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Commandant Bernard
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CHAPITRE IV

THÉORIE DU SKI ET MÉTHODE D’INSTRUCTION


Généralités.

Le skieur exécute les mouvements suivants : marcher en plaine, à la montée, glisser à la descente, faire demi-tour, changer de direction, sauter.

La bonne exécution de ces mouvements dépend non seulement de l’aptitude du skieur, mais aussi de l’état de la neige et de la qualité des skis.

Les exercices sont exécutés d’abord sans bâton. L’usage du bâton, aux débuts, empêche le skieur de devenir souple, de prendre une bonne position et d’acquérir la confiance en lui-même.

Chausser les skis.

Le skieur maintient le ski qu’il veut chausser, en y posant le pied libre un peu en arrière du mode d’attache, puis il enfonce l’autre pied d’un coup sec dans l’étrier antérieur (qui est au besoin débouclé), de sorte que le bout du pied dépasse l’étrier de 2 à 3 centimètres environ, et que la base des doigts de pied affleure l’entrée de l’étrier. Le skieur boucle alors, s’il y a lieu, la courroie d’étrier antérieur et ferme le système d’attache, en ayant soin de bien appliquer l’étrier postérieur contre le talon du soulier. Il est bien chaussé, s’il peut prendre sans souffrance la position à genou.

Marcher en terrain horizontal.

Position avant le départ. — Les pieds reposent à plat sur les skis, placés parallèlement à une largeur maximum de ski (de 6 à 8 centimètres) l’un de l’autre, et à la même hauteur.

Marcher. — (Le départ est supposé du pied gauche.) Porter le poids du corps et exercer une pression presque verticale sur le ski droit pour prendre élan et faire glisser en avant le ski gauche, et avoir le talon droit levé à la fin du pas. Faire ensuite un pas à droite suivant les mêmes principes.

Pendant la marche, bien maintenir les skis parallèles, fléchir légèrement les genoux, marcher d’abord lentement et à petits pas, allonger ensuite le pas et accélérer l’allure progressivement, de façon à parcourir, sans fatigue, de 6 à 8 kilomètres à l’heure en plaine sur bonne neige[1].

Observation. — Les hommes marchant généralement les pieds en dehors, et quelques-uns les pieds en dedans, il en résulte, s’ils ne veillent pas au parallélisme des pieds, que les skis se croisent, suivant le cas, au talon ou à la pointe. Le skieur accélère sensiblement sa vitesse à l’aide du bâton, qu’il change de main de temps en temps, et surtout avec deux bâtons, qui lui servent alternativement de point d’appui pour la poussée en avant.

S’arrêter.

Le skieur s’arrête en ralentissant sa vitesse et ramenant le ski postérieur à côté du ski antérieur.

Marcher à la montée.

(Fig. 25.)

Sur pentes légères, par la montée directe.

Marcher comme en terrain horizontal, mais en


Fig. 25. — Montée.


raccourcissant le pas d’autant plus que la pente est plus forte et en ne penchant pas trop le corps en avant, car une inclinaison du corps exagérée aurait pour effet de faire chasser en arrière le ski postérieur.

Si la neige est très glissante, élever en outre légèrement la pointe du ski et même complètement le ski en mouvement, et l’encastrer fortement dans la neige, à la fin du pas, par une brusque saccade.

Lorsque la neige est très collante et que les skis sont rugueux ou peu cirés, il est possible de gravir directement des pentes même supérieures à 10 p. 100.

Sur les pentes moyennes (environ de 10 à 30 p. 100 ou sur toutes les pentes qui ne peuvent plus être gravies par la montée directe).

a. Montée en lacets. La montée en lacets s’effectue d’après les principes précédents en opérant le demi-tour à chaque lacet.

b. Montée en arête de poisson. Dans certains cas, tels que fonds de ravin
Fig. 26. — Montée en
arête de poisson.

ou couloir où la montée en lacets ou en gradins n’est pas possible, et sur un cours trajet, il vaut mieux s’élever sur la pente directement par une marche dite en arête de poisson (fig. 26).

Pour cela ouvrir le genou gauche en soulevant le ski, de manière que celui-ci soit dirigé vers l’extérieur et à 45° environ par rapport à la pente, faire avancer en même temps ce ski dans sa nouvelle direction, et l’encastrer vivement à la distance voulue dans la neige, sa surface de glissement tournée en dehors ; effectuer ensuite avec le ski droit un mouvement analogue vers la droite.

Dans cette marche, les skis divergent vers l’avant en se calant alternativement contre la neige, le talon du ski postérieur passant, à chaque pas, par dessus le talon du ski antérieur.

Plus l’angle de divergence est ouvert et mieux les skis sont calés et empêchent le recul.

Cette marche est fatigante et n’est possible que sur de courts trajets ou avec des repos fréquents.

Sur des pentes très fortes, c’est-à-dire supérieures à 30 p. 100. La montée est d’abord effectuée en lacets, puis en gradins directs ou obliques, quand la pente augmente au point de trop multiplier les lacets ou quand il s’agit de gravir un talus ou un ressaut de peu d’étendue.

a. Montée en gradins directs. — Les skis étant au préalable bien à plat,
Fig. 26. — Montée en gradins directs.

et perpendiculairement à la pente, porter le poids du corps sur le ski intérieur, élever le ski supérieur et le placer parallèlement à l’autre et aussi haut que possible, sur la neige entaillée en forme de gradin horizontal, amener ensuite le ski inférieur à la place abandonnée par le ski supérieur (fig. 27).

b. Montée en gradins obliques. — Cette montée ressemble à la précédente, avec cette différence qu’en élevant un ski, on le fait avancer en même temps, suivant une direction perpendiculaire à la pente (fig. 27bis).

Sur une neige assez résistante pour supprimer toute crainte d’avalanche,


Fig. 27bis — Montée en gradins obliques.


on peut gravir en gradins, des pentes même supérieures à 45 p. 100. Le skieur enfonce en principe son bâton sur la pente ascendante.

Lorsque la neige est durcie ou verglacée, il la coupe d’un coup sec de l’arête du ski.


Changer de direction sur terrain plat à la montée.

Sur un terrain plat ou une pente légère. — Le skieur peut modifier sa direction, par des demis à droite ou à gauche successifs exécutés avec vivacité.

a. De pied ferme. — Le mouvement commence toujours par le ski du côté du changement de direction.

Élever légèrement le ski droit (ou gauche) le talon ne quittant pas le sol, le tourner vers la droite (ou gauche) d’un angle d’environ 45°, le poser à terre et ramener ensuite le ski gauche (ou droit) à côté de l’autre sans que les talons chevauchent l’un sur l’autre, et continuer ainsi, jusqu’à ce que les skis soient dans la direction voulue.

b. En marche. — S’arrêter d’abord et agir ensuite comme ci-dessus ou même exécuter le mouvement sans arrêt.

Sur forte pente. — Le changement de direction pour un lacet impose le demi-tour.

Demi-tour.

Le demi-tour s’exécute toujours de pied ferme, les skis étant à la même hauteur et parallèles.

a. En terrain plat ou sur pente très faible.

1er mouvement (en commençant par la gauche). — Porter le poids du corps sur la jambe droite.

2e mouvement. — Élever la jambe gauche un peu obliquement en avant, la cuisse au-dessus de l’horizontale, la pointe du pied tournée en l’air et faisant un angle d’environ 45°, de sorte que le talon du ski ne touche plus le sol et soit un peu en avant de la jambe droite.

3e mouvement. — Faire décrire au ski un demi-cercle à gauche et le poser à terre parallèlement au droit et à une largeur de ski environ, le talon du pied gauche un peu en arrière de la pointe du droit, les genoux légèrement fléchis et ouverts.

4e mouvement. — Reporter le poids du corps sur le ski.

5e mouvement. — Élever le ski droit au-dessus du sol, la pointe plus haute que le talon et le ramener à côté du gauche dans la position du point de départ par un mouvement demi-circulaire (fig. 28).

Observation. — Tous ces mouvements doivent se succéder vivement, l’équilibre étant d’autant mieux gardé que la vivacité d’exécution est plus grande. Lorsque le skieur a le bâton, il s’appuie sur celui-ci du côté opposé au demi-tour, jusqu’à ce que le mouvement du premier ski soit achevé, puis il change le bâton de main, le pose entre les deux skis un peu en arrière et à l’extérieur de la pointe du ski déjà placé, et s’y appuie pour achever le demi-tour.

Le skieur peut aussi faire le demi-tour en un seul mouvement par une brusque volte-face, les deux pieds réunis et le corps droit, les bras allongés, les mains tenant le bâton en balance. Ce procédé acrobatique est peu recommandable.

Demi-tour sur pente forte. — Placer d’abord les skis perpendiculairement à la pente pour éviter le recul, pendant l’exécution du mouvement. Exécuter ensuite le demi-tour en le commençant par le ski inférieur, c’est-à-dire en face de la pente descendante.


Fig. 28. — Demi-tour.


Le demi-tour face à la pente ascendante a l’inconvénient d’être plus difficile et plus dangereux, parce qu’à moins d’élever le ski très haut, ce qui n’est pas commode, son talon bute contre la pente et fait tomber le skieur. En outre, si le bâton enfoncé sur la pente descendante cède sous le poids, le skieur est projeté inévitablement vers l’aval, la tête en bas.


Glisser à la descente.

Départ. — Le départ a lieu soit d’un replat, soit obliquement à la pente en se mettant peu à peu en pleine pente par un virage plus ou moins rapide.

Position pendant la descente :

Sur une pente légère. — Tenir le corps droit sur les hanches, à peine incliné en avant, l’un des pieds
Fig. 29. — Descente sur pente légère.
un peu en avant de l’autre, les genoux non raidis (fig. 29).

À mesure que la pente augmente, incliner davantage le corps en avant, écarter de plus en plus les pieds l’un de l’autre (jusqu’à une longueur et demie de pied environ), ployer légèrement la jambe antérieure, qui peut même être tendue, et fortement la jambe postérieure, dont le talon est levé (fig. 30).

Observation. Il est essentiel de conserver rigoureusement les skis parallèles
Fig. 30. — Descente sur forte pente.

et à environ une demi-largeur de ski, et d’éviter la raideur. Sur neige collante ou sur pente trop faible, on accroîtra sensiblement la vitesse, en reportant alternativement l’un et l’autre ski en avant et se donnant de l’élan par une vive pression exercée sur le ski postérieur.

Il ne faut pas confondre ce mode de glissement avec la marche en patinage, qui, pratiquée sur couche de neige de faible épaisseur et un peu foulée, a aussi pour effet d’accentuer la vitesse, mais est basée sur les principes suivants : se pousser dans une direction un peu oblique, tantôt vers la droite par une pression opérée sur le ski gauche déversé en dedans, tantôt vers la gauche par une pression sur le ski droit.

Aussitôt la poussée effectuée sur un ski, celui-ci est soulevé et maintenu en l’air plus ou moins longtemps avant d’être reporté en avant. En patinant sur un pied plus longtemps que sur l’autre, on dévie sa course du même côté.

L’inclinaison du corps à la descente dépend non seulement de la pente, mais aussi de la nature de la neige, plus ou moins glissante, qu’un skieur exercé doit reconnaître en temps voulu d’un coup d’œil.

1° Neige de couleur très claire, mate, peu glissante : diminuer l’inclinaison du corps pour ne pas être projeté en avant par la diminution brusque de vitesse.

2° Neige verglacée, de couleur sombre ou à reflets bleuâtres, très glissante : augmenter l’inclinaison, sinon le ski antérieur gagnant l’autre de vitesse, le skieur tombe en arrière. Un changement de pente subit tel que fossé, dénivellation, où le ski doit passer brusquement d’une pente descendante à une pente ascendante, oblige le skieur à une grande attention. Celui-ci évitera la chute, d’abord en donnant un peu plus d’avance au pied antérieur, puis en déchargeant le ski postérieur pour lui faciliter la remontée, ou encore en faisant plusieurs pas. C’est dans cette circonstance que les jarrets et les reins doivent être souples comme des ressorts.


Descente ralentie et arrêt sans bâton.

Le skieur ralentit sa vitesse sur une pente ou même s’arrête sans bâton en disposant ses skis en chasse-neige ou en demi-chasse-neige.

En chasse-neige (fig. 31 pour une descente directe ralentie ou l’arrêt sur forte pente). — Le poids du corps portant également sur les deux skis, placer les skis en coin, sans que les pointes se croisent, en les déversant plus ou moins suivant que la neige est plus ou moins dure. La neige est ainsi refoulée vers l’extérieur et tend par sa réaction à diminuer la vitesse. Le ralentissement augmente jusqu’à l’arrêt complet avec l’angle du chasse-neige et le déversement.


Fig. 31. — Descente ou arrêt en chasse-neige.

Fig. 32. — En demi-chasse-neige.

2° En demi-chasse-neige (fig. 32). — Celui-ci est pratiqué dans la traversée oblique des pentes ou dans une descente en lacets.

Dans ce cas, ne faire frein qu’avec un seul ski, l’autre ski supportant le poids du corps et assurant la direction. Dans la traversée oblique d’une pente, c’est le ski inférieur qui joue le rôle de chasse-neige. Le demi-chasse-neige, exécuté tantôt à droite, tantôt à gauche, facilite la descente en lacets.

Observation. — On évitera de prendre brusquement la position en chasse-neige ou en demi-chasse-neige lorsqu’on est lancé à toute vitesse. Car, la réaction étant trop brusque, on serait infailliblement projeté à terre, avec les skis croisés, et exposé à un accident grave, luxation du genou, entorse ou fracture. La pratique du demi-chasse-neige prudente et méthodique est une bonne préparation aux brusques changements de direction ou aux arrêts par le coup de Télémark ou de Christiania.

Descente en gradins. — La descente en gradins, pratiquée dans le cas de pentes très fortes sur la neige durcie, est basée sur les mêmes principes que la montée en gradins, sauf que le mouvement se fait, en descendant, plus facilement qu’en montant.

Arrêt par la chute. — Le skieur (surtout le débutant) qui se sent gagné par la vitesse et ne sait pas s’arrêter ni ralentir par l’un des moyens indiqués ci-dessus, n’a qu’à fléchir sur les extrémités inférieures et se laisser tomber en arrière et par côté (de préférence du côté opposé au bâton), en ayant soin de tenir les jambes aussi réunies que possible, pour éviter le croisement des skis. Il fait ainsi son trou dans la neige, les skis se plaçant naturellement vers l’aval, ce qui lui permet de se relever ensuite avec plus de facilité. Si le skieur, n’ayant pas su tomber à sa guise, a la tête en bas, il ne réussira à se remettre sur ses pieds qu’en ramenant d’abord ses skis vers l’aval et perpendiculairement à la pente. Le bâton est d’un très grand secours au skieur qui cherche à se relever.

Changer de direction à la descente.

Par une conversion graduelle.a. S’incliner du côté du virage en portant le poids du corps sur le ski intérieur, qui est un peu en ayant de l’autre et déversé de manière à refouler plus ou moins la neige vers l’extérieur. Le changement de direction est d’autant plus rapide que le ski intérieur est plus vivement déverse et que le talon repousse la partie postérieure du ski plus énergiquement en dehors.

b. La conversion est possible aussi en portant le ski extérieur en avant de l’autre et agissant sur lui comme il a été dit pour le ski intérieur dans le premier procédé. (Dans les deux cas, l’écartement des skis sera un peu supérieur à l’écartement normal.)

Par une conversion brusque, exécutée de deux manières, l’une dite : coup de Télémark, l’autre coup de Christiania. La conversion est supposée à gauche dans les deux procédés décrits ci-dessous.

Coup de Télémark.

(Fig. 33 et 33bis.)

Ramener la pointe du ski gauche presque à hauteur de l’étrier du ski droit, fléchir un peu sur la jambe et le pied gauches, le talon de ce pied étant levé, porter le poids du corps sur le pied droit posé à plat, déverser alors vivement le ski droit du coté du virage en agissant du talon sur ce ski, que la réaction de la neige


Fig. 33. — Arrêt de Télémark.


tend à diriger vers la gauche. La conversion est d’autant plus rapide que l’action du ski droit est plus énergique.

Amener le ski gauche parallèlement au droit et un peu en retrait, aussitôt après la conversion et avant que le croisement des skis ait pu se produire et que le ski droit ait pu remonter la pente. On voit donc que le virage se fait sur le ski extérieur. Un skieur très


Fig. 33bis.


exercé parvient à tourner à angle droit et à s’arrêter presque instantanément.

Le coup de Télémark exige beaucoup de souplesse en même temps qu’une forte tension des muscles.

Coup de Christiania.

(Fig. 34 et 34bis.)

Le « coup de Christiania » se fait, à l’inverse du Télémark, du côté du ski


Fig. 34. — Arrêt de Christiania.


antérieur, qui est le plus chargé à la fin du mouvement. Les skis sont déversés, en même temps que le corps se tourne dans la direction du virage. — Pour apprendre ces deux conversions, on s’exercera d’abord sur des pentes légères et sans se servir du bâton, qu’on utilisera


Fig. 34bis. — Arrêt de Christiania exécuté par un membre du Ski-Club de Davos.


seulement, une fois dressé, comme un moyen d’aider à la conservation de l’équilibre, à la fin du mouvement.

La conversion brusque, suivie d’arrêt presque immédiat, peut être très utile pour éviter un à-pic ou un obstacle dangereux, aperçu à peu de distance. Mais elle demande un assez long dressage, sauf pour des skieurs doués d’aptitudes spéciales ou exercés dès l’enfance.

Sauter.

Le saut ne doit être, en principe, exécuté que sur une piste préparée, et
Fig. 35. — Type de pente pour saut.
affectant un profil semblable à celui de la figure (fig. 35).

La pente d’une piste normale est en moyenne de 20 à 25° et un peu plus forte au-dessous qu’au-dessus du tremplin.

L’espace doit être suffisant, avant le saut, pour bien prendre l’élan (90 à 100 mètres au-dessus du tremplin). La pente se continue au-dessous du tremplin sur une longueur de 60 à 70 mètres. Le tremplin est la section de la piste, d’où le saut doit être effectué ; il est constitué par un espace de 3 à 5 mètres presque plat.

La neige du tremplin ne doit être ni trop molle, ni trop pulvérulente, ni trop dure. Elle est damée sur le tremplin et au-dessous de celui-ci sur une longueur de saut maximum. Le bord du tremplin est indiqué par des fanions ou des bâtons ; il est bon de le consolider avec des madriers ou des planches, fixés entre deux pieux. La neige dure ou trop foulée est remplacée par de la neige fraîche, jetée à la pelle.

Exécution du saut. — Le saut est exécuté sans bâton [2]. La descente jusqu’au tremplin est faite suivant les
Fig. 36. — Le sauteur s’enlève.
principes prescrits. En arrivant à l’origine de celui-ci, tenir les bras près du corps, les genoux rapprochés, pencher un peu le haut du corps en avant et fléchir sur les extrémités inférieures comme dans le saut ordinaire, se relever, près des bords du tremplin, d’une détente brusque sur la pointe des pieds, en élevant vivement les bras (fig. 36).
Fig. 36bis. — Le sauteur en l’air.

1reattitude dans l’espace. — Avoir le corps presque droit et penché en avant, les skis d’abord sensiblement horizontaux, puis parallèles à la surface de réception, avant la chute (fig. 36bis).

2e attitude. — Avoir le haut du corps incliné en avant et les jambes suffisamment repliées. Cette attitude, moins élégante que la première, est plus favorable au saut.

Dans les deux cas, se recevoir après le saut, en portant un pied d’autant plus en avant de l’autre que la pente et la vitesse sont plus fortes (fig. 36ter). — Les bras aident à garder l’équilibre, et sont à cet effet disposés en balancier.

Observation. — Le saut sera pratiqué par les skieurs,


Fig. 36ter. — Le sauteur se reçoit.

sans exagération, comme un moyen excellent de développer en eux l’adresse, l’audace, la décision et la présence d’esprit.

Préparation au saut. — Le skieur s’entraîne au saut par des exercices préparatoires, qui consistent à sauter avec un faible élan : 1° du haut d’un petit talus à pente raide sur une surface peu inclinée, où il s’arrêtera presque aussitôt après le saut ; 2° sur une piste à faible pente (jusqu’à 10 ou 15 p. 100) ; 3° sur une piste normale, où il augmentera peu à peu son élan.

Seuls les professionnels du sport du saut tenteront des sauts de 20 à 40 mètres, comme on en cite dans les concours norvégiens.

Emploi du bâton.

Lorsque le skieur est familiarisé avec les divers exercices individuels sans bâton, il apprend à se servir du bâton pour se pousser en avant en terrain plat, à la montée, ou même à la descente (quand sa vitesse est trop ralentie par une neige collante), arrêter le recul sur une neige trop glissante, ou faciliter les virages à la descente, et freiner quand il se sent gagné par la vitesse ou veut s’arrêter rapidement. Il est essentiel que le skieur ne se serve du bâton qu’en cas de besoin, sinon il perd l’habitude de l’équilibre ou n’acquiert aucune souplesse.

Un bon skieur a toujours le bâton prêt, mais ne l’emploie qu’en cas de nécessité.

Le bâton est tenu indifféremment à gauche ou à droite, sauf pour les traversées des pentes et les virages où il est placé du côté de la pente ascendante ou du virage. Dans tous les cas, la pointe est en arrière du corps. Le skieur a la tendance, suivant qu’il est droitier ou gaucher, à prendre appui sur le bâton toujours du même côté. C’est une habitude contre laquelle il faut réagir, car elle peut être dangereuse, dans le passage des pentes. Si, dans ce cas, le bâton enfoncé dans la pente descendante vient à céder sous la pression des mains, le skieur est projeté sur la neige, la tête en bas, et, pour peu que la surface neigeuse soit durcie, il peut rouler ou glisser jusqu’au bas de la pente.

Le skieur exerce l’action de freinage avec son bâton en le saisissant avec la main gauche (s’il agit à gauche), plus ou moins en arrière du corps et avec la main droite à hauteur du teton près de l’aisselle. Lorsqu’il veut « freiner » sans changer de direction, il évite de pencher le corps du côté du bâton, dont la pointe doit se rapprocher le plus possible de l’axe de marche des skis.

Pour changer de direction, le skieur tient le bâton d’autant plus vers l’intérieur du virage que celui-ci doit être plus brusque. Soit pour freiner, soit pour exécuter un virage, le skieur s’efforce de ne pas jeter le corps en arrière.

Il reste toujours maître de son équilibre et n’agit sur le bâton que par la pression des mains.

Une faute grave pour le skieur est de tenir le bâton en balance, soit avec les deux mains horizontalement en avant, soit avec une main, la pointe rapprochée du corps, ou encore de placer le bâton entre les jambes. Il s’expose ainsi à des accidents qui peuvent être mortels[3]. Le dressage du skieur pour l’emploi du bâton est assez délicat. Il faut, pour obtenir de bons résultats, soumettre le skieur à des exercices très méthodiques en faisant alterner les exercices avec et sans bâton, ou en faisant subitement lâcher le bâton au cours d’un exercice, lorsque l’instructeur remarque que l’élève ne garde son équilibre que par l’appui du bâton. Le skieur constate sa faute par la chute.

Méthode d’instruction individuelle.

L’élève skieur qui se sera astreint à des exercices méthodiques pourra, après 15 jours ou au maximum un mois de dressage, entreprendre des courses difficiles et de longue durée.

La progression et le nombre des exercices varieront suivant les aptitudes de chacun, mais seront basés sur les règles générales énumérées ci-après.

1° Le skieur acquerra la confiance en soi au point de vue de l’équilibre par des exercices de vitesse progressifs en ligne droite, sans, puis avec le bâton sur des pentes de plus en plus fortes, où il ne devra parcourir que des trajets relativement courts, et ne jamais atteindre de vitesses exagérées, causes de chutes graves, surtout par neige dure et de faible épaisseur.

2° L’équilibre et la confiance en soi étant acquis, il s’exercera aux virages sans bâton, sur des cercles de plus en plus restreints et en augmentant peu à peu la vitesse. Il n’est pas possible de fixer la vitesse maxima, celle-ci dépendant de la souplesse et de la force musculaire du skieur ; c’est par une progression sagement menée que le skieur parviendra à exécuter des virages brusques sans accident.

3° Il apprendra le maniement du bâton en pratiquant souvent une marche serpentine sur des pentes de 10, 20, 30 p. 100 et en changeant le bâton de main, avant chaque virage.

4° Il fera varier les exercices ci-dessus, en y intercalant les autres exercices élémentaires qui sont d’un apprentissage relativement facile, tels que monter en arête de poisson, en escaliers directs ou obliques, etc.

5° Il pratiquera les divers exercices élémentaires avec un chargement normal d’excursion.

6° Il s’exercera au saut avec modération en franchissant de petits ressauts, talus ou murs, en s’élançant d’un tremplin sur une piste préparée.

7° Il passera à l’application des principes dans des courses ou marches à itinéraires, bien choisis, c’est-à-dire offrant des difficultés croissantes (longueur du trajet, pentes, etc.).

Les exercices qu’un élève skieur d’une région montagneuse doit pratiquer le plus souvent et avec le plus de méthode sont les virages ou changements de direction, à cercle de plus en plus restreint.

Car la montagne aux pentes très fortes impose constamment des lacets et le skieur passé maître dans l’art des virages, et à fortiori celui qui est capable d’exécuter les coups de Télémark et de Christiania, évitera aux descentes les grandes pertes de temps, qui résultent de l’exécution d’un demi-tour à chaque lacet.

Le skieur n’usera enfin du bâton qu’avec discrétion et toujours avec la plus grande correction.



  1. Des coureurs norvégiens ont dépassé fortement cette vitesse.
  2. Il est question ici du saut pratiqué en tant que sport. Un skieur conservera évidemment son bâton, pour les sauts restreints ou les franchissements de talus et ressauts qu’il exécutera dans une course. Aussitôt l’obstacle franchi, il sera prêt à agir sur le bâton, pour rétablir son équilibre ou ralentir sa vitesse.
  3. En effet, en cas de chute en avant, le bâton peut se ficher dans la neige, la pointe tournée vers le skieur qui s’enferre. C’est ce qui est arrivé à un chasseur alpin à Barcelonnette en 1902.