Ouvrir le menu principal
Commandant Bernard
(p. 79-87).

CHAPITRE V

RÈGLES DE MARCHE DES SKIEURS


Nécessité d’une discipline de marche.

L’élève skieur sait se servir de ses skis avec souplesse, élégance et sûreté. Que lui reste-t-il à apprendre ? Les règles de la marche en groupe, dont l’inobservation expose à de graves conséquences.

Qu’un skieur s’écarte de la trace suivie, parle ou crie en certains points, malgré la défense faite, il peut déterminer une avalanche ; qu’un accident sérieux se produise par suite d’une négligence ou d’une imprudence, qu’un chef de groupe dirige mal ses skieurs, et la marche du groupe se ralentit ou même s’arrête.

La discipline de marche sera d’autant plus sévère que le groupe sera plus fort.

Jamais le skieur, comme d’ailleurs l’alpiniste, ne devra commettre l’imprudence de se risquer seul dans la montagne, même pour une course si peu importante qu’elle soit. Il faut, en effet, toujours prévoir la possibilité d’un accident et par suite la nécessité d’un secours. La nature de leurs missions (correspondance, sûreté, exploration, etc., obligera aussi les skieurs militaires à se grouper. Il est enfin une raison qui impose la marche en groupe pour toute excursion, c’est l’ouverture de la trace. Faire la trace en ski aux montées ou en pays plat est fatigant, quoique moins qu’en raquette. Il est donc utile de faire participer à tour de rôle plusieurs skieurs à ce travail. Par une neige favorable, un seul skieur fait déjà convenablement la trace ; par une neige défavorable, deux ou trois skieurs peuvent suffire. Le groupe minimum sera donc de 3 à 4 skieurs, et le groupe d’excursion bien constitué, ni trop fort, ni trop faible, comprendra de 6 à 8 skieurs. Il s’agit ici de skieurs touristes, certaines nécessités tactiques pouvant exceptionnellement déterminer pour les skieurs militaires des groupements plus importants. Le groupe de 6 à 8 skieurs permettra de relayer les skieurs de tête, chargés de faire la trace, et donnera en outre les moyens d’emporter tous les accessoires nécessaires pour le cas d’accident ou de réparation des skis, sans que chaque skieur soit trop chargé.

Tout groupe de skieurs doit avoir ou se donner un chef ou guide, fidèlement obéi.

Les skieurs touristes choisiront pour ce rôle le plus expérimenté d’entre eux. Le chef du groupe a la responsabilité de la direction, du choix de l’itinéraire, de l’ordre de la marche, etc. L’un des meilleurs skieurs sera toujours chargé de fermer et surveiller la marche, pour aider un skieur tombé à se relever ou le secourir et donner au chef, qui se tiendra généralement à la tête, l’assurance qu’il est suivi, ou le prévenir en cas d’accident.

Le chef lancera à une certaine distance en avant, à 50 mètres environ, 2 éclaireurs de terrain qui lui faciliteront la direction de la marche, tout en faisant la trace.

Règles de la marche en groupe. — Les règles principales de la marche en groupe sont :

Fixer la formation de marche d’après la largeur des routes, chemins ou pistes ou des champs de neige praticables au ski. On marchera généralement par un, même sur les grandes routes, en raison du peu de largeur de la trace faite par les traîneaux et des difficultés ou de l’impossibilité de l’utilisation des bas côtés, où la neige est rejetée et entassée plus ou moins irrégulièrement.

Avoir toujours des distances suffisantes entre les skieurs et d’autant plus grandes que la vitesse est plus accélérée. La distance dépend essentiellement des circonstances.

En principe, elle ne sera pas inférieure à 1 mètre d’un ski à l’autre, dans la formation la plus serrée, à la montée, et à 10 mètres à la descente.

Éviter, en passant au-dessus, ou en les tournant, les pentes à avalanche, ou, si on ne peut les tourner, partir assez tôt pour les couper avant 9 heures du matin, c’est-à-dire avant que le soleil ait fait sentir son action, les traverser à toute vitesse et à des distances égales à l’espace dangereux. On pourra encore, si l’on dispose d’une longueur de corde suffisante, avec plusieurs cordes nouées bout à bout, faire passer les skieurs, l’un après l’autre, en les encordant successivement et faisant maintenir la corde par les skieurs, restés en dehors de la zone dangereuse.

Si l’avalanche se produit pendant le passage, l’homme qui passe a quelques chances d’être retenu. Si les camarades doivent lâcher la corde pour ne pas être entraînés, la corde servira ensuite de fil conducteur pour retrouver l’homme enseveli et le dégager.

En cas de chute d’un skieur, s’arrêter si l’on est derrière le skieur tombé, ou si l’on est devant lui, quand il est le dernier, et l’aider à se relever.

En cas d’accident grave, faire arrêter le groupe et secourir le blessé.

Quand on a le choix entre deux itinéraires, l’un court, mais ci pentes rapides, et l’autre plus long, mais à pentes moyennes, choisir le second, parce qu’il est le plus sûr, et qu’il vaut mieux arriver en fournissant une course un peu plus longue que s’exposer à un accident, avalanche ou chute, ou à une simple rupture de ski, toujours difficile à réparer.

Suivre de préférence les fonds, toutes les fois qu’il n’y a pas danger d’avalanche sur leurs versants, car la neige y est accumulée el souvent renouvelée par le vent et très favorable au ski.

Lorsque les croupes sont suffisamment garnies de neige, on y passera plutôt que sur les versants, de même qu’on passera sur les versants exposés au nord plutôt que sur ceux exposés au sud, la neige y étant plus homogène et non soumise aux gels cl dégels successifs.

Dans les bois de haute futaie, la marche en ski est en général, facile, la neige s’y conservant mieux que sur les terrains libres.

Régler la vitesse et les difficultés de la marche sur le plus faible du groupe, et, même avec de bons skieurs, ne jamais exagérer la vitesse, surtout loin du gîte.

8° Quitter les skis sans hésiter, lorsque la neige est insuffisamment épaisse, raboteuse ou verglacée, ou qu’il y a une bande de terrain parsemée de rochers à traverser, une avalanche à éviter.

Relayer les skieurs de tête.

10° Constituer un groupe aussi homogène que possible, car rien n’est ennuyeux, dans une excursion, comme d’être obligé d’attendre ou secourir des maladroits ou des skieurs insuffisamment entraînés.

11° Faire des haltes de 3 à 5 minutes toutes les 25 ou 30 minutes à la montée, et de 5 à 10 minutes toutes les heures, à la descente ou en terrain plat.

Dans les longues courses, on fera, après plusieurs heures de marche, des haltes d’une demi-heure ou plus, pour manger. On choisira, pour ces haltes, des endroits abrités ou exposés au soleil, quand on ne trouvera pas des chalets ou refuges ouverts.

Pendant les haltes sur route ou piste foulée, où les skis peuvent être déchaussés, ceux-ci sont plantés dans la neige, devant le skieur ou à côté de lui, et les sacs placés contre les skis.

12° Examiner les skis, et en particulier les systèmes d’attache, à chaque halte ; serrer ou desserrer les courroies d’attache, procéder enfin à toutes les réparations nécessaires, avant de songer au repos ou au repas.

13° En cas de tourmente imminente, abandonner l’excursion on se rendre le plus vite possible au gîte le plus proche.

14° D’une manière générale, être toujours prudent et ne jamais rien entreprendre au-dessus de ses forces et suivre la grande règle de solidarité : Tous pour un, un pour tous.

Parmi ces règles, l’une des plus difficiles à observer est celle de la vitesse et du choix de l’itinéraire. Les skieurs débutants ou même les très bons skieurs, qui n’ont pas l’habitude de conduire un groupe, sont toujours tentés de se laisser griser par la vitesse, ou de choisir des itinéraires à pentes très rapides. Il est bien rare qu’ils n’en aient pas de regrets. Les chances d’accident et de rupture de ski se multiplient, d’où des arrêts, des pertes de temps, et finalement des courses plus longues et plus pénibles, que si le groupe s’était contenté d’une vitesse moyenne avec quelques lacets de plus.

Observations relatives aux groupes de skieurs militaires en marche. — Les règles précédentes s’appliquent à tous les skieurs, touristes ou militaires marchant en groupe. Elles nous paraissent devoir être complétées par quelques observations ou conseils pour les chefs de groupes de skieurs militaires, en raison de l’effectif relativement élevé que ceux-ci atteindront dans leurs exercices de marche, aux environs des écoles de ski. Cet effectif, qui dépassera parfois une vingtaine de skieurs, nécessite quelques précautions de plus que la conduite d’un petit groupe de skieurs touristes [1].

L’officier commandant un groupe d’une certaine importance, aura en général, intérêt à le subdiviser en plusieurs fractions jouissant d’une indépendance relative et séparées par des distances variables, suivant le terrain (50 mètres et même plus). Il veillera à ce que chacune de ces fractions ait un gradé en tête et un gradé ou un bon skieur en queue, que la liaison entre les fractions soit toujours assurée à la voix ou à la vue, qu’il soit prévenu de tous les incidents de marche sérieux, par un signal convenu d’avance, coup de sifflet ou de sirène ou son de trompe. Il se tiendra le plus souvent en tête du premier groupe. Le choix de l’itinéraire le meilleur importera encore plus à un tel groupe pour le succès de la mission. On ne saurait trop dire que : le meilleur chef skieur n’est pas celui qui a le plus de vitesse et d’audace, mais celui qui fait dépendre sa vitesse et son itinéraire de la valeur de ses plus faibles skieurs et qui entreprend des actions difficiles qu’en cas de nécessité. Les itinéraires les plus rapides ne conviennent qu’à un petit groupe de skieurs lancé en patrouille ou en exploration, ou à un groupe plus fort composé de très bons skieurs.

L’alternance des éléments d’un groupe d’effectif assez élevé sera observée comme celle des skieurs dans chaque élément, à moins qu’il n’y ait des raisons particulières pour conserver le même élément en tête.

Connaissances spéciales (lune, pronostic du temps, état de la neige). — Un chef skieur tiendra compte de l’âge de la lune pour la fixation des heures de départ : si la lune est pleine ou dans son dernier quartier, il est avantageux de partir de bonne heure, car on a ainsi la certitude de franchir les cols et passages dangereux de bonne heure, et avant que l’action solaire ait fait fondre la neige et favorisé la production des avalanches.


Un chef skieur doit posséder des notions sur les signes ou les pronostics du temps. Il n’ignorera pas que les brouillards de vallée le matin, par un temps froid, annoncent presque toujours le beau temps sur les hauteurs pendant le jour, et, par suite, de bonnes conditions de marche.

Il connaîtra les vents dominants de la région et leur influence sur l’état atmosphérique.

L’état de la neige varie beaucoup en 24 heures. À partir du mois de mars et surtout en avril et en mai, c’est, le matin, de la neige durcie sur laquelle le ski tient à peine ; à midi, de la neige humide ou « bouillie » et collante, et, dans les thalwegs, des conglomérats de neige très dure provenant des avalanches de fonds.


  1. Nous ne discuterons pas ici la question de l’emploi tactique des skieurs et du maximum d’effectif, que les nécessités tactiques feront réunir. Les opinions varient à ce sujet. Disons seulement que dans certaines armées, l’armée italienne entre autres, on a prévu pour les skieurs des missions d’une certaine envergure, telles que occupation d’une position avancée, d’un passage important. En Norvège, l’on a employé des compagnies entières de skieurs, pendant les guerres passées.