royaume vient d’être purgé de ces brigands qui l’ont précipité sur le bord de sa ruine, qu’il a échappé à cet épouvantable danger, et jouit maintenant de la paix et de la tranquillité ; considérant, de plus, comment le génie de Sa Majesté pénètre tout, embrasse tout, je présente à Sa Majesté Impériale les détails de cette affaire.

« Quoique tous ces brigands aient été exterminés, il peut se faire que d’autres tentent de relever cette secte abattue. On ne peut donc s’empêcher de prendre des précautions pour l’avenir, de crainte qu’ils ne se cachent et qu’ils ne se dérobent aux recherches des mandarins. Si quelques-uns de ces brigands corrupteurs passaient furtivement par la porte des frontières. Sa Majesté Impériale est suppliée d’ordonner aux mandarins de s’en saisir et de les rendre. En m’accordant cette grâce, la Majesté Impériale qui, par elle-même, imprime la crainte et le respect, sera employée à consolider la paix et la tranquillité parmi les vassaux de l’empire. Plein de confiance en la très-grande bienveillance de Sa Majesté, dont je me regarde comme le petit enfant, je prends la liberté de la molester par ces détails. Cette supplique de renvoyer les transfuges, importune et contraire au respect dû à l’Empereur, dont elle offense la Majesté, a été commandée par un excès de crainte et de saisissement.

« Quant à Tcheou-ouen-mo, pendant le cours de son procès, il ne parut rien qui pût le faire reconnaître pour étranger. Ses habits, son langage, tout son extérieur n’annonçaient rien qui pût le faire distinguer des hommes de ce pays-ci. Aussi ne vit-on en lui qu’un chef de corrupteurs, et c’est comme tel qu’il fut jugé et exécuté.

« Quant aux dépositions de Houang-sse-yung, elles ne sont pas absolument certaines, peut-être aura-t-on manqué de la pénétration et de la sagacité nécessaires pour distinguer le vrai du faux. Mais que les paroles de l’homme du royaume supérieur (du missionnaire qui était chinois) soient vraies ou fausses, de même que les dépositions de tous ces brigands, il n’est pas moins certain que, selon les règles de la prudence, vu les raisons que le petit royaume a de craindre, je ne pouvais m’exposer à laisser ces brigands impunis, comme aussi, en qualité de prince vassal de l’empire, je ne pouvais me dispenser d’en informer l’Empereur.

« Quoique tout ce verbiage semble annoncer l’importunité et le manque de respect, c’est la droiture et la franchise même. Tourné vers le nord, je tiens mes yeux fixés sur le ciel enveloppé de nuages, qui, j’espère, sera favorable à ce qui est en bas[14].

« Telle est l’origine et la fin des malheureux troubles qui ont eu lieu dans le petit royaume à l’occasion d’une secte de brigands corrupteurs qui ont été punis de mort.

« J’envoie, comme il est de règle, un de mes grands mandarins, appelé Tsao-youn-ta (Tso-ioun-tai), qui a la charge de Pan-tchung-chou-fou-chy. Le second se nomme Sin-mei-siou ; il a la charge de Ly-tsao-pan-chou. Ils se rendront à la capitale mère, portant ces dépêches qu’ils feront passer à l’honorable tribunal, le priant de les communiquera l’Empereur.

« Adressé au tribunal des Rites, la sixième année de Kia-king, le 20 de la dixième lune. »


À cette lettre, l’Empereur fit la réponse suivante :

« Le Tribunal des Rites a représenté que l’ambassadeur de la Corée appelé Tsao-youn-ta, et autres mandarins de l’ambassade, étant venus à Péking apporter le tribut, étaient chargés d’un placet, dont ce même tribunal a tiré une copie, qui m’a été présentée.

« Il appert de cet écrit que le roi qui a été établi par moi pour gouverner à titre de vassal de l’empire, étant encore fort jeune, des mauvais sujets de ce royaume ont voulu profiter de cette occasion, et ont tenté d’exciter des troubles. Le roi s’étant aussitôt mis à la tête de ses mandarins, s’est défait des chefs, a éteint l’incendie et rétabli la paix. À peine cette affaire est terminée, qu’il était ici pour m’en rendre compte, m’en exposer l’origine, la fin et la manière dont elle a été traitée. Tout cela est dans l’ordre. Mais quant à ce qu’il dit de Kin-you-chan, Houang-sin, Ouang-tsien-sy et autres, qu’à chaque ambassade ils communiquaient secrètement avec les Européens, dont ils tiraient des moyens de corruption, cela est faux. Les Européens ont été placés dans la capitale mère, parce que communément ils entendent le calcul et qu’on les applique à compter le temps et observer le ciel : ils ont leur emploi au tribunal des Mathématiques ; il ne leur est pas permis de communiquer avec les étrangers. Ces mêmes Européens traversant les mers pour se rendre à Péking, savent tous se soumettre à l’ordre public et obéir aux lois. Depuis plus de cent ans qu’ils sont ici, ils n’ont jamais prêché furtivement la religion, et jamais personne n’a été séduit par eux.

« Quant à ce que dit ce roi que les mauvais sujets de son royaume, venant ici à chaque ambassade, en tiraient la religion qu’ils prêchaient : c’est une calomnie, sans ombre de doute. Ces mauvais sujets ayant tiré d’ailleurs des livres et une doctrine de corruption, l’auront répandue par toute sorte de menées et d’intrigues ; et après avoir été découverts, ils ont inventé cette calomnie pour éviter de dire la vraie origine de leur secte. Eh ! certes, il n’y a rien qui mérite qu’on y ajoute foi. Le roi doit user de sévérité, pour imprimer à ses mandarins et à son peuple l’attachement et le respect qu’ils doivent avoir pour la véritable doctrine. L’erreur n’ayant alors aucune prise parmi eux, il étouffera ainsi jusqu’au germe de corruption.

« Quant à ce qu’il ajoute que, peut-être, le royaume n’étant pas totalement purgé de ces mauvais sujets, il est à craindre qu’ils ne passent furtivement aux frontières, en cela il pense bien. Aussi les grands mandarins des frontières ont ordre de s’accorder entre eux, pour les rechercher sévèrement. Si on rencontre de ces brigands, qu’ils soient saisis et rendus à leur roi pour être jugés.

« C’est ainsi que je donne un témoignage éclatant de ma clémence et de ma protection.

« Cet édit sera remis au tribunal des Rites, pour être communiqué audit roi. »

Ces deux pièces diplomatiques sont très-curieuses, et nous donnent une juste idée des gouvernements et des nations de l’extrême Orient. On y voit dans tout son jour ce caractère indélébile des peuples asiatiques, la servilité craintive, l’artificieuse fourberie du plus faible, aussi bien que l’insolence du plus fort et son dédain superbe de la vérité. Il n’y a que le gouvernement chinois dans le monde, pour nier aussi effrontément des faits avérés et connus de tous ; pour oser prétendre qu’il n’y avait pas de chrétiens dans l’empire, alors même qu’il les persécutait dans toutes ses provinces, au vu et su de ses centaines de millions de sujets.

Nous avons été étonné de ne pas trouver dans la réponse de l’Empereur un seul mot sur l’exécution du P. Tsiou, sujet chinois, que d’après la loi on aurait dû renvoyer à Péking. Sans aucun doute, le gouvernement coréen, avant de rendre cette lettre publique, en aura retranché divers passages. Les chrétiens ont toujours été convaincus que l’Empereur donna, à ce propos, une verte semonce au roi de Corée, et qu’il y ajouta des paroles menaçantes. La régente et ses ministres, frappés de terreur, envoyèrent à la hâte à Péking une somme d’argent très-considérable qui, naturellement, apaisa le courroux de Sa Majesté Impériale. Nous n’osons pas répondre de l’authenticité de ces faits, mais rien ne peut être plus vraisemblable. La Chine n’eût pas été la Chine, si l’Empereur eût perdu une si belle occasion de rançonner son vassal.

  1. Le gouvernement coréen comprenait parfaitement la vérité de ces considérations ; aussi, comme le fait remarquer Alexandre dans un autre endroit de cette lettre, chercha-t-il toujours à mettre à mort les chrétiens de haute classe, les hommes qui s’étaient livrés à l’élude des lettres ou de la philosophie, tous ceux, en un mot, qui auraient pu diriger les affaires en l’absence du prêtre. Quant aux ignorants et aux gens du peuple, au contraire, la tactique était de les laisser de côté, autant que possible, ou bien, si on les arrêtait, de les traiter en général avec beaucoup moins de rigueur.
  2. Probablement Jean T’soi.
  3. On sait que les Chinois se rasent la tête, excepté le sommet, et portent la queue. Mais les Coréens n’ont jamais voulu admettre cette réforme, introduite par les empereurs tartares Mandchoux. Ils conservent tous leurs cheveux et les nouent sur la tête, comme le pratiquaient, il y a quelques années, les insurgés de Chine, pour se distinguer des impériaux.
  4. Cette lettre ayant été écrite en chinois, les noms propres de personnes ou de lieux s’y trouvent avec la prononciation chinoise, très-différente de la prononciation coréenne, à ce point que plusieurs noms sont tout à fait méconnaissables. Nous avons mis entre parenthèses la prononciation coréenne pour les plus importants.
  5. « Petit royaume » signifie ici « mon royaume, » la politesse voulant qu’un inférieur appelle petit tout ce qui le regarde, lorsqu’il parle à son supérieur.
  6. Ky-sse (Kei-tsa), que les historiens chinois et coréens regardent comme le fondateur ou le législateur de la Corée, avait été exilé par son neveu l’empereur Tcheou-ouang, le Néron de la Chine, qui ne voyait en cet oncle sage qu’un censeur de ses crimes. Mais Ou-ouang ayant délivré l’empire de sou tyran et mis fin à la dynastie des Yn, rappela Ky-sse de l’exil, rétablit roi de Corée, où le nouveau souverain se rendit, l’an 1122 avant Jésus-Christ, avec le reste des troupes qui avaient servi la dynastie des Yn. C’est à ce trait d’histoire que fait ici allusion le roi de Corée.
  7. Les livres de Tchou-cha, de Ming, de Lo, signifient la doctrine de Confucius. Tchou-cha est l’endroit où enseigna ce philosophe ; Ming el Lo sont la pairie de deux commentateurs célèbres de sa doctrine, Tchung-tse et Tcheou-tse, sous la dynastie des Sung.
  8. Les cinq devoirs fondamentaux sont ceux : 1o du prince et des sujets ; 2o du père et des enfants ; 3o de l’aîné et des cadets ; 4o du mari et de la femme ; 5o des vieillards et des jeunes gens. — Les trois grands câbles sont : l’autorité du prince, celle du père et celle du mari.
  9. Houang-kin est le nom d’une secte de révoltés qui parut sous la dynastie des Han ; Pe-ling, le nom d’une société secrète qui a troublé la Chine jusque dans les derniers temps.
  10. Dans l’original, il n’y a pas : Je reçus, etc. Le roi, comme inférieur, ne parle de lui-même qu’à la troisième personne : Celui qui régit, etc.
  11. Les six arts libéraux des Chinois sont : la civilité, la musique, le calcul, tirer de l’arc, écrire en beaux caractères et conduire un char avec adresse, surtout dans les combats.
  12. C’est l’usage de ce pays pour les criminels de très-haut rang. Communément le bourreau suit la corde qu’on leur envoie, et assiste à l’exécution.
  13. To-mo était son nom de baptême Thomas, prononcé à la chinoise. Par hasard ces deux caractères : To, mo, signifient : beaucoup de vues, de nombreux projets.
  14. Tourné vers le nord, signifie : prosterne devant le trône impérial, parce que le trône faisant face au midi, le sujet, en parlant à l’empereur, regarde le nord. Le Ciel signifie la Majesté Impériale ; l’empereur se dit lui-même fils du Ciel. Ces nuages font allusion à la sévérité du souverain, dont les bienfaits, au contraire, sont une douce pluie, etc.