De Paris à Bucharest/Chapitre 27


XXVII.

VIENNE.

M. de Metternich botaniste. — E pure si muove. — Le Prater et le bois de Boulogne. — La nuit officielle. — L’Opéra. — La moralité viennoise et la littérature autrichienne. — Un sac vide ne peut se tenir debout.

Me voilà donc « dans la cité impériale, » comme les Viennois appellent leur ville, en ajoutant : « Il n’y a qu’une Vienne au monde. » Le chauvinisme est de tous les pays et je le respecte partout.

Me voilà dans la capitale du gouvernement le plus absolu[1], de la police la plus vigilante et la plus curieuse qu’il y ait eu au monde ; une police qui mettait l’œil et la main partout ; qui entendait ce que vous murmuriez tout bas à l’oreille de votre fiancée, lisait par-dessus votre épaule la lettre apportée par votre plus cher ami ; regardait écrire, regardait penser, même les ambassadeurs, ce qui, pour plus d’une raison, est pourtant bien difficile.

Un jour, raconte-t-on, le ministre d’Angleterre fait à son cachet une très-légère modification. La poste, comme d’habitude, ouvre la lettre, puis recachette avec l’ancien sceau. À quelque temps de là, l’ambassadeur anglais rencontre M. de Metternich : « Prince, lui dit-il, je crois qu’il serait à propos de prévenir vos employés que nous avons changé notre cachet. » — « Les maladroits ! » murmura le ministre. L’histoire est-elle vraie ? je n’en sais rien ; mais je sais bien qu’autrefois on ne prêtait qu’aux riches.

Pour mon compte, j’aurais mauvaise grâce de me plaindre. Et d’abord j’entre dans la cité impériale plus facilement qu’à Paris. On ne m’y retient pas aux portes une heure entière, comme il m’est arrivé dans certaine de nos gares, et la douane me semble fort débonnaire.

Aux barrières, on arrête notre voiture pour payer le droit de pénétrer en ville. C’est un ennui qu’ils ont oublié de supprimer. À l’hôtel, dans la rue, j’entends parler avec la plus extrême liberté. Le guide que je prends, un honwed hongrois blessé dans la dernière guerre, dit tout haut, partout où il me mène, dans Schœnbrunn même, devant les gens de service, des choses à faire bondir dans son tombeau le prince de Metternich. Vienne n’avait que deux journaux politiques, le Wiener-Zeitung et le Beobacter ; j’en trouve plus d’une douzaine qui ont l’allure aussi vive qu’à Berlin ou à Paris. E pure si muove : décidément le monde marche, puisque voici qu’à Vienne on court.

Arrivé à Vienne à quatre heures et demie, j’étais une heure après au Prater, la promenade fameuse qui s’étend de la ville au Danube avec de grandes allées d’arbres séculaires[2]. Mais le bois de Boulogne et les Champs-Élysées ont fait tort à ces renommées d’autrefois. Depuis que la ville de Paris nous a donné des jardins de rois, où les arbres les plus rares, les fleurs les plus belles, que jadis on n’eût laissé voir que sous les vitrines jalouses d’une serre ou derrière les barreaux de fer d’une grille inexpugnable, sont mis à la portée de nos yeux, de nos mains, et presque sous nos pas ; quand le plus pauvre peut jouir de magnificences que Louis XIV ne connut jamais, il n’y a point à s’étonner que les splendeurs d’hier ne soient plus, comme une toilette fanée, que la friperie d’aujourd’hui.

Le Prater est un lieu bas, humide, mal entretenu, où l’on doit se trouver fort bien aux heures les plus chaudes des jours d’été. Je n’ose avancer que les Viennois, qui ont aux environs de leur ville tant de sites charmants, abandonnent le Prater ; il faut cependant qu’en historien fidèle je dise qu’au moment où j’y arrivai, je n’y trouvai personne, pas un promeneur, un cavalier ou un équipage, mais treize cerfs et un archiduc. L’archiduc passait rapidement pour regagner son hôtel, et les cerfs, qui sont en liberté et qui n’en abusent pas, venaient très-débonnairement chercher leur pâture au lieu accoutumé. Comme tant d’autres choses, le Prater s’en va : les chemins de fer l’ont tué, et l’on ne fait rien pour lui rendre la vie.

Après cela, les habitants, sans doute, à cette heure, dînaient, et Hans Wurst[3], le Polichinelle viennois, qui a établi au Prater son quartier général, s’était retiré sous sa tente. Un gaillard qui s’appelle Jean Boudin ne pouvait oublier pareille heure, que personne ici n’oublie, et moi j’aurais dû faire comme eux.

Vienne est, après Constantinople, la ville d’Europe où il fait le plus cher vivre. On y est plus rançonné qu’à Paris et à Londres même. Cela tient, en partie, à ce qu’il n’y a point de tables d’hôte. On mange à la carte, du moins dans les grands hôtels, ce qui permet à l’hôtelier de faire une note pour chaque repas et au garçon de réclamer chaque fois son pourboire : nulle part le trinkgeld ne fleurit et ne prospère comme ici.

À sept heures, j’étais à l’Opéra. Il ouvre de bonne heure pour finir tôt. La police exige que les théâtres ne ferment pas beaucoup plus tard que neuf heures, au moment du souper, le cinquième et dernier repas de la journée. On veut paternellement que les Viennois, réputés les plus grands mangeurs de l’empire, dorment vite et longtemps. C’est bon pour la digestion, c’était meilleur encore pour la politique. La nuit officielle commence, à Vienne, à dix heures et finit à sept heures du matin. C’est neuf heures de somme pour les habitants, de repos pour le gouvernement et d’augmentation de solde pour les cochers. On paye moitié en sus du prix de la journée pour une voiture prise entre ces deux limites de temps.

L’Opéra donnait le Don Juan de Mozart. Je n’avais pas voulu perdre cette occasion unique d’entendre la troupe allemande si vantée. Mon étonnement fut grand de trouver une salle petite et pauvrette, mal éclairée, mal ventilée et déserte. Trois rangées de loges, la moitié du théâtre, absolument vides. Peut-être étaient-ce des locations de l’aristocratie alors en villégiature ; mais le parterre eût été comme les loges, sans une soixantaine d’officiers qui s’y tenaient debout.

Voilà ou en est l’enthousiasme musical des Viennois ! Sur la scène, des robes, comme au bon temps de M. Sosthène de la Rochefoucauld, qui tombaient jusqu’aux talons, et des guimpes qui montaient jusqu’aux oreilles : ce qui toutefois n’empêchait pas de chanter juste et de jouer bien. La pièce finit comme un mystère du moyen âge. On nous montra l’enfer, avec ses flammes, ses tortures, ses diablotins courant après les damnés, et don Juan expiant, sur une roue dentelée qui tournait dans le feu, ses séductions terrestres.

Cette mécanique terminait par un spectacle grossier pour les yeux la divine partition du maestro. Mais c’était édifiant pour les spectateurs, qui trouvaient à l’Opéra le bénéfice d’un sermon, sans que les actrices, grâce aux précautions prises, pussent causer une diversion fâcheuse. Tout était donc au mieux ; j’en concluais que la moralité des Viennois devait être grande. On assure pourtant qu’il n’en faudrait pas jurer ; que le vice s’étale le soir très-paré et fort peu vêtu, comme dans nulle autre ville, et que dans quantité d’hôtels on trouve un essaim de jeunes filles, blondes et rieuses, dont la fonction consiste à ouvrir votre porte par mégarde et à rester chez vous par distraction. Je me hâte de dire que je n’ai rien rencontré de pareil. Mais un de mes amis me l’affirme. « Je l’ai vu, me dit-il, de mes yeux vu. »

Il arrive à Vienne, l’été, beaucoup de rayons du soleil d’Italie et des mœurs que ce soleil produit. La température s’élève, et les robes descendent à proportion. Même de grandes dames se montrent en public avec jupes immenses, vestes soutachées d’or, dolmans à fourragère torsée et perlée, chapeaux empanachés, mais le cou nu, et la poitrine à peu près comme le cou.

Vienne a quatre cent soixante-dix mille habitants[4], à peine un peu plus que Naples. Une cour nombreuse, toute l’aristocratie d’un grand empire et une garnison immense y résident. Le nombre des gens pour qui la vie est, avant tout, une partie de plaisir, s’y trouve donc, toute proportion gardée, beaucoup plus considérable qu’ailleurs, et ce ne sont pas précisément les vertus de l’âge d’or qu’ils y apportent.

Ces mœurs faciles n’ont pas eu le contre-poids nécessaire d’un grand travail de l’esprit. Un spirituel touriste prétend avoir vu l’ordonnance d’un médecin allemand qui, ne sachant comment guérir un professeur dont le cerveau, fatigué par des veilles laborieuses, menaçait de se détraquer, lui prescrivit trois mois de séjour en un pays ou l’on ne penserait pas. Le malade fit sa malle et sans hésiter prit la route de Vienne.

L’Autriche, en effet, pendant longtemps, n’a point pensé, sauf en musique et en histoire naturelle : art et science qu’un gouvernement paternel pouvait encourager sans péril, que le prince de Metternich cultiva par politique, pour le bon exemple, et qu’à la fin il cultiva par goût, pour son plaisir, si bien qu’on vit le chancelier aulique devenir un des meilleurs botanistes et numismates de l’Autriche.

Pour tout le reste, la censure faisait autour des esprits une garde vigilante, et protégeait efficacement l’empire contre le démon Thought qui effrayait tant l’empereur François II, ou Franzl, comme l’appelaient les Viennois. « Ne me faites pas de savants, disait-il un jour aux professeurs de Laybach, je n’en ai pas besoin ; mais faites-moi de bons et braves sujets attachés aux choses anciennes. Nos pères s’en sont bien trouvés. » Longtemps on a cru Franzl sur parole, et l’habitant de Vienne, qui aime à vivre et à se laisser vivre, leben und sich leben lassen, s’est abandonné, comme notre Mathurin Régnier, à la bonne et douce loi de nature.

Il n’en va plus tout à fait de même aujourd’hui, du moins quant au démon Thought. On s’est quelque peu familiarisé avec lui, et Vienne ne mérite plus le nom qu’elle a si longtemps porté de : « Capoue de l’esprit. »

Il s’est même trouvé un poëte, en Autriche, il est vrai qu’il était Hongrois, pour glorifier le vieux démon. La pensée, s’écrie Niembsch de Strehlenau, qui n’a osé signer que les deux dernières syllabes de son nom, la pensée, c’est le Saint, c’est le Héros ! Der Gedanken, der Heilige, der Held ! » Son poëme des Albigeois se termine même d’une façon menaçante : « Les souffrances du passé, dit-il, se payent avec du sang. Après les Albigeois, les Hussites ; après Jean Huss et Ziska, Luther, Hutten et la guerre de Trente ans ; ensuite celle des Cévennes, puis la destruction de la Bastille, et ainsi de suite, und so weiter… » Jamais mots si peu poétiques n’ont produit pareil effet. Le poëte s’arrête à la Bastille, mais son lecteur viennois continue par la pensée, et cette pensée est déjà devenue une action.

Depuis 1848, l’Université a été réorganisée sur le plan des universités allemandes, ce qui a entraîné une réforme correspondante dans les écoles secondaires, et, pour fortifier les études, nombre de savants ont été appelés du dehors. L’Académie des sciences[5], fondée le 30 mai 1846, avec une dotation annuelle de quarante mille florins, a bien vite conquis une grande considération et élargi la sphère de ses travaux : ses Comptes rendus, par leur abondance, feraient rougir les nôtres de leur sécheresse. Les ministres, les hauts dignitaires de l’empire ne manquent point de se rendre à ses solennités, et l’imprimerie impériale qui, pour la beauté de ses publications, rivalise avec la nôtre, prête libéralement ses presses aux académiciens. Avant 1848, on ne comptait à Vienne que cinq associations particulières pour les arts et les lettres. En 1856, il y en avait déjà vingt-huit, et cent une autres sociétés de toute sorte s’étaient formées, dont plusieurs publiaient des mémoires qui étaient remarqués au dehors. Naguère, la critique littéraire ne touchait qu’au théâtre, et une comédie de Scribe, un drame d’Alexandre Dumas, toute pièce traduite, imitée ou copiée des nôtres, car nous défrayons largement les théâtres de Vienne, était l’unique aliment des causeries de salon ou des discussions de journaux ; la presse va maintenant plus loin et plus haut. L’horizon des esprits s’est agrandi. Le concordat de 1855, qui mettait l’instruction aux mains du clergé, est fort ébranlé ; la vie se réveille partout ; Vienne enfin publie des livres, même pour la foire de Leipzig, et une littérature autrichienne commence, mais avec ce caractère particulier qu’elle est encore une littérature de grands seigneurs et de bureaucrates.

À Vienne, on est fonctionnaire d’abord, c’est le pain ; écrivain ensuite, c’est le sel, si l’on a du talent. Mais les lettres s’étiolent dans l’atmosphère des bureaux, et l’écrivain qui porte une clef de chambellan ne tient pas fortement sa plume. La grande séve populaire manque donc à cette littérature plutôt allemande qu’autrichienne, je veux dire qui se perd dans le grand courant germanique sans y entraîner son peuple après elle.

Cependant elle peut déjà se vanter d’un triomphe : le plus brillant succès dramatique des dix dernières années en Allemagne est un drame autrichien, heureusement pas en dialecte viennois. Il revient au baron Münch-Bellinghausen, grand conseiller d’État de l’empire, selon son titre officiel, mais, de plus et mieux, auteur de Griseldis, du Fils du désert, et surtout du Gladiateur de Ravenne (1856). Le baron de Zedlitz et le comte d’Auersperg ont aussi conquis un légitime renom hors de leur pays. V. Hugo a imité du premier die Nächtliche Heerschau, la Revue Nocturne, morceau célèbre au delà du Rhin, mais qui perd beaucoup à sortir de sa poétique enveloppe d’Allemagne pour se montrer en habit français.

« La nuit, vers la douzième heure, le tambour quitte son cercueil, fait la ronde avec sa caisse, va et vient d’un pas empressé.

« Ses mains décharnées agitent les deux baguettes en même temps ; il bat ainsi plus d’un roulement, maint réveil et mainte retraite.

« La caisse rend des sons étranges dont la puissance est merveilleuse. Ils réveillent dans leur tombe les soldats morts depuis longtemps :

« Et ceux qui des confins du Nord restent engourdis dans la froide neige ; et ceux qui gisent en Italie où la terre leur est trop chaude ;

« Et ceux que recouvre le limon du Nil ou le sable de l’Arabie : tous sortent de leur tombe et prennent en main leurs armes.

« Vers la douzième heure, le trompette quitte son cercueil, sonne du clairon, va et vient sur son cheval impatient.

« Puis arrivent sur des coursiers aériens tous les cavaliers morts depuis longtemps : ce sont les vieux escadrons sanglants couverts de leurs armes diverses.

« Les blancs crânes luisent sous les casques ; les mains, qui n’ont plus que les os, tiennent en l’air les longues épées.

« Et vers la douzième heure, le général en chef sort de son cercueil, il arrive lieutenant entouré de son état major.

« Il porte un petit chapeau ; il porte un habit sans ornement ; une épée pend à son côté.

« La lune éclaire d’une pâle lueur la vaste plaine L’homme au petit chapeau passe en revue les troupes.

« Les rangs lui présentent les armes ; puis l’armée tout entière s’ébranle et passe musique en tête.

« Les maréchaux, les généraux, se pressent en cercle autour de lui. Le général en chef dit tout bas un seul mot à l’oreille du plus proche :

« Ce mot vole à la ronde, de bouche en bouche et résonne bientôt jusque dans les rangs les plus éloignés : le cri de guerre est France ; le mot de ralliement est Sainte-Hélène.

« C’est la grande parade des Champs-Élysées que le César mort commande vers la douzième heure de la nuit[6]. »

Il est assez curieux de voir cet hommage rendu à la grande armée et à son chef par un poëte autrichien. Au reste, le baron de Zedlitz n’est pas le seul qui ait subi l’attrait magnétique de cette puissante figure. Le baron de Gaudy qui, né à Francfort, mourut à Berlin en 1840, avait composé, à la gloire de Napoléon, tout un cycle de chansons impériales, Kaiserleider, et passé les dernières années de sa vie à traduire avec Chamisso, autre esprit français égaré en Allemagne, les chansons de Béranger.

Il y a aussi un chant fameux du comte d’Auersperg, l’Invalide, où se retrouve la même préoccupation de la France, mais avec une portée plus haute. C’est l’histoire moderne racontée, sur les bords de la Loire, à de petits enfants par un vieil invalide qui a fait toutes nos guerres de 1792 à 1830. Mais j’aime mieux vous citer du même écrivain la pièce intitulée « Notre temps. »

« Sur le tapis vert brillent le crucifix et les bougies ; des échevins et des conseillers vêtus de noir sont assis d’un air grave et vont prononcer un jugement : ils ont cité à leur barre notre Époque, coupable d’agitations et de murmures menaçants, coupable de pensées orageuses.

« Mais l’accusée ne se présente pas, car notre Époque n’a pas le temps : les juges avaient à peine attendu pendant deux heures, qu’elle était déjà deux lieues plus loin. Toutefois elle leur dépêche son avocat, qui s’exprime en ces termes :

« Ne calomniez pas notre Époque ; elle est innocente ; notre Époque est une coupe de cristal transparent, aussi clair que pur ; si vous voulez y boire un vin généreux, n’y versez pas votre lie. Notre Époque est une habitation magnifique, mais depuis que vous y êtes entrés, on la prendrait pour une maison de fous !

« Notre Époque est un champ ensemencé. Si vous y avez semé des chardons, comment pouvez-vous vous étonner qu’il ne soit pas rempli de roses ? C’est sur ce même champ que César a livré ses combats immortels, mais des poltrons le trouveront assez grand et assez large pour prendre la fuite.

« Notre Époque est une harpe muette ; si un maladroit s’avise d’y poser les doigts, les chiens et les chats se mettent à hurler aussitôt dans tout le voisinage. Mais que la main inspirée d’un autre Amphion en touche les cordes, les fleuves et les forêts feront silence pour écouter, et les pierres s’animeront. »

Signe caractéristique, la plupart de ces nobles écrivains se cachent sous un pseudonyme. L’auteur du Gladiateur de Ravenne signe Frédéric Halm, et le nom littéraire du comte d’Auersperg est Anastasius Grün. Comme nos ducs de la Rochefoucauld et de Saint-Simon, ils veulent bien ne pas laisser aux seuls manants la gloire de l’esprit, mais ils ne veulent pas fourvoyer leur blason dans la république des lettres.

Toutefois la vie du corps a été en Autriche trop longtemps en honneur et l’esprit trop complétement laissé dans le vide, pour que l’autre n’ait pas lâché les rênes à sa bête, et les mœurs se ressentent de ce laisser aller moral. Songez que, jusqu’en 1713, ce peuple n’a eu d’autre enseignement littéraire que celui de Hans Wurst, de ses marionnettes et de ses gloutonneries. Le premier théâtre de Vienne, celui de la porte de Carinthie, date de cette époque. Franklin a dit un mot énergique et vrai dans sa trivialité : « Comment voulez-vous qu’un sac vide se tienne debout ? » Comme lui, l’esprit tombe si vous n’y mettez quantité de bonnes choses pour le forcer à rester droit.

V. Duruy.

(La suite à la prochaine livraison.)


Plan de Vienne.

  1. J’étais à Vienne au mois d’août 1860, par conséquent avant le diplôme du 30 octobre 1860 et la constitution octroyée le 26 février 1861.
  2. Le Prater, se trouvant au delà du canal de Vienne, est lui-même une île de deux lieues de long sur trois quarts de lieue de large, dont le faubourg de Léopold, la Léopoldstadt, occupe une grande partie.
  3. Wurst signifie andouille, saucisse, boudin.
  4. Quatre cent soixante et onze mille quatre cent quarante-deux personnes, d’après le recensement de 1856, sans la garnison.
  5. Elle est divisée en deux classes : les sciences historiques et philosophiques, les sciences mathématiques et naturelles.
  6. Jai suivi pour cette pièce, comme pour la suivante, la traduction de M. N. Martin.