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J. A. Chenevert (p. 86-87).

XXVII

Il s’écoula ainsi une année de triste mélancolie pour la jeune veuve, mais, disons-le aussi, non dépourvue de consolations, l’amitié dont elle était entourée étant un baume souverain aux meurtrissures du cœur.

Et puis le temps s’écoule vite.

Durant la deuxième année de son veuvage, Julie fut fort recherchée. Sa jeunesse, sa beauté, sa richesse, rendaient un plus long veuvage guère possible.

Et, en ce bas monde, toutes les blessures se cicatrisent !

Suivant en cela les conseils de ses parents et des alliés du côté de son mari, elle résolut de convoler en secondes noces. L’heureux mortel de son choix fut un brave notaire de l’une des paroisses voisines, âgé de 30 ans environ, veuf sans enfants, et digne, sous tous les rapports, de notre héroïne. Elle vécut très heureuse avec lui, et si la récompense des cent âcres de terre eût alors force de loi, comme aujourd’hui, Julie et son mari l’auraient obtenue…

Elle devint cependant veuve encore une fois, après près de quarante ans d’une vie paisible et heureuse, et mourut très âgée, entourée des soins, du respect et de l’amour de ses nombreux enfants et petits-enfants, dont plusieurs occupent encore aujourd’hui des positions honorables.

Notre Grand-Vicaire venait, durant les premières années du nouveau ménage de Julie, passer quelques jours en sa demeure, et nous ne serions pas véridique si nous ne constations pas qu’il baptisa lui-même deux de ses enfants ; mais l’âge, les infirmités et enfin l’implacable mort (ainsi qu’on le verra plus loin), qui met fin à tout, ajourna leurs réunions en un monde meilleur, où, sans nul doute, elles furent reprises, et pour durer éternellement !