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Gilles de Rais dit Barbe-Bleue/10

< Gilles de Rais dit Barbe-Bleue

H. Champion, libraire-éditeur. (p. 269-295).

X


PROCÈS DE GILLES. — PROCÉDURES ECCLÉSIASTIQUES. — LES PREMIÈRES SÉANCES. — L’ACCUSATION.

À proprement parler, les procédures ne commencèrent que le 14 octobre ; toutefois, il y eut avant cette date plusieurs séances, où Gilles de Rais et les témoins comparurent. La première, à laquelle assistèrent seuls l’évêque, le promoteur et deux autres personnes ecclésiastiques, eut lieu, le 19 septembre, qui était le jour fixé par l’assignation, dans la grande salle du château de la Tour-Neuve. C’était la première fois que Gilles de Rais se trouvait en présence de ses juges. Le promoteur, Guillaume Chapeillon, rappela l’assignation, qui avait été faite à l’accusé, au moment de son arrestation, par Robin Guillaumet, clerc de l’église de Nantes et notaire remplissant l’office d’huissier, et la renouvela lui-même devant l’évêque ; puis il porta contre le baron plusieurs chefs d’accusation qui touchaient le crime d’hérésie. C’était peut-être une habileté, aux ruses de laquelle Gilles de Rais se laissa prendre. Car il est à remarquer que le promoteur ne fait pas même allusion aux crimes commis sur les enfants, et qui constituaient, on s’en souvient, le premier et principal chef d’accusation dans les lettres du 13 septembre 1440. Aussi, en entendant les crimes articulés contre lui, Gilles s’empressa de déclarer qu’il consentait volontiers à comparaître devant l’évêque de Nantes comme devant son juge : « Il reconnaissait d’avance, ajoutait-il, tout autre juge ecclésiastique et il sc faisait fort de se laver de telles accusations en présence de n’importe quel inquisiteur. » Par un défi si plein d’assurance, le maréchal manifestait une fermeté, qui, sans aucun doute, n’était pas au fond de son cœur ; mais, en affectant de se dire innocent, il espérait en imposer à ses juges par une tranquillité apparente. Encore quelques jours, en effet, et ce calme dont il fait parade, au trouble de son âme s’évanouira, aussi bien dans ses paroles que dans ses actes : celui qui paraît aujourd’hui si soumis à ses juges deviendra un révolté, aussi dédaigneux de leur juridiction qu’il avait été empressé à la reconnaître. Dans cette occasion, Jean de Malestroit, se rendant à ses désirs, appela vers lui comme juge auxiliaire, frère Jean Blouyn, de l’Ordre des Frères-Prêcheurs, vice-inquisiteur de la foi pour le diocèse de Nantes ; puis il renvoya au 28 septembre l’audition des témoins pour les deux parties[1].

Le mercredi, 28 septembre, le tribunal se réunit de nouveau au complet dans la chapelle du « manoir » épiscopal de l’évêque de Nantes. Devant l’évêque, Jean de Malestroit, le vice-inquisiteur, et les quatre notaires, greffiers de la cour ecclésiastique[2] comparurent les témoins à charge. Michelet a fait, en quelques traits, le tableau saisissant de ces dépositions douloureuses, nous montrant : « une foule de témoins, pauvres gens, qui venaient à la file, pleurant et sanglotant, raconter avec détails comment leurs enfants avaient été enlevés[3]. » Leurs larmes et leurs gémissements ajoutaient encore à l’horreur des crimes qu’ils venaient dévoiler, et l’étendue de leur malheur se mesurait à celle de leur peine. Aussi, quand, de larmes fatigués, mais non pas rassasiés de vengeance, ils supplièrent les juges de prendre en main leur défense et d’apporter un prompt remède (celeriter) à de si grands maux, tous les assistants, émus jusques aux larmes, depuis longtemps étaient gagnés à leur cause ; la prière de ses infortunés était exaucée. D’ailleurs, les neuf témoins nantais, qui parurent dans cette circonstance [4], n’apprirent rien aux juges que ceux-ci ne savaient déjà : on se souvient, en effet, que la plupart d’entre eux ont déjà été nommés dans les lettres d’assignation du 13 septembre. Mais, au 28 septembre et devant le tribunal, leurs déclarations prenaient un caractère d’authenticité et d’importance qu’elles ne pouvaient avoir, faites en secret, même par-devant l’évêque de Nantes ou ses commissaires : voilà pourquoi ces dépositions avaient été renouvelées publiquement.

À ces réclamations pressantes contre le maréchal, les juges, très visiblement émus par les paroles, les malheurs et les larmes des témoins, déclarèrent hautement qu’ils ne pouvaient laisser de tels crimes impunis, et ils ordonnèrent à l’huissier, Robin Guillaumet, d’assigner aussitôt et définitivement Gilles de Rais à comparaître devant leur tribunal, le samedi suivant, 8 octobre, afin de répondre, en leur présence et en présence du promoteur désigné pour cette cause, aux accusations portées contre lui en matière de foi[5].

Le samedi, 8 octobre, de nouveaux témoins comparurent devant l’évêque et le vice-inquisiteur, dans l’une des salles basses du château de la Tour-Neuve. Ni les noms de ces nouveaux témoins ni les détails de leurs plaintes ne sont consignés au procès-verbal qui nous reste : mais les crimes dénoncés sont les mêmes que précédemment ; et si l’on remarque quelque chose de particulier dans ces nouvelles dépositions, on le trouve moins dans la diversité des paroles que dans un surcroît de larmes, de cris et de sanglots qui les accompagnèrent. Si, pour juger de la violence des sentiments qui se firent jour dans cette occasion, il faut s’en rapporter aux termes qui les expriment, on doit croire que la douleur des pères et des mères éclata avec d’autant plus de violence qu’elle avait été plus longtemps comprimée par la crainte.

Ce nouvel interrogatoire avait eu lieu, comme nous venons de le dire, dans une salle basse du château de la Tour-Neuve. Aussitôt qu’il fut terminé, les juges remontèrent dans la grande chambre haute, où le tribunal se trouva réuni au complet vers l’heure de tierce[6]. L’attente était générale parmi les assistants ; car, après les témoins à charge, le maréchal devait comparaître devant l’évêque et le vice-inquisiteur, et les événements, qui venaient de se passer, avaient piqué au vif la curiosité des juges et du public. Gilles parut bientôt : à sa vue, dans toute l’assemblée des assesseurs, des témoins et de la foule, qui se pressaient dans la salle des délibérations, il y eut une vive et profonde émotion. Depuis le 13 septembre, c’était la première fois que le maréchal de Rais paraissait en public : on se figure quels durent être les sentiments du peuple, en voyant, sur le banc des accusés, traité comme un criminel, l’homme qui lui avait pris son sang, ses plus douces espérances ; l’homme qui depuis si longtemps était l’objet de tant de haines et le sujet de tous ces entretiens. Car, bien que pendante encore, la cause, dans l’esprit du peuple, était jugée : pour lui, l’accusé était certainement le coupable. Pour les juges, il n’était encore qu’accusé ; lui, cherchait à se faire passer pour innocent. Si on veut savoir quelle fut l’attitude de Gilles devant ses juges, il parut la tête haute, avec un regard dédaigneux, comme aux jours de sa puissance, fort encore de l’excès de son pouvoir passé et du prestige évanoui de son nom.

Ce déploiement de dédain fut inutile. D’abord l’huissier exposa aux juges qu’il avait cité Gilles à comparaître en personne pour ce jour même, 8 octobre. Immédiatement après lui, le promoteur, séance tenante, reprit en son propre nom l’assignation faite par l’huissier et articula contre Gilles, de vive voix, tous les chefs d’accusation, se réservant, bien entendu, de les lui donner par écrit en temps et lieu convenables. Ainsi mis en demeure de répondre à l’accusation formelle portée contre lui, le maréchal de Rais brise ouvertement avec les engagements solennels qu’il avait pris le 24 septembre ; il déclare, mais seulement de vive voix et non par écrit, qu’il en appelle de l’évêque de Nantes et du vice-inquisiteur. Lors même qu’elle l’eût voulu, la justice ne pouvait se montrer faible. Sur-le-champ, ses juges lui répondent qu’un appel de cette nature, fait de vive voix et non par écrit, dans une semblable cause, est de droit nul et « frivole ».

Dans une cause si grave, en effet, l’appel de Gilles était nul. Si l’on voulait faire droit à la plainte « lamenteuse » des parents, on devait passer sur ses récriminations et ses colères : la justice envers les victimes exclue les faiblesses envers le bourreau. Il était évident pour les juges que l’accusé cherchait à se soustraire au tribunal, devant lequel il était légitimement cité : c’eût été s’associer à ses ruses que d’accéder à sa demande. Il n’aurait pu d’ailleurs en appeler qu’au pape, dont il ne prononça pas le nom ; car de songer à se soustraire à la justice de l’Église, aux mains de laquelle il était tombé, il ne pouvait avoir l’idée, si ce n’est pour échapper du même coup au châtiment. Or, si les formes du droit ne doivent jamais être supprimées, c’est quand elles offrent des garanties de justice pour les victimes et de sévérité pour le coupable. Enfin l’appel de Gilles était encore nul et « frivole », parce qu’il avait déjà solennellement reconnu et accepté la juridiction de l’évêque et du vice-inquisiteur. Par conséquent, qu’il ne compte point sur un délai : une telle cause n’en souffre pas. Cependant les juges protestent qu’ils ne l’accusent point par esprit d’animosité et qu’ils ne le chargeront en quoi que ce soit par malice ou par haine. Si Michelet ose avancer, sur ce point, « qu’on ne pouvait nier que ses juges ne fussent ses ennemis, et que, pour ce motif, il les récusa[7] », c’est qu’il en croit plus volontiers son imagination que la vérité. Ses ennemis, rien ne le fait supposer ; bien au contraire, l’ensemble du procès contient à l’endroit de l’accusé des ménagements, qui prouvent bien que ses juges obéissaient à tout autre sentiment qu’à celui de la haine. Si Gilles en appelait du tribunal ecclésiastique, c’est qu’il espérait sans doute échapper à la juridiction, des juges de l’Église et se faire, contre la justice prête à le frapper, un abri de sa fortune, de sa famille et de son crédit. En rejetant cet appel comme « frivole » et non avenu, les juges cédèrent, non pas à la haine, mais au sentiment de la justice, impérieusement réclamée par les témoins et les familles en larmes.

À la fin cependant, en présence de l’état de son esprit et devant cette rébellion publique, l’évêque et le vice-inquisiteur lui accordèrent quelques jours de répit, pour lui permettre de réfléchir sur son cas et d’aviser à répondre aux accusations si précises du promoteur. Gilles reprit alors : « Rien n’est vrai dans tous les articles qu’on vient de porter contre moi : j’excepte pourtant deux choses : le baptême que j’ai reçu, et le renoncement que j’ai juré au démon, à ses pompes et à ses œuvres : j’ai toujours été et je suis encore un vrai chrétien. » À cette réplique si fière, le promoteur, piqué, se lève et fait serment de dire la vérité et d’éviter toute calomnie sur tous et sur chacun des articles de l’accusation ; puis, fort de cette déclaration solennelle et résolu à pousser le maréchal dans tous ses retranchements, il demande que Gilles de Rais fasse le même serment entre les mains de l’évêque et du vice-inquisiteur. Mais c’est en vain qu’on le presse ; une fois, deux fois, trois et quatre fois même, on le supplie ; on le menace même de l’excommunication : Gilles refuse avec opiniâtreté. Chose bien étrange en vérité ! Cet homme, qui ne s’était rien refusé de mauvais ; qui avait foulé aux pieds les sentiments les plus sacrés et les plus saintes lois de la nature ; qui s’était joué avec tant de cruauté des lois de la morale et de la pudeur ; en qui l’on pouvait croire que rien de bon ne subsistait encore ; cet homme avait cependant le respect de quelque chose. Quelques orages qu’on ait traversés et si dévasté qu’ait été un cœur, il est rare qu’il ne s’y trouve pas toujours, en certains recoins cachés, quelques-uns de ces bons sentiments, qu’aucun vent ne peut déraciner : en Gilles de Rais, ce sentiment était le respect du serment : il n’osait tromper Dieu et mentir en prenant son nom à témoin de ses paroles : il aurait eu peur de mourir. Le serment faisait encore sur son âme une impression profonde. Comme nous l’avons dit plus haut, le seul crime dont il croyait ses complices incapables, était aussi le seul qu’il n’osait regarder sans pâlir et devant lequel il reculait comme à la vue d’un spectre : preuve nouvelle de cette foi vive, qui résistait à tout, même au crime, même à la crainte de mourir [8].

De guerre las enfin, les juges fixèrent le mardi suivant, 11 octobre, pour permettre au promoteur de déposer juridiquement et de soutenir l’acte d’accusation, et à Gilles de lui répondre. Mais, ce jour arrivé, la cause fut renvoyée au surlendemain, 13 octobre ; car, le 12 tout entier, les juges furent occupés à entendre et à interroger de nouveaux témoins, hommes et femmes, qui, venus de tous côtés, se pressaient dans la salle basse du château de la Tour-Neuve. D’un côté, donc, la séance du 8 octobre n’avait abouti qu’à des dénégations de la part de Gilles de Rais et à l’excommunication, dont il avait été frappé pour avoir refusé de répondre aux griefs formulés contre lui par le promoteur ; de l’autre, le promoteur n’avait porté l’accusation que de vive voix : au début même du procès, les délibérations avaient été arrêtées court. Cet état de choses ne pouvait se continuer, et puisque l’appel du maréchal avait été rejeté comme frivole et de nul effet, il était indispensable de passer outre, sans plus tenir compte ni de ses dédains ni de ses colères. Aussi, dans la séance du 13 octobre, nonobstant les appels réitérés de Gilles, le procès fut définitivement lancé et l’on entra résolument dans les débats. Comme le maréchal avait nié hautement la juridiction de ses juges, en appelant publiquement de leur tribunal à celui d’un juge supérieur, il devait entendre la démonstration publique de leurs droits, établis sur des preuves irréfragables, d’où découlait l’obligation inévitable de se soumettre à leur autorité. L’accusation écrite et méthodiquement raisonnée, entourée de toutes les preuves et de toutes les autorités et faite avec le plus grand soin, ne pouvait plus être éludée ; avec quelque habileté que s’enveloppât le coupable, il allait en être frappé : aussi, désormais, bien loin de s’appuyer sur le droit pour en appeler encore, comme au 8 octobre, le maréchal, chassé hors de ses dernières espérances, épouvanté par l’énormité de l’accusation qui pèse sur lui de tout son poids, va se jeter sur les injures et se faire effrontément l’accusateur de ses juges. Cette tactique n’est pas inconnue de la justice, qui n’en est pas émue : elle prouve seulement que dans le coupable la sérénité des premiers jours a fait place au trouble et que la crainte a chassé l’assurance.

Cette séance mémorable eut lieu dans la grande chambre supérieure du château de la Tour-Neuve. Elle s’ouvrit en présence des juges et du promoteur ; parmi les assesseurs, qui étaient fort nombreux, on distinguait Jean Prégent, évêque de Saint-Brieuc, Pierre de l’Hospital, président de Bretagne, Robert de la Rivière, Guillaume de Grantboays, Jean Chauvin, Régnaud Godelin, licenciés ès lois, et Guillaume de Montigné, avocat à la cour séculière de Nantes ; autour d’eux enfin et dans toutes les parties de la vaste salle, une foule toujours croissante de témoins et de curieux, qu’attiraient, de la ville de Nantes et de tout le pays, la renommée de l’accusé, l’étrangeté de la cause et le récit des incidents, qui avaient marqué la séance du 8 octobre. La séance s’ouvrit à l’heure de tierce, à laquelle Gilles fit son entrée dans la salle, au milieu de ses gardes.

Toute la suite de l’affaire, depuis le mois de juillet jusqu’à ce jour ; les enquêtes secrètes faites au nom de l’autorité épiscopale, les dépositions des parties civiles, les procès-verbaux consignés dans les registres de l’évêché et les procès-verbaux des séances antérieures ; les interrogatoires, la composition du tribunal, ne formaient, à vrai dire, que l’instruction préalable du procès. Le jeudi, 14 octobre, en présence des juges réunis en séance, devant Gilles de Rais, devant la multitude accourue de toutes parts, le procès lui-même s’ouvrit solennellement par la lecture à haute voix de l’acte d’accusation. Cette lecture fut d’abord commencée par le promoteur, puis continuée par un aide, qui lui fut adjoint sur l’ordre du tribunal. Les divers articles de l’accusation avaient été rédigés avec soin par le promoteur lui-même ; et cette rédaction, sans aucun doute, ainsi que cela avait toujours lieu, avait été faite sous les yeux de l’évêque et du vice-inquisiteur, qui en avaient approuvé la teneur. Cet acte n’était, en effet, que le résumé et l’exposé des crimes attribués aux coupables par les témoins, pleurés par les parents, entendus et recueillis jusque-là par l’évêque ou par les officiers de la justice ecclésiastique.

Le promoteur commença par déposer l’acte écrit d’accusation, en disant qu’après les enquêtes faites sur sa vie et les interrogatoires précédents, le maréchal de Rais était là pour répondre à tous et à chacun des articles contenus dans cct acte ; que son devoir, à lui promoteur, était d’en affirmer la vérité, et, dans le cas où elle serait niée, de la démontrer par des preuves irréfragables. Pour procéder avec ordre, il demanda donc que chaque article fût lu à Gilles de Rais en langue vulgaire, c’est-à-dire en français, de point en point, lentement ; à haute et intelligible voix, par Jacques de Pencoetdic, official de l’église cathédrale de Nantes, l’un des prêtres les plus honorables du diocèse ; après avoir fait serment de dire la vérité, Gilles y répondrait immédiatement, ou, s’il en exprimait le désir, les juges fixeraient un jour pour lui permettre de développer sa défense. Tels étaient les moyens de réfutation que l’on offrait à l’accusé. On voit ici, pour le dire en passant, quelles facilités dans la réplique cette législation accordait à l’accusé et de quelles précautions elle avait soin d’entourer la justice. Les exemples de ce respect que l’on avait pour l’accusé sont nombreux, répandus partout dans ces procédures, et prouvent que le tribunal ecclésiastique de Nantes mérite les approbations de l’histoire. On peut le dire : même de nos jours, le respect de la défense n’a guères plus de délicatesses, unies à plus de force et d’énergie. Toutefois, ces condescendances avaient et devaient avoir une mesure et une fin : dans le cas où Gilles refuserait encore de répondre à ses juges, le promoteur demanda qu’il fût déclaré contumace et excommunié ; il termina en suppliant les juges de le seconder dans l’accomplissement pénible de sa lourde tâche.

L’acte d’accusation contenait quarante-neuf articles renfermant tous les crimes dont était chargé Gilles de Rais. Jamais plus terrible poids ne pesa sur la tête d’un homme : il était formé de tous les forfaits dont nous avons vu la suite dans cette histoire. L’accusation se trouvait partagée en trois parties : les crimes sur les enfants ; les crimes de magie et de sorcellerie ; la violation enfin des immunités ecclésiastiques. Un préambule étendu et méthodique en ouvrait la longue et lamentable série.

Dans ce préambule (de l’art. I à l’art. XIV), le promoteur établit la compétence du tribunal ecclésiastique dans ce grave procès. Après avoir démontré, que, depuis un temps immémorial, la ville et l’Église de Nantes ont formé un diocèse régulièrement fondé dans la province ecclésiastique de Tours (art. I) ; après avoir prouvé que l’évêché de Nantes, avec ses bornes bien déterminées, jouit du droit de juger au spirituel le peuple renfermé dans ses limites (art. II), il arrive à l’élection de Jean de Malestroit, qui depuis vingt ans gouverne ce diocèse, et jouit par conséquent de tous les privilèges spirituels et temporels qui appartiennent à l’Église de Nantes (art. III). Ensuite, pénétrant dans le détail de ces droits, il démontre que l’évêque de Nantes a le devoir de veiller au maintien de la foi, de poursuivre et d’extirper l’hérésie et tous les crimes, d’en excommunier les auteurs, de les frapper de peines salutaires, et enfin, d’après l’énormité des crimes et l’exigence des circonstances, de les livrer au bras séculier (art. IV). C’est ainsi qu’ayant solidement établi le droit de l’évêque dans une cause de cette nature, il passe aux preuves sur lesquelles repose celui du vice-inquisiteur, appelé, du consentement de Gilles lui-même, par Jean de Malestroit comme juge auxiliaire dans ces graves débats. Rien ne manque à ces preuves : ni la délégation du Souverain Pontife en faveur de Guillaume Mérici, comme grand inquisiteur de France (art. IV), ni son âge, ni sa profession, ni les hautes qualités qui le rendent propre à ce difficile emploi (art. VI) ; ni l’exercice d’un droit fondé sur la législation et sur la coutume, soit collectivement par l’évèque de Nantes et l’inquisiteur, soit séparément, par chacun d’eux, à l’encontre de tous les crimes qui relèvent de leur tribunal (art. VII) ; ni le droit non moins incontestable de Guillaume Mérici de déléguer quelque religieux de son ordre pour l’aider dans l’exercice de sa charge (art. VIII). Après avoir ainsi posé, pour ainsi dire, sur le roc les droits de l’évêque et de l’inquisiteur sur toute l’étendue du diocèse de Nantes, le promoteur passe aux preuves qui font que l’accusé est et demeure responsable de ses actes devant leur tribunal. Gilles de Rais, en effet, est né dans la paroisse de la Trinité de Machecoul, au diocèse de Nantes (art. IX), et, par conséquent, il est soumis à l’autorité judiciaire de l’évêque de son diocèse pour les crimes dont on l’accuse (art. X) ; le château de Machecoul et celui de Saint-Étienne-de-Mer-Morte sont situés dans les limites de deux paroisses, dont les habitants relèvent pour la justice de l’évêque de Nantes et de l’inquisiteur de France (art. XI) ; enfin, et pour compléter ces preuves, sur lesquelles sont établis et les droits de l’évêque et de l’inquisiteur et le devoir de Gilles de reconnaître leur juridiction et de s’y soumettre, dans les articles suivants (art. XII et XIII), le promoteur prouve que Jean Blouyn a été délégué comme vice-inquisiteur par Guillaume Mérici, et que les pouvoirs nécessaires lui ont été conférés par les lettres du grand inquisiteur, en date du 26 juillet 1426 (art. XII) ; il démontre d’ailleurs que, du consentement de tous, ce religieux est propre à bien remplir tous les devoirs de sa charge (art. XIII) ; enfin, se résumant en quelques mots, l’accusateur public couronne cet exposé en affirmant hautement que toutes les choses qu’il vient d’exposer sont « vraies, notoires, manifestes, connues de tous et de chacun » (art. XIV).

Suit immédiatement l’énoncé des faits les plus graves, les crimes commis sur les enfants. Toutes les preuves qui les appuient et qui ont amené l’instruction de la cause, y sont énumérées, et il semble que la voix de l’accusateur public, jusque-là froide et sèche, s’émeut, s’échauffe et s’humecte, pour ainsi dire, de larmes, à mesure qu’il avance dans son récit. Calme encore en parlant des rumeurs publiques et de l’enquête secrète, à laquelle les bruits populaires ont donné lieu dans la ville et le diocèse de Nantes, et qui fut faite par l’évêque, ses commissaires et le promoteur lui-même, son style s’élève tout à coup, et dans un latin énergique, encore que peu élégant, il reproduit bientôt dans ses paroles jusques aux cris (clamosa), jusques aux lamentations (lamentabile), jusqu’à l’immense douleur (plurimum dolorosa) des insinuations accusatrices de la foule ; il montre les innombrables personnes de tout sexe et de toute condition, tant de la ville que du diocèse de Nantes (præcedentibus vocibus quam plurimarum personnarum utriusque sexus) qui, sous le poids de la douleur et de l’effroi, ont poussé vers la justice et vers le ciel des hurlements (ululantium), et sont venues se plaindre ensemble, le visage baigné de larmes (conquerentium et plangentium), de la perte de leurs fils et de leurs filles, apportant ainsi à la suite de l’évêque, des commissaires et du promoteur, l’autorité de leurs larmes et de leur douleur à l’appui des paroles de l’accusateur. Et quels sont donc les crimes et les coupables ? Les coupables sont Gilles de Rais, Roger de Bricqueville, Henriet Griart, Étienne Corillaut, surnommé Poitou, André Buschet, Jean Rossignol, Robin Romulart, un nommé Spadin, Hicquet de Brémont. Les crimes ? ce sont des meurtres d’enfants, égorgés, tués, démembrés, brûlés et traités sans humanité comme sans pudeur ; c’est l’immolation damnable de leurs corps au démon par Gilles de Rais, ce sont des évocations de démons ; ce sont des sacrifices offerts en leur honneur ; plus que tout cela encore, ce sont sur les enfants, tant durant leur vie que pendant les lenteurs calculées de leur mort et même après leur trépas, des traitements odieux, des abominations effrayantes, une brutalité mélangée d’une débauche innommable et d’une luxure que l’accusateur s’épuise à qualifier par les termes les plus indignés qui soient dans la langue latine. Tels sont les crimes portés contre l’accusé par les autorités que le promoteur vient d’invoquer ; mais à son tour il les affirme solennellement en son propre nom ; il se fait fort de prouver au besoin que, depuis quatorze ans, sous le pontificat de Martin V, de douce mémoire, et d’Eugène IV, actuellement régnant ; sous celui de Philippe, archevêque de Tours, et celui de Jean, évêque de Nantes ; sous le règne de Jean, duc de Bretagne, Gilles de Rais, possédé de l’esprit malin et oublieux de son propre salut, a commis tous les crimes énoncés sur des enfants des deux sexes, par les soins des serviteurs accusés avec lui, en quelque lieu qu’il portait ses pas, et dans ses châteaux et dans les hôtelleries (art. XV). Tel est l’ensemble des crimes ; en voici maintenant le détail.

L’accusateur commence par la magie et les évocations de démons. Ici la pensée et le style s’émeuvent : un passage d’une vraie éloquence ouvre cette accusation particulière : « Convient-il à des chrétiens, qui nourrissent le désir d’être unis un jour au chœur des anges, de faire leur pâture de la débauche ? s’écrie le promoteur ; convient-il à leurs yeux, illuminés par la foi catholique et consacrés par ses lumières, de tourner leurs regards vers les vaines choses d’ici-bas ? à leurs cœurs de se porter vers les jouissances de la terre ? Combien plutôt ils doivent mettre leur espoir en Dieu, leur Seigneur ! et d’un cœur ardent et d’un mouvement de l’âme excitée par l’amour, fixer leurs regards sur son divin visage ! C’est ce que nous apprend David, quand il dit : Bienheureux l’homme dont le nom du Seigneur fait toute l’espérance et qui ne regarde pas en arrière aux vaines et folles jouissances de la terre : « Beatus vir, cujus est nomen Domini spes ejus et non respexit in vanitates et insanias falsas [9]. » C’est ce qu’il nous annonce encore par ce cri et cet appel pressant : « Ô enfants des hommes, à quelle profondeur votre cœur appesanti aime-t-il la vanité et recherche-t-il le mensonge ? O filii hominum, usquequo gravi corde diligitis vanitatem et quæritis mendacium[10] ? » Et voilà cependant que Gilles de Rais, sanctifié par les deux sacrements de baptême et de confirmation, qu’il a reçus en signe de vrai chrétien ; après avoir, en les recevant, renoncé au démon, à ses pompes et à ses œuvres ; après avoir confessé et embrassé fermement la foi catholique et l’Église, une, sainte et apostolique ; après les avoir, dis-je, confessées et embrassées pendant quelque temps, voilà que Gilles de Rais s’est livré à toutes les pratiques des évocateurs des démons ! » Sur ces paroles, qui résumaient éloquemment la pernicieuse ambition, principe de tous les crimes de Gilles de Rais, le promoteur spécifie les lieux divers où se firent ces évocations coupables, et la salle basse du château de Tiffauges, et les bois avoisinants qui furent les témoins de sacrilèges tentatives, et le temps que durèrent ces évocations, et les complices de Gilles : l’italien Prélati et le lombard Antoine de Palerne ; et les signes, les cercles, les caractères cabalistiques tracés sur le sol, et le nom des démons invoqués : Barron, Orient, Beelzebuth et Bélial ; et l’encens, la myrrhe, l’aloès, et les divers autres parfums ; et les cierges allumés en leur honneur, les génuflexions, les adorations, les sacrifices, les pactes passés entre les démons et Gilles ; et les espérances qu’il mettait en leur secours pour obtenir science, puissance et richesse (art. XVI). Les pactes avec les démons, leurs conditions (art. XVII), les évocations particulières de Prélati et de Poitou, à quelque distance de Tiffauges, sur la route de Montaigu (art. XVIIII), celle de Josselin (art. XIX), celle de Bourgneuf, dans le couvent des Frères-Mineurs (art. XX), les cédules que Gilles écrivit ; de sa propre main et signa de son propre sang (art. XXI, XXII), tout est énuméré, appuyé sur le bruit public (art. XXIII). Suivent les noms de ses complices dans ces arts magiques et défendus ; les voyages de Gilles de Sillé dans les diverses contrées de l’Europe, pour y chercher au profit de son maître des savants qui puissent lui donner, à volonté, les richesses et les honneurs, les villes et les châteaux qui exciteront sa cupidité (art. XXIV) ; le voyage de Blanchet en Italie, d’où il amena François Prélati (art. XXV) ; les différentes évocations qui eurent lieu à l’hôtel de la Suze, à Nantes, à Orléans, à l’hôtel de la Croix-d’Or, jointes à celles de Machecoul et de Tiffauges, viennent clore (art. XXVI) le chapitre de la magie. Aujourd’hui, ces accusations et ces détails piquent la curiosité plus qu’ils n’excitent l’horreur. Il n’en était point ainsi au XVe siècle, où l’on voyait avec raison des crimes abominables dans ces actes sacrilèges, souvent accompagnés de meurtre et de débauche ; mais de nos jours, comme dans ces temps plus reculés, les accusations et les détails qui suivent causent dans les âmes une surprise pleine d’effroi.

Le promoteur y développe les attentats sur les enfants, commis à Champtocé, à Machecoul, à Tiffauges, à Nantes, à Vannes. Cent quarante enfants, peut-être davantage, dit Guillaume Chapeillon, ont été lâchement, inhumainement égorgés avec cruauté par Gilles de Rais et ses complices : péché horrible et contre nature, qui appelle la vengeance divine ; car, dit Hermogène, chaque fois qu’un homme usurpe les droits du Créateur, en tuant une créature humaine, les vertus du ciel ne cessent de crier à la face du divin Juge jusqu’à ce que vengeance soit tirée du meurtrier, destiné aux flammes éternelles. Et cependant ces meurtres sanglants n’ont rien de comparable aux crimes qui les précèdent, les accompagnent et les suivent ; à ces crimes qui souillent l’air que l’on respire (aerem fœdans), et qui étaient terminés invariablement par la crémation des victimes, dont les cendres, jetées aux vents, dans les douves des châteaux ou dans des lieux cachés, étaient les derniers vestiges habilement détruits par les meurtriers. « Et le nombre des victimes, reprend le promoteur, s’élève à cent quarante et peut-être davantage ! » (art. XXVII). Les articles suivants contiennent les détails de ces horreurs : les complices, hommes ou femmes, qui s’étaient faits les pourvoyeurs de Gilles ; leurs menées, leurs habiletés auprès des enfants et des parents (art. XXVIII) ; les meurtres commis à Bourgneuf, dans le couvent des Frères-Mineurs, où Gilles demeurait d’ordinaire en passant par cette ville (art. XXIX), les orgies de tables destinées à donner du piquant et du vif à la débauche ; (art. XXX) l’oblation faite au démon de la main, des yeux, du cœur et du sang d’enfants mis à mort (art. XXXI) ; la profanation sacrilège de l’office de tous les Saints, chanté en l’honneur des esprits maudits, et les aumônes faites en leur nom (art. XXXII) ; les espérances de Gilles uniquement placées dans ces évocations ; ses meurtres, ses débauches (art. XXXIII) ; ses conversations avec les évocateurs ; le commerce qu’il avait avec eux, l’étude de leurs livres prohibés, pendant quatorze ans la protection qu’il accorda à leurs personnes et à leurs œuvres (art. XXXIV et XXXV) ; le travail secret qui eut lieu dans Champtocé et à Machecoul, quand il reprit ces deux places sur sa famille pour les livrer au duc de Bretagne (art. XXXVI) ; le concours de ses complices et de ses serviteurs (art. XXXVII) ; les remords du coupable, ses résolutions frivoles de changer de vie et de faire pénitence de ses fautes (art. XXXVIII) ; ses rechutes, qui font de lui un relaps, dans ces crimes « qui amènent sur le monde les tremblements de terre, la famine et la peste » (art. XXXIX) ; toutes choses universellement connues du peuple dans toute la contrée (art. XL), forment la suite trop longue, hélas ! et bien effrayante des attentats du baron de Rais : « Voilà, conclut l’accusateur, voilà des crimes qui font de Gilles de Rais un infâme, un hérétique, un idolâtre, un apostat et un relaps » (art. XLI).

Il reste cependant un dernier crime à signaler et qui forme comme le troisième chef d’accusation établi contre le maréchal : c’est l’invasion à main armée du baron de Rais et de ses complices dans l’église paroissiale de Saint-Étienne-de-Mer-Morte ; la violence faite à un clerc de la sainte Église, Jean Le Ferron, au mépris de toutes les immunités ecclésiastiques déterminées et reconnues par le droit et les statuts des conciles de la province de Tours (art. XLII). Tels sont les crimes de Gilles de Rais ; telle est son audace qu’elle l’a poussé jusqu’à s’en vanter publiquement, en présence de témoins dignes de foi (art. XLIII) ; il les a commis, répète l’accusateur, dans chacun des lieux plus haut énumérés (art. XLIV) ; aussi, tant dans les paroisses de Machecoul, de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, de Saint-Cyr-en-Rais, et de Sainte-Marie de Nantes, que dans la majeure partie de la Bretagne et dans les provinces limitrophes, l’opinion commune et la voix publique dénoncent Gilles de Rais « comme hérétique, relaps, sorcier, sodomite, invocateur des esprits malins, devin, meurtrier d’enfants, pratiquant les arts magiques, apostat, idolâtre, sorti et pensant mal de la foi catholique, aruspex et areolus » (art. XLV) ; telle est l’opinion des gens graves et vertueux sur le baron de Rais ; tels sont les soupçons violents que l’on a sur sa conduite et sur sa vie dans toute la contrée (art. XLVI) ; or, tous ces crimes causent le plus grand dommage à la foi catholique, à la sainte Église, notre mère, et au bien de l’État : ils sont, en effet, un exemple pernicieux pour beaucoup et un danger des plus graves pour le salut de Gilles lui-même (art. XLVII). Voilà pourquoi, reprenant enfin tout ce qu’il a dit sur les bruits qui couraient dans le peuple de la culpabilité du maréchal, et affirmant de nouveau avec énergie que toutes les choses susdites sont vraies, manifestes, au point qu’elles ne peuvent ni être cachées ni être niées, et que l’aveu de Gilles lui-même est venu sur quelques points fortifier le bruit populaire (art. XLVIII), le promoteur termine en assurant, que, par de tels crimes, de tels excès, de tels délits, l’accusé a encouru la sentence d’excommunication et toutes les autres peines portées contre de tels coupables, les aruspices, les aréoles les donneurs de mauvais sorts, ceux qui évoquent ou conjurent les esprits malins, leurs fauteurs, leurs hôtes, leurs fidèles, leurs défenseurs, tous ceux enfin qui se livrent à la magie et aux arts prohibés ; qu’il est tombé dans l’hérésie, qu’il est relaps ; qu’il a offensé la majesté de Dieu, plus encore respectable que celle du prince, et encouru par conséquent le crime de lèse-majesté divine ; qu’il a contrevenu aux préceptes du Décalogue et aux lois de l’Église ; qu’il a semé parmi les fidèles chrétiens une erreur des plus dangereuses ; qu’enfin il s’est rendu coupable de crimes aussi énormes que honteux, dans les limites où s’exerce la juridiction de l’évêque de Nantes (art. XLIX).

Aussi, le promoteur supplie les juges de rendre sur cette cause un jugement définitif et de déclarer Gilles de Rais deux fois coupable et deux fois excommunié, avec toutes les peines déterminées par la loi : d’abord comme évocateur des démons, hérétique et apostat ; et ensuite comme sodomite et violateur des immunités de l’Église ; il demande qu’il en soit puni et corrigé selon les prescriptions du droit et les décisions des saints canons et il implore humblement pour lui-même l’évêque de Nantes et le vice-inquisiteur. Car tout ce qu’il vient de dire, il l’a dit en bonne forme et conformément au droit, autant du moins qu’il lui a été possible et qu’il en avait l’obligation rigoureuse : il ne demande maintenant que d’être admis à faire la preuve de ce qu’il avance, et il le fera, il le promet, sans longueur ni superfluité ; « ne se réservant que le droit d’ajouter, de corriger, de changer, de diminuer, d’interpréter, de mieux rédiger et de produire de nouvelles choses, s’il est nécessaire, en temps et lieu convenables. »

Deux choses surtout sont à remarquer dans ce long réquisitoire : d’abord, il n’y est jamais parlé d’alchimie, ce qui prouve qu’on ne faisait pas un crime à Gilles de Rais de l’avoir pratiquée ; ensuite l’accusateur, en demandant à la fin l’application des peines dues à ces crimes, retranche tout ce qui a trait aux tortures et aux meurtres de ses victimes : preuve que ces crimes n’étaient pas du ressort du tribunal ecclésiastique et relevaient directement du chancelier de Bretagne. Apostat, relaps, évocateur des démons, sodomite, et violateur des immunités de l’Église, voilà ce qu’est l’accusé aux yeux du promoteur : sur ces crimes particuliers seulement portent l’excommunication et les autres peines déterminées par le droit canonique.

Voilà l’accusation dressée contre Gilles de Rais, maréchal de France : c’est la plus terrible, encore une fois, qui ait été élevée au XVe siècle, sans même excepter celle qui fut portée contre Jeanne d’Arc, aussi fausse que celle-ci est vraie, aussi peu solide que celle-ci est bien fondée, aussi haineuse que celle-ci est modérée. Trouverait-on même, dans les annales judiciaires de l’humanité, un réquisitoire plus lourd à la charge d’un homme ? Quelques hommes, il est vrai, ont paru si coupables, qu’on leur a donné ce nom de monstre si prodigué, et avec tant de raison, à Gilles de Rais par les historiens et les romanciers : mais leur vie a été brisée par un orage : un vent subit les emporta ; le poison, le fer, leurs propres mains les ont fait disparaître de la scène du monde qu’ils avaient ensanglantée ; ils sont morts, mais dans un marais, dans un combat, au fond d’un palais, loin des regards de la foule : autant que nos souvenirs nous rappellent le passé, jamais si grand coupable, devant un tribunal siégeant pour le juger, en présence d’une foule avide, où se pressent et s’agitent autour de lui tant de victimes, n’entendit pareille voix s’élever pour le maudire, ne vit dresser contre lui une telle accusation, ne porta un tel poids de crimes ; le monde est moins lourd que le fardeau d’une telle vie.

Aussi, sous le poids qui l’écrase, cet homme s’agite : il sent que c’est celui de toutes les vengeances divines et humaines, que c’est la mort, et plus que la mort, la honte éternelle. Comme le mal demeure encore en son sein et que le crime l’habite, sans que le repentir, entré à la suite du remords, l’en puisse chasser encore, l’orgueil, mais un orgueil mêlé de crainte et de honte, le fait regimber contre le châtiment qui l’atteint ; il trouve dure la main qui le frappe. Si l’on en juge par la fureur où le fit entrer l’acte d’accusation, la lecture en fut souvent interrompue par ses dénégations et ses injures. Aussi, quand l’évêque et le vice-inquisiteur lui demandèrent s’il voulait répondre aux différents chefs de crimes établis contre lui, s’il voulait les rejeter tous ou en excepter seulement quelques-uns, par écrit et de vive voix, il éclata en injures, et répondit avec hauteur et fierté qu’il n’avait rien à dire sur de telles choses, que d’ailleurs l’évêque et le vice-inquisiteur n’étaient pas ses juges et qu’il en avait appelé de leur tribunal. Ce langage était rempli d’une insolence, et d’un mépris habituels chez un homme impatient de tout frein, accoutumé plus à commander qu’à obéir ; même sous le pied qui l’écrase, le dangereux reptile se redresse et cherche à mordre. Bientôt, ne pouvant ni cacher ni contenir la colère qui l’agite, il se répand en injures et en paroles grossières : il s’écrie que ni l’évêque, ni l’inquisiteur, ni les autres ecclésiastiques ne sont ses juges ; il a honte (ô pudeur !) de paraître devant eux : « Simoniaques ! ribauds ! s’écrie-t-il, vous, mes juges ? plutôt que de répondre à de tels ecclésiastiques et à de tels juges, j’aimerais mieux être pendu par le cou à un lacet ! » En vain Jacques de Pencoetdic, official de Nantes, en vain Geoffroy Pipraire, doyen de l’église Sainte-Marie de Nantes, délégué par les juges pour aider le promoteur, lui relisent et lui exposent quelques-uns des articles de l’accusation : Gilles les fatigue l’un après l’autre par ses emportements et ses insultes ; à toutes les assertions, il oppose les démentis les plus outrageants ; à chaque mot qu’ils disent, il redouble de fureur. De guerre las enfin, il s’adresse à l’évêque de Nantes et lui dit en langue vulgaire : « Je ne ferois rien pour vous comme evesque de Nantes. » À cette scène violente, un grand tumulte s’élève dans la salle : mais le promoteur demeure impassible sous ces éclats de colère ; il insiste avec énergie : il prie les juges, pour la seconde fois, de demander au baron s’il veut répondre à l’accusation de vive voix ou par écrit, et s’il désire qu’il lui soit assigné un jour pour présenter sa défense : « Je vous dis encore une fois, réplique le maréchal, que je n’ai rien à répondre. »

Pour forcer cette obstination orgueilleuse, le promoteur redouble ses attaques autour de lui : les juges le somment de parler ; ils l’interpellent par son nom à quatre fois diverses et le requièrent, sous peine d’excommunication, de répondre enfin aux différents articles de l’accusation, qui lui sont de nouveau exposés, lus et répétés en français. À toutes ces injonctions, à toutes ces menaces, mêmes refus, mêmes démentis, mêmes colères, même hauteur dans le langage : « Est-ce que je ne connais pas parfaitement la foi catholique ? s’écrie-t-il ; ceux qui m’accusent de l’avoir trahie, ignorent-ils donc qui je suis ? Je suis parfait chrétien et bon catholique. J’avoue et je confesse que si j’avais commis les crimes que l’on vient dénoncer contre moi, j’aurais directement été contre la foi catholique ; je m’en serais écarté ; je m’en écarterais encore : sur tous ces points-là, je ne prétends, en aucune façon, bénéficier d’une ignorance qui n’existe pas. » Quelques instants après, il ajoute : « Je ne veux être enchaîné par aucun privilège ecclésiastique ; et je m’étonne, dit-il en interpellant le chancelier de Bretagne, Pierre de l’Hospital, je m’étonne que vous, chancelier de Bretagne, vous laissiez des juges ecclésiastiques se mêler des crimes portés contre moi et que vous souffriez même que l’on m’accuse de telles infamies. » Dans cette lutte désespérée contre les étreintes du châtiment qui l’enlace de toutes parts, son intention est manifeste : il veut faire traîner les choses en longueur, employer son crédit, corrompre peut-être ses juges, tout au moins gagner du temps : un délai peut-être sera la vie. L’insensé ! auprès de juges si bien éclairés, par caractère et par devoir si indépendants, ses amis de la veille, il est vrai, alors que l’on ignorait encore ses crimes, mais aujourd’hui intègres représentants de la justice, il croit encore, par une dernière et folle illusion, que ses paroles et ses déclarations peuvent compter pour quelque chose. Mais l’espoir même de trouver plus de condescendance ou plus de faiblesse dans la justice séculière devait s’évanouir ; avec sa puissance, tout s’était écroulé, son crédit avec le reste : le chancelier de Bretagne lui répondit en affirmant la compétence du tribunal de l’évêque, et lui conseilla, s’il n’était pas coupable des crimes dont on le chargeait, de répondre à l’accusation : car son intérêt était même de demander que la lumière fût faite dans une cause, où il ne s’agissait avant tout que de son honneur et peut-être de sa vie.

Innocent, Gilles de Rais eût embrassé cet avis comme le naufragé une planche de salut : l’innocence n’espère qu’en une chose, la vérité ; elle ne réclame qu’une seule chose, la lumière. C’est ce que redoute le plus un coupable, qui ne veut échapper à la justice qu’à la faveur de l’erreur et des ténèbres. Jusqu’à ce qu’un repentir sincère ait amené à sa suite le désir de l’expiation et le mépris de la vie, Gilles se révoltera contre le conseil du chancelier de Bretagne. Aussi, comme il persévérait dans son obstination et dans ses refus, l’évêque de Nantes et le vice-inquisiteur, à la requête de Guillaume Chapeillon, le déclarèrent manifestement contumace, l’excommunièrent par acte écrit et firent proclamer devant la foule la sentence qui le frappait. Toutefois, toujours sur la demande du promoteur, ils décidèrent en même temps que l’on passerait outre et que l’on poursuivrait le cours des débats. Toujours de vive voix et non par écrit, le maréchal en appela encore de cette sentence d’excommunication et de ses juges ; mais ce nouvel appel fut, aussi bien que le premier, rejeté comme frivole par Jean de Malestroit et Jean Blouyn. Les crimes de Gilles de Rais étaient de ceux sur lesquels le pardon des victimes et de Dieu peut descendre, mais non pas la clémence des juges. Aussi, eu égard à la nature extraordinaire du procès, vu surtout la grandeur, le nombre et l’énormité des crimes dont l’accusaient les témoins et le promoteur, les juges déclarèrent hautement et pour la dernière fois, que le baron ne pouvait en appeler de leur tribunal à un tribunal supérieur, et, pour ces causes, refusèrent même de différer de quelques jours la poursuite des procédures : cette sévérité s’accordait avec la justice, car le droit ne leur permettait pas d’interrompre le procès sur un simple appel. C’était procéder sagement, conformément au bon sens et à la raison : tout énergumène, qui agirait aujourd’hui de la même façon que Gilles, serait traité de la même manière par nos tribunaux contemporains : pour entraver la marche de la justice, le moyen serait trop facile, s’il suffisait à l’accusé de récuser ses juges : contre de tels appels, autrefois comme aujourd’hui, la loi fortifiait la justice, et il serait déraisonnable de faire un crime aux juges de Nantes d’une action qu’on serait tout disposé à louer dans les juges d’une cour d’assises. Cependant, pour permettre au baron d’assister à l’acceptation de l’acte d’accusation par le tribunal, et au promoteur de produire les témoins à charge, les juges fixèrent la prochaine séance au samedi suivant, 15 octobre ; les témoins y seraient reçus à prêter serment en présence de Gilles et le baron lui-même admis de nouveau à présenter la défense.

La séance, qui durait depuis plusieurs heures déjà, au milieu des sentiments les plus divers des assistants, fut close par la lecture des lettres de pouvoirs, accordées par Guillaume Mérici, grand inquisiteur de France, en faveur de Jean Blouyn, comme vice-inquisiteur de la foi dans la ville et dans le diocèse de Nantes. Les droits de l’évêque étaient clairs aux yeux de tous, et même de l’accusé ; ceux du vice-inquisiteur ne l’étaient pas moins. Gilles cependant, qui, au 19 septembre, avait d’abord déclaré qu’il acceptait pour juge tout inquisiteur de la foi, quel qu’il fût, venait de forfaire hautement à sa parole en rejetant la juridiction de frère Jean Blouyn. Avant de passer outre, il convenait que cette autorité légitime fut mise avec évidence dans son jour et que tout soupçon d’illégalité fut écarté avec le plus grand soin. Les lettres patentes du grand inquisiteur de France furent donc produites devant la foule. Elles étaient écrites en latin, sur parchemin, munies du sceau de Guillaume Mérici sur cire rouge, appendu au papier par une queue également en parchemin. En voici le texte dans son entier : nous le donnons ici, car c’est la pièce la plus importante qui nous soit restée sur le second juge de Gilles de Rais.

« Guillaume Mérici, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, professeur de théologie sacrée, par autorité apostolique grand inquisiteur de l’hérésie dans le royaume de France, à nôtre bien-aimé frère en Jésus-Christ, Jean Blouyn, au couvent de notre Ordre, dans la ville de Nantes, salut en l’auteur de notre foi, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

« L’hérésie, nous dit l’apôtre, est un mal, qui, pour n’être pas coupé jusque dans sa racine par le fer de l’Inquisition, se propage comme un chancre en secret, et dans l’ombre porte la mort aux âmes simples. Aussi, afin d’agir, dans l’intérêt même de leur salut, contre les hérétiques, leurs fauteurs, les gens mal famés pour cause d’hérésie, ou suspects de ce crime ; contre ceux qui s’opposent à l’Inquisition, ou qui en troublent le libre exercice, il faut de grandes précautions et une rare prudence. Nous avons pleine confiance en le Seigneur que vous êtes doué de la capacité et de la compétence voulues pour exercer cette haute charge : voilà pourquoi, du conseil de plusieurs d’entre nos frères, dont la sagesse est reconnue de tous, nous vous avons fait, établi et créé, et aujourd’hui encore, par les présentes lettres, nous vous faisons, nous vous établissons, nous vous créons, dans toutes les formes et avec les conditions requises par le droit, et du mieux qu’il est entre nos mains, notre vicaire dans la ville et le diocèse de Nantes. Par ces lettres donc et par concession, toute puissance vous est donnée contre les hérétiques et contre les coupables désignés plus haut, quels qu’ils soient d’ailleurs. Ainsi, enquêtes, citations, entrevues, interrogatoires, vous pouvez contre eux tous ; vous pouvez les faire saisir, les retenir prisonniers, procéder contre eux en justice, de toute manière que vous jugerez convenable, même jusqu’à la sentence définitive inclusivement ; vous pouvez enfin tout ce qui, par coutume ou de droit, appartient à la charge d’inquisiteur : car, en tout cela, aussi bien par la force du droit commun que grâce aux privilèges spirituels dont jouit l’inquisition, nous vous donnons, autant qu’il est en nous, tous nos pouvoirs. En témoignage de quoi, nous apposons notre sceau à ces lettres patentes.

« Donné à Nantes, le 26 juillet 1426.

G. Mérici. »

Ces lettres anéantissaient jusqu’aux dernières objections de Gilles de Rais. Elles furent lues et publiées en sa présence par les juges. Lorsque la lecture en fut achevée, Jean de Malestroit et Jean Blouyn demandèrent encore à l’accusé s’il avait quelque chose à dire sur ces lettres de pouvoir, et s’il voulait, par écrit ou de vive voix, en retrancher quelque chose ou leur opposer quelques raisons : « Non, a répondit Gilles avec hauteur. Sur cette réponse, les marques particulières, la signature, la suscription et le sceau des lettres de Guillaume Mérici furent mis sous les yeux de personnes dignes de foi, toujours en présence de Gilles de Rais, et les juges, après cette épreuve, les déclarèrent suffisamment reconnues et authentiques. Enfin, avant de se retirer, le promoteur demanda aux notaires plusieurs copies du procès-verbal, et la séance fut levée. Gilles, la colère dans le cœur, le dédain répandu dans tous les traits de sa figure et dans sa démarche, fut reconduit à la chambre qui lui avait été assignée comme prison ; la foule, tout émue encore par les sentiments divers qu’avaient excités en elle des débats si passionnés, se dispersa de plus en plus curieuse de ce que réservait l’avenir.

Tels furent les incidents de cette mémorable journée, qui tient une place si importante dans les procédures de cette cause. Gilles parut à tous les yeux avec une fierté hautaine et laissa échapper, par ses gestes et dans ses paroles, tous les signes de son caractère violent et emporté. Mais sous ce flot d’injures et de paroles grossières, dans ces appels réitérés, l’on devrait dire désespérés, à un tribunal supérieur, et sous ce masque d’innocence dont il cherche vainement à voiler ses crimes, un œil exercé pouvait entrevoir les troubles secrets de son âme et ses inquiétudes de l’avenir. Il s’était naturellement présenté à son esprit de se soustraire à la juridiction de juges, qu’il savait incorruptibles et qu’il devinait bien avoir pénétré tous les secrets de sa vie ténébreuse ; de faire traîner au moins le procès en longueur, pour permettre à la fortune, à l’argent, à l’influence et à l’amitié, à tous ces auxiliaires réunis peut-être, de le sauver des mains de la justice ; et, pour arriver à son but, il n’est moyens qu’il n’avait mis en œuvre. Mais ses juges furent aussi peu touchés de ses appels qu’insensibles à ses outrages et à ses colères ; ses emportements vinrent se briser contre leur fermeté ; le temps était passé où tout tremblait devant lui. En sentant inébranlable le roc, où, victime durant plus de huit années d’un orage qui avait englouti tant de ses enfants, il avait jeté toutes ses ancres, le peuple releva la tête vers le ciel, y aperçut luire un signe de salut, et, à cette vue, un rayon d’espérance et de joie vint éclairer son visage obscurci par le deuil : c’était la justice de Dieu qui venait ; on allait lui livrer sa proie [11].




  1. Proc. ecclés., séance du 10 septembre, p. v. Étaient présents, outre les juges, maître Olivier Lesou, curé de Bouvron, et Jean Durand, curé de Blain.
  2. Delaunay, Jean Petit, Géraud et Lesné.
  3. Michelet, l. c. — « Quæ (personæ) eisdem domino episcopo et vicario inquisitoris predicti exposuerunt lacrimabiliter et dolorose consquesta fuerunt de perdicione filiorum et nepotum… » Proc. ecclés., Enq. du 28 sept, p. VI.
  4. Les témoins étaient :

    1° Agathe, femme Denis de Le Mignon, de Sainte-Marie de Nantes : elle avait perdu son neveu, fils de Guillaume Avril, au mois d’octobre 1439 ;

    2° La veuve de Régnaud Donete, de Sainte-Marie de Nantes : elle avait perdu son fils à la saint Jean 1438 ;

    3° Jeanne, femme Guibelet Délit, de Saint-Denis de Nantes : elle avait perdu son fils pendant le Carême 1440 ;

    4° Jean Hubert et son épouse, de Saint-Vincent de Nantes : ils avaient perdu leur fils à la saint Martin 1438 ;

    5° Jeanne, femme de Jean Darel, de Saint-Similien, près de Nantes : elle avait perdu son fils à la saint Pierre 1439 ;

    6° La veuve d’Yvon Kerguen, tailleur de pierre, de Sainte-Croix de Nantes : elle avait perdu son fils entre Pâques et l’Ascension 1440 ;

    7° Théophanie, femme Éonnet Le Charpentier, boucher, de Saint-Clément, près de Nantes : elle avait perdu, en 1438, son neveu, fils de Éonnet Dagaie ;

    8° La femme de Pierre Couperie, qui avait perdu ses deux fils, l’un de huit ans, l’autre de neuf ans ;

    9° Jean Maguet, qui avait perdu son fils.

  5. Les assesseurs étaient : Jacques de Pencoetdic, official de Nantes, docteur utriusque juris ; Jean Blanchet, bachelier ès lois, avec plusieurs autres personnes appelées comme témoins. Proc. ecclès., Enq. du 28 sept, p. VI, VII. VIII, IX.
  6. Vers neuf heures du matin.
  7. Michelet, Hist. de France, t. I, p. 210.
  8. Proc. ecclés., Séance du 8 oct., p. ix, x, xi, xii. Étaient présents : Jean Prégent, év. de Saint-Brieuc ; Pierre de l’Hospital, président de Bretagne ; Robert de la Rivière, licencié in utroque jure ; Hervé Levy, du diocèse de Saint Pol-de-Léon, sénéchal de Quimpér-Corentin ; Jean Chauvin, de Nantes ; Geoffroy Pipraire ; Gacien Ruitz ; Guillaume Groyguet, licencié in utroque jure ; Olivier Lesou ; Jean de Châteaugiron, chanoine de l’église de Nantes ; Robert Pipraire, sénéchal ; Jean Guiole ; Jean de la Grangière, licencié ès lois, et une foule immense d’auditeurs appelés comme témoins.
  9. P. XXXIX, v. 6.
  10. Ps. IV, v. 3. Toute la leçon morale, qui se dégage de la vie de Gilles de Rais, est contenue dans ces paroles du promoteur.
  11. Pour tous les détails, v. Proc. Ecclés., depuis la p. {{rom|xiii} jusqu’à la p. xxxii.