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Commandant Bernard
(p. 103-110).

CHAPITRE VIII

LA FABRICATION DES SKIS


Nous n’avons pas la prétention, dans ce Guide du skieur, de traiter à fond la question de la fabrication industrielle des skis. Celle-ci exige un outillage perfectionné. L’objet de ce chapitre est d’indiquer quelques moyens de fabrication, qui soient à la portée d’un menuisier et d’un forgeron de village, ou même d’un paysan.

Le bois choisi étant bien sec, autant que possible sans nœuds et coupé suivant le fil, de manière à former une planche de 3 centimètres d’épaisseur, d’une longueur et d’une largeur correspondantes à la taille du skieur, y tracer le contour du ski, scier la planche suivant ce contour. Dessiner le profil du ski sur les côtés, au-dessus de la surface de glissement, et raboter la partie supérieure de l’avant vers l’arrière jusqu’à ce que le ski ait l’épaisseur indiquée par le profil, l’épaisseur maximum étant à hauteur du logement de l’étrier, qui est à environ 10 ou 15 centimètres en avant [1] du milieu de la ligne joignant le talon à la base de la spatule (fig. 37 et 37bis). Envelopper de linges humides les parties du ski à courber jusqu’à ce


Fig. 37. — Planchette pour ski, rabotée au profil du ski.


qu’elles soient suffisamment imprégnées d’eau. On peut aussi faire tremper la pointe du ski, jusqu’à la base de la spatule, dans l’eau, pendant un certain temps.


Fig. 37bis. — Planchette dans laquelle est découpé le ski à la scie (vue en plan).


Procéder ensuite à l’opération de la double courbure, d’après l’un des procédés indiqués par le docteur Paulcke dans son Manuel de skis, ou mieux au moyen de formes dont nous parlerons plus loin.


Procédés de Paulcke pour la fabrication familiale des skis.

Voici les procédés du docteur Paulcke :

« 1° À la main au-dessus d’un feu de charbon de bois.

« 2° À la vapeur avec un gabarit ; le premier procédé est le plus simple et le plus facile à exécuter.

« Chez soi :

« 1° On établit un petit foyer en pierres ou en briques, de la longueur de deux briques et de la largeur d’une brique, ou bien l’on se sert d’un petit fourneau à charbon de bois en fer.

« On dispose à proximité de ce loyer un support quelconque pour le ski (banc, chevalet, luge, etc.) et tel, que la pointe à recourber vienne juste au-dessus du feu de charbon de bois, sans en être trop éloignée.

« Le ski est alors expose à l’action du feu, la surface de glissement étant tournée vers le haut. Sur la partie à recourber, on place un chiffon bien mouillé. On appuie solidement le ski sur son support avec la main gauche, de la droite on en saisit la pointe, et on la maintient recourbée vers le bas, jusqu’à ce que la courbure obtenue se conserve, en même temps qu’on déplace le chiffon mouillé alternativement en avant et en arrière.

« Afin d’obtenir une courbure bien régulière, on amène successivement les différentes parties à recourber, et en même temps le chiffon mouillé au-dessus du feu, de façon que son action se fasse sentir partout. Lorsqu’on a obtenu la courbure désirée, on enlève le chiffon mouillé et on laisse le ski sécher au-dessus du feu, en maintenant la pointe dans la position convenable, soit avec la main, soit autrement.

« On procède de la même manière pour obtenir la courbure médiane.

« Un traîneau en bois est d’une grande utilité pour cette opération (fig. 38).

« En passant le ski à recourber entre les planches longitudinales du traîneau et en l’y fixant, on s’épargne l’obligation pénible de le tenir à la main. La pointe


Fig. 38. — Réchaud à charbon de bois.


du ski est aussi tirée vers le bas au moyen d’une corde, que l’on tend de plus en plus jusqu’à ce que l’on ait atteint la courbure voulue. Veiller avant tout à ce que la courbure n’ait pas de gauche ; c’est un inconvénient qui peut se produire facilement, soit si le support n’est pas bien droit, soit si la pression exercée est oblique.

« Cette opération est naturellement plus facile lorsqu’on est deux.

« 2° Le second procédé, qui consiste à employer la vapeur, est plus difficile, plus compliqué, et ses résultats sont moins durables ; en somme il est moins pratique pour la fabrication en petit… »

Comme procédé de courbure à la vapeur, Paulcke donne, entre autres, le suivant pour la courbure médiane :

« Sur les bords d’un chaudron on pose trois lattes de section triangulaire arrondie
Fig. 39. — Chaudron.
(fig. 39), celle du milieu ayant environ 4 centimètres de haut, les deux extrêmes plus petites. On place le ski en travers sur ces lattes et on le charge en suspendant des poids (ou des pierres), comme l’indique la figure 39. La charge ne doit pas être si considérable que le ski plie à l’endroit des lattes… On peut régler cet effort, en chargeant de pierres la surface supérieure du ski, et en déplaçant les poids jusqu’au résultat désiré. Il faut aussi laisser le ski sécher dans le même état, sans toucher aux poids, si l’on veut qu’il conserve sa forme. »


Emploi des formes à ski.

Les procédés décrits ci-dessus ne donnent pas la certitude d’avoir des skis sans gauchissement. Aussi l’on ne saurait trop recommander l’emploi de formes à ski simples ou doubles,


Fig. 40. — Forme « la Briançonnaise » (Rivas).


dont quelques exemplaires correspondant aux tailles principales (petites, moyennes et grandes) devraient exister dans chaque village.

Fig. 40bis. — Forme en 2 pièces assemblées par des brides avec vis de pression (si les 2 brides ne suffisent pas, on en place une 3e entre les deux).


Ces formes consistent soit en un billot, dans lequel a été creusé à la tarière et au ciseau un logement pour le ski (forme simple, dite la Briançonnaise du


Fig. 40ter. — Forme double (Rivas).


capitaine Rivas, fig. 40), soit pour une fabrication plus soignée, en billots assemblés avec des brides et des vis, suivant le modèle de la figure 40bis, pour un ski, et le modèle de la figure 40ter, pour 2 skis. Ce dernier modèle a été créé par le capitaine Rivas pour l’atelier de l’École normale de ski[2].

Les skis, préalablement dégrossis, c’est-à-dire sciés et rabotés à la largeur et à l’épaisseur voulues, puis suffisamment imprégnés d’humidité, surtout aux points de courbure, sont placés sur la surface des formes, ou dans le logement qui leur est préparé. Ils sont soigneusement appliqués et maintenus dans les formes avec des cales en bois plus tendre que celui des skis, de manière que les skis épousent bien la forme par leur surface de glissement.

Les skis sont alors mis à sécher, soit de préférence au four, peu chauffé[3], soit, quand on a du temps devant soi, en été par exemple, dans un local très sec et même chaud, ou largement aéré, un grenier par exemple, où ils sont laissés jusqu’à siccité complète.

Les skis ayant leur double courbure, creuser la rainure inférieure avec un ciseau bédane ou une gouge ; adapter ensuite le système d’attache choisi, après avoir pratiqué le logement correspondant à ce mode d’attache.

Procéder au vernissage.

Les skis étant achevés, les accoupler comme il a été dit au chapitre de l’entretien.

Chaque skieur est à même de se fabriquer un bon bâton avec les outils qu’on trouve dans tout village, et même dans toute ferme. Il n’aura qu’à faire forger le bout ferré par le forgeron de la localité, et à copier ensuite l’un des modèles décrits au chapitre des accessoires de ski.

Fabrication norwégienne (Voir appendice II).



  1. C’est-à-dire vers la pointe.
  2. Le bois des formes doit être parfaitement sec, avant d’être découpé suivant la forme des skis. Pour cela, on le mettra à sécher au besoin dans un four pendant un très long temps, plus de 48 heures s’il le faut.
  3. À Briançon, les skis sont laissés au four pendant 48 heures, le four étant chauffé avec une quantité de combustible égale à la moitié de celle qui est nécessaire pour une fournée de pain.