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Commandant Bernard
(p. 99-102).

CHAPITRE VII

PARTICULARITÉS RELATIVES À LA PRATIQUE
DU SKI DANS LES ALPES [1]


La pratique du ski est-elle la même dans tous les pays ? Non.

Les régions françaises où l’utilisation du ski diffère le moins de celle des régions norvégiennes sont le Plateau Central, le Jura et surtout les Vosges, où les différences de température ne sont pas excessives en un jour et où la neige conserve, en conséquence, assez bien la même densité pendant de longues périodes.

Mais un skieur n’entreprendra pas dans les Alpes ni dans les Pyrénées tout ce qu’il entreprendrait en Norvège ou dans les vastes plaines du nord de l’Europe, et cela à cause des différences de climat et de nature de terrain.

Il n’y a pas dans les Alpes comme dans les régions scandinaves de vastes étendues, couvertes d’une neige presque toujours égale, que le skieur peut parcourir sans quitter ses skis.

Variations de densité de la neige.

La densité de la neige varie essentiellement dans la région alpine suivant la température, qui dépend elle-même de l’époque et de l’altitude, l’exposition des terrains, les pentes et les vents dominants. Dans une même journée et une même course, il n’est pas rare de traverser les couches de neige les plus différentes d’épaisseur et de densité, de passer sur une neige, tantôt très favorable aux skis, tantôt moins, tantôt collante et tantôt pulvérulente et verglacée. Entre les terrains exposés au midi et ceux exposés au nord, les différences d’aspect sont très grandes. Sur les premiers la neige est généralement fondante ou congelée, parce qu’elle est soumise à des alternatives de chaleur solaire plus ou moins ardente et de froid intense après le coucher du soleil.

Il s’y produit même parfois des bandes déglace vive, ou bien la neige y disparaît, après une assez longue période de beau temps. Sur les terrains tournés vers le nord et privés de soleil, où la température est moins changeante, la neige reste sensiblement homogène et très bonne pour le ski.

En certains points balayés par des vents violents, tels que les croupes et les crêtes, le sol apparaît à nu.

Les routes qui relient les villages dans les vallées ne sont praticables au ski dans de bonnes condition que pendant les premiers jours qui suivent les chutes de neige, car les traîneaux ou les piétons les sillonnent bientôt et les rendent raboteuses.

Il faut tenir compte enfin des différences de constitution géologique et de latitude des diverses parties du massif alpestre.

Les changements de densité de neige, plus fréquents dans les Alpes qu’en Scandinavie, nécessitent donc une pratique du ski plus prudente et d’autant plus prudente que les pentes sont plus fortes. Le skieur alpin ne devra jamais, sauf sur des terrains exceptionnellement favorables et bien connus, se lancer à toute vitesse. Il devra être très familiarisé avec la descente ralentie en chasse-neige ou demi-chasse-neige, avec la pratique des virages qui permet l’exécution de la marche en lacets sans l’exécution du demi-tour à chaque lacet ou les arrêts brusques par le coup de Télémark ou de Christiania.

En résumé, il devra toujours être maître de sa vitesse, en faisant frein au besoin avec le bâton, et s’exercera même à bien tomber (sur le côté ou en arrière).

Quant à conserver pendant longtemps des vitesses de 40, 60, 80 kilomètres à l’heure, à la descente, et de 7 à 8 kilomètres à la montée, comme en citent certains comptes rendus de courses de skieurs-touristes, il ne saurait en être question. De bons skieurs chargés normalement, s’élèvent de 300 à 400 mètres à l’heure, comme l’alpiniste marchant à pied sur terrain libre, et c’est encore là une vitesse supérieure à celle du raquettiste.

Les champions de ski norvégiens ont rarement dépassé la moyenne de 12 kilomètres à l’heure dans des courses de fond en terrain coupé. Les chiffres suivants, extraits du Manuel de ski de Paulcke et relatifs à des courses de concours en Norvège, feront ressortir les exagérations signalées ci-dessus.

Le meilleur temps moyen, officiellement contrôlé, a été en Norvège de 4m 56s par kilomètre sur un parcours de 14 kilomètres, couvert en 1891 en 1 h. 9m 35s.

Le skieur alpin ne se croira donc pas humilié s’il n’atteint pas la moyenne précédente. Il ne se lancera sur des pentes très fortes, où la vitesse peut atteindre celle d’un train, que sur des trajets très courts et une neige très favorable et d’une bonne épaisseur.

Les terrains à pentes moyennes, et même au-dessous de 10 p. 100, sont les plus sûrs et les plus agréables pour le skieur de force ordinaire. Celui qui se sera exercé méthodiquement au ski sur des terrains choisis, pendant une quinzaine de jours, en n’abordant jamais que les difficultés qu’il sait pouvoir vaincre, sans chance sérieuse d’accident, celui-là, s’il est en outre bon alpiniste d’hiver et sait se garder des itinéraires trop rapides, celui-là seul trouvera de grandes satisfactions dans le sport du ski.


  1. Les considérations développées ci-dessous doivent s’appliquer, pensons-nous, aussi aux Pyrénées, où les différences de température dans une même journée sont plus grandes encore que dans les Alpes.